jeudi 8 octobre 2015

BORDERLINE d'Olivier Marchal, 2014

BORDERLINE
d’Olivier Marchal
France
2014
Avec Bruno Wolkowitch, Jacques Perrin, Patrick Catalifo, Catherine Marchal, Laure Marsac
TV film
Polar
Diffusé sur France 2 le 7 octobre 2015
97 minutes
Synopsis :
Paris, au siège de la SRPJ, année 2013…
Willie Blain, un brillant commissaire se retrouve en garde à vue, il est soupçonné de recel de drogue, de complicité avec le milieu et d’homicide involontaire…
Le film retrace son parcours, de l’arrestation à son domicile devant ses enfants et son épouse, de son arrivée à la brigade des stupéfiants, de son interrogatoire avec sa hiérarchie, sa garde à vue est vécue comme une humiliation lui qui était un élément brillant, ses interlocuteurs restant inflexibles et souhaitant remonter avec la filière mafieuse coûte que coûte…
Le directeur de la cellule, Monsieur Dahan, est acculé par le ministre de l’intérieur et souhaite obtenir des résultats très vite, la condamnation de Blain semblant inéluctable…
Lui et son collègue, autre éminent policier, étaient sur écoute téléphonique depuis près de deux ans, l’étau se resserre sur les deux hommes de façon implacable…
Un des flics sort de garde à vue Noella, une hôtesse du Cindy club qui est également la maitresse de Blain, cette dernière se tranche les veines avec un couteau volé dans une brasserie…
L’issue pour Blain sera bien pire que ce qu’il avait escompté…
Mon avis :
« Borderline » est inspiré d’une histoire vraie, celle du commisaire Neyret, impliqué dans une fraude gigantesque et d’un abus de pouvoir qui l’ont poussé à se mettre en relation complice avec des truands du milieu, le deal est simple, il « arrose » des truands soit par le biais de versement d’argent ou par des détournements de drogue, afin de pouvoir obtenir des informations cruciales pour ses enquêtes, ces pratiques sont illégales mais répandues au sein de la police nationale…
Partant de ce postulat, Olivier Marchal déploie son inventivité et son expérience personnelle pour réaliser un métrage rude et réaliste où il n’occulte quasiment rien de ce qu’il a pu voir lors de son passage comme policier auparavant, « Borderline » bénéficie de dialogues carrés et d’une mise en scène froide parfois mélancolique ou poignante (le poème récité par la fille de Blain à la fin du film m’a fait éclater en sanglots !)…
Humain avant tout, Olivier Marchal, à l’instar de ses précédentes réalisations, garde toujours sa verve et sa sincérité à mettre en scène des séquences tendues et efficientes, moins condescendantes que rentre dedans, l’ensemble conserve alors une grande unité, à la fois spatiale et psychologique…
Le portrait peint de Frank Serpico érigé au mur du bureau de la divisionnaire met directement le spectateur dans le bain, la police doit être irréprochable quoiqu’il en soit et la recherche de la culpabilité de Blain  sera impitoyable et sans failles, toute personne qui baigne dans l’illégalité payera pour ses forfaits, quel qu’il soit et Olivier Marchal fait bien ressentir cette condition, remontant la vie de Blain, agrémentée de flashbacks récurrents, comme la perte de l’un de ses collègues lors d’une intervention musclée avec des braqueurs qui tourne à l’hécatombe…
Certaines scènes sont touchantes et décalées (la naissance du fils de Blain à la maternité, sa rencontre avec son collègue des STUPS) mais aussi d’une noirceur nihiliste propre au cinéma de Marchal (le motard à la scène finale, impénétrable et glaçante !)…
Encore une fois, Olivier Marchal nous assène un uppercut avec « Borderline », polar de grande gravité et de haut niveau, il nous emmène pour un voyage aller simple dans les méandres d’une justice implacable et méthodique et pousse très loin dans le cinéma vérité presque documentaire…
On sort de « Borderline » assommé et secoué, cela devient bien la marque de fabrique de Marchal, grand réalisateur qui nous réconcilie irrémédiablement avec le cinéma français moderne…
A visionner impérativement, à la fois intéressant pour l’histoire qu’il décline que pour sa mise en forme graphique…

Note : 10/10






mercredi 7 octobre 2015

GI JOE Conspiration de Jon Chu, 2013

GI JOE CONSPIRATION
de Jon Chu
Etats-Unis
2013
Aka GI Joe retaliation
Avec Dwayne “The Rock” Johnson, Jonathan Pryce, Bruce Willis, Adrianne Palicki, Channing Tatum, Lee Byung hun, Arnold Vosloo, Ray Park, D.J. Cotrona
Aventures/action
121 minutes (version longue)
Budget : 130 millions de dollars
Recettes mondiales : 375 millions de dollars
Synopsis :
Etats-Unis, Pakistan, Himalaya, Japon, 2013…
Zartan, un dangereux terroriste, a pris les traits du président américain afin d’organiser un complot planétaire visant à désarmer sur le plan nucléaire toutes les grandes puissances mondiales, pour ensuite les contrôler et posséder l’intégralité de l’arme bactériologique…
Zartan est responsable d’un massacre au Pakistan lors d’une intervention des « GI Joe », le bilan est lourd, Duke est tué, tous les véhicules et le matériel détruits, seuls Flint, Marvin et Lady Jay survivent…
Plus perfide que jamais, Zartan a emprisonné le « vrai » président pour que ce dernier lui indique où se trouvent Rex « Cobra Commander » et Mac Cullen « Destro », les pires ennemis des GI Joe…
Parvenus à les localiser, il libère les deux hommes, un combat sans merci est dès lors amorcé !
Mon avis :
Tourné en soixante- douze jours, cette suite de « GI Joe, le réveil du cobra », sorti quatre ans plus tôt, est en fait un reboot de la saga et elle s’avère bougrement efficace, sans le moindre temps mort et outre une excellente dynamique, « GI Joe conspiration » nous fait rêver via des paysages superbes et des prises de vue à couper le souffle lors de combats dantesques qui font lorgner le métrage vers le fantastique…
L’entreprise est très sympathique et parfaitement formatée pour faire passer un moment agréable au spectateur, les acteurs (Dwayne « The rock » Johnson et Channing Tatum assument bien leurs rôles de gros durs tout en restant en cohésion avec le scénario, la belle Adrianne Palicki –Lady Jay- dégage un sex appeal de folie et l’apparition du vieux briscard Bruce Willis est à la hauteur du film, se voulant avant tout divertissant et sans la moindre prétention)…
Les scènes d’action sont miraculeusement LISIBLES à contrario de celles de la saga « Transformers » et le numérique est exploité de façon parcimonieuse, l’histoire primant avant tout, Jonathan Pryce (l’inoubliable Sam Lowry de « Brazil ») tient un double rôle à la fois cocasse et sincère dans sa démarche de revigorer la saga, l’ensemble tient aisément la route…
L’idée de contrôler l’arme nucléaire au niveau mondial est très intéressante, ce n’est pas pour rien que le titre original parle de « rétaliation », l’approche de « maitre du monde » est dès lors escamotée pour amplifier la folie tyrannique du despote Zartan, sorte de Bachar El Assad des temps modernes que seuls des héros hors normes parviendront à mettre hors d’état de nuire…
Pop corn movie et vrai film d’entertainment tous publics, « GI Joe conspiration » est un divertissement honnête jusqu’au bout du barillet et aussi bien les séquences de castagne (que ce soit à mains nues ou au sabre) que les scènes de destruction massive remportent l’adhésion, nous sommes ici en présence du must du blockbuster d’outre Atlantique, on en sort groggy et heureux d’avoir passé un bon moment…
Du film d’action/aventures sans aucune prise de tête, ce qui fait énormément de bien de temps en temps, à voir en famille (aucune violence n’est à déplorer)…

Note : 9/10








lundi 5 octobre 2015

Sept épées pour le roi de Riccardo Freda, 1962

SEPT EPEES POUR LE ROI
de Riccardo Freda
France/Italie
1962
aka La sette spade del vendicatore
Avec Brett Halsey, Gabriele Tinti, Béatrice Altariba, Giulio Bosetti
Film d’aventures/cape et d’épée
94 minutes
Inédit en DVD
Passé en 1996 dans « Cinéma de quartier » présenté par Jean Pierre Dionnet
Synopsis :
Tolède, Espagne à la fin du seizième siécle…
Don Carlos de Bazan, un chevalier issu de la noblesse comprend qu’un complot contre le roi Philippe trois est en cours d’être produit, il est attaqué à maintes reprises et sa vie est de nombreuses fois en danger…
Rentrant dans ses pénates, il découvre que son père est mort mystérieusement, c’est son cousin qui a hérité des biens familiaux…
Lors d’une chevauchée, Don Carlos sauve une riche andalouse attaquée par des brigands…
Suite à une agression, Don Carlos perd la mémoire, pris dans un traquenard il est la proie de spadassins…
Avec l’aide de ses acolytes, il vient à bout de bandits de grand chemin mais lors d’une expédition il est capturé avec une femme brune que l’on suppose la belle andalouse qu’il avait rencontrée…
Les deux jeunes gens seront torturés et effrayés par un traitre qui leur met sous les yeux le cadavre désossé d’une victime dévorée par des piranhas…
Lors d’un combat épique, Don Carlos fera éclater la vérité au grand jour et rendra justice à la mémoire de son père, en annihilant un par un toutes les personnes qui auront contribué, de près ou de loin, à son assassinat…
Mon avis :
Il convient de préciser que Riccardo Freda est un ponte du cinéma bis italien et qu’il a contribué, à l’instar d’autres maitres du genre comme Mario Bava ou Antonio Margheriti, à donner une vigueur et une rigueur à ce style pondant de multiples chefs d’œuvre qui firent date à l’époque et qui obtiendront le statut de films cultes auprès des cinéphiles et ce, même une demie décade après leur réalisation…
Freda fait des films dont on se souvient et qui gravent à tout jamais de leur empreinte le bis gothique et le cinéma en général, ici voici donc avec ce « Sept épées pour le roi » un film de cape et d’épée mais loin des codes instaurés par André Hunebelle, maitre tricolore du genre…
« Sept épées pour le roi » est un mix entre « Angélique, marquise des anges », « Les trois mousquetaires » et « Il était une fois dans l’Ouest », en effet, Freda utilise tout ce qui lui tombe sous la main, des bagarres toniques, un charme féminin érotomane, des chevauchées gigantesques en carrosse filmées en plan large avec explosions et chevaux désarçonnés, des pirouettes, des intérieurs stylés bavaiens, des jeux de lumières colorées, des piranhas ( !) qui sont en fait des carpes (lol) mais toujours avec le talent sincère, touchant et appliqué du maitre, qui fait toute la différence…
Il faut être honnête, par moments « Sept épées pour le roi » c’est un foutoir sans nom, on a du mal à retrouver ses petits, tout part en live et la dynamique de la continuité des plans est extrêmement rapide, idem pour les personnages (la brune du carrosse, la fille de l’auberge et la suppliciée, on ne sait pas très bien où l’on en est)…
Ceci étant, le rythme alerte du métrage tient bien le spectateur en haleine et on n’a pas le temps de s’ennuyer, de plus, les décors sont magnifiques et les scènes d’action nocturnes menées de main de maitre (le passage de l’interpellation dans la bâtisse par les toits à trente mètres de hauteur est sans équivoque et sidérant de tonicité !)…
Brett Halsey dote son personnage d’un grand charisme et se révèle excellent acteur et le charme incendiaire de la belle Béatrice Altariba est pour beaucoup dans l’intérêt porté par le film, d’autant plus rare et méconnu qu’il n’existe pas en DVD !
Un appel est lancé, à Artus films  par exemple, pour éditer cette perle du bis italien qui passa naguère dans l’émission culte « Cinéma de quartier » de Jean Pierre Dionnet…
Une occasion unique et un film rare, ceux qui le possèdent doivent le conserver religieusement…
Du grand Freda qui figure dans le top 10 de sa filmographie au même titre que « I vampiri » ou « L’aigle de Florence »...

Note : 9/10



dimanche 4 octobre 2015

Beau-père de Bertrand Blier, 1981

BEAU-PERE
de Bertrand Blier
1981
France
Avec Patrick Dewaere, Ariel Besse, Nicole Garcia, Nathalie Baye, Maurice Ronet, Maurice Risch
121 minutes
Chronique dramatique intimiste
Ecrit par Bertrand Blier
Edité en DVD chez studiocanal video
Synopsis :
France, banlieue parisienne, début des années 80…
Rémi, un trentenaire vit avec Martine, sa compagne depuis huit ans, il s’agit d’une famille recomposée, il y a Marion, une adolescente de 14 ans, au sein du foyer…
Martine décède brutalement dans un accident de voiture, le père de Marion arrive pour récupérer et ramener sa fille chez lui mais cette dernière est malheureuse avec lui et n’a qu’un seul souhait : rester auprès de Rémi…
Après une fugue, Marion s’installe avec Rémi, la jeune fille éprouve des sentiments très forts pour lui, aussi bien au niveau affectif que sexuel…
Refusant d’abord les avances répétées de Marion, Rémi finit par l’embrasser et couche plusieurs fois avec elle…
Mon avis :
« Beau-père » traite d’un sujet douloureux et délicat, très peