dimanche 17 décembre 2017

Les maîtresses de Dracula de Terence Fisher, 1960

LES MAITRESSES DE DRACULA
de Terence Fisher
1960
Grande Bretagne
avec Yvonne Monlaur, Peter Cushing, David Peel, Martita Hunt, Freda Jackson, Fred Johnson, Andree Melly
85 minutes
Fantastique vampirique
Produit par la Hammer Major
Blu ray édité chez Elephant films
aka Brides of Dracula
Scénario de Jimmy Sangster, Peter Bryan et Edward Percy
Synopsis :
Dans une contrée de la Transylvanie au dix- neuvième siècle…
Une jeune femme, Marianne Danielle, est conduite par un cocher alors que la nuit tombe, le cocher va extrêmement vite, ce qui incommode Marianne ; finalement le cocher la dépose à côté de la taverne d’un village puis disparaît fissa, l‘abandonnant…
Marianne devait se rendre dans un pensionnat de jeunes filles tenu par Monsieur Lang pour y enseigner l’algèbre…
Comprenant que cela va être difficile de trouver une chambre pour passer la nuit, Marianne semble désemparée…
C’est alors que rentre dans l’auberge la baronne Meinster, une vieille dame ; cette dernière offre immédiatement gîte et couverts à Marianne…
La baronne met en garde Marianne que son fils souffre d’une  grave pathologie…
De fil en aiguille, Marianne rencontre le fils Meinster, tombant d’affection pour lui elle lui donne la clef pour qu’il se libère de la chaine que sa mère lui a mis !
Gabriel Van Helsing, un professeur théologien chasseur de vampires, arrive sur les lieux ; par les traits d’une chauve-souris, Meinster intègre bientôt le pensionnat tenu par Lang, où Marianne Danielle travaille…
Le baron Meinster va vampiriser la baronne, sa propre mère puis Greta, la servante du château et même Gina, une jeune femme qui se trouve dans le pensionnat tenu par Monsieur Lang…
Alors que Marianne est en danger de mort, Van Helsing déboule in extremis !
Le baron Meinster a contaminé quasiment toutes les filles de la contrée et veut mordre Marianne au cou pour en faire sa succube !
Mon avis :
« Les maitresses de Dracula » est le second segment de la série des « Dracula » réalisés par Fisher, intermédiaire entre « Le cauchemar de Dracula » et « Dracula, prince des ténèbres » mais ici Christopher Lee n’apparaît pas, il est remplacé par David Peel, censé être comme son « héritier » vampirique sur la Terre…
Et en fait c’est le personnage de Marianne (superbe Yvonne Monlaur) qui lui vole la vedette, élément féminin étant le protagoniste principal du film...
Soyons clairs, « Les maitresses de Dracula » est un film unique dans le genre vampirique/gothique, tous les ingrédients du style sont exploités fabuleusement et le spectateur suit l’ensemble avec délectation, que ce soit pour les décors, pour l’atmosphère implacable et pour le jeu des acteurs, on se prend un pied absolu !
Cushing en Van Helsing est immanquable et les scénaristes (ils s’y sont mis à trois !) donnent des intentions inédites à leurs personnages (tout le monde admet que le baron Meinster/ David Peel a un côté efféminé voire carrément « gay » !), il se créée sa « cour » par l’intermédiaire des filles qu’ils vampirisent et contaminent en les mordant au cou, un peu comme un jeu sexuel de domination qui entrainera la « prolifération » des vampires et Marianne semble être sa promise, c’est sans  doute pour cela qu’il l’épargne, la gardant comme morceau de choix final…
« Les maitresses de Dracula » est bourré de moments cultes (lorsque Marianne découvre le baron qui se penche dans le vide, le début avec la course du cocher dans la forêt, l’arrivée dans le pensionnat, les chauve-souris qui virevoltent dans le ciel nocturne), Terence Fisher signe ici un film glaçant, osé et nouveau qui permet ainsi à la Hammer de s’ériger comme LA firme des œuvres gothiques à part entière, le succès fut inouï que ce soit en France, aux Etats-Unis et même au Japon, le film fit un carton !
Encore de nos jours, « Les maitresses de Dracula » n’a rien perdu de sa superbe et reste un segment essentiel du mythe de Dracula, il se savoure avec délectation et le travail effectué par Elephant films pour le format du blu ray est à tomber au sol !
L’image est impeccable et c’est le moment ou jamais pour tout cinéphile de s’approprier la meilleure version à ce jour de ce film, pierre angulaire des films de la Hammer, on ne pouvait espérer meilleur support et meilleures conditions pour le voir !
Bourré de métaphores (Nicolas Stanzick l’explique très bien dans son analyse du film, dans les bonus), « Les maitresses de Dracula » est du aussi grand niveau que « Le chien des Baskerville », les spécialistes hammerophiles lui vouent un culte tout particulier qui est justifié, il est inutile de vous dire que « Les maitresses de Dracula » est immanquable et se doit d’être visionné impérativement…
Une pièce maitresse dans la filmographie des films de la Hammer !

