vendredi 11 novembre 2016

HIDDEN de Jack Sholder, 1987

HIDDEN
de Jack Sholder
1987
Etats-Unis
avec Michael Nouri, Kyle Mac Lachlan, Clu Gulager, Danny Trejo, Claudia Christian, Ed O’Ross, Chris Mulkey, Katherine Cannon
Fantastique/action/policier
96 minutes
Grand prix festival d’Avoriaz 1988
Edité en DVD chez Metropolitan vidéo
Produit par la firme New Line
Budget de 5 000 000 dollars
Recettes aux Etats-Unis : 9 747 000 dollars
Box- office en France : 670 213 entrées
Première sortie DVD en France en 2005, fit l’objet d’une ressortie en juin 2016
Synopsis :
Los Angeles, 1987…
Jack de Vries, un homme à priori normal commet un casse d’une sauvagerie incroyable, il est pris en chasse par une dizaine de voitures de police pour finalement être abattu lors d’un barrage, en état de mort imminente, il est emmené à l’hôpital de la ville ; de Vries est en fait possédé par un monstre extraterrestre qui passe de corps en corps !
Tom Beck, un éminent policier, vit avec sa femme Barbara et leur petite fille, ce dernier est chargé d’élucider cette sombre affaire, d’autant que d’autres meurtres ont lieu avec le même modus operandi, à savoir d’une brutalité inouïe et souvent pour voler des voitures de sport…
Lloyd Gallagher, un agent du FBI assez bizarre, se présente au commissariat et prétend aux supérieurs de Beck, John Masterson et Ed Flynn, qu’il a été missionné pour mener l’enquête en binôme avec lui…
Tom invite Gallagher à diner chez lui un soir, son comportement est curieux, il avoue à Tom et Barbara qu’il a perdu sa femme et sa fille et fait un parallèle affectif avec la fille de Tom !
Dans le courant de la nuit, Tom est appelé en urgence, le tueur a été identifié, il se trouve dans une boite de striptease ; Brenda, une des filles du cabaret, a été possédée par l’alien !
Arrivés sur les lieux, Lloyd et Tom la pourchassent dans un atelier de confection !
Parviendront-ils à stopper ce maudit alien lorsqu’il passe d’un être à un autre ?
Gallagher sait beaucoup de choses, les transmettra t-il à Tom ?
Mon avis :
« Hidden » est un film de SF très surprenant et qui démarre à fond les bananes avec des séquences sidérantes d’ultraviolence (même un pauvre handicapé se fait culbuter par la Ferrari de l’assaillant, ça barde sévèrement !) pour prendre une tournure vraiment fantastique dix minutes après son entame (la bestiole qui se balade de corps en corps) et dès ce moment là, le spectateur ne décroche plus du film !
Grâce à un rythme très tonique et des rebondissements incessants, « Hidden » s’avère passionnant à suivre et facile à décrypter, on est pris dans un tournoiement d’action ponctué par des poursuites en voitures, des fusillades et même un humour décalé (ah, le vendeur de voitures d’occasion et son client cocaïnomane !), avec la belle et volcanique Claudia Christian dans un rôle pas facile, elle s’en sort très bien…
La présence de l’alien donne du piment et de la nouveauté au genre qui s’essoufflait et le talent dont fait preuve Jack Sholder (réalisateur de  « Alone in the dark » et du deuxième « Freddy ») est largement à la hauteur, le metteur en scène sait ce qui plait au public friand de sensations fortes et il exécute son travail avec une grande rigueur et un professionnalisme à toute épreuve…
Doté d’un budget conséquent (5 millions de dollars !), « Hidden » est un régal pour tout cinéphile, on ne s’ennuie à aucun moment et le jeu des acteurs (Mac Lachlan et Nouri en particulier) est crédible…
Les dix dernières minutes du film éclairent le personnage de Gallagher et expliquent bon nombre d’interrogations que l’on avait pu se faire auparavant, tout devient limpide…
D’une exécution très rapide qui brouille ainsi les temps morts, le spectateur n’a pas le temps de se poser avec « Hidden » ça n’arrête pas du début à la fin ; certaines scènes sont cocasses (le snack avec la radio à tue- tête et les flatulences), d’autres assez rudes (le meurtre du disquaire) et la bande son presque heavy metal excellente (même l’alien par le biais du personnage dont il a pris l’apparence semble esquisser un « headbang » !)…
« Hidden » revigore totalement le film d’alien par le biais d’un scénario habile et prenant, c’est une réussite incontestable dans le panorama du cinéma fantastique des années 80…
Même la critique ne s’y est pas trompé puisque le film a été auréolé du grand prix d’Avoriaz en 1988 et fut un beau succès commercial…
Bref, « Hidden » est un mélange d’action, de fantastique et d’horreur et renforce ses qualités par des personnages différents de ceux que l’on avait l’habitude de voir dans ce genre de films, Sholder évite le cliché du duo de flics que tout oppose pour se polariser avant tout sur la course contre la montre pour retrouver l’alien, le film y gagne donc en efficacité…
Une grande réussite à contre- courant du cinéma connu jusqu’alors, que je vous invite à visionner au plus vite !

Note : 9/10






dimanche 6 novembre 2016

HALLOWEEN 2 de Rob Zombie, 2009

HALLOWEEN 2
de Rob Zombie
2009
Etats-Unis
avec Malcolm Mac Dowell, Brad Dourif, Sheri Moon Zombie, Scout Taylor Compton, Tyler Mane, Danielle Harris, Brea Grant, Angela Trimbur
Slasher
105 minutes
Budget : 15 000 000 dollars
Recettes mondiales : 39 421 467 dollars
Pas de sorties en salles en France, le film est un direct to DVD/Blu ray
Synopsis :
Haddonfield, Illinois, Etats Unis, de nos jours…
Deborah Myers rend visite à son fils Michael, il est hospitalisé au sanatorium de Smith’s Grove, il a été responsable d’un massacre familial lors de la fête d’Halloween, il était très jeune ; Michael est interné pour le bien de tous, sa pathologie proche de l’autisme et la sauvagerie qu’il a déployée en ont fait quelqu’un de très dangereux…
La seule rescapée du carnage est Laurie Strode, sa sœur, elle fait des cauchemars récurrents et le traumatisme gigantesque qu’elle a vécu la rend vulnérable et paranoïaque…
Après un rêve particulièrement atroce, Laurie est persuadée que Michael s’est enfui de l’hôpital, elle pense qu’il s’agit de prémonitions…
Annie, la fille du shérif local, est la meilleure amie de Laurie, elle vit chez eux, les jeunes femmes ne pensent qu’à faire la bringue et à boire de l’alcool…
Pendant ce temps, le docteur Samuel Loomis, le médecin de Michael Myers, est devenu un richissime écrivain et il effectue des séances de dédicaces à tour de bras lors de congrès…
De multiples meurtres ont alors lieu, nous sommes à la fin octobre !
Michael Myers est bel et bien réapparu et il veut retrouver sa sœur coûte que coûte !
Mon avis :
SPOILERS dans ce qui suit
Aïe, aïe, aïe !
Avec ce deuxième opus estampillé « Rob Zombie », soyons nets, le réalisateur des chefs d’œuvre « Devil’s rejects » ou « House of 1000 corpses » a cru bien faire mais il s’est complètement emmêlé les pinceaux et pourtant, le début était d’une brutalité incroyable, d’une intensité phénoménale (Myers casse la baraque au propre comme au figuré, il explose tout avec une force cataclysmique) mais en fait : GROS FOUTAGE DE GUEULE, ce quart d’heure d’ouverture est en fait : un REVE !
Pour ce prologue, on pense même à des films comme « Rosso sangue » de D’Amato tant la bestialité est soudaine et omniprésente, à la limite on aurait préféré que tout le film soit de cet acabit… Mais il n’en est rien !
Et comme Rob Zombie a produit avec H2 une déclinaison de son style et à cent mille kilomètres des classiques réalisés et produits par John Carpenter, la suite du film ne décolle plus et s’embourbe dans un scénario pataud et anoxique, la dynamique du premier quart d’heure est désamorcée, la tonicité et le sens du rythme ont disparu (à part, peut être le passage du cabaret avec le carnage lors de la copulation), on ne retrouvera plus la vigueur qui fait la marque de fabrique des films de Rob…
On ne peut pas lui en vouloir, il est sincère mais égoïste il prend le parti pris de faire le film POUR LUI et non pas POUR LE SPECTATEUR fan de la saga « Halloween », soit on adhère soit on dénigre mais le pédigrée des films précédents et du mythe de Myers en prend un sacré coup dans l’aile !
Le délire avec « le cheval blanc » OK à la limite en étant ouvert on pourrait accepter sauf que Rob nous le ressert au moins six fois dans le film, le résultat est net et sans appel : « Halloween 2 » est un métrage beaucoup trop personnel, on ne joue pas avec les légendes de la sorte car en plus tout est sérieux, Rob Zombie ne parodie pas il croit dur comme fer à son entreprise, cet aspect arrogant et trop sûr de lui a bien du mal à passer auprès des fans de la première série des « Halloween »…
Pourtant le premier qu’il avait tourné en 2007 était convaincant et très bon, il n’aurait jamais dû tenter une suite, ou alors respecter les codifications de la saga !
Bref, « Halloween 2 » est un immense pétard mouillé, on reste sur sa faim après avoir été « teasé » par le premier quart d’heure, la déception est grande et on ne décolle plus passée l’introduction on a l’impression de s’être faits bernés, c’est le bordel total !
Le personnage de Loomis est décalé par rapport à l’histoire, Rob Zombie en a fait un écrivain vénal et distant de l’ensemble et du postulat, qui méritait d’être beaucoup plus couillu et anxiogène…
Michael Myers apparait comme un fantôme et les rôles principaux des jeunes filles, ses victimes, manquent cruellement de relief, Zombie en a fait des petites connes décervelées adeptes de rock et ne pensant qu’à se faire sauter par le premier venu, il pensait pouvoir nous appâter bah, c’est tout le contraire qui se produit !Il offre une vision dégradante de la femme, encore plus des adolescentes, dans le premier film de 1978, à aucun moment Carpenter ne présentait les victimes de Michael Myers dans une vulgarité aussi poussée...
En définitive, Rob Zombie s’est accordé beaucoup trop de libertés avec le mythe d’ »Halloween », le résultat est proche du grotesque et de l’incongru…
Un ratage complet qui ne donne qu’une envie : se refaire le Carpenter et le Rosenthal, là au moins il y avait de la sincérité et du plaisir lorsqu’on les visionnait…

Note : 2/10





mardi 1 novembre 2016

Le septième juré de Georges Lautner, 1962

LE SEPTIEME JURE
de Georges Lautner
1962
France
avec Bernard Blier, Danièle Delorme, Robert Dalban, Francis Blanche, Françoise Giret, Maurice Biraud, Jacques Riberolles
Policier/Chronique sociale
95 minutes
Synopsis :
Ville de Pontarlier, Franche- Comté, début des années soixante…
Au bord d’un lac et après un déjeuner copieux et arrosé, Grégoire Duval, un notable pharmacien connu de toute la population et ayant pignon sur rue, se promène et découvre une jeune femme,  Catherine Nortier, qui prend un bain de soleil les seins nus ; Duval est pris d’une pulsion et tente de l’embrasser sur la bouche, Catherine résiste et se met à crier, c’est alors que Grégoire l’étrangle et la malheureuse décède sur le coup !
Sylvain Sautral, le petit ami de Catherine, s’était absenté durant le meurtre alors que Duval avait regagné sa place, ni vu ni connu, puisque la seule personne attablée avec lui faisait la sieste, Duval était donc supposé être resté avec lui !
La nouvelle du crime fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la petite ville et tous les journaux en parlent ! Un procès retentissant doit avoir lieu, Sautral semblant être le coupable idéal, tous les mobiles convergent vers lui !
Geneviève, la femme de Grégoire, continue à mener une vie normale, leurs deux enfants également…
C’est alors que Grégoire apprend, de par sa fonction bien sous tous rapports, qu’il sera juré lors du procès…
Mon avis :
Lautner est un réalisateur très méticuleux et le spectateur le constate dès l’ouverture avec des plans magnifiques, Lautner n’a jamais caché ses références à Kurosawa ou Orson Welles chez qui il « emprunte » des trouvailles graphiques de toute beauté…
Avec « Le septième juré » nous nous régalons donc aussi bien sur le FOND que sur la FORME, la satire de la société qui est vue par Lautner fait de son film moins un polar qu’une chronique de mœurs, une étude sociale…
Blier est savoureux et extraordinaire dans son personnage de pharmacien insoupçonnable et nul n’aurait l’idée de le penser coupable du crime ; il s’évertue à défendre Sautral lors du procès sachant dans son fore intérieur que celui-ci est innocent, mais personne ne semble prêter attention à ses dires, pourtant calibrés de manière implacable et juste…
Lautner se sert de tout ce microcosme qui gravite autour de Grégoire (la famille, les amis du club de bridge, les confrères) pour appuyer sa « souffrance » à ne pas être cru ou reconnu « légitimement coupable », « Le septième juré » est donc un métrage extrêmement original dans sa conception de voir les situations, il bouscule totalement les codes du cinéma français d’alors et laisse un goût amer…
Osé comme les seins nus de l’actrice victime, à l’époque très peu de films se permettaient de tels écarts avec la nudité, « Le septième juré » donne une mesure sur la qualité de grands metteurs en scène comme Georges Lautner, et tourné simultanément avec « Les tontons flingueurs » il en est l’antithèse total, ici pas d’humour ni de second degré, tout est perçu par le spectateur de façon frontale et brute…
La technique utilisée est bluffante (le reflet des jantes de la voiture, la caméra mouvante sur des personnages statiques, la contre-plongée visage en gros plan en bas de l’écran/personnage coupé en retrait, le girophare de l’ambulance lors de la scène finale…), « Le septième juré » est une œuvre très atypique et qui a pris une grande importance au fil des années dans le panorama du septième art hexagonal…
A la réalisation flamboyante et se démarquant de tout ce qui a été entrepris auparavant, « Le septième juré » est devenu incontournable plus de cinquante ans après sa sortie et se doit d’être visionné pour comprendre la démarche de Lautner…
Immanquable !

Note : 10/10





Les weekends maléfiques du Comte Zaroff de Michel Lemoine, 1976

LES WEEKENDS MALEFIQUES DU COMTE ZAROFF
de Michel Lemoine
1976
France
