vendredi 27 septembre 2019

Mauvais sujet de Louis Chaput


Mauvais sujet


C’est le curé qui l’avait dit au caté :
Mes chers enfants faites très attention
avec vos livres de prière,
ne riez pas des exhortations
ne vous moquez pas des Saintes Ecritures
des apôtres et des symboles,
des Évangiles et leurs paraboles
sinon vous risquez le parjure
et l’excommunication.


Mon mécréant de père,
qui n’avait pas sur la question
l’esprit de soumission et d’ouverture,
prétendait que si la Bible ne fait pas le moine
elle peut toujours lui servir de couverture
notamment quand il commet,
tout comme ses pairs,
le pêché de luxure.


C’est alors que, pour vérifier,
j’ai partagé la lecture
du Cantique des Cantiques
avec ma jeune cousine
allongée sur une moelleuse couverture :
« Le galbe de tes cuisses, tels des joyaux,
est œuvre d’artiste !
Ton ventre, une meule de blé enclose de lotus…
Ta taille ressemble au palmier
et tes seins à des grappes ! ».

Belle écriture, ce rédacteur !
Alors, j’ai commencé à grappiller,
palper ses seins avec douceur
embrasser son ventre
caresser ses cuisses puis les écarter
pour repérer l’antre
et j’ai fini par cueillir la fleur
qu’elle m’offrait.


Mémoire du temps de Louis Chaput (mon père)


J’ai pas vu passer le temps,
je veux dire passer comme passent
les cigognes au printemps
quand elles volent vers l’Alsace
ou comme passent en sifflant
les missiles dans l’espace.
 J’en ai pourtant vu passer
des choses, des bêtes et des gens
à des vitesses différentes 
libellules sur l’étang, café dans la tasse,
coureurs de marathon, étoiles filantes,
lévriers, colimaçons et bien sûr j’en passe
mais j’ai pas vu passer le temps
comme défilent devant généraux,
rois et présidents,
canons et chars d’assaut
grands pourvoyeurs de morts
dont la nature du chargement
règle au temps son sort

J’ai pas vu non plus passer le temps
d’aimer, sentir et voir
éclair fulgurant jaillissant d’un miroir
prenant le ciel de nos vies pour cible
gommant du passé les images
ne laissant que trous dans nos mémoires
et rides sur nos visages.

J’ai pas vu davantage passer
le bon temps du pain blanc qu’on mange le premier
ni celui, fugace, des cerises et du muguet.
J’ai par contre un peu mieux vu s’étirer
sans doute parce que plus aigre
et dur à avaler
le temps des vaches maigres
à mettre en balance avec celui de chien qu’il faisait
à certains moments dans mon existence

Malgré mon attention
j’ai encore moins vu passer le temps
tout en nuances
des joies, plaisirs, désirs et passions
ni même celui des espérances
réputé pourtant beaucoup plus long…


Pas pris non plus le temps
d’attendre afin de contempler
d’écouter pour mieux s’entendre
de longuement réfléchir après penser
pour enfin savoir et comprendre
où ce temps révolu est passé.
Car il me manque du temps
dans les comptes que je fais
du temps qui m’apparaît perdu
et que je voudrais bien rattraper !
Mais comment pourrais-je rattraper
ce que je n’ai jamais vu ni senti passer ?
Je ne peux donc l’avoir perdu
c’est plutôt lui qui m’a égaré !


Dire qu’il est beau, sale, mauvais ou vilain
selon vent, soleil ou pluie
c’est parler de lui comme s’il était humain. 
Alors, puisqu’il en est ainsi,
on devrait pouvoir, à son passage,
l’interpeller ou par surprise l’agripper
juste pour voir comment il est fait
et pendant quelques instants lui parler,
par exemple lui demander, selon l’usage,
d’où vient-il ? dans l’espace va t-il plus vite ?
qui l’a inventé ? quel est son âge ?
est-ce de toute éternité qu’il existe ?
pourquoi dans nos vies change t-il de couleurs
passant du clair au sombre selon son humeur ?
Confondant vivre et exister
certains êtres qui s’ennuient
essaient en vain de le tuer
comme un mortel ennemi…
voudra t-il s’en expliquer ?

En le laissant passer longtemps
il arrange paraît-il bien les choses
les choses peut-être mais pas les gens !
Et on ne peut pas dire non plus
qu’il soit très complaisant
si on en juge par les ravages qu’il cause
sur les corps au fil du rasoir des ans.

Admettra t-il aussi qu’il exagère vis à vis de la vieillesse
puisqu’il accélère avec elle constamment sa vitesse…
Cessant enfin de discuter, tenter avec lui d’aboutir
à quelque chose de concret
quitte à le supplier pour obtenir,
faveur suprême dont il ne pourrait déroger,
pour ceux que j’aime et ceux qui m’aiment,
et bien entendu pour moi-même,
qu’à défaut de s’arrêter il puisse au moins ralentir.


dimanche 22 septembre 2019

La saignée de Claude Mulot, 1971


LA SAIGNEE
de Claude Mulot
1971
France/Italie
avec Gabriele Tinti, Bruno Pradal, Pierre Vassiliu, Charles Southwood, Ewa Swann, Patty d’Arbanville, Françoise Prévost
86 minutes
Polar
Blu ray édité chez Le Chat qui fume
Musique d’Eddie Vartan
Synopsis :
New York et une ville de la Somme, début des années soixante-dix…
Alors qu’ils étaient dans la chambre d’un hôtel huppé de New York, un jeune homme et son amie sont tués à coups de revolver par un mafioso ; juste à ce moment- là, Thomas Chanard, l’employé de l’hôtel arrivait dans la chambre pour déposer une boisson au couple, dès qu’il ouvre la porte il découvre le couple abattu et le mafioso pointe son arme sur lui !
Chanard a juste le temps de claquer la porte et s’en sort indemne mais il fait une course effrénée et fonce jusqu’au métro de la ville ; il comprend alors qu’il sera recherché et qu’il risque inévitablement d’être tué par l’organisation mafieuse !
Thomas Chanard quitte alors les Etats-Unis et prend l’avion pour la France, il se réfugie chez sa mère qui tient un hôtel restaurant dans une petite ville de la Somme…
Thomas Chanard est un témoin crucial par rapport à l’agression et au meurtre qu’il a vu, un homme politique joue sa carrière si le mafioso et sa bande ne sont pas appréhendés ;   l’inspecteur Marvin Hobbart est chargé de retrouver Chanard, il est devancé par Flaggert, un tueur à gages, les deux hommes parviennent à retrouver la trace de Thomas et se rendent dans la ville de la Somme…
Chanard comprend que s’il veut faire une nouvelle vie en France, il lui faudra trouver un travail pérenne, or tous ses anciens contacts lui ferment la porte et refusent de l’embaucher !
Chanard retrouve Catherine, une superbe femme qu’il a aimée avant de partir aux Etats-Unis, celle-ci, entre temps a eu un fils avec Thomas…
Flaggert et Hobbart retrouvent Chanard et le menacent à de multiples reprises !
Mais l’horreur viendra des anciennes connaissances de Thomas, des chasseurs, qui vont se liguer contre lui et le frapper violemment à coups de crosses de fusil, le laissant nu sur la plage, le corps rempli de boue et d’ecchymoses…
L’homme politique américain étouffe l’affaire auprès des médias et clôt la polémique, il sera assuré d’être élu aux élections qui lui tenaient à cœur…
Thomas, blessé mais ayant survécu à sa violente agression, pense être tiré d’affaire…
