mercredi 14 février 2018

Crimes au cimetière étrusque de Sergio Martino, 1982


CRIMES AU CIMETIERE ETRUSQUE
de Sergio Martino
1982
Italie
avec Elvire Audray, Claudio Cassinelli, John Saxon, Franco Garofalo, Van Johnson, Marilu Tolo, Paolo Malco
Film fantastique
94 minutes
VHS édité chez René Château vidéo
Musique de Fabio Frizzi
Distribué par les films Jacques Leitienne
Inédit en DVD
aka Assassinio al cimitero etrusco
Synopsis :
Joan est une jeune femme dont le mari est archéologue, elle a souvent des cauchemars récurrents où elle se voit dans un mausolée étrusque et elle voit des asticots dévorant des cadavres…
Arthur Blanc, l’archéologue, découvre des caisses dans une grotte en Italie, il semblerait que le père de Joan, un riche industriel, se soit servi de la découverte d’Arthur pour faire rapatrier les caisses dans le but d’y introduire de l’héroïne en vue d’un trafic juteux…
Lorsque Blanc décède d’une mort mystérieuse (il est retrouvé la tête à l’envers), Joan arrive en Italie, elle y rencontre Mike et se rend dans la nécropole étrusque découverte par Arthur, elle y trouve plusieurs touristes dont un photographe…
Des morts violentes se succèdent à vitesse grand V, le photographe se suicide par pendaison et un séisme touche la nécropole…
Joan comprend alors qu’une malédiction ancestrale a atteint la grotte ; avec l’aide de Mike elle décide de percer le mystère de la nécropole, les deux jeunes gens creusent le sous-sol de la grotte, ce qu’ils vont y découvrir est stupéfiant !
Mon avis :
« Crimes au cimetière étrusque » est une sorte de néo giallo tardif et très très rare puisqu’il n’existe qu’en VHS et n’a bénéficié d’aucune édition en DVD ; le casting est de choix avec notamment Elvire Audray (actrice décédée sosie de Sylvie Vartan, vue également dans le mythique  « Iron master » « La guerre du fer » d’Umberto Lenzi avec George Eastman), Van Johnson (vu dans le « SOS Concorde » de Deodato), Paolo Malco (vu dans « Frayeurs » de Lucio Fulci), Claudio Cassinelli, un habitué des films de Sergio Martino (vu dans « La montagne du dieu cannibale », « Le continent des hommes-poissons » et « Alligator »), la belle Marilu Tolo au regard incendiaire, vue dans « Roy Colt et Winchester Jack » de Mario Bava et surtout l’inénarrable Franco Garofalo (Frank Garfield pour l’exportation aux Etats-Unis), l’inoubliable Santoro de « Virus Cannibale » de Bruno Mattei, ici en photographe…
C’est dire qu’on a là un panel important de plein d’acteurs habitués au bis transalpin, le tout transcendé par une musique de Fabio Frizzi qui reprend des copiés collés de la musique de « Frayeurs » mais l’ensemble a un charme fou malgré un scénario bancal voire carrément bordélique (on se demande comment la douzaine de caisses a voyagé de mains en mains, un coup en Italie, un coup à New York) mais en passant outre ces quelques défauts, force est de reconnaître que l’on ne s’ennuie pas et qu’on est pris dans une intrigue à la fois insolite et rocambolesque…
Le prétexte de la nécropole est la clef de voûte des peurs de Joan/Elvire Audray et Sergio Martino insiste pas mal sur les hallucinations de ce personnage avec des passages d’asticots qui ronge des têtes de cadavres….
Par moments, le film est un peu délirant (les deux top models photographiées au milieu des touristes !), la mort de Garofalo par pendaison a du mal à trouver une explication dans le script, « Crimes au cimetière étrusque » est sans doute l’un des moins bons métrages de Sergio Martino mais n’en reste pas moins fort attachant…
Vendu comme « Interdit aux moins de dix-huit ans » sur la jaquette de la VHS René Château, « Crimes au cimetière étrusque » ne contient aucune scène gore et ne suscite pas énormément de peur, la qualification est donc totalement exagérée et les cinéphiles lambda pourront visionner le film sans la moindre crainte…
Vraiment rare et difficilement à trouver, ce « Crimes au cimetière étrusque » est doté  de bons atouts et ravira les cinéphages fanatiques de perles du Z rital ; au rythme parfois lent, le film exerce cependant une fascination indéniable grâce à des décors de souterrains qui ne sont pas sans rappeler ceux de la crypte dans « Frayeurs » (pas mal de similitudes entre les deux films)…
Bref, si vous tombez sur la VHS lors d’une brocante, alors foncez !
Sans être un chef d’œuvre (Martino nous a habitués à mieux), « Crimes au cimetière étrusque » se visionne avec grand plaisir, la belle Elvire Audray irradie le film par son charme et y est omniprésente (on la voit pratiquement à tous les plans), Sergio Martino sublime l’actrice qui tient ici un de ses plus grands rôles…
A voir si l’occasion se présente !
Note : 8/10
Immense merci à Guillaume Gama Mathieu pour le cadeau qu’il m’a offert !