avec Michel Lemoine, Howard Vernon, Joëlle Cœur, Nathalie Zeiger, Martine Azencot, Patricia Mionnet, Maria Mancini
Fantastique érotique
85 minutes
aka Seven women for Satan
Edité en DVD chez MondomacabroDVD
Banni par la censure pendant de nombreuses années
Synopsis :
Un village isolé d’une province française, années soixante-dix…
Boris Zaroff, un descendant de châtelains, est en fait un être extrêmement pervers qui kidnappe et entraine de très jeunes femmes au gré de la providence et des rencontres qu’il fait, ainsi une jeune femme faisant du stop sera brutalisée par Zaroff et quasiment violée, puis étranglée et jetée dans un lac !
Karl, le valet de Zaroff, déteste son maitre et prépare une vengeance contre lui…
Alors que Murielle et Francis, un couple de jeunes gens dont la voiture tombe en panne, trouvent refuge dans le manoir de Zaroff, celui-ci leur fait visiter une pièce avec des instruments de tortures médiévales, le couple périra dans des souffrances atroces…
Anne de Boisreyvault, une des premières femmes que Zaroff a aimée, réapparait dans des flashs sous l’allure d’un fantôme ; Zaroff, pris d’une pulsion incontrôlable, se rend dans le caveau où la belle repose…
Il est suivi par Karl, qui l’enferme avec le corps d’Anne…
Karl a bien prévu sa manigance et pourra ainsi récupérer la fortune de Zaroff suite à la vente de son manoir…
Mais tout bascule lorsque Karl rentre sa voiture, il n’est pas seul !
Mon avis :
Longtemps demeuré interdit et banni dans plusieurs pays, « Les weekends maléfiques du Comte Zaroff » (quel titre !) est un sommet du film grindhouse qui met en exergue des thématiques telles que la perversion sexuelle, la torture, le sadisme, le masochisme et même, cerise sur le gâteau : la nécrophilie ! (rien que ça !)
Mais c’était sans compter sur le talent de l’immense Monsieur qu’est Michel Lemoine, ami de Jean Cocteau et qui prend pour référence et pour maitre absolu Mario Bava (il a même tourné pour lui dans « Arizona Bill » et dans une multitude de classiques de la série B italienne), Lemoine connaît son travail et sait exactement comment retenir l’attention du spectateur grâce à des actrices volcaniques et peu avares de leurs charmes (les érotomanes seront comblés !) et il parvient à donner corps à un scénario à la base maigre et sans relief pour faire tout dévier dans la deuxième moitié du métrage vers une mélancolie insoupçonnée ; IL FAUT DONC JUGER LE FILM DANS SA GLOBALITE, ce qui est primordial pour bien l’apprécier…
Certes un peu bancal voire nanardesque (ah la scène avec cette cruche de Murielle et ses visions intempestives), « Les weekends maléfiques du Comte Zaroff » est par moments inégal au niveau du scénario et peu crédible mais si l’on en retient les éléments positifs, le cinéphile passera un agréable moment car le charme opère réellement, comme pour les films de Rollin ou les productions Eurociné, on est exactement dans la même mouvance !
Ne vous attendez pas à un remake des « Chasses du Comte Zaroff », le film de Lemoine n’a fait qu’emprunter le nom de Zaroff pour nommer le comte, mais ici la trame et l’histoire n’ont aucun rapport avec le classique des années trente…
Bref, tout ceci est bougrement sympathique, les décors sont magnifiques (le lac, les recoins du manoir, les cadrages et le passage du caveau), on peut aisément parler de gothique pour certaines séquences, il y a bien l’influence des maitres du genre comme Terence Fisher ou Riccardo Freda avec le côté vintage des années soixante-dix…
Le DVD semble assez difficile à dénicher et le film est suffisamment rare pour que l’on boude son plaisir, donc un seul conseil : ruez- vous dessus pendant qu’il en est encore temps !
Michel Lemoine a l’avantage et la qualité d’être quelqu’un de très sincère et respectueux de ses illustres ainés cinématographique, les bonus du DVD de MondomacabroDVD sont immanquables, Lemoine explique tout dedans…
« Les weekends maléfiques du Comte Zaroff » est un film référentiel en matière de grindhouse érotico fantastique !

Note : 9/10



dimanche 30 octobre 2016

La baie sanglante de Mario Bava, 1971

LA BAIE SANGLANTE
de Mario Bava
1971
Italie
avec Claudine Auger, Nicoletta Elmi, Luigi Pistilli, Laura Betti, Claudio Camaso, Leopoldo Trieste, Isa Miranda, Chris Avram, Giovanni Nuvoletti
Slasher
80 minutes
Musique de Stelvio Cipriani
aka Bay of blood
aka Reazione a catena
Edité entre autres en DVD chez TF1 vidéo et Carlotta films
Synopsis :
Un village côtier d’Italie, près d’une baie, au début des années soixante-dix…
Frank Ventura, un homme arrogant et vénal, se borne à vouloir acquérir le manoir des Donati, une riche famille dont la comtesse Federica, une vieille dame invalide, lui refuse sans cesse les propositions…
Celle-ci est violemment attaquée un soir puis pendue alors que son agresseur est poignardé à mort à son tour et ce, de façon simultanée !
Brunhilda, une jeune fille blonde faisant partie d’un groupe de jeunes fêtards, se baigne nue dans le lac de la baie, elle découvre, horrifiée, un cadavre qui n’est autre que celui du père Donati !
Une succession de morts violentes va déferler sur ce lieu idyllique alors que Paolo Fossati, un spécialiste des insectes, semble être le coupable idéal, sa femme Anna paraissant énigmatique et aux pratiques curieuses…
Paolo sera finalement tué ! Ce qui brouille les pistes et fait que personne n’a plus confiance en personne, l’acquisition du manoir et de facto de la propriété de la baie, restant la principale motivation du (ou des ?) tueur(s)…
Renata, Albert, Simon, trois autres protagonistes, sont mêlés de près ou de loin à cette sordide et sanglante affaire…
Un final particulièrement nihiliste va achever toutes les probabilités et toutes les chances pour les meurtriers d’acquérir la baie !
Mon avis :
« La baie sanglante » est un film très important dans la carrière de Mario Bava, en effet, il casse et fait exploser toutes les conventions qu’il avait établies dans son cinéma pour accoucher d’un pré-slasher vintage aux confins du giallo et du film gore (les séquences sanguinolentes abondent dans « La baie sanglante »), ici Bava abandonne le style gothique qui fit sa renommée et se concentre sur une intrigue policière ponctuée de fulgurances horrifiques et déclinée par des personnages stupides et propices à se faire dézinguer (exactement comme pour la série des « Vendredi 13 » où le spectateur jouit d’assister à ces meurtres de protagonistes débiles et têtes à claques)…
Bava se lâche totalement et semble se moquer du prétexte vénal de la baie, en fait il reprend texto le scénario de « L’île de l’épouvante » dont il était mécontent et change la formule chimique de ce film par l’acquisition du manoir, tout le reste est idem, mais Bava rajoute la sauce au niveau brutalité et sexe : « La baie sanglante » est une version plus appuyée en méchanceté que « L’île de l’épouvante », Bava avait des impératifs et devait contenter un public planétaire (dont le Japon) friand de violence et de sexe…
Le résultat est donc très impressionnant et déjà précurseur du genre, puisque la scène légendaire du pic planté dans le corps du couple qui copule sera repris par la suite dans un segment de "Vendredi 13 », le gore est très graphique dans « La baie sanglante » et les trucages très efficaces (la serpe longiligne plantée en pleine face, la décapitation en gros plan, le meurtre hyper glauque lors du prologue)…
Voulant volontairement déstabiliser le spectateur, Bava agrémente son métrage de séquences dégoutantes (la pieuvre qui se meut sur le cadavre) mais aussi bien perverses (l’œil du voyeur derrière les lattes du mur en bois) et le côté « peace and love » des jeunes (mention à la blonde qui nage nue dans la baie) est explosé par la bestialité des crimes effectués par les monstres tueurs…
Tout est décomplexé et en roue libre dans « La baie sanglante » et le scénario labyrinthique (ils ont été plusieurs à l’écrire !) fait que quelques fois le spectateur peut s’y perdre, il y a énormément de rebondissements, ça n’arrête pas, Bava invente le whodunit tonique que « Scream » reprendra vingt- cinq ans plus tard !
Une nouvelle fois, Mario Bava étonne le cinéphile et déploie toutes les cartes de son talent pour faire s’envoler le genre, un simple giallo/slasher devient un chef d’œuvre dès qu’il passe entre ses mains, comme si la magie de son génie transformait le banal en exceptionnel, l’anodin en inoubliable…
« La baie sanglante » est à marquer d’une pierre blanche dans la filmographie et régénère sa marque de fabrique, prouvant qu’il est capable de se diversifier tout en continuant à contenter son public de façon très sincère et plus accessible à ceux qui ne connaissaient pas son cinéma…
Tous les DVD existants sont de bonne qualité et « La baie sanglante » s’impose comme l’une des œuvres les plus majeures du Maestro, il est donc fondamental de l’avoir visionné…

Note : 10/10





samedi 29 octobre 2016

Le corps et le fouet de Mario Bava, 1963

LE CORPS ET LE FOUET
de Mario Bava
1963
Italie
Avec Christopher Lee, Daliah Lavi, Tony Kendall, Ida Galli, Luciano Pigozzi
Fantastique gothique
83 minutes
Edité en DVD dans la collection Mad movies
Musique de Carlo Rustichelli
aka The whip and the body
aka La frusta e il corpo
Synopsis :
Un pays d’Europe du Nord, au dix- neuvième siècle…
Kurt Menliff, un homme mince et de grande taille à l’allure charismatique débarque dans le château de sa famille d’où il avait fui quelques temps auparavant…
Il y retrouve sa belle-sœur, Nevenka, une femme brune ultra sexy avec qui il a entretenu une relation pour le moins douteuse et ambiguë ; le mari de Nevenka, Christian Menliff, semble impuissant pour endiguer la passion vénéneuse qui lie Kurt et sa femme, alors que Katia, une jeune femme vivant dans la maisonnée, semble terrifiée par Kurt…
Losat, le valet boiteux, va fréquemment faire des rondes dans la crypte du château, située en contrebas…
Lorsque Kurt est retrouvé mort, un poignard dans la gorge, Nevenka est effrayée, elle est envahie de visions fantomatiques où elle voit Kurt essayant de l’accaparer, multipliant les coups de fouets sur son corps sublime…
Kurt avait toujours eu une influence sur Nevenka mais même après son décès il parvient une nouvelle fois à faire partie du quotidien de la jeune femme et ce, de jour comme de nuit…
Qui a tué Kurt ? d’autres meurtres, comme celui du patriarche, se succèdent…
L’impossible semble être cependant probable lorsque Christian et Losat exhument le cercueil de Kurt…
La révélation finale sera des plus surprenantes !
Manipulation, sadomasochisme, érotisme et mystère seront légion durant toute l’histoire du film…
Mon avis :
Tourné la même année que l’illustre « Trois visages de la peur », « Le corps et le fouet » est le deuxième chef d’œuvre de Bava avec son film à sketchs de 1963, ce métrage transpire toutes les codifications bavaiennes et elles sont magnifiées et poussées au summum artistique du Maestro MAIS il s’imprègne d’un nouvel élément, jamais exploité dans le cinéma d’alors et plutôt couillu et inhabituel pour l’époque : le sadomasochisme !
Christopher Lee (vu dans « Hercule contre les vampires » et au firmament de sa carrière avec les perles hammériennes, la série des « Dracula ») se fait voler la vedette par la somptueusement volcanique Daliah Lavi, une actrice venue d’Israël, c’est elle qui dirige le film, le rôle de Kurt n’étant qu’un prétexte à de sombres hallucinations rendues à la jeune femme et le dénouement (sidérant et très intelligent) la hisse au rang des actrices charismatiques que Bava affectionnait, au même titre que Barbara Steele, malgré les relations exécrables entretenues entre cette dernière et Bava…
Fidèle à ses trognes, on retrouve l’actrice qui joue la vieille femme qui réapparaitra dans le « Operazione Paura » et que l’on voit à la fin du segment « La goutte d’eau » dans « Les trois visages de la peur » (comment l’oublier ?) et même la splendide Ida Galli qui joue un second rôle dans le « Ercole alla centro della terra » aka « Hercule contre les vampires » ; Bava reprend un peu le canevas scénaristique du « Masque du démon » avec ses cryptes, ses passages secrets derrière des cheminées et le prénom d’une des protagonistes est également Katia comme pour le film précité…
On est en plein dans le baroque, dans les jeux de couleurs, du bleu, du rouge, du vert servant à bonifier l’aspect gothique que seul Bava pouvait créer et rendre complémentaire à l’histoire de son film, en appuyant le côté anxiogène et envoutant de son cinéma unique…
Il y a dans le regard, dans les yeux de Daliah Lavi/Nevenka quelque chose qui fait qu’on la sent attirée et apeurée en même temps, c’est presque pathologique, elle sait qu’elle va se faire fouetter mais ça lui plait, elle est victime sadomasochiste de son bourreau Christopher Lee/Kurt mais cette sensation est à la fois érotique et douloureuse, la belle, en martyre, se mange des coups de fouets et semble apprécier cela ; rarement un film (et surtout à cette époque, on est quand même au début des années soixante !) n’aura osé aller aussi loin dans la douleur charnelle que « Le corps et le fouet », mais en plus, stylisée de façon remarquable et audacieuse…
Pour se faire une idée réelle de l’étendue du talent de Mario Bava, « Le corps et le fouet » est un film incontournable dans sa filmographie, tour à tour mystérieux, insolite, pénétrant et hypnotique, ce chef d’œuvre est à voir et revoir sans la moindre retenue, il prouve une nouvelle fois que le cinéma italien allait plus loin que tous les autres cinémas, empli d’une force, d’une vigueur et d’un charme que l’on ne retrouvent nulle part ailleurs…
« Le corps et le fouet »  est mythique dans sa réalisation et extrêmement osé dans son contenu mais reste d’une pudeur exempte de vulgarité, Bava nous a pondu un film magique et somptueux, à mille lieues des codes du septième art référencés jusqu’alors…
Prodigieux, exceptionnel et de plus le DVD sorti par Mad movies a une image de très bonne qualité avec un plein écran et un menu excellent, il est à posséder impérativement !