Note : 10/10







Le fascinant capitaine Clegg de Peter Graham Scott, 1962

LE FASCINANT CAPITAINE CLEGG
de Peter Graham Scott
1962
Grande Bretagne
avec Peter Cushing, Yvonne Romain, Michael Ripper, Oliver Reed, Patrick Allen, Sydney Bromley, Jack Mac Gowran
Fantastique/film de pirates
82 minutes
Produit par la Hammer films
Blu ray édité chez Elephant films
aka Night creatures
Synopsis :
A la fin du dix-huitième siècle, sur une ville côtière de Grande-Bretagne…
Le capitaine Clegg, à la tête d’une horde de flibustiers, capture et châtie un mulâtre costaud sous prétexte que celui-ci aurait tenté de tuer son épouse ; l’homme est laissé à l’abandon sur une ile déserte avec la langue et les oreilles mutilées…
Quelques années plus tard, Le capitaine Collier se rend clandestinement dans la ville de  Romney Marsh, il interrompt la cérémonie dans l’église du révérend Blyss, il le soupçonne de faire de la contrebande d’alcool avec tous les autres villageois…
Harry Cobtree est amoureux d’Imogène, une serveuse de la taverne locale ; c’est alors que le mulâtre est sauvé par les hommes de Collier et qu’on l’amène dans la taverne pour se moquer de lui ; dès que le mulâtre voit le révérend Blyss, il panique et se jette sur lui !
De plus, les hommes de Collier sont terrorisés par des sortes de fantômes à cheval qui errent en pleine nuit dans une forêt proche des côtes de Romney Marsh ; la contrebande d’alcool va bon train, le révérend Blyss utilisant des passages secrets au nez et à la barbe de Collier !
C’est alors que la tombe de Nathaniel Clegg, le pirate du début du film, est exhumée !
Il n’y a personne dans la sépulture… le capitaine Collier commence à comprendre la supercherie !
Et si Blyss et Clegg n’étaient en fait que la même personne ?
Mon avis :
« Le fascinant capitaine Clegg » est un film hybride qui mêle plusieurs genres (aventures, fantastique, film de pirates) mais qui, grâce au talent déployé, garde toujours une identité propre aux films de la Hammer et… on se régale complètement !
Œuvre farfelue et pourtant très maitrisée, « Le fascinant capitaine Clegg » va extrêmement vite et Peter Graham Scott opte pour un déroulement scénaristique assez speed et très riche ; ça n’arrête jamais, quasiment aucun temps mort mais des séquences rapides et une histoire rocambolesque mêlant fantômes, contrebande d’alcool, interrogations multiples (notamment sur l’identité du Capitaine Clegg) et plans inoubliables…
Tout va vite mais rien n’est bâclé, rien n’est réalisé à l’emporte pièces, Graham Scott maitrise son sujet et sait parfaitement comment faire pour captiver le spectateur et il tape dans le mille !
L’issue dramatique complète et rajoute sur l’atypisme du film et on pourra s’émouvoir de ce choix mais en ayant vécu un film hors normes et d’une singularité exemplaire, encore plus s’agissant d’une production Hammer qui, ici, a pris un énorme risque (nous ne sommes pas dans un film de vampires) et au final, s’en est sortie avec les honneurs…
« Le fascinant capitaine Clegg » contentera immanquablement tous les cinéphiles, aussi bien les « Hammerophiles » que le public classique, les éléments déployés dans le film exercent encore de nos jours une attraction et un pouvoir de fascination dû en grande partie à la modernité et au grand sens de la dynamique du film…
L’initiative de Elephant films de ressortir « Le fascinant capitaine Clegg » en HD est audacieuse et totalement réussie, on redécouvre dans des conditions optimales ce film très rare et c’est presqu’un pèlerinage lorsqu’on le revoit, par rapport à la VHS que l’on possédait, usée et illisible, c’est du pain béni !
« Le fascinant capitaine Clegg » est sans doute le film le plus à part dans tous ceux produits par la Hammer, mais c’est également l’un des plus attachants et Peter Cushing tenait beaucoup à ce rôle, il y transmet tout son charisme et le résultat global est inoubliable !
Un film essentiel pour pouvoir capter toute la diversité que pouvait produire la firme de la Hammer, qui ne se reposait jamais sur ses lauriers après chaque succès au box- office mais se lançait des challenges en permanence…
Un film jubilatoire et parfaitement immanquable !
Note : 10/10








dimanche 10 décembre 2017

La nuit du loup-garou de Terence Fisher, 1961

LA NUIT DU LOUP-GAROU
de Terence Fisher
1961
Grande-Bretagne
avec Oliver Reed, Anthony Dawson, Yvonne Romain, Clifford Evans, Catherine Feller
Film fantastique
91 minutes
Production Hammer films
Blu ray édité chez Elephant films
aka Curse of the werewolf
Synopsis :
Espagne, au dix-huitième siècle…
Un mendiant se rend de manière fortuite à un banquet organisé par le marquis Siniestro ; ce dernier l’humilie mais son épouse le convainc de lui donner à boire ; finalement le pauvre mendiant est envoyé dans un cachot où il va rester plusieurs années, devenant comme un animal…
Une servante de Siniestro sourde et muette rejoindra le mendiant, suite à une altercation musclée avec le marquis ; de fil en aiguille la servante sera violée par le mendiant, devenu hirsute et comme une bête sauvage…
Libérée, la servante sera recueillie par la femme d’Alfredo Corledo, elle est enceinte du mendiant !
Décédant le jour de son accouchement, elle donne naissance à Léon, qui sera élevé par Alfredo et sa femme…
Les paysans du village voient leurs troupeaux de moutons égorgés, on suspecte un loup ; le cantonnier municipal est sommé par sa hiérarchie d’abattre le loup…
Selon une vieille superstition, Léon est né le soir de Noël, fête chrétienne, et le fait qu’il soit le fruit d’un viol est contre-nature avec la date de sa naissance, symbolisée par la naissance du Christ…
Bientôt, Alfredo Corledo, se rend à l’évidence, c’est son fils qui a égorgé les moutons lors de ses escapades nocturnes…
Léon, devenu adulte, trouve un emploi chez un riche caviste ; il tombe amoureux de Cristina Fernando, la femme promise à son patron…
Leur amour va se compliquer et devenir quasiment impossible lorsque Léon, pris de crises de démence, se transforme en un loup-garou sanguinaire !
Mon avis :
Film absolument unique et inédit pour la Hammer film (en effet, c’est le seul répertorié comme film de « loup-garou »), « La nuit du loup-garou » bénéficie de la flamboyance propre aux œuvres de Terence Fisher, réalisateur attitré de la Hammer et cette fois on explore le bestiaire de ce qui était possible de développer avec un lycanthrope incarné par Oliver Reed, soyons nets, « La nuit du loup-garou » est un chef d’œuvre absolu, un film immense et occulté à tort lorsque l’on parle de films de loup-garou, on pense aux films modernes du genre (« Hurlements » de Joe Dante ou « Le loup- garou de Londres » de John Landis) mais on oublie ce film, qui a pourtant une place de choix dans la déclinaison du mythe au septième art…