Piège de cristal de John Mac Tiernan, 1988


PIEGE DE CRISTAL
de John Mac Tiernan
1988
Etats-Unis
avec Bruce Willis, Robert Davi, Bonnie Bedelia, Alan Rickman, Reginald Veljohnson, William Atherton, Alexander Godunov
Film d’action
132 minutes
Directeur de la photographie : Jan de Bont
aka Die hard
Budget : 28 000 000 dollars
Recettes au box-office : 140 800 000 dollars
Synopsis :
Los Angeles, Etats-Unis en 1988 le jour de Noël…
John Mac Clane, un flic new-yorkais, arrive par avion pour retrouver sa femme Holly et ses deux enfants, cela fait longtemps qu’il n’a pas revu sa famille et sa femme a repris son nom de jeune fille Holly Gennero, elle travaille à la tour Nakatomi Plaza pour une multinationale japonaise et a une fonction élevée au sein de cette entreprise…
Richard Thornburg, un des collègues de Holly, lui tourne autour et a des intentions libidineuses sur elle ; John finit par arriver dans la tour, il a laissé son taxi au parking souterrain afin que celui-ci le récupère lorsqu’il sortira…
Un cocktail gigantesque est donné avec le directeur japonais et ses employés ; c’est alors qu’une douzaine de terroristes débarque, après avoir tué l’agent d’accueil au rez de chaussée de la tour…
Mac Clane était caché dans un bureau à part lors de l’arrivée des terroristes ; Hans Gruber, leur chef, ignore la présence de Mac Clane, il isole le PDG et lui demande des codes informatiques, ce dernier ne peut lui transmettre et est abattu !
Gruber veut faire croire à une prise d’otages et demande des contreparties bidons pour retarder l’arrivée de la police…
Mac Clane, pieds nus et en marcel, combat comme il peut les terroristes et abat l’un d’eux, Tony, le frère de Karl, un colosse blond qui jure d’avoir la peau de Mac Clane !
Arrivé sur le toit de la tour, John Mac Clane parvient à prévenir les secours ; le sergent de police Al Powell se trouvant non loin des lieux, se déplace dans la tour Nakatomi Plaza…
C’est alors que Richard Thornburg, pensant bien faire, signale à Hans Gruber, la présence de Mac Clane dans la tour !
Un combat sans merci se livre entre Mac Clane et les terroristes, et Al Powell alerte ses collègues afin que des renforts arrivent fissa…
Le Nakatomi Plaza est assiégé et Gruber et ses hommes sont munis d’explosifs !
Mon avis :
Premier opus de la longue saga des « Die hard », ce « Piège de cristal » est sans conteste le meilleur ; il introduit le personnage de John Mac Clane et Bruce Willis (alors seulement connu du public pour la série « Clair de lune ») nous donne une vision inoubliable d’un flic héros malgré lui face à des terroristes impitoyables, le tout avec un élément de film catastrophe : une tour assiégée !
Mais « Piège de cristal » n’est pas uniquement un banal film policier car John Mac Tiernan a eu l’excellente idée de le doter d’un humour impayable avec pléthore de répliques humoristiques qui désamorcent ainsi l’aspect anxiogène et claustrophobique de cette tour dans laquelle nous sommes piégés, aussi bien les otages que le spectateur…
Au niveau de l’action, ça déménage et il y a nombre d’explosions, de fusillades et d’effets pyrotechniques, les deux heures dix passent à toute vitesse et on se régale !
Bourré de qualités et de seconds rôles épatants (le flic Al Powell, le chauffeur de taxi, Robert Davi en agent du FBI couillu et sûr de lui), « Piège de cristal » est le must absolu de l’actioner fin des années quatre-vingts outre Atlantique, c’est tellement bien et bon lorsqu’Hollywood nous sort des classiques pareils, oui il s’agit bien d’un classique, d’un blockbuster certes, mais intelligent, rigoureux et lisible, il ne faudrait pas bouder son plaisir devant un film aussi réjouissant…
Tout le monde connaît « Piège de cristal » et tout le monde est unanime pour dire qu’on prend un pied total à chaque visionnage, John Mac Tiernan signe ici un de ses meilleurs films et avec celui-ci la carrière de Bruce Willis allait s’envoler, érigeant l’acteur comme une valeur sure d’Hollywood et le propulsant comme méga star !
Chaque visionnage est un pur bonheur et il est difficile de ne pas tomber sous le charme de ce film rondement mené et vraiment hyper efficace…
« Piège de cristal » est à revoir au moins une fois tous les deux trois ans, le plaisir est intact et il n’a pas vieilli, grâce à un dynamisme dans la réalisation et des acteurs convaincants qui ont bien dû s’amuser en le tournant…
Jubilatoire du début à la fin, un très grand film qui fut un immense succès bien mérité !
Note : 9.5/10