Lorsqu’il s’assoit dans un bus, il ne se doute pas que Flaggert est juste derrière lui !
Flaggert pointe son pistolet, comme pour tuer Thomas !
Mon avis :
Polar très atypique (on n’a jamais vu un film pareil dans le panorama du film policier hexagonal), « La saignée » est une œuvre d’une très grande richesse, aussi bien sur le plan technique que scénaristique ; dès le début, on comprend qu’on a affaire à un très grand polar et Claude Mulot manie sa caméra avec une grande virtuosité et un sens du timing bluffant ; il sait également parfaitement diriger ses acteurs (Bruno Pradal et Gabriele Tinti en tête) pour insuffler une crédibilité à son film, qui sort totalement des codes du cinéma policier de cette époque, il s’en démarque (rien à voir ici avec les films de Verneuil ou de Melville)…
L’atmosphère est lourde, oppressante mais en même temps simple et fluide, Claude Mulot a su s’entourer de son équipe habituelle (il reprenait souvent les mêmes techniciens et les mêmes scénaristes pour chacun de ses films), le résultat est donc sincère et ravira sans difficultés les plus exigeants des cinéphiles, grâce au fait que jamais Mulot ne prend le spectateur pour un imbécile, il se fiche de faire l’argent mais préfère délivrer son cinéma, son style, qui se différencie de tous les autres et qui, par conséquent, rénove et réécrit l’histoire du polar…
Il intègre des éléments christiques (il fallait le faire !) avec le corps nu, bras en croix de Thomas après son agression, dans la boue avec la bande malfrats qui le bastonnent, Catherine (magnifique Ewa Swann) semble symboliser la vie, le retour à une vie meilleure, mais Thomas perd ses repères rapidement et l’issue sera fatale ; « La saignée » est à la fois un thriller politique et une quête initiatique, Claude Mulot s’éloigne de ses films précédents comme « La rose écorchée » (sublime œuvre fantastique) et se sert de la réalité pour amplifier l’impact que son cinéma va propulser vis-à-vis du spectateur, c’est donc un film indélébile dans l’histoire du polar et paradoxalement une œuvre très méconnue, ignorée de tous, mais encore une fois, heureusement que l’éditeur Le chat qui fume a eu l’excellente idée d’exhumer et on peut dire qu’ils ont fourni un travail du feu de Dieu !
Ça tient carrément du miracle et on attendait depuis des lustres de pouvoir revoir ce film dans des conditions optimales, le résultat est sidérant, on en rêvait, Le chat qui fume l’a fait !
C’est maintenant l’occasion de rendre honneur à Claude Mulot et « La saignée » reste indélébile, gravant d’une pierre blanche le cinéma bis français, Mulot ne s’est pas trompé et envoie tous les autres réalisateurs dans leur moule et dans leurs codes, il transgresse et explose toutes les conventions, tous les pré-établis pour parapher son meilleur film à ce jour, même si « La rose écorchée » reste son chef d’œuvre...
Merci au Chat qui fume, vraiment pour le boulot entrepris et pour la transmission aux cinéphiles de cette pépite…
Il me tarde de le revoir !
Note : 10/10