Atypique cette idée de placer l’intrigue en Espagne mais en fait on apprend dans les bonus du blu ray que c’était uniquement pour une commodité financière, le décor était déjà planté entièrement pour un autre film qui ne vit pas le jour et qu’il fallait exploiter…
Du coup, cela booste le film plutôt que cela le dessert, car il règne une atmosphère propre et singulière, se démarquant doublement de ce que la Hammer films avait pour habitude de nous offrir…
Toujours avec cette application dans le récit, Terence Fisher soigne sa mise en scène de façon exemplaire et nous gratifie de moments inoubliables (le final avec la cloche de l’église, le mendiant devenu bestial et animal dans son cachot, les passages nocturnes…), mais outre le fait que « La nuit du loup-garou » soit un film fantastique dans la plus pure tradition, c’est également une belle histoire d’amour et surtout une chronique de mœurs mettant en parallèle la bourgeoisie dédaigneuse et le « petit peuple », on capte bien cette symétrie entre ces deux mondes et le message transmis par Fisher est bel et bien social avant d’être effrayant (même si l’un n’empêche pas l’autre)…
L’érotisation des actrices est poussée à son summum avec les deux actrices principales (Yvonne Romain à la poitrine opulente et Catherine Feller au charme poupin) et donne une plus- value incroyable pour la mémorisation des séquences par le spectateur…
« La nuit du loup-garou » est un film inoubliable et qui a gardé encore de nos jours une force et un impact intacts ; prenant un risque important en délaissant les films de vampires, Terence Fisher a réussi à donner un nouveau style aux films de la Hammer, il a laissé de côté les complications pour aller au plus simple et nous narre une belle histoire, ponctuée de séquences mémorables et avec des décors flamboyants…
Certains hammerophiles considèrent même « La nuit du loup-garou » dans le trio de tête des films de la firme…
Le blu ray de Elephant films retranscrit à la perfection le rendu du métrage et le travail de restauration est impressionnant, on découvre ou on redécouvre « La nuit du loup-garou » avec passion et délectation !
« La nuit du loup-garou » a également un côté très émouvant et il est immanquable pour tout cinéphile, il figure dans un pan indispensable de la production cinématographique de la Hammer films et se doit d’être apprécié toutes affaires cessantes…
Un régal !

Note : 10/10






OPERA de Dario Argento, 1987

OPERA
de Dario Argento
1987
Italie
avec Urbano Barberini, Michele Soavi, Cristina Marsillach, Daria Nicolodi, Ian Charleson, Coralina Cataldi Tassoni
Thriller
107 minutes
Blu ray édité chez le Chat qui fume
Budget estimé à 8 000 000 dollars
Synopsis :
Une ville d’Italie, au milieu des années quatre-vingts…
Betty, une jeune cantatrice prodige, est appelée à remplacer au pied levé une autre diva qui s’est fait renverser par une voiture, Betty doit interpréter une version de « Macbeth » dans un prestigieux opéra de la ville… Sa prestation est exemplaire et elle est couverte de compliments malgré un incident pendant la représentation ; un projecteur se décroche de son socle et provoque un début d’incendie…
Il s’agit en fait d’un incident dû à un tueur psychopathe qui se trouvait à l’étage supérieur de l’opéra ; Betty est harcelée et Mira, une de ses amies, se rend à son domicile ; l’inspecteur Alan Santini doit effectuer la protection de Betty…
Alors que la tenue de scène de Betty est abimée, elle se rend avec Giulia, une des régisseuses, dans un atelier pour recoudre la robe ; le psychopathe que l’on ne peut identifier car il porte une cagoule noire, tue Giulia de manière sauvage et ligote Betty en lui mettant des aiguilles le long des paupières afin qu’elle ne ferme pas les yeux pour assister au meurtre de Giulia !
Santini mandate Daniel Soave pour venir interroger Betty et la protéger…
Il va se passer des choses effroyables dans l’appartement de Betty jusqu’à une révélation sidérante : une petite fille, voisine de Betty, la sauve du tueur, en passant par une trappe reliée derrière les murs du bâtiment !
Le tueur court toujours et en veut plus que jamais à la belle Betty !
Quelle sera l’issue de ce cauchemar ?
La police, composée de dizaines d’hommes expérimentés, parviendra t-elle à neutraliser ce psychopathe ?
Mon avis :
Et bien je peux vous dire qu’il s’agit là d’un des meilleurs films dans la catégorie « thrillers » réalisés par Dario Argento et je ne comprends toujours pas pourquoi on s’est acharné sur ce film, le considérant comme « raté », « chant du cygne » ou « navet » dans sa carrière !
Il faut vraiment être de très mauvaise foi pour ne pas reconnaître que Dario était encore en très grand forme avec « Opéra », ce film comporte des plans et des cadrages fabuleux, l’histoire est un modèle d’inventivité et déclenche une trouille quasi-hitchcockienne (ah le passage avec Daniel Soave –Michele Soavi, non crédité au générique- est mémorable) et « Opéra » est un vrai régal !
Avec Betty/Cristina Marsillach, Argento retrouve la MUSE qui lui manquait après Jennifer de « Phenomena » et Suzy Banner/Jessica Harper de « Suspiria », il sublime la beauté de la jeune femme et en fait SON héroïne, elle irradie le film tout le long et préfigure même la Ana Manni de « Stendhal syndrome » qui sera incarnée par Asia, la propre fille de Argento !
Non là franchement « Opéra » c’est du caviar !
Un thriller nerveux, glauque, très travaillé (la séquence du survol des corbeaux en caméra subjective est monumentale et à couper le souffle) et l’idée des murs avec un mètre d’épaisseur de vide, où l’on peut se faufiler, a même été repris par le duo Cattet/Forzani dans « L’étrange couleur des larmes de ton corps », c’est dire si « Opéra » a eu un impact énorme sur les cinéphiles et qu’il préfigure même le néo giallo, le giallo moderne !
Et la fin dans les montagnes suisses rappelle texto les paysages de « Phenomena » avec le souffle du vent sur les sapins, « Opéra » est un immense Dario Argento, l’histoire prend en haleine dès le début et on a juste à se laisser porter par le film pendant une heure quarante…
La scène du mannequin et du bidon d’essence est la seule fausse note de « Opéra », autrement tout passe impeccable !
Le travail fabuleux effectué par l’éditeur « Le chat qui fume »  nous permet de savourer « Opéra »  dans des conditions idéales et optimales et il est impératif pour tout cinéphile de posséder ce magnifique blu ray, qui fera date et qui s’avère être un des meilleurs supports existants du film, LE meilleur support même, je n’en vois pas d’autre…
Plaisir absolu et où on pouvait encore apprécier le cinéma de Dario Argento, « Opéra » est à visionner comme une bénédiction, comme l’héritage de tous ses films précédents, il a mixé les codes qu’il a inventés pour les retranscrire dans la modernité, dans les années quatre-vingts, il a réactualisé le style Argento, le résultat est saisissant et la jubilation totale !
A réhabiliter absolument, c’est maintenant ou jamais !
Note : 10/10






lundi 4 décembre 2017

ANNIHILATOR For the demented

ANNIHILATOR – For the demented
Album sorti en novembre 2017
Thrash metal technique