mardi 13 février 2018

Les invasions barbares de Denys Arcand, 2003


LES INVASIONS BARBARES
de Denys Arcand
2003
Québec/France
avec Marie-Josée Croze, Rémy Girard, Stéphane Rousseau, Dorothée Berryman, Louise Portal
Drame
99 minutes
Budget : 5 000 000 dollars canadiens
César 2004 du meilleur film et du meilleur réalisateur
Cannes 2003 prix du meilleur scénario
Oscar 2004 du meilleur film étranger
Synopsis :
Montréal, début des années deux-mille…
Rémy, un homme d’une cinquantaine d’années, est hospitalisé pour un cancer, l’hôpital dans lequel il est soigné souffre d’un manque de moyens et les malades des urgences dorment dans des couloirs, Rémy, quant à lui, partage sa chambre avec d’autres patients…
Son ex- femme, Louise, est au début, la seule à son chevet, mais devant la progression de sa maladie, elle prévient en urgence son fils Sébastien, un riche ingénieur expatrié en Grande Bretagne, qui accoure voir son pauvre père ; les deux hommes étaient fâchés et ne s’adressaient guère la parole, mais là, devant la situation bien particulière, des liens se retissent entre eux…
La maladie progresse inexorablement et c’est maintenant les métastases qui atteignent le cerveau de Rémy ; Sébastien donne des pots de vins à des infirmiers et des membres syndicalistes des services techniques de l’hôpital pour qu’on aménage à Rémy une chambre seule, neuve, à l’étage inférieur où il se trouvait…
Puis c’est Pierre, Dominique, Claude et les autres amis de Rémy qui lui rendent visite, ils se remémorent les souvenirs de moments joyeux passés ensemble ; Rémy ironise sur ses multiples conquêtes féminines, ses amis lui apportent de bons petits plats…
La souffrance due à la maladie est telle que Sébastien parvient à se procurer de l’héroïne et la fait fumer à Rémy pour atténuer ses douleurs…
En phase terminale de son cancer, Rémy décide de finir ses jours dans sa maison de campagne, entouré de ses plus fidèles amis et de sa famille…
Un voyage sans retour vers le ciel le guette…
Mon avis :
Second film d’un triptyque initié par le célèbre « Déclin de l’empire américain », « Les invasions barbares » est un film à la tonalité mélancolique souvent désamorcée par des moments de gaité et servie par de très grands comédiens qui jouent juste, Denys Arcand ne prend jamais le parti pris du pathos ou du larmoyant mielleux et choisit plutôt  de nous montrer une « tranche de vie » par le biais d’un homme atteint d’une grave maladie…
Arcand mêle des thématiques comme les conflits intergénérationnels (la relation difficile père/fils), la vie en hôpital, la franche amitié et les soins palliatifs face au cancer ; le metteur en scène joue sur la corde avec justesse malgré un élément scénaristique impossible et pas du tout crédible (l’homme malade, Rémy, est en phase terminale d’un cancer, il devrait être amaigri, dénutri et au teint malade, or, dans le film il n’en est rien ! l’acteur est de forte corpulence, parle distinctement, rigole avec ses amis, c’est une erreur grave de la part d’Arcand car cette incongruité dessert complètement son film !)…
Si l’on passe outre  ce gros problème de crédibilité, on peut se laisser porter par ces « Invasions barbares », le titre fait référence aux terroristes du 11 septembre 2001 et on peut aussi voir dans le terme « invasion » celle du cancer qui ronge le corps de Rémy avec pour seule issue possible, la mort…
Le personnage du fils incarné par Stéphane Rousseau est bouleversant, il fait des pieds et des mains pour « améliorer » le confort de son père et ce, dans un climat difficile ; le fils ira même jusqu’à braver la loi pour trouver de l’héroïne à son père afin que celle-ci atténue ses souffrances dues à la maladie…
« Les invasions barbares » est un très beau film, Denys Arcand sait manier sa caméra (le début est sidérant avec cette entrée dans les couloirs des urgences de l’hôpital) et la poésie ambiante règne tout le long du métrage (Arcand choisit de nous montrer le ciel pour nous faire deviner la mort de Rémy, ce plan est magnifique !)…
Joué de façon juste et au déroulement des plans très fluide et assez courts (Arcand utilise beaucoup de fondus au noir), « Les invasions barbares » nous laisse un sentiment rassérénant et ému, Denys Arcand choisit la manière frontale dans la comédie dramatique mais refuse de choquer le spectateur comme beaucoup d’autres réalisateurs auraient pu tomber dans ce piège…
Sur un sujet hyper casse gueule, Denys Arcand s’en sort parfaitement et son film est une petite merveille ; il a obtenu beaucoup de récompenses (Oscar, Césars) et fit sensation au festival de Cannes en 2003, ces distinctions sont amplement méritées…
Quasiment un film d’auteur, « Les invasions barbares », outre la qualité cinématographique qu’il déploie, séduira facilement les cinéphiles fans de beaux films ou le public habitué aux comédies dramatiques qui évitent la vulgarité, dans l’ensemble, on a là une des meilleures productions que le cinéma québecois nous ait offerts depuis des lustres, les films venant de ce pays sont tout de même plutôt rares donc il ne faut pas bouder « Les invasions barbares », c’est un film immense à encourager fortement !
Note : 9/10









samedi 10 février 2018

Batman the killing joke de Sam Liu, 2016

BATMAN THE KILLING JOKE
de Sam Liu
2016
Etats-Unis
avec les voix de Mark Hamill, Kevin Conroy, Tara Strong, Ray Wise, Bruce Timm
Dessin animé/film de super héros
73 minutes
Scénario écrit par Alan Moore
Budget : 3 500 000 dollars
Recettes en direct to DVD : 4 400 000 dollars
Synopsis :
Ville de Gotham City…
Barbara Gordon, une jeune bibliothécaire, est en fait la super héroïne Batgirl la nuit, elle traque les dangereux criminels qui sillonnent la ville et se bat à mains nues, maitrisant les techniques de self défense ; lorsqu’elle se trouve en difficulté, Batman intervient pour l’aider…
Paris Franz, un malfaiteur à la solde de Lord Francesco, s’introduit au domicile de Batgirl et de son père, il kidnappe ce dernier et l’emprisonne en le mettant tout nu avec d’autres malfrats…
Alors que se joue un jeu sexuel et limite sadomasochiste entre Batgirl et Batman, le Joker, ennemi juré de Batman parvient à s’échapper de l’asile d’Arkham ; le film nous replonge dans le passé du Joker, alors qu’il était jeune, et l’on découvre qu’il était chansonnier et que ses spectacles furent des bides ; il fut embauché par deux bandits pour cambrioler une usine mais ceux-ci furent tués lors du forfait…
Le Joker libre a reconstitué une immense fête foraine avec des manèges, des roues et des bêtes de foire, c’est à cet endroit que Batman le retrouve pour l’affronter…
Ce qui devait être un pugilat sans pitié va virer à la pantalonnade, le Joker racontant une blague hilarante à Batman et les deux hommes riant de bon cœur tous les deux…
Barbara Gordon/Batgirl, blessée grièvement lors d’un assaut pour neutraliser le Joker –alors que Batman le lui avait déconseillé- se retrouve en fauteuil roulant…
Batgirl pénètre dans une pièce cachée de son appartement et active un code secret…
Mon avis :
Scénarisé par l’immense auteur Alan Moore, « Batman, the Killing joke » prend le contrepied total de tout ce que nous connaissions alors de ce personnage, tout est totalement revu et agrémenté de manière inédite, même au niveau du Joker, on a une approche qui nous transporte dans son passé et là, les auteurs du scénario ont mis le paquet, il y a une sensibilité sur ce personnage (le Joker était fauché, c’était un comique dont les représentations ne marchaient pas du tout, sa femme était enceinte et vivant dans la misère, il accepta un deal foireux avec deux gangsters) et la relation entre Barbara/Batgirl et Bruce Wayne/Batman est trouble et énigmatique…
On sent un rapport très sexué entre Batgirl et Batman, presqu’incestueux (on penserait que Batman « protège » Batgirl comme une sœur) mais c’est là où l’originalité du script explose, lors de la scène du baiser et de la copulation (hors champs) entre Batgirl et Batman qui fera exploser en éclats les conventions des adaptations de ces deux super héros (impensable en film, même réalisé par Christopher Nolan !) ; on a donc une relecture du mythe Batmanien tout à fait passionnante et intéressante…
Ce que le spectateur s’attendait à voir et bien il peut oublier ! Le final avec l’affrontement Joker/Batman tourne à l’invraisemblable que nul n’aurait pu anticiper (Joker raconte une blague à Batman !) alors que Batgirl a frôlé la mort et se retrouve paralysée en fauteuil roulant…
Très énigmatique c’est le mot qui convient et qui colle à la peau de ce « Batman, The Killing joke », encore une fois l’homme chauve-souris n’a pas fini de nous étonner !
Techniquement, c’est du très beau boulot et l’animation est magnifique, tout comme les décors employés ou la continuité des plans séquences, nous sommes envoûtés par le charme de ce dessin animé qui a coûté une fortune (trois millions et demi de dollars), cela permet également d’assister à un spin-off en parallèle des « films » classiques en chair et en os puisqu’il y en a pléthore, le fan inextinguible de « Batman » a de quoi faire et du rêve à se mettre sous le dent, et ce n’est pas peu dire !
Tentative courageuse et très réussie, « Batman, The Killing joke » brise et remodèle un mythe à sa sauce, celle d’Alan Moore et ne pourra décevoir les fans purs et durs de la première heure ; même si les idées du script risquent de déstabiliser, tout le monde y trouvera son compte, que ce soit au niveau d’une action qui ne faiblit jamais ou d’une originalité indéniable, « Batman, the killing joke » est un modèle de dessin animé de DC comics, rigoureux dans sa forme et insolite dans son fond ; il est indispensable pour tout curieux de l’avoir visionné pour mesurer l’élargissement du panel d’idées scénaristiques qui peut être procuré par l’imagination des créateurs de l’homme chauve-souris…
A regarder religieusement et sans le moindre à priori, le renouveau de « Batman » n’a peut- être jamais été aussi balaise que dans ce « Killing Joke »…
Note : 8/10