Au service du diable de Jean Brismée, 1971


AU SERVICE DU DIABLE
de Jean Brismée
1971
Italie/France/Belgique
avec Erika Blanc, Daniel Emilfork, Jean Servais, Jacques Monseau, Lucien Raimbourg, Ivana Novak, Shirley Corrigan
Fantastique gothique
95 minutes
Blu ray édité chez Artus films
aka La nuit des pétrifiés
aka Devils nightmare
Musique d’Alessandro Alessandroni
Synopsis :
Berlin, 1945, la forêt noire, début des années soixante-dix…
Le baron Von Rhoneberg, fou de rage que son épouse soit décédée alors qu’elle accouchait et que le sexe de son enfant ne soit pas masculin, est pris d’une crise de démence et tue le nourrisson avec un poignard !
Vingt-cinq années plus tard, des touristes qui visitent la forêt noire, composés du père Alvin Sorel, de Mason, un vieil homme et de jeunes filles superbes dont une en couple avec son mari, se retrouvent bloqués sur une route sans issue ; un homme au physique bizarre et chétif qui se trouvait là, leur conseille de faire demi-tour et de prendre sur la gauche à quelques kilomètres où ils trouveront un château qui pourra les héberger durant la nuit…
Il s’agit du château du Baron Von Rhoneberg !
Ce dernier accepte de loger les touristes pour la nuit et leur indique leurs chambres, les deux jeunes femmes décident de faire chambre commune, avant le diner, elles se livrent à un jeu saphique…
Après le diner, Von Rhoneberg et ses hôtes partent dormir ; c’est alors qu’une mystérieuse et superbe femme, Lisa Muller, demande l’hospitalité, elle aussi, au Baron Von Rhoneberg…
La jeune femme intrigue par sa désinvolture et son charme vénéneux, la gouvernante semble avoir peur d’elle…
Lisa Muller est en fait une démone, une succube malfaisante et malveillante, mandatée par le Diable, représenté par l’homme mystérieux vu au début et qui a guidé les touristes au château…
Le piège inexorable va s’abattre sur les touristes qui périront de par leurs pêchés, le tout orchestré par Lisa !
Mais le lendemain matin, le Diable a une révélation à faire et propose un marché à l’unique homme survivant de cette nuit sanglante !
Et si le pouvoir maléfique de Lisa Muller et de Satan pouvait à nouveau redonner la vie aux malheureux défunts ?
Mon avis :
« Au service du diable » est une excellente déclinaison sur les sept pêchés capitaux, vingt quatre ans avant le « Se7ven » de David Fincher mais il n’y a pas que cette thématique dans le film, ATTENTION, le début du film est effroyable et risquera de faire stopper le visionnage aux plus sensibles d’entre vous, passé ce prologue, on se laissera plonger dans le charme de cette production typique des films gothiques des années soixante-dix et plutôt au- dessus du panier dans le genre, grâce notamment à l’arrivée hyper charismatique d’Erika Blanc, égérie du film gothique qui, à cette époque, était en passe de détrôner Barbara Steele dans les icones féminines de ce style…
Les décors sont très soignés et le château est réel, malgré que certains intérieurs aient été reconstitués en studio ; le personnage incarné par Daniel Emilfork représente le Diable et le comédien est affublé d’un physique que l’on n’oublie pas !
Niveau cuissage et sex-appeal, ça barde à mort et certains passages font penser à « Seven women for Satan » de Michel Lemoine, la trame du scénario est quasi-identique !
Si vous avez la trouille des serpents, passez votre chemin, une séquence avec un véritable boa constrictor vous tétanisera de terreur, le reptile étant, bien entendu, inoffensif !
Le passage du pêché avec la gloutonnerie est incroyable, le chauffeur du car se tape un homard mayonnaise, du saucisson à l’ail et des pilons de poulet (gros plan sur la bouche à l’appui) avant de décéder après avoir ingurgité un vin empoisonné… fourni par Lisa/Erika Blanc avec son regard perfide et sadique !
Pour les transformations de visages de Lisa passant de femme normale en succube, une légende raconte que très peu d’effets spéciaux et de maquillages  furent nécessaires mais que la lumière de la photographie employée par le chef opérateur réussit à faire illusion, très beau boulot en tout cas !
On reste donc dans du très haut niveau du film gothique et le film se suit facilement sans le moindre déplaisir, on est happés par l’intrigue et une scène en particulier est même proche du cinéma de Bava, la poursuite entre la succube et Mason, le vieux monsieur acariâtre qui se plaint sans arrêt, qui fait se passer Erika Blanc derrière lui alors qu’elle était devant lui, pourchassée, le plan précédent ! (on retrouve ce procédé aussi dans « Le bal des vampires » de Polanski !)…
L’issue est tout aussi étonnante que le film lui-même, je vous la laisse découvrir mais c’est carrément inattendu et Brismée, comme au début, ne fait pas dans la dentelle, il est même sacrément vicieux !
L’édition livre/DVD/Blu ray d’Artus films est bien entendu magnifique et on se régalera avec les bonus qui comportent une interview d’Erika Blanc et aussi Alain Petit, le super cinéphile, qui a des tas de choses à nous apprendre, comme toujours…
Bref, cette édition de « Au service du diable » est immanquable pour les cinéphiles et c’est l’occasion ultime pour redécouvrir et apprécier cette pièce monumentale du cinéma gothique européen qui n’a pas trop vieilli et qui tient la dragée haute aux autres de par une dynamique imparable et une ambiance très insolite qui retiendra toute votre attention...
A se procurer sans faute !
Note : 9/10