Deuxième album studio après que Dave Padden ait été viré par Jeff Waters, “For the demented” est nettement supérieur à son prédécesseur “Suicide society”, sorti en 2015…
C’est aussi le symbole d’un renouveau du style du groupe car cet album est assez complexe, que ce soit dans les sonorités ou les riffs de guitare (Jeff nous gratifie d’une guitare wha wha, chose inédite !), beaucoup de métalleux y ont même vu une « Megadethisation » d’Annihillator, ce qui n’est pas erroné car certains passages ou certaines intros rappellent beaucoup « Cryptic writings » du groupe de Dave Mustaine, sorti en 1997…
Les deux morceaux qui introduisent « For the demented » (« Twisted lobotomy », et « One to kill ») sont deux tueries bien ancrés dans le style annihilatoresque et une fois de plus, Jeff s’est défoncé dans la composition et la rythmique, ces morceaux bardent et c’est du pur heavy thrash (avec un larsen de sauvage à la fin de « Twisted lobotomy » qui nous décape les cages à miel !)…
« For the demented » est donc un album surprenant à plus d’un titre et à part dans la discographie d’Annihilator, certains segments comme « Phantom asylum » ou »Altering the altar » s’ouvrent par des sonorités nouvelles et inhabituelles pour un album de thrash, c’est ce qui fait la force de cet album mais aussi ce qui le distingue, encore une fois, Jeff Waters a placé la barre très haute, « For the demented » est probablement un opus qui déconcertera les fanatiques de thrash basique, mais à force d’écoutes prolongées, on se rend compte que Jeff Waters n’a en rien trahi ses aficionados, il évolue, et dans le bon sens, et le fait de ne jamais rester statique est un bon point pour un groupe de métal, cela prouve l’originalité du groupe et sa capacité à sans cesse se renouveler…
Jeff Waters intègre même de la mélancolie dans le morceau qui clôture l’album, le magnifique « Not all there » qui s’avère un régal à l’audition et où Waters nous emmène très loin dans la recherche d’un style à part, il a une fois de plus tapé dans le mille et on sort de l’écoute intégrale de « For the demented », à la fois convaincu et heureux…
Pour résumer, « For the demented » est un des meilleurs albums modernes de Annihilator, il est plaisant et soigné et nous prouve encore une fois l’étendue du talent de Jeff Waters, frontman incontestable et incontesté du groupe canadien…
Un des plus grands albums métal de l’année 2017 à se procurer d’urgence !





dimanche 3 décembre 2017

DARK WATER de Hideo Nakata, 2002

DARK WATER
de Hideo Nakata
2002
Japon
avec Hitomi Kuroki, Rio Kanno, Asami Mizukawa, Mirei Oguchi, Fumiyo Kohihata  
Film fantastique
97 minutes
Budget : 4 000 000 dollars
Synopsis :
Une grande métropole du Japon, début des années deux mille…
Yoshimi Matsubara est une jeune femme qui subit une instance de divorce, son mari est acariâtre et désagréable, Yoshimi veut garder la responsabilité parentale sur sa fille Ikuko, son mari lui fait les pires crasses et la mère et sa fille doivent se rendre dans un cabinet d’avocats afin de conserver l’autorité face à un père qui fait tout pour briser leurs vies…
Finalement Yoshimi trouve un appartement et un travail et arrive à peu près à assumer son quotidien et gérer au mieux l’éducation de Ikuko…
Un événement fantastique terrifiant va bouleverser Yoshimi et Ikuko, il semblerait que quelques années auparavant un drame ait eu lieu dans le bâtiment où elles vivent, à l’intérieur d’une cuve, située sur le toit de l’immeuble…
De nombreux chambardements se produisent dans l’appartement de Yoshimi avec des fuites d’eau torrentielles et un plafond d’où s’écoule une immense tâche d’un  liquide jaunâtre…
 Yoshimi alerte le gardien mais celui-ci semble étranger à tous ces phénomènes…
Ce n’est que lorsque Yoshimi a des visions spectrales d’une petite fille qui se balade de couloirs en couloirs que l’horreur prend le dessus sur la réalité !
Et de plus, Yoshimi veut absolument protéger Ikuko ; un après midi, Yoshimi est appelée d’urgence à l’école, sa fille a fait un malaise et s’est évanouie !
Petit à petit, une névrose va s’emparer de Yoshimi jusqu’à un dénouement qui dépasse l’entendement…
Mon avis :
Après la bilogie des « Ring » qui fut un succès international et la fierté du pays du soleil levant en matière de film fantastique, Hideo Nakata revient sur le devant de la scène avec ce « Dark water », nouveau sommet dans la terreur et soyons francs, « Dark water » est une grande réussite, Nakata distille une horreur crescendo avec une grande pudeur et surtout pas une goutte de sang et aucun plan gore…
La réussite du film vient avant tout du jeu de Hitomi Kuroki, l’actrice principale, qui n’en fait jamais trop ; elle n’a qu’une lubie, protéger sa frêle fille et à ce titre, « Dark water » est l’un des films les plus maternalistes que le cinéma nous ait donné…
Au scénario habile et doté de scènes jamais redondantes, « Dark water » pousse très loin dans le terrifiant avec… pratiquement rien ! si ce n’est les décors !
La musique est oppressante mais Nakata la choisit avec parcimonie et juste quand il faut, le score est totalement approprié pour augmenter le malaise chez le spectateur (je vous avoue que certaines séquences m’ont tétanisé et que j’ai eu les poils du dos dressés !)…
Le postulat en lui-même est très intéressant et la cause des déboires de Yoshimi et Ikuko fiche vraiment la trouille, on ne l’apprend qu’aux deux tiers du métrage, Nakata prenant tout son temps pour bien nous mettre dans l’ambiance, il nous immerge dans une terreur sourde qui va prendre forme petit à petit pour éclater complètement lors d’une catharsis très maitrisée et relatée avec un aspect froid, que l’on retrouve pendant tout le film….
FROID, c’est le mot, ici aucune chaleur, aucune couleur chaude mais du gris, de la pluie, des intérieurs sales et des murs rongés par le moisi…
Toute cette mosaïque créée une atmosphère hyper déstabilisante et le spectateur se prend au jeu dès le début ; « Dark water » atteint  des sommets et Hideo Nakata exploite absolument tout ce qu’il trouve, tout est prétexte à donner du mystère puis à l’amplifier, puis ce mystère se mute irrémédiablement en peur puis en terreur pure !
« Dark water » est un film qui fait très peur, mais on est loin des films d'horreur américains ou italiens, Nakata possède un style qui lui est propre mais pas plus inintéressant que ses collègues d’outre Atlantique ou transalpins…
Nakata ne pique rien aux autres, il créée son cinéma, donne de son talent et au final, tout est réussi ! Imprimant à la perfection et avec une grande sensibilité empathique l’histoire de cette mère de famille embourbée dans une situation paranormale, Nakata fait même mieux que les « Paranormal activity » en insufflant des codes nouveaux au cinéma fantastique…
La terreur vient du Japon et il ne faut pas passer à côté !
« Dark water » est une petite bombe d’inventivité à voir absolument et ceux qui veulent vraiment flipper en voyant un film se prendront la raclée de manière indélébile !
Une pure tuerie !

Note : 9.5/10







Les noces funèbres de Tim Burton et Mike Johnson, 2005

LES NOCES FUNEBRES
de Tim Burton et Mike Johnson
2005
Etats-Unis
avec les voix de Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Emily Watson, Christopher Lee, Richard E. Grant, Michael Gough
Conte fantastique d’animation
74 minutes
aka Corpse bride
Musique de Danny Elfman
Budget : 30 000 000 dollars
Recettes mondiales : 117 195 000 dollars
Oscar du meilleur film d’animation en 2006
Synopsis :
Un petit village de l’Europe de l’Est au dix- neuvième siècle…
Victor Van Dort est un jeune homme qui souffre d’une timidité maladive, il vit dans une famille très aisée ; Victoria Everglot est sa promise, les conditions de ses parents sont catastrophiques car ces derniers sont ruinés financièrement, ils espèrent retrouver fortune avec le mariage avec Victor et ainsi redorer leur blason…
Tout semble donc se goupiller idéalement, d’autant que Victor et Victoria sont vraiment éperdument amoureux l’un de l’autre…
C’est alors qu’une nuit, Victor se perd dans une forêt brumeuse et enneigée et, de fil en aiguille, réanime le cadavre d’Emily, une superbe femme moribonde au corps zombifié !
Victor va vivre une aventure inédite et se retrouver plongé dans un monde fantasmagorique peuplé d’araignées et de squelettes…
Emily l’entraine dans des périples hallucinants et le destine à être son époux, au début contre son gré ; Victor n’a de cesse de penser à Victoria et il est pris dans un dilemme terrible !
Victor retrouvera t-il sa dulcinée et pourra t-il lutter contre le charme d’Emily ?
Il va effectuer un voyage dans un monde parallèle qui va transformer sa vie et devra s’armer de la plus grande vigilance car ce ne sera pas de tout repos pour lui mais les esprits, d’abord effrayants, finiront par être bienveillants envers lui…
L’issue de son voyage dans le pays des morts va le rasséréner et va transformer son existence, sa timidité va finir par s’effacer…
Mon avis :
« Les noces funèbres » est un film d’animation phénoménal à tous les niveaux, il est créé tout droit sorti de l’imagination du génial Tim Burton, dont le talent n’est plus à prouver ; ici il signe une sorte de conte gothique teinté d’une histoire d’amour rocambolesque avec un voyage atypique dans le pays des morts…
Absurde, diront certains, mais il faut se laisser porter par la magie du film, à travers des personnages très attachants, une empathie immédiate se créée, un peu comme dans les dessins animés de Walt Disney, mais en étant une version moderne et gothique du maitre…
Et il a fallu un travail monumental pour mettre en scène « Les noces funèbres », le résultat est prodigieux et il faut même plusieurs visionnages pour apprécier pleinement la picturalité des plans, Tim Burton signe ici un de ses plus beaux métrages, aux frontières de l’animation, du film fantastique et du conte crépusculaire…
Très touchant, « Les noces funèbres » fera même arracher des larmes au spectateur tant la beauté déployée est exquise ; c’est un film d’animation qui se savoure et qui dégomme tout ce qui a été vu en la matière auparavant…
Mélange/hommage aux films de la Hammer avec beaucoup de musiques et des passages chantés, « Les noces funèbres » est un délice cinématographique qui tape dans le mille et qui contentera aussi bien les geeks fans de la première heure de Tim Burton que n’importe quel autre public, y compris celui familial, Burton réinvente le film d’animation et redonne ses lettres de noblesse aux élégies gothiques qui, il faut bien l’admettre, sont rares dans le cinéma contemporain…
Proche de la perfection au niveau graphique et réellement doué pour créer des ambiances inédites, « Les noces funèbres » a le double mérite de dépayser et rafraîchir mais aussi d’émouvoir par la candeur des personnages ; on se plonge dans leurs regards comme eux se plongent dans leur monde et Burton nous invite pour un voyage magnifique et extrêmement nouveau avec ce qui fera date dans l’histoire du film d’animation…
A voir et à revoir, « Les noces funèbres » est un film-phare dans la carrière de Tim Burton et un régal absolu pour les cinéphiles sensibles et même pour tous les autres, des œuvres dotées d’une telle sensibilité, combinée à un graphisme aussi développé, sont tellement rares qu’il faut les avoir visionnées sans faute !
Note : 9.5/10