Police story de Jackie Chan, 1985

POLICE STORY
de Jackie Chan
1985
Hong Kong
avec Jackie Chan, Maggie Cheung, Brigitte Lin, Bill Tung, Chu Yuan
Policier/action
95 minutes
Synopsis :
Une métropole de Hong Kong, au milieu des années quatre-vingts…
Chan Ka Kui, un policier casse-cou et intrépide doit, avec plusieurs collègues de son équipe, démanteler un trafic de drogue mêlant de dangereux gangsters ; l’intervention doit se faire non loin d’un bidonville et l’opération tourne à un bordel monstre, les coéquipers de Ka Kui se faisant repérer dès le début ; s’ensuit une course à pied où Ka Kui réussit à interpeler Monsieur Chu mais finalement il parvient à s’échapper…
Une femme, Selina Fong, complice du cartel de Chu, est interrogée par la police ; les supérieurs de Ka Kui élaborent un plan, ils laissent partir Selina, mais Ka Kui doit la suivre comme garde du corps avec un magnétophone à la main, tout ceci doit être effectué discrètement afin d’obtenir des informations supplémentaires pour coincer définitivement Chu…
Ka Kui procède à un stratagème bidon, il mandate un de ses collègues pour agresser Selina et Ka Kui apparaitra comme son sauveur providentiel…
Lors de la (fausse) bagarre, May, la fiancée de Ka Kui, débarque dans son appartement, ce qui provoque une zizanie…
Avec les informations de  Selina, Ka Kui parviendra à repérer le lieu où se cache Chu et, de fil en aiguille, il comprend qu’une mallette détient tous les codes informatiques des comptes frauduleux de Chu, seul lui et Selina en possèdent les codes !
Lorsque Chu et son acolyte décident de quitter la ville, Ka Kui les intercepte dans un centre commercial…
Ka Kui, fou de rage, provoque un bazar monumental et manque de se faire tuer : des dizaines d’hommes de main de Chu veulent lui faire la peau !
Mon avis :
S’il y a bien un personnage de cinéma asiatique extrêmement sympathique, c’est bien ce monstre sacré de Jackie Chan, il imprègne instantanément la sympathie et chacun de ses films sont de véritables bains de jouvence ! Ici pas de prise de tête mais du rire, de l’action et un rythme franc où le spectateur ne s’ennuie jamais, c’est un vrai plaisir de visionnage chacune de ses œuvres, il parvient à créer une dynamique imparable ; Jackie Chan a un sens de la désinvolture qui, en fait, est hyper préparé ; on pourrait croire qu’il fait le boulot par-dessus la jambe mais pas du tout, les cascades, les poursuites sont élaborées au millimètre et le bougre y a même laissé de multiples blessures (il a même été gravement brûlé aux mains lors de la séquence où il dévale une perche métallique dans une des scènes finales dans la galerie du centre commercial !)…
On se marre de bon cœur avec un humour quelque peu débile mais réjouissant (la scène du tribunal, l’anniversaire où tout part en live avec tarte à la crème dans le visage, s’il vous plait !), Jackie Chan c’est l’héritier de Charlie Chaplin mixé à Bruce Lee, il y va à fond les gamelles, ça passe ou ça casse et là ça passe plus que ça casse même si on casse beaucoup dans le film (les vitrines pétées, l’addition en verre a dû être salée !)…
Avec « Police Story », Jackie Chan assoit désormais une réputation légendaire et mondiale après quelques petits films de karaté, il trouve ici, avec ce film, un essor fulgurant et le public du monde entier ne s’y trompa pas, « Police story » est un immense succès au box-office de tous les continents et allait engendrer de multiples suites, toutes couronnées du même succès, jackpot pour Jackie Chan !
Le scénario est un peu brouillon mais finalement il tient à peu près la route malgré quelques approximations, « Police story » est un film bon enfant et peu violent, il est tous publics ; Jackie Chan se démène comme un fou lors des cascades et cela nous vaut des passages d’anthologie où le rire se mêle à l’émerveillement (le début dans le bidonville avec Jackie accroché à l’arrière d’un bus avec… un parapluie !), ça va super vite et on n’a pas le temps de souffler (de multiples rixes coordonnées de façon exemplaire !)…
Loin des stéréotypes prétentieux de certains autres films d’action de l’époque, « Police story » a l’immense mérite d’être un film totalement accessible à tous ; non seulement c’est un excellent polar rythmé et dynamique mais la détente qu’il procure est absolue !
Le genre de métrage qui vous met la pêche et même trente- trois ans après, « Police story » n’a pas beaucoup vieilli, Jackie Chan s’est tellement appliqué dans sa réalisation que rien n’est ridicule et, même si on est assez loin des films de Bruce Lee, le style « Jackie Chan » est tout à fait honnête et n’a rien à envier à ses prédécesseurs, on a du bon cinéma, rigoureux et recherché, qui ravira les fans d’action et aussi de comédie…
Avec « Police story » de 1985, Jackie Chan fut adoubé par les cinéphiles et c’est tant mieux, on ne pourra que s’en réjouir, pour lui et pour tout le bonheur qu’il nous apporte avec ce film…
« Police story » est un antidépresseur qui fait un bien fou, et ce premier segment donne envie de découvrir les suivants !
Une très grande réussite, un polar jouissif, teinté de comédie, qui fait mouche !
Note : 8/10