Note : 10/10





dimanche 23 octobre 2016

PIRANHA 2, Les tueurs volants de James Cameron et Ovidio G. Assonitis, 1981

PIRANHA 2, LES TUEURS VOLANTS
de James Cameron et Ovidio G. Assonitis
1981
Etats-Unis/Pays Bas/Italie
Avec Lance Henriksen, Tricia O’ Neill, Steve Marachuk, Carole Davis, Leslie Graves
Fantastique
90 minutes
SFX de Gianetto de Rossi
aka Piranha 2 : the spawning
Synopsis :
Une station balnéaire dans les Caraïbes, début des années quatre vingts…
Anne Kimbrough, une monitrice, est en conflit amoureux avec Steve, son mari, qui est policier, leur fils, Chris, un adolescent, est resté avec sa mère dans un luxueux hôtel où les vacanciers se pressent afin de profiter du soleil et de la plage…
Lorsqu’Anne découvre deux cadavres dévorés lors d’une expédition sous-marine elle alerte Steve…
Il semble que des piranhas d’une taille gigantesque se trouvent non loin des côtes, le danger est imminent…
Devant l’incompétence des autorités et n’étant pas prise au sérieux, Anne se rend à la morgue avec un ami, elle photographie l’un des cadavres supposé victime des piranhas ; prise en flagrant délit par la concierge de la morgue, Anne s’enfuit…
C’est alors qu’un piranha, resté dans le ventre du macchabée, tue la concierge en s’envolant ( !)…
Chris est embauché sur le bateau de Monsieur Dumont comme matelot pour une virée maritime ; sa fille, Alison Dumont, lui plait beaucoup…
Alors que Chris et Alison partent en bateau pneumatique, sur la terre ferme des centaines de piranhas attaquent les clients de l’hôtel, c’est un vrai carnage !
Steve part à la recherche de son fils, il est peut- être déjà trop tard !
Anne, quant à elle, veut percer à tout prix le secret de ces piranhas et part dynamiter leur nid, situé sur une épave gisant à plusieurs kilomètres de fond…
Mon avis :
Soyons nets, « Piranha 2, les tueurs volants » est vraiment en deçà du premier, les personnages sont pour la plupart des « neuneux », ça vole bas (encore plus bas que les piranhas !) et le film est bourré d’incohérences (les attaques ne sont pas logiques si on regarde le déroulement des séquences, exemple : Ann n’est pas attaquée par le ban de piranhas lorsqu’elle est dans l’épave, par contre, ceux-ci tuent tous les vacanciers cinq minutes après ! on capte rien à l’intrigue !)…
Très libidineux et avec des filles superbes mais racoleuses, « Piranha 2 » accumule les séquences avec un rythme désordonné, hormis deux trois passages (dont l’attaque de l’hôtel et le meurtre de la concierge par égorgement), le film ne tient pas la route, anémié par un scénario très faible et une absence de rigueur flagrante !
C’est ce tâcheron de Ovidio G. Assonitis, déjà responsable du catastrophique « Tentacules », qui a, en fait, réalisé le film, après avoir viré James Cameron au début du tournage…
Heureusement, un point positif, les effets spéciaux de Gianetto « Zombi/Fulci » de Rossi et là, rien à dire, ça gorasse grave et c’est hyper bien fait ! au moins on a ça !
« Piranha 2, les tueurs volants » a, depuis sa sortie, été catalogué comme nanar mais c’est justifié, c’est un film bâclé, outrancier et risible à de multiples reprises mais on sent en plus que Assonitis n’est pas sincère et se fiche de contenter son public, c’est une arnaque, il a créé son film pour surfer sur le succès du précédent et amasser un maximum d’argent, seulement nous ne sommes pas dupes ! La réputation de très mauvais film ne s’est pas fait attendre et justice est faite…
Le pauvre James Cameron, malade pendant le tournage et aux idées sous employées par Assonitis (à l’instar de cette crapule d’Alfredo Leone avec Bava pour « La maison de l’exorcisme », le parallèle peut être effectué) considère que son véritable premier film est « Terminator » et on le rejoint…
Pour se faire plaisir, il est plutôt conseillé de revoir le premier opus de Joe Dante ou le remake ultra jouissif d’Alexandre Aja, ce « Piranha 2 » est à balancer à la benne direct !

Note : 3/10