dimanche 5 mai 2019

Mosquito Coast de Peter Weir, 1986


MOSQUITO COAST
de Peter Weir
1986
Etats unis
avec Harrison Ford, Helen Mirren, River Phoenix, Martha Plimpton, Andre Gregory
Conte naturaliste/film d’aventures
117 minutes
Musique de Maurice Jarre
Budget estimé : 25 000 000 dollars
Synopsis :
Etats-Unis et Honduras, milieu des années quatre- vingts…
Allie Fox est un père de famille, il est un inventeur de génie mais complètement fantasque, il a quatre enfants et vit avec sa femme dans une maison à la périphérie d’une ville américaine ; souvent, lorsqu’il sort pour faire ses courses et acheter des articles de quincaillerie pour ses travaux, il fait des esclandres dans le magasin, refusant finalement de prendre le matériel en prétextant que l’origine vient de Chine ; en fait Allie Fox ne supporte plus le consumérisme et la société, il est acariâtre et irascible et rêve de construire un monde, SON monde où l’on se contente de peu, quitte à vivre chichement ; son fils Charlie, d’une douzaine d’années est réceptif au discours de son père et Allie essaye de lui enseigner et de lui inculquer ses préceptes…
Un jour, Allie en a tellement marre que, pris d’un coup de tête, il décide de prendre un bateau avec toute sa famille et de tout plaquer pour aller au Honduras…
Par amour, sa femme le suit et les enfants, n’ayant pas trop le choix, partent aussi et sont de l’aventure…
Sur le trajet, Charlie rencontre Emily, une adolescente qui est la fille du révérend Spellgood, celle-ci semble amoureuse de Charlie…
Arrivés en pleine forêt, la famille Fox, Allie en tête, se met en construction d’un refuge et de nombreuses péripéties attendent Allie !
Par ses inventions qu’il avait élaborées sur la terre ferme, aux Etats-Unis, Allie joue d’ingéniosité et recréée un chez –soi pour lui et sa famille…
Tout semblerait à peu près aller jusqu’à ce que trois guerrilleros arrivent et demandent l’hospitalité à Fox et s’installent pour dormir chez lui, fusils dans les mains…
Petit à petit, Allie Fox perd ses repères et devient à moitié fou ; ses enfants commencent à le détester et l’issue de tout cela semble vouée à l’échec total !
Mon avis :
On sort du visionnage de « Mosquito coast » avec une impression un peu en demie teinte, certes c’est un très beau film avec des paysages somptueux et une interprétation solide, Harrison Ford croit à fond dans son rôle et tout le film porte sur ses épaules, mais il y a vraiment un gros bémol (et il faut bien le dire !) c’est la crédibilité du film !
Bourré d’invraisemblances, « Mosquito coast » aligne les incohérences (ça commence avec la tronçonneuse lorsque Fox coupe un arbre, le summum est atteint lorsque la maison est construite en quatre plans et aussi lors de la scène de Thanks giving, vue la situation et l’environnement décrit au début et à l’arrivée de la famille Fox, on se demande bien comment tout le matériel a pu atterrir ici !)…