dimanche 4 février 2018

Paranoïac de Freddie Francis, 1963

PARANOIAC
de Freddie Francis
1963
Grande Bretagne
avec Oliver Reed, Janette Scott, Sheila Burrell, Alexander Davlon, Maurice Denham
Thriller horrifique
80 minutes
Scénario de Jimmy Sangster
Produit par la Hammer films
Blu ray édité chez Eléphant films
aka Paranoïaque !
Synopsis :
Un village côtier d’Angleterre, dans les années soixante…
Le film débute par la pierre tombale de la famille des Ashby, gens aisés, les parents et le fils Tony sont décédés et reposent au cimetière de la ville ; seuls héritiers suite au décès des parents, Simon Ashby et sa soeur, Eleanor sont aidés quotidiennement par Aunt Harriet, leur tante et aussi maitresse de maison ; l’héritage important est régenté par John Kossett, un avocat, mais ce dernier, d’après ce que soupçonne Simon, cherche à rouler les enfants Ashby…
Simon boit énormément et accumule les dettes, il voudrait bien faire passer Eleanor pour folle et ainsi, obtenir la totalité de l’héritage…
Alors que la situation va dans les plans souhaités par Simon, un jeune homme se faisant appeler Tony Ashby débarque inopinément ; Tony, le fils soit disant défunt, serait en fait vivant !
Cela change tous les plans pour l’héritage !
Le fils de John Kossett, l’avocat véreux, a créé de toutes pièces l’imposture de Tony, la situation se complique de façon folle lorsque Tony embrasse Eléanor après que celle-ci ait échappé à la mort (Simon avait saboté sa voiture !)…
De nombreuses révélations vont émailler la suite des événements pour arriver à une conclusion ultime qui fera jaillir au grand jour la folie totale, la paranoïa de Simon !
Mon avis :
Dans la lignée de « Meurtre par procuration », « Hurler de peur » et « Le maniaque », ce « Paranoïaque » est un pur chef d’œuvre, c’est la version anglaise du giallo italien, chacun avec sa patte et un style différent mais ce genre de thriller horrifique allait bouleverser les codes du cinéma du début des années soixante…
A sa manière, Freddie Francis (et Jimmy Sangster en tant que scénariste, toujours lui) allait anticiper « Les frissons de l’angoisse » / « Profondo rosso » de Dario Argento tourné douze années plus tard puisqu’Argento reprend texto une idée du scénario de « Paranoïac », à savoir le cadavre emmuré !
En fait, on peut même dire que « Paranoïac » et quelques autres films thrillers de la Hammer sont la liaison, le chainon manquant entre « Psychose » de Hitchcock et tous les polars italiens des années soixante/soixante- dix, cette rigueur de mise en scène, cette volonté absolue d’intégrer un climat poisseux, c’est exactement la similitude que l’on retrouve dans tous ces films (Bava avec « Six femmes pour l’assassin », Argento avec « L’oiseau au plumage de cristal, ces œuvres se réfèrent à Hitchcock et entre les deux, il y a nettement « Paranoïaque » et « Meurtre par procuration »)…
L’histoire est alambiquée et les personnages  (Oliver Reed en tête) tous habités par leur rôles, ce n’est pas facile ni évident à jouer mais la direction d’acteurs de Freddie Francis remporte la mise et rend cette folle histoire crédible…
Beaucoup de moments anthologiques émaillent le film (la scène de la voiture sur la falaise, le début avec l’orgue dans l’église, le baiser volé entre Tony et Eléanor, les crises de Simon/Oliver Reed lorsqu’il vocifère comme un hystérique)…
« Paranoïaque », outre le fait qu’il soit un excellent thriller, contribue à donner une nouveauté dans le paysage des polars horrifiques des années soixante, il y a une grande originalité teintée de perversité et d’audace qui rend le spectateur très mal à l’aise (l’antre de Simon dans la cabane avec cette découverte atroce du cadavre, on est clairement dans de l’horreur pure !)…
Si on ne le savait pas, à aucun moment on ne penserait que c’est une production de la Hammer, tout s’apparente à Hitchcock, c’est un duplicata de son cinéma mais pas non plus un vulgaire pompage, le scénario est travaillé, les plans et la photographie très élaborés, il s’agit d’une œuvre à part entière qui se visionne en tant que tel, il ne faut pas la comparer systématiquement à d’autres films, sa force est justement dans sa singularité…
Une nouvelle fois le transfert haute définition et le boulot d’Eléphant films sont prodigieux et Nicolas Stanzick dans les bonus donne une analyse très fouillée du film, ce blu ray et ce coffret sont des musts absolus !
Pour comprendre l’évolution du polar Post-Hitchcock et l’avènement du giallo italien, il est indispensable d’avoir vu « Paranoïaque » et même sans cela le film reste un grand moment du septième art, à la fois somptueux et perturbant, angoissant et fascinant…
Une oeuvre essentielle et méconnue à réhabiliter d’urgence…