mercredi 18 septembre 2019

Gremlins de Joe Dante, 1984


GREMLINS
de Joe Dante
1984
Etats unis
avec Zach Galligan, Phoebe Cates, Howie Mandel, Corey Feldman, Judge Reinhold, Dick Miller
Film fantastique
105 minutes
Produit par Steven Spielberg
Budget : 11 000 000 dollars
Synopsis :
Etats-unis, une bourgade au milieu des années quatre-vingts…
Randall Peltzer, un inventeur farfelu, ramène du quartier chinois, un animal qui ressemble à une sorte de peluche à son fils Billy…
Nous sommes dans la période de Noël et la gentille bestiole est un Mogwai, il s’appelle Gizmo ; très vite Billy Peltzer est fasciné par cette petite boule de poils, mais il y a trois consignes à respecter, ne pas exposer Gizmo à la lumière, ne pas le mettre au contact de l’eau et surtout impérativement ne jamais le nourrir après minuit !
Lorsque par inadvertance, Gizmo reçoit un liquide, il se multiplie et plein d’autres Mogwai voient le jour !
Kate Beringer, la petite amie de Billy, travaille avec lui dans une banque, elle est également serveuse dans un bar ; Billy montre à un professeur de biologie de son lycée Gizmo, celui-ci lui fait une prise de sang…
Pete Fountaine, un jeune gamin du quartier, est lui aussi fasciné par Gizmo et vient souvent le voir chez Billy…
Un soir, le réveil de Billy tombe en panne sans qu’il le sache, il pense qu’il est 23h30 ; il donne des manchons de poulet à manger aux Mogwai, il est en fait minuit passés !
Le lendemain matin, au réveil, Billy découvre des cocons de chrysalides dans sa chambre !
Randall Peltzer, le père inventeur, doit partir à un salon de l’invention ; il n’y a que Billy et sa mère dans la maison…
Billy emmène une chrysalide à son prof de biologie…
Ce qui aurait pu être une histoire sympathique et attendrissante va vite tourner au cauchemar total !
Les gentils Mogwai deviennent des bestioles malveillantes et sanguinaires !
Seul Gizmo, qui n’avait pas mangé la veille, reste à son état initial, les autres appelés Gremlins se multiplient et mettent le boxon dans la ville !
Billy, dans la panique, prévient les policiers du commissariat mais ceux-ci ne croient pas un mot de ce qu’il dit !
Les Gremlins investissent le bar de Kate et lui font l’enfer !
Puis ils s’introduisent dans un cinéma où est projeté « Blanche Neige et les sept nains » !
Mon avis :
Produit par Steven Spielberg, « Gremlins » est l’exemple typique de la comédie horrifique familiale du début des années quatre-vingts, genre qui florissait à Hollywood, l’histoire est millimétrée au cordeau et très vite, le film part crescendo pour muter le conte de Noël sirupeux en véritable film d’épouvante à terroriser les bambins…
Beaucoup d’éléments comiques imprègnent le film, notamment le père inventeur, complètement à l’Ouest et les pitreries des bestioles lorsqu’elles mettent la ville sens dessus dessous, le rythme du film est soutenu et la dynamique ne faiblit jamais, le spectateur en a pour son argent et la qualité de la mise en scène renforce l’intérêt à visionner « Gremlins », très plaisant car Joe Dante sait doser avec habileté le mélange horreur/comédie, il s’en sort avec les honneurs et signe ici un de ses meilleurs films…
Les jeunes acteurs sont crédibles et pas insupportables, les rôles « typés » américains moyens donnent une plus- value au film par leur  jeu savoureux et c’est un bonheur de retrouver Dick Miller, vieux briscard des films de genre populaires, en vieil homme aigri et réactionnaire, tout comme la dame acariâtre et méchante avec la population qui sera « punie » par les Gremlins lors d’un passage qui vaut son pesant de cacahuètes !
« Gremlins » reste tout de même un film tous publics et un jeune d’une dizaine d’années trouvera son compte et sera émerveillé devant ce déploiement orchestré avant tout par Dante et Spielberg pour plaire au jeune public ; il n’y a pas de méchanceté frontale à proprement parler mais une avalanche de destructions de la ville par les Gremlins, aucune mort violente n’est à comptabiliser…
Dans l’ensemble, « Gremlins » est donc un pur régal et l’issue fait se boucler la boucle puisqu’on retourne le vieux marchand asiatique revenu récupérer Gizmo, les méchants Gremlins ayant disparu dans une explosion…
Beau conte de Noël, « Gremlins » avait tout pour devenir un film culte à sa sortie en 1984 et ce fut bien le cas, Spielberg et Joe Dante raflant une nouvelle fois le jackpot, le film fut un énorme succès !
On peut même aisément dire que, trente- cinq ans plus tard, le film n’a pas pris une ride et que le plaisir est toujours au rendez-vous lors d’un énième visionnage, c’est ça qui montre le talent d’artisans comme Spielberg et Joe Dante : savoir insuffler un côté fédérateur à des films qui plairont au plus large possible des publics, ici, ils ont tapé dans le mille !
« Gremlins » est à cataloguer comme film référence de toute une génération de cinéphiles, qu’ils soient en herbe ou confirmés…
Incontournable et indémodable !
Note : 10/10










Speed de Jan de Bont, 1994


SPEED
de Jan de Bont
1994
Etats-Unis
avec Keanu Reeves, Sandra Bullock, Dennis Hopper, Jeff Daniels, Alan Ruck, Joe Morton
Film d’action pure
116 minutes
Budget : 30 000 000 dollars
Musique de Mark Mancina
Chanson “Speed » interprétée par Billy Idol
Box office mondial : 350 448 145 dollars
Synopsis :
Los Angeles, milieu des années quatre vingt-dix…
Howard Payne, un psychopathe terroriste, a piégé un ascenseur d’une tour de la ville, il réclame plusieurs millions de dollars de rançon si les autorités veulent sauver les occupants de l’ascenseur…
Jack Traven, un membre de la police d’élite avec son coéquipier Harry parvient à faire capoter le plan de Payne mais Harry est blessé dans l’assaut ; les occupants sont tous sauvés…
Traven et Harry sont récompensés pour leur bravoure lors d’une cérémonie ; Payne, quant à lui, est en fuite…
Le lendemain, Payne fait sauter un bus alors que Jack se trouvait à proximité ; un téléphone public sonne : Jack répond , au bout du fil c’est Howard Payne qui informe Jack qu’un bus de la ligne 2525 est piégé : si le conducteur dépasse les cinquante miles, une bombe se met en route, elle explosera si le chauffeur redescend sa vitesse en dessous des cinquante miles !
Traven fonce pour retrouver le bus ; après moult difficultés il parvient à s’introduire dedans ;  Annie Porter, une passagère, va l’aider dans sa tâche mais Payne est très malin et sournois !
Lorsque le chauffeur du bus est blessé accidentellement par un tir, Annie prend alors le volant…
Jack fait dévier le trajet du bus vers la piste de l’aéroport de Los Angeles, il ne se doute pas que Payne a posé une caméra de surveillance et qu’il surveille tous les faits et gestes de Jack et d’Annie…
Harry parvient à localiser le domicile de Payne, il s’y rend…
La maison est piégée et Harry perd la vie lors de son intervention !
Le carburant du bus commence à manquer, la situation devient critique !
Mon avis :
Immense réussite, « Speed » est sans conteste un des meilleurs films d’action tournés dans les années quatre- vingt- dix, l’histoire est prétexte à nous coller un stress de dingues mais l’invraisemblance des situations semble miraculeusement crédible grâce à un rythme soutenu qui fait avaler des couleuvres au spectateur, dans un climat de tension et d’attention en même temps, on est scotchés à son fauteuil du début à la fin !
C’est aussi l’un des meilleurs rôles de Keanu Reeves, l’acteur s’implique comme jamais et démontre ses qualités de comédien, aussi bien physiquement que sur le plan émotionnel ; Dennis Hopper, quant à lui, est génial dans son rôle de psychopathe et semble habité par son personnage, les seconds rôles sont crédibles et Sandra Bullock apporte une touche de féminité au film, elle est particulièrement sexy…
Le réalisateur Jan de Bont, ancien assistant de Paul Verhoeven, connait parfaitement les techniques de réalisation sur des films d’action, et s’en donne à cœur joie et applique les codes de mise en scène de façon novatrice et exemplaire…
Véritable plaisir de cinéma, « Speed » flirte entre film catastrophe et film d’action avec un brio à faire pâlir tous les réalisateurs qui se sont aventurés dans le genre précédemment, tout est calibré pour y aller à fond les gamelles et le spectateur n’a jamais le temps de reprendre son souffle…
La dynamique de l’action ne faiblit jamais (on a juste une pause avec la cérémonie des médailles), sinon c’est un rythme d’action frénétique et incessant pendant quasiment deux heures !
« Speed » ça commence dans un ascenseur et ça finit dans le métro, un programme alléchant où le cinéphile, même le plus exigeant en matière de films d’action, ne pourra être déçu et adhèrera sans la moindre difficulté au métrage, conçu pour satisfaire tous les aficionados de ce genre…
Un scénario très astucieux et bien réparti dans la continuité de l’intrigue avec quelques surprises (le chat sauvage, le passage avec la poussette, modèle de stress qui met le tensiomètre à deux mille !), de très beaux décors et le clou du film, la passerelle d’autoroute pas terminée, bref « Speed » est un petit chef d’œuvre du genre où tout est bien qui finit bien avec le baiser final qui rassérène aussi bien le spectateur que les deux protagonistes principaux du film, « Speed » est un bijou, une bombe qui fera date dans l’histoire du film d’action ; il ne faut pas bouder son plaisir et seuls les grincheux n’adhèreront pas à ce film, les autres se régaleront assurément !
Note : 10/10











mercredi 11 septembre 2019

Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin de John Carpenter, 1986


LES AVENTURES DE JACK BURTON DANS LES GRIFFES DU MANDARIN
de John Carpenter
1986
Etats-Unis
avec Kurt Russell, Kim Cattrall, Dennis Dun, James Hong, Victor Wong, Kate Burton
Aventures fantastiques
99 minutes
Musique de John Carpenter
aka Big trouble in Little China
budget : 25 000 000 dollars
recettes au box-office : 11 100 000 dollars
Synopsis :
San Francisco et Chinatown, milieu des années quatre-vingts…
Jack Burton, un routier baroudeur, arrive sur le quartier chinois de la ville, il doit rendre visite à un de ses meilleurs amis, Wang Chi ; les deux hommes jouent une bonne partie de la nuit et le lendemain matin, Wang Chi annonce à Burton qu’il doit aller à l’aéroport situé à San Francisco, pour accueillir sa fiancée, Miao Yin, qu’il doit épouser ; Burton propose à Wang Chi de l’accompagner…
Arrivés à l’aéroport, Burton remarque une superbe femme, Gracie Law, c’est alors que trois hommes kidnappent Miao Yin de façon brutale ; dans le parking souterrain, Burton et Wang Chi essaient de rattraper la jeune femme ; en vain !
De retour à Chinatown, Burton et Wang Chi assistent médusés à une bagarre monstre entre plusieurs triades du quartier ; puis un événement défiant toute logique se produit, un homme, Lo Pan, surgit du ciel avec ses combattants !
Gracie Law, son amie Margo qui est journaliste, Wang Chi,  Jack Burton et Egg Shen, un vieil homme ami de Wang Chi qui est magicien et adepte des sciences occultes, comprennent que David Lo Pan a enlevé la jeune Miao Yin pour en faire son épouse et puiser son énergie pour retrouver sa jeunesse ; l’équipe retrouve l’endroit de la ville où se cache Lo Pan….
Jack Burton et Wang Chi, se faisant passer pour des employés du téléphone, pénètrent dans le bâtiment, ils ne sont pas au bout de leurs peines et de nombreuses embûches attendent les deux hommes !
La magie noire chinoise a envahi les lieux et les étages du bâtiment sont truffés de pièges et de guerriers sanguinaires, Burton et Wang Chi tombent d’une trappe et se retrouvent entourés de cadavres dans une cuve remplie d’eau !
De leurs côtés, Egg Shen, le vieil homme ami de Wang Chi, Margo et Gracie Law, restés chez Wang Chi, décident finalement d’aller aider Burton et Wang Chi, ces derniers ne donnant aucune nouvelle…
Mon avis :
Bide monumental au box-office à sa sortie en 1986 (le film a couté 25 millions de dollars et n’en a  pas rapporté la moitié !), « Les aventures de Jack Burton » est sans nul doute le film le plus jouissif de la filmographie de John Carpenter…
Sans doute parce qu’il était en avance sur son temps et par la prise de risques totale de Carpenter, ce film déconcerta le public (surtout américain) mais il se rattrapa plus tard en vidéo et en DVD pour, au final, obtenir le statut de film culte auprès des cinéphiles…
Et pour cause !
« Jack Burton » c’est du plaisir cinématographique absolu malgré une histoire complètement tordue et un scénario bordélique, on se prend un panard total pendant cent minutes, ça n’arrête pas ; c’est une succession de séquences loufoques et bourrées d’action, hommage aux films de la Shaw Brothers que Carpenter affectionnait particulièrement, « Jack Burton » est de plus amplifié par une musique très immersive et qui donne le ton dès le départ (la scène chez l’avocat) jusqu’à un final qu’aucun cinéphile ne peut oublier !
Bourré d’humour, « Jack Burton » doit beaucoup au jeu des acteurs, tous très impliqués, et aux effets spéciaux très bien réalisés mais aussi à ses combats dantesques !
Les répliques font mouche (« j’étais prêt dans le ventre de ma mère »), et Kurt Russell joue un rôle cocasse d’anti-héros qui arrive toujours à la bourre après la bataille, ce sont les autres qui font tout le boulot !
Carpenter emploie et impulse à son film une dérision et un sens du second degré, c’est sans doute cela qui fit que son film fut, à l’époque de sa sortie, mal compris…
« Jack Burton » est pourtant un des meilleurs films de John Carpenter, c’est du bonheur en barres et le tout est réalisé dans une bonne humeur constante et le film est tous publics, si vous avez des enfants dans votre famille, c’est l’occasion de leur montrer un vrai film fantastique d’aventures !
Les décors sont fabuleux et on se retrouve pris dans des passages secrets, des trappes, tout comme les protagonistes, l’effet de surprise est constant et cela renforce l’efficacité du film, à l’action incessante ; Jack Burton/Kurt Russell est à mourir de rire affublé de lunettes quand il se rend au lupanar, les deux actrices aux yeux verts (Kim Cattrall et Miao Yin) sont d’une beauté sublime, quant à Dennis Dun, il est tout à fait crédible en acolyte de Burton, prêt à en découdre lors de combats survoltés où les guerriers s’envolent (tout comme les films de la Shaw Brothers, l’hommage et la référence sont nets !)…
Enorme portnawak vrombissant et déchainé, « Les aventures de Jack Burton » peut se voir et se revoir à intervalles réguliers toujours avec le même plaisir, John Carpenter a tapé dans le mille avec ce film, par ailleurs, il semblerait qu’une suite (ou un remake ?) avec Dwayne Johnson doive voir le jour, je reste dubitatif, comment Dwayne Johnson pourra t-il égaler Kurt Russell dans le rôle de Jack Burton et comment trente- trois années après pourra t-on retrouver le charme du film ?
A voir…
Toujours est –il qu’on ne peut bouder son plaisir avec ce « Jack Burton », c’est un modèle de film d’action sans la moindre violence ou malveillance et tout cinéphile ne pourra passer à côté !
Un bonheur complet !
Note : 10/10