Ces faux raccords sont indignes d’un film de Peter Weir et si l’on compare « Mosquito coast » avec ses précédents chefs d’œuvre (« Witness », « La dernière vague »), on dirait même que « Mosquito coast » est un de ses plus mauvais films (ça fait peine de le dire !) ; échec critique et public à sa sortie, « Mosquito coast » a tout de même de grandes qualités et il fait beaucoup penser à « Fitzcarraldo », un peu un mini « Fitzcarraldo » avec Harrison Ford à la place de Klaus Kinski, mais toujours ce personnage illuminé et qui veut réussir un pari fou !
On se laisse volontiers aller au jeu et charmer par « Mosquito coast » à condition de faire abstraction de ces incohérences car, effectivement, le film a tout de même un énorme potentiel et la machine du « conte naturaliste » fonctionne à plein régime, vraiment grâce à l’énorme conviction d’Harrison Ford (Peter Weir peut le remercier !), Ford est dans un rôle complètement atypique à ceux qu’il incarnait auparavant et démontre une pugnacité, une volonté qui fait illusion, de gros moyens financiers aidants (vingt- cinq millions de dollars, ce n’est pas rien et le film est réellement tourné sur place !)…
Pouvant paraître fou, le personnage de Fox vacille entre bienveillance (au début) puis pétage de plombs (à la fin), je vous laisse découvrir le final (très beau) qui est, de plus, magnifié par la très belle musique de Maurice Jarre…
Certains passages lorgnent presque vers le fantastique (les incendies, les guerrilleros piégés), les jeunes acteurs se débrouillent bien et Helen Mirren semble hypnotisée par le jeu d’Harrison Ford, que l’on n’a vraiment pas l’habitude de voir dans la peau de personnages pareils (et finalement c’est peut- être pour un plus pour le film, les cinéphiles curieux auront un intérêt amplifié pour le film)…
Par son originalité et la grande distance prise si on le compare aux autres œuvres d’aventures sorties à cette période (entre le début et le milieu des années quatre-vingts), « Mosquito coast » tire radicalement son épingle du jeu et cette tentative très courageuse est à son honneur et mérite la plus grande attention…
Histoire basée sur la nature et le combat de l’homme à s’en rapprocher, « Mosquito coast » souffre de quelques défauts énumérés plus haut, mais il ne faut pas s’arrêter à tout ça, cela serait une erreur, c’est un film sincère et même poignant, qu’il faut réhabiliter absolument (il est quelque peu oublié trente- trois années plus tard et c’est un tort)…
Même si imparfait, le film de Peter Weir a le mérite d’y croire à fond dans son histoire et contentera largement le cinéphile grâce à de nombreux atouts…
Bref, « Mosquito coast » est à visionner au moins une fois et laisse un souvenir ancré à jamais, il m’a beaucoup fait penser aux films de Herzog et surtout à « Fitzcarraldo », je pense que le lien et la filiation entre les deux films n’est pas anodine et s’avère justifiée…
Vous aimez les décors naturels, les personnages un peu disjonctés, les aventures humaines ?
Foncez !
Note : 8/10













mercredi 1 mai 2019

DEAD ZONE de David Cronenberg, 1983


DEAD ZONE
de David Cronenberg
1983
Etats-Unis
avec Christopher Walken, Tom Skeritt, Martin Sheen, Brooke Adams, Herbert Lom
Film fantastique
103 minutes
Musique de Michael Kamen
D’après le livre de Stephen King
DVD édité chez Opening
Produit par Dino de Laurentiis
Budget : 10 000 000 dollars
Recettes au box-office américain : 20 766 000 dollars
Synopsis :
Castle Rock, Etats-Unis, dans la région du Maine, au début des années quatre-vingts…
Johnny Smith est un brillant professeur de littérature dans une école de la ville, il s’est acoquiné avec une de ses collègues, Sarah Bracknell, et ils sont follement amoureux l’un de l’autre…
Un soir, alors que Sarah insiste pour que Johnny passe la nuit avec elle, Johnny préfère rentrer chez lui ; c’est alors qu’il a un très grave accident de la route et il se retrouve plongé dans le coma pendant cinq années !
A son réveil, Johnny fait la connaissance de son médecin, le docteur Sam Weizak ; ce dernier a fait venir les parents de Johnny et lui explique la durée de son coma…
Johnny doit se réacclimater et également retrouver l’usage de ses jambes ; il revoit Sarah qui, depuis, s’est mariée et a eu un enfant, ce qui bouleverse Johnny…
La mère de Johnny fait un grave accident vasculaire cérébral, Johnny vit alors avec son père…
Cependant, Johnny a de nombreux flashs qui lui viennent à l’esprit, notamment lorsqu’il se met en contact avec la main de quelqu’un ; ainsi il peut prévenir une infirmière qu’il y a un incendie chez elle, ou que le docteur Weizak peut contacter sa mère, encore en vie, alors que le médecin la croyait morte depuis la guerre !
Devant tous ces événements dus aux dons de Johnny Smith et qui s’avèrent tous véridiques, le shérif local de la ville, Bannerman, fait appel à Johnny pour essayer de l’aider à coincer un tueur en séries, un dangereux maniaque qui a tué de nombreuses jeunes femmes…
Au début réticent, Johnny finit par accepter…
Peu de temps après, Johnny devient précepteur d’un homme riche de Castle Rock, Monsieur Stuart ; lorsque le candidat aux élections sénatoriales, Greg Stillson, arrive chez Roger Stuart, Roger explique à Johnny que cet homme est un fourbe et qu’il peut être très dangereux s’il est élu…
Alors que Stillson arrive pour un meeting, Johnny lui serre la main…
Il va découvrir, grâce à son don de médium, que Stuart disait vrai, même beaucoup plus que vrai !
Mon avis :
« Dead zone » est un film fabuleux, c’est mon film préféré de David Cronenberg et je le considère comme son meilleur film ; adapté d’un roman de Stephen King, « Dead zone » est inoubliable, c’est un modèle de mise en scène et de trame scénaristique, dès le début on est plongés dans l’intrigue, « Dead zone » est une œuvre fascinante à tous les égards ; l’histoire est prenante (le « don » de Christopher Walken avec sa connotation fantastique fait virer le film vers le policier –le tueur en séries- puis vers un contexte politique –Greg Stillson, le candidat fou qui risque de déclencher une guerre-) et surtout Cronenberg utilise une méthode pour son film très posée et d’une sobriété incroyable ; il va uniquement à l’essentiel, personne dans les acteurs n’en fait trop, il y a certes des fulgurances mais jamais elles ne sont exagérées, c’est ce qui fait le charme du film et surtout cette composition de Walken, totalement dans son personnage, et la belle Brooke Adams, qui donne une immense sensibilité féminine au film (la fin est extrêmement émouvante et on pleure à chaudes larmes !), là, vraiment, Cronenberg signe un coup de maitre, une claque absolue !
En même temps, le film est hyper efficace et certaines séquences font hérisser les poils, et aussi il n’y a pas de côté « mièvre » dans des moments hyper sensibles (les parents de Johnny qui retrouvent leur fils, Johnny qui s’écroule en pleurs chez le fils Stuart…) et le final avec le bébé pris comme « bouclier humain » lors de la fusillade, on peut difficilement trouver plus sensitif comme séquence, jusqu’à l’issue où on sort du visionnage littéralement collapsés et bouleversés…
« Dead zone » est une bombe du film fantastique des années quatre-vingts, un film exemplaire à tous les niveaux et une véritable leçon de cinéma, Cronenberg est à son firmament dans ce film !
Rarement un film fantastique n’a procuré autant de fascination, d’attachement et d’empathie pour un personnage que « Dead zone », il suffit d’un visionnage pour l’ériger comme une œuvre indélébile et ce, grâce au talent fou de Cronenberg et de sa direction d’acteurs, que ce soit Christopher Walken en première ligne mais également tous les autres…
Trente- six plus tard, « Dead zone » n’a rien perdu de son aura et de son pouvoir d’attraction, c’est un film qui n’a quasiment pas vieilli et que l’on peut inscrire au panthéon des meilleurs films fantastiques de tous les temps…
On aimerait beaucoup une sortie d’un blu ray, le DVD Opening est certes correct, mais le film mérite une image au top sur un support nouveau (à ma connaissance, il me semble qu’il n’existe aucun blu ray de « Dead zone » en France)…
D’une puissance et d’une grâce en même temps, « Dead zone » allie et combine une histoire fantastique passionnante avec une mise en scène précise et sobre, tous les cinéphiles, que ce soient les puristes ou les simples spectateurs friands de fantastique, seront unanimes pour crier au chef d’œuvre absolu, Cronenberg a mis dans le mille !
A visionner avec le plus grand bonheur et à revoir à intervalles réguliers, un classique instantané et un film qui fera date dans l’histoire des adaptations de Stephen King au cinéma et aussi dans la filmographie de David Cronenberg, impossible de passer à côté !
Note : 10/10













dimanche 28 avril 2019

Cauchemars à Daytona Beach de Romano Scavolini, 1981


CAUCHEMARS A DAYTONA BEACH
de Romano Scavolini
1981
Etats-Unis
avec Baird Stafford, Sharon Smith, C.J. Cooke, Mik Cribben
94 minutes
Horreur/Slasher/Splatter gore
Edition uncut unrated
aka Nightmare
Sortie en VHS chez Arwen vidéo
Synopsis :
ATTENTION SPOILERS IL EST IMPERATIF D’AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE QUI SUIT !
Floride, Etats-Unis, début des années quatre-vingts…
George Tatum est interné dans une clinique psychiatrique de haute sécurité, il a vécu un traumatisme terrible durant son enfance, il revoit les scènes de ce traumatisme par des flashs incessants et fait de terribles cauchemars ;  l’équipe médicale qui le suit décide d’expérimenter un nouveau traitement de médicaments pensant pouvoir stopper ses crises de démences à répétition…
Le psychiatre référent de Tatum lui signe une permission de sortie après des essais concluants ; Tatum se rend dans les quartiers chauds de la ville et va dans un peep-show…
Malheureusement, les flashs atroces de son traumatisme reviennent rapidement et George Tatum épie des enfants, retournant dans le quartier où il vivait plus jeune…
Petit à petit, pris d’une démence incontrôlable, Tatum va commettre des meurtres atroces sur des jeunes gens, notamment une baby sitter et une jeune femme qui revenait d’une soirée dansante…
Nous apprenons la cause du traumatisme de George Tatum en cours de film : son père était sadomasochiste et lors d’une partie carrée, Tatum, garçonnet d’une dizaine d’années à l’époque, a vu la scène ; ce que l’on suppose sa mère ou une prostituée s’est livrée à un jeu sexuel et sado masochiste avec son père, lui mettant des tartes pendant la copulation et Tatum, devenu dément, est parti dans la cabane de jardin pour revenir avec une hache, puis il a décapité la femme et tué son père en lui assénant la hache en pleine tête !
Tatum, adulte, revêt un masque et terrorise des gamins, seul l’un des jeunes parvient à le neutraliser en l’abattant de plusieurs coups de fusils et de revolver…
Lorsque la police arrive sur les lieux, le gamin qui a tué Tatum se retrouve dans la voiture de police pour être interrogé et esquisse un large sourire, comme si Tatum avait possédé son âme !
Mon avis :
Alors là ATTENTION ! « Cauchemars à Daytona Beach » est l’un des films les plus malsains et les plus atroces qui ait été tournés, un peu dans la lignée de « Maniac » de William Lustig ou de « Henry, portrait of a serial killer » de John Mac Naughton en plus gore ; il est impératif d’avoir le cœur bien accroché et les nerfs solides durant le visionnage, parce que ça barde et ça ne rigole pas du tout ! Il est évident de ne jamais montrer ce film à un public jeune ou sensible, « Cauchemars à Daytona Beach » est un film d’horreur hyper extrême et réellement traumatisant !
Outre ces réserves, les cinéphiles goreux risqueront d’adorer ce film et surtout il est remarquable de voir la performance des acteurs et actrices, tous non professionnels, le film dégage une ambiance de folie, à l’instar de George Tatum, le personnage principal, pas facile du tout de jouer ce rôle et Baird Stafford s’en sort à merveille, donnant une grande crédibilité au personnage, notamment lors des scènes de démence où il hurle (ces passages sont autant flippants que les meurtres eux-mêmes !)…
Un petit bémol, certaines séquences sont hors de propos et puériles (le gamin avec le ketchup, le doublage des mômes avec des voix à claquer, typique dans les doublages des films de genre des années quatre-vingts), autrement « Cauchemars à Daytona Beach », c’est une version apocalyptique et méga gore du premier « Halloween » tourné par John Carpenter trois années avant ; un plan de folie qu’on suppose repris par Dario Argento dans « Ténèbres » l’année suivante en 1982, (lorsque la future victime se baisse et qu’apparaît le tueur derrière elle, comme Peter Neal avec Giuliano Gemma dans une des scènes du final de « Ténèbres » !)…
Le scénario est bien amené, la mise en scène ne fait pas dans le détail et les passages gore sont purement terrifiants et très réalistes, Scavolini est directeur de la photo et chef opérateur à la base, donc il s’applique dans sa réalisation et nous pond un film qui peut figurer dans le classement des dix films les plus malsains de tous les temps !
Pour visionner la version uncut et intégrale il faut se rabattre sur la cassette VHS sortie chez Arwen car le DVD de Neo publishing est coupé, ce qui est fort dommage…
Une sortie blu ray uncut serait bienvenue pour « Cauchemars à Daytona Beach », peut être par Uncut movies tant le caractère du film est extrême ou, à la rigueur, Le Chat qui fume pourrait aussi être apte à le sortir…
Quoiqu’il en soit, « Cauchemars à Daytona Beach » est une grande réussite dans l’ignominie et l’horreur pure et il faut bien plusieurs heures pour se remettre de ce que l’on a vu après le premier visionnage car le film fout les pétoches et peut en traumatiser plus d’un, donc si vous sentez que ça va faire trop juste, le mieux est de ne pas le visionner ; si vous êtes blindés au gore flippant et que cela ne vous fait pas peur, alors foncez ! « Cauchemars à Daytona Beach » est calibré pour vous !
« Cauchemars à Daytona Beach » est une bombe gore qui fera date dans le cinéma extrême américain des années quatre-vingts, ni plus ni moins ; d’ailleurs le film fut un tabac dans les vidéo clubs des années quatre-vingts et trônait dans le palmarès des films loués le plus souvent ! et cette affiche, cette jaquette ! avec le slogan « il torture, il tue, il souille », bref tout un programme !
George Tatum est un des tueurs en série aussi frappés qu’Hannibal Lecter ou Michael Myers, il n’a pas à les envier !
Vous voilà avertis …
Note : 9/10











lundi 22 avril 2019

Copie conforme de Jean Dréville, 1947


COPIE CONFORME
de Jean Dréville
1947
France
avec Louis Jouvet, Suzy Delair, Jean Carmet, Annette Poivre, Madeleine Suffel, Jane Marken, Jean-Jacques Delbo
Comédie policière
105 minutes
Dialogues de Henri Jeanson
Synopsis :
France, après la guerre, à la fin des années quarante…
Gabriel Dupon, un simple représentant en boutons, a une ressemblance très grande avec Manuel Ismora, un photographe voleur de grande envergure, celui –ci va se servir de cette ressemblance pour effectuer des vols en faisant passer Dupon pour responsable, le plan va capoter lorsque Coraline, la maitresse d’Ismora, est séduite par la bonhommie de Gabriel…
Charlotte, la secrétaire de Gabriel et d’autres personnes qui gravitent autour de lui, n’y verront que du feu…
Les forfaits et vols, toujours plus audacieux, se multiplient ; ainsi Ismora dérobe des perles dans une bijouterie et élabore des plans très ingénieux ; il place un de ses complices dans une armoire, fait livrer l’armoire puis quelques heures plus tard, il retourne sur les lieux de la livraison, prétextant s’être trompé d’adresse, son complice ayant eu le temps de voler des objets de grande valeur, ni vu ni connu !
A chaque fois Gabriel Dupon porte le chapeau alors qu’il n’y est pour rien !
Quelle sera l’issue de tous ces vols ?
Dupon pourra t-il prouver son innocence ?
Ismora sera-t-il arrêté et condamné ?
Mon avis :
Tourné par Jean Dréville juste avant son mythique « Les casse-pieds » en 1947, « Copie conforme » est un film exceptionnel à tous les niveaux, d’abord pour sa technique, c’est l’un des premiers films à employer la technique de deux acteurs incarnés par la même personne dans un même plan et Louis Jouvet est fabuleux et sidérant dans son double rôle, tout comme Suzy Delair et même… Jean Carmet, méconnaissable dans un petit rôle (il devait avoir tout juste une vingtaine d’années !)…
L’histoire est créée en fer forgé et le script s’avère imparable, tout comme les stratagèmes utilisés par Jouvet/ismora qui use et abuse d’une inventivité pour mener à bien ses forfaits…
Seul bémol dans le film, certains dialogues sont inaudibles à cause de la vieillesse du film, Jouvet a le même ton à chaque fois lorsqu’il débite ses répliques et ses loghorées sont parfois incompréhensibles mais ceci étant les dialogues d’Henri Jeanson sont prodigieux, ce dialoguiste fut journaliste au « Canard enchainé » et il est réputé pour sa verve et sa sémantique, ici, dans « Copie conforme » c’est juste bluffant !
Ce qui frappe, c’est la dynamique avec laquelle Jean Dréville mène son film, il y a une immense modernité, les plans défilent à toute allure (un peu comme Jacques Tati avec « Jour de fête »), le spectateur est alors pris dans un tourbillon, dans une histoire abracadabrante où ça décolle en permanence, le monteur du film a dû en baver, cela n’a pas dû être simple !
Jouvet irradie totalement le film et la belle Suzy Delair (sex- symbol à l’époque) ne s’impressionne pas pour autant et lui donne la réplique avec vigueur…
Jouvet a la gageure d’incarner plusieurs personnages en même temps, c’est un « Docteur Jekyll et Mister Hyde » surmultiplié et très peu d’acteurs n’arrivent à posséder un tel niveau de jeu, il ne pouvait y avoir que lui pour ce rôle, à l’époque…
Amusant, enjoué (certains passages font rire !), « Copie conforme » est le must de la comédie d’après- guerre, servi de main de maitre par une direction d’acteurs sur le fil du rasoir et coordonné par un Jean Dréville au sommet de son art, « Copie conforme » est un chef d’œuvre absolu qui procure un bonheur total !
A visionner et revisionner toujours avec la même délectation, « Copie conforme » n’a rien perdu de ses qualités au fil des décennies et reste comme une référence absolue dans les comédies d’après- guerre et dans la filmographie de Louis Jouvet…
Une œuvre sensationnelle !
Note : 10/10












Le cirque de la peur de John Llewellyn Moxey, 1966


LE CIRQUE DE LA PEUR
de John Llewellyn Moxey
1966
Grande Bretagne/Allemagne
avec Margaret Lee, Klaus Kinski, Christopher Lee, Suzy Kendall, Leo Genn
Thriller/polar
95 minutes
Blu ray édité chez Le chat qui fume
aka Circus of fear
aka Psycho circus
Synopsis :
Grande-Bretagne, au milieu des années soixante…
Des convoyeurs de fonds voient leur trajet détourné et sont finalement braqués par un gang de malfaiteurs, ces derniers volent les sacs de billets de banque et font glisser les sacs par un filin jusqu’à un canot qui se trouve sur la Tamise, durant leur forfait, ça tourne mal et Mason, un des gangsters, se voit obligé de tirer sur un des convoyeurs, qui décèdera à l’arrivée de la police !
Arrivé à leur lieu qui sert de planque, le chef des bandits est très en colère après Mason et il pense que le fait qu’il y ait eu un mort va compliquer la situation !
Mason part pour mettre sa part d’argent à l’abri et se rend dans ce qui semble être un cirque abandonné…
Manfred Hart, un des complices en dilettante du gang, se rend au cirque Barberini prétextant chercher un emploi…
Barberini, le responsable du cirque itinérant, emploie Gregor, un homme cagoulé qui dresse les fauves, Gina, une superbe femme assistante du lanceur de couteaux, Natasha, une des membres de l’équipe et d’autres personnes dont un nain facétieux et qui rôde souvent près des caravanes pour écouter ce qui se dit…
L’affaire du meurtre du convoyeur et du vol des billets de banque est suivie par l’inspecteur Elliott, qui ne tarde pas à faire le rapprochement avec le cirque Barberini…
Afin de prendre en filature les responsables de tout cela, l’inspecteur Elliott se fait passer pour un photographe et intègre le cirque Barberini…
Parviendra t-il à démanteler ce réseau de malfaiteurs ?
Les soupçons se portent très vite sur Gregor…
Pourquoi est-il en permanence cagoulé ? Que cela cache t-il ?
Mon avis :
C’est assez rare que le film de genre s’intéresse à la thématique d’un cirque et s’en serve comme décor (on a quand même eu « Le cirque des horreurs », le Hammer « Cirque des vampires » et quelques autres) donc ici cela augmente l’intérêt au niveau de l’insolite et au final « Le cirque de la peur » est un film réussi, grâce à une réalisation appliquée et de bons moments de cinéma (le début avec le casse en plein Londres, qui a nécessité le bouclage du quartier pour les besoins du tournage) et on retrouve la sublime Margaret Lee et Klaus Kinski dans un petit rôle, qui fut son partenaire à la ville comme à l’écran, notamment dans l’inénarrable « Clinique sanglante » de Fernando di Leo…
Du coup, super casting, décors royaux et intrigue policière rondement menée font de ce « Cirque de la peur » un polar très sympathique et qui bifurque à trois cent soixante degrés dès qu’on arrive au cirque, ce qui permet de donner une originalité qui fera sa qualité…
On n’est pas dans un film de la Hammer ou dans un Amicus et pourtant John Llewelyn Moxey n’a pas à rougir de son film, ça se suit avec un grand intérêt et le suspense reste constant…
Christopher Lee est enfin dévoilé et on lui ôte sa cagoule au bout d’une cinquantaine de minutes (on apprend dans les bonus qu’il n’était pas doublé et que c’était bien lui sous la cagoule SAUF pour les séquences avec les tigres où il était remplacé –d’ailleurs l’acteur qui le doublait était plus petit que lui, du coup John Llewelyn Moxey dut ruser avec la caméra-)…
Certains plans, outre le début, sont anthologiques, notamment la bagarre le long de la route et dans les arbres, avec même de la savate !
Tout est bien qui finit bien et l’issue permet de démasquer le coupable, après des péripéties assez musclées et vrombissantes…
Le blu ray du Chat qui fume est soigné et le bonus très attrayant, même si on préfèrera les films de la collection Exploitation italienne à ceux de la collection Exploitation British de l’éditeur, ça reste de l’excellent boulot, comme d’habitude pour le Chat qui fume…
Plutôt rare et insolite, « Le cirque de la peur » se doit d’être visionné pour son casting et pour l’originalité de son histoire ; le début est savoureux et l’attraction donnée par le cirque est double, à la fois pour l’histoire et pour l’ambiance qui se démarque des autres polars…
Adapté d’un roman d’Edgar Wallace, l’illustre écrivain de krimis, « Le cirque de la peur » est une honnête tentative, coproduction germano-britannique qui fait honneur au genre auquel elle s’apparente et qui, sans être inoubliable, se visionne très bien…
Une réussite, encore une fois rendue incontournable par l’éditeur « Chat qui fume » et qui est hautement recommandable !
Note : 7/10












La poupée de Satan de Ferruccio Casapinta, 1969


LA POUPEE DE SATAN
de Ferruccio Casapinta
1969
Italie
avec Erna Schürer, Aurora Bautista, Roland Carey, Ettore Ribotta, Lucie Bomez, Franco Daddi
Giallo/Thriller
91 minutes
Blu ray édité chez Le chat qui fume
aka La Bambola di Satana
Synopsis :
Un village d’Italie, à la fin des années soixante…
Elizabeth Balljanon, la nièce d’un riche châtelain décédé, hérite de la propriété de son oncle, elle s’y rend accompagnée de son boy friend…
Arrivés sur place, ils constatent que la gouvernante, Claudine, semble austère…
On dirait que Claudine cache volontairement quelque chose à Elizabeth ; elle lui conseille rapidement de vendre le manoir, qu’elle dit hanté, à un homme d’affaires, Paul Reynaud…
Lorsqu’ Elizabeth découvre fortuitement Jeannette, une ancienne servante que tout le monde croyait morte, et qui est cloitrée dans sa chambre, en fauteuil roulant et devenue sénile, Elizabeth prend peur !
Le malaise s’amplifie encore plus car Elizabeth fait des cauchemars récurrents, lors de ses crises nocturnes elle a des hallucinations ; elle voit un mystérieux tueur ganté qui la terrorise !
On dirait que Claudine disait vrai et le manoir parait réellement hanté, ce qui augmente la névrose d’Elizabeth, et pour cause !
Un meurtrier commence à tuer les pensionnaires du château !
Une jeune femme qui se fait passer pour peintre, surveille les faits et gestes des habitants du manoir ;  un soir, elle file un des employés et découvre que les sous-sols sont remplis d’uranium, ce qui pourrait donner une plus-value gigantesque à la valeur du château !
C’est alors qu’Elizabeth est emmenée, dans son sommeil, dans les sous-sols du manoir et elle se retrouve dans la chambre des tortures, s’agit-il d’une manipulation pour la forcer à vendre le château ?
Tout va aller crescendo et les meurtres vont redoubler d’intensité…
Quel jeu macabre joue donc Claudine ?
Elizabeth parviendra t-elle à rester en vie ?
Quelles sont les motivations de la jeune femme qui se fait passer pour peintre ?
Mon avis :
Seul et unique film de Ferruccio Casapinta et totalement inédit en France, « La poupée de Satan » est un film bancal mais particulièrement réjouissant ; d’abord pour son casting avec des actrices hyper sexuées et l’atmosphère qui y règne, à la croisée de plusieurs genres (le giallo, le krimi, le thriller et le film gothique), l’ambiance est directement mise en place avec ce manoir qui servira de huis clos à l’intrigue (en effet, niveau décors, il n’y a que deux endroits : le château et le restaurant dancing !) ; le film n’a pas du coûter une fortune et c’est justement cela qui le rend attachant ; on pense beaucoup à « Vierges pour le bourreau » et à « La vierge de Nuremberg » en version plus rikiki mais malgré tout le film captivera forcément les cinéphiles (le passage du juke- box met direct de bonne humeur et la beauté des actrices fera le reste pour retenir l’intérêt même si le scénario est carrément bordélique)…
Le titre est mensonger, ici pas de satanisme ou de poupée vaudou, mais il fait vendre ; la plastique d’Erna Schürer est mise à toutes les sauces, tout comme Rossana Podesta dans « La vierge de Nuremberg » ou (soyons fous !) Barbara Steele dans les « Effroyable secret du Docteur Hichcock » mis en scène par Freda (« La poupée de Satan » fait beaucoup plus penser à du Freda qu’à du Bava, notamment par cette absence de couleurs bariolées chères au Maitre, que l’on ne retrouve pas dans le film, ce qui est fort dommage)…
Il y a quelques fulgurances et de bons moments de flippe (le personnage de Jeannette clouée dans son fauteuil roulant et devenue complètement folle, les passages nocturnes avec les cauchemars d’Elizabeth nous vaudront des scènes oniriques assez bien foutues)…
Dans l’ensemble, on ne voit pas le temps passer et les personnages semblent bien impliqués dans l’histoire même si certaines zones d’ombres persistent (le personnage de la peintre, l’uranium dans les sous- sols du manoir, en fait on n’en a pas besoin, les meurtres se justifient tous seuls, pas la peine d’en rajouter pour nous embrouiller dans l’histoire)…
Hyper insolite et se démarquant de ses cousins du gothique italien sortis précédemment, « La poupée de Satan », même si mineur, est un film non négligeable et une nouvelle fois, « Le chat qui fume » a tapé dans le mille en exhumant ce film très sympathique, quant à l’édition blu ray elle est sensationnelle, l’image est nickel et le bonus avec Francis Barbier passionnant…
« Le chat qui fume » a eu l’excellente idée de mettre la séquence du juke- box sur le menu du Blu ray, donc dès qu’on l’enclenche, on est mis directement dans l’ambiance, on sait à quoi s’attendre et on est quasi sûr que ça va être le panard… et ça l’est !
Par son absolue rareté et pour sa franchise et son honnêteté malgré quelques petits défauts, « La poupée de Satan » s’érige en must have total, il est donc indispensable pour tout cinéphile fan de déviances italiennes de le visionner…
Un film qui fout la pêche !
Note : 7/10










dimanche 14 avril 2019

La revanche des mortes-vivantes de Pierre B. Reinhard, 1987


LA REVANCHE DES MORTES VIVANTES
de Pierre B. Reinhard
1987
France
avec Anthea Wyler, Véronique Catanzaro, Sylvie Novak, Kathryn Charly, Christina Schmidt
Film d’horreur
82 minutes
Produit par Jean-Claude Roy
Effets spéciaux de Benoit Lestang
Blu ray édité chez Le chat qui fume
Synopsis :
Une ville de la Sarthe, au milieu des années quatre-vingts…
Un conducteur d’une citerne de lait s’arrête après avoir pris une jeune femme en stop, celle-ci se foule la jambe ; le conducteur libidineux en profite pour l’emmener dans un endroit à l’abri des regards et abuse d’elle…
Pendant ce temps, un motard, qui avait suivi le camion, met un produit toxique dans la citerne, qui contamine le lait !
Toutes  les personnes qui boivent le lait décèdent dans le village...
C’est en fait une manœuvre de Brigitte, la secrétaire de Monsieur Alphan, le responsable de l’usine de lait OKF, elle veut le faire chanter pour obtenir de l’argent de sa part !
C’est alors que les trois femmes décédées récemment s’évadent de leurs tombes au cimetière communal et sèment la terreur !
Monsieur Alphan doit partir en Allemagne, son usine OKF a des ramifications dans ce pays…
Les meurtres horribles vont bon train, toujours avec ces trois femmes zombifiées…
Sonia, une prostituée locale, est tuée d’une manière atroce, les hommes qui la fréquentaient, sont eux aussi massacrés !
Devant tout ce désordre, une déléguée allemande de l’usine OKF arrive en France pour enquêter et vérifier ce qui se passe…
Mon avis :
Film mythique à la réputation sulfureuse, « La revanche des mortes vivantes » est une œuvre bien connue des cinéphiles friands de films déviants, de plus cocorico, le film est français et figure parmi les rares films gore de l’hexagone !
Pierre B. Reinhard a étudié aux Beaux-arts (on l’apprend dans les bonus) du coup le film est soigné et possède une technique assez poussée, il est doté d’une atmosphère particulière et les effets spéciaux de Benoit Lestang sont vraiment très réalistes (il n’avait que seize ans lorsqu’il a contribué au film et c’est Jean Rollin –avec qui il avait travaillé sur « La morte vivante »- qui l’a recommandé à Reinhard !)…
Bourré de scènes de sexe, « La revanche des mortes vivantes » lorgne clairement vers le film pornographique (c’est normal, Pierre B. Reinhard en a réalisé plein) mais il y a une scène où on a beaucoup de mal (l’épée) qui est franchement obscène, donc « La revanche des mortes vivantes » est vraiment à réserver à un public averti !
Film bien réalisé, « La revanche des mortes vivantes » est à réhabiliter d’urgence et l’édition du Chat qui fume est l’une des meilleures faites par cette maison d’édition, les bonus sont hyper conséquents et notamment celui avec Christophe Lemaire où il parle de son amitié avec Benoit Lestang est touchant (Benoit Lestang s’était suicidé après le tournage  de « Martyrs »), l’interview de Pierre B. Reinhard et celle avec Jean-Claude Roy nous apprennent les difficultés financières pour tourner un tel film qu’aucun studio « classique » n’oserait financer, donc ce fut très courageux de leur part et ils s’en sortent avec beaucoup d’honneur et de loyauté…
La révélation finale du film est sidérante et il ne faut surtout pas la raconter à ceux qui ne l’ont pas vue…
Honnête et très gonflé, « La revanche des mortes vivantes » est un film à part, inclassable, entre gore et érotique, différent des films de Jean Rollin, car beaucoup plus gore et somme toute, le film est bigrement sympathique et n’a pas trop vieilli, grâce à une dynamique et un scénario appliqué…
« Le chat qui fume » a très bien fait de sortir ce film dans une édition Blu ray étincelante et qui exhume ce film gore qui était sorti chez Neopublihing il y a une quinzaine d’années, c’est l’occasion pour le revoir dans des conditions optimales !
Digne du plus grand intérêt, cette édition nous apprend des tas de choses intéressantes, sur le travail de ces techniciens passionnés qui donnaient tout leur cœur dans l’entreprise de leurs créations et qui menaient à bien tout leur travail avec une grande conviction et une grande sincérité (je pense à Benoit Lestang)…
Une édition à posséder sans faute !
Note : 7/10