Note : 9/10







Meurtre par procuration de Freddie Francis, 1964

MEURTRE PAR PROCURATION
de Freddie Francis
1964
Grande Bretagne
avec Jennie Linden, Moira Redmond, Timothy Bateson, Brenda Bruce, George A. Cooper, David Knight
Thriller
83 minutes
aka Nightmare
Scénario de Jimmy Sangster
Produit par la Hammer films
Blu ray édité chez Eléphant films
Synopsis :
Un pensionnat de jeunes filles dans une province d’Angleterre, dans les années soixante…
Janet, une fille à peine sortie de l’adolescence, a connu un drame terrible, elle a été témoin le jour de ses onze ans, de la mort de son père, poignardé par sa propre mère, le père était alité et la mère, folle, poussait des cris en lui lardant le thorax avec un couteau de cuisine ; Janet ne put oublier ce traumatisme et devint psychotique, elle fait souvent des cauchemars et se réveille en pleine nuit, agitée, ce qui perturbe la chambrée des autres filles pensionnaires…
Finalement, Janet quitte le pensionnat et retrouve Henry Baxter, son tuteur, au sein de la maison où Grace Maddox, son infirmière, doit prendre soin d’elle et veiller à son rétablissement…
Une machination va se tramer car Henry prépare un complot et fait passer la gouvernante pour son épouse, une femme brune (sosie de celle que voit Janet dans ses cauchemars récurrents) et lorsque Janet l’aperçoit, cette dernière la poignarde, dans une crise de folie meurtrière, à l’identique de sa mère et par mimétisme…
Grace, l’infirmière, peut alors vivre pleinement son amour avec Henry, au nez et à la barbe de Janet, coincée dans un asile après son acte meurtrier !
Le plan élaboré par Henry et Grace pourrait s’avérer correct et filer droit… jusqu’à ce que Grace, soit, à son tour, prise d’hallucinations démentes !
Et si la situation se retournait sur ce couple maudit ?
Par la suite, on apprend que Janet s’est évadée de son asile !
Qu’en est-il réellement ?
Mon avis :
Scénarisé par Jimmy Sangster qui allait devenir un des piliers de la Hammer, ce « Meurtre par procuration » a été élaboré dans le but de surfer sur le succès du « Psychose » d’Alfred Hitchcock avec une flopée d’autres comme « Hurler de peur », « Le maniaque » ou « Paranoïaque ! », Freddie Francis étant à la base un grand directeur de la photo, le talent combiné de ces deux hommes ne pouvait donner qu’un film flamboyant et rigoureux et soyons clairs, la réussite est belle et bien là, avec une œuvre teintée d’onirisme (les rêves de Janet) et une intrigue policière très recherchée…
Bourré de rebondissements très inattendus, « Meurtre par procuration » va très loin dans le suspense et n’épargne rien au spectateur avec cette séquence effroyable du meurtre avec le gâteau d’anniversaire des onze ans de la fillette et ce meurtre sordide et effrayant au couteau de cuisine, Sangster a mis la sauce et imprègne son film d’une atmosphère difficile qui pourra rebuter les plus sensibles, nous ne sommes pas dans un métrage tous publics mais plutôt pervers et avec des personnages déviants à l’extrême…
L’astuce du « maquillage » du second meurtre (la femme supposée de Henry Baxter) met un parallèle avec « Psychose » (un personnage clef du film qui décède et disparaît en plein milieu de l’histoire) mais Freddie Francis et Sangster s’en servent pour faire totalement bifurquer le film et là, le spectateur est quelque peu déboussolé, hagard et il faudra un petit temps d’adaptation pour comprendre le twist…
Dès lors, l’amplification de la peur provoquée et la multiplicité des doutes (on ne sait plus du tout à qui on peut faire confiance !) donne à « Meurtre par procuration » un charme immense car le côté insolite de cette histoire fait qu’il se démarque de tous ses prédécesseurs, au niveau du thriller pur, ce film est un jeu d’équilibriste d’une finesse rarement vue et rarement aussi bien exploitée pour un film qui n’est pas de Hitchcock…
Doté de moyens financiers simples et peu importants, « Meurtre par procuration » (« Nightmare » en anglais) est une grande réussite, c’est le film héritier de la mouvance hitchcockienne et avec cette œuvre, la Hammer démontre et montre qu’elle n’est pas que les créateur du gothique vampirique flambant mais qu’elle est aussi parfaitement à son aise dans d’autres genres horrifiques et qu’elle sait s’entourer des meilleurs (Sangster et Freddie Francis) pour appuyer sa diversité avec des moyens simples mais une imagination débordante…
Encore une fois, un grand bravo à cette firme, pur pilier du fantastique britannique qui savait doser la qualité avec le cinéma populaire et imprégner des ambiances comme nulle autre...
Un film à voir absolument !
Note : 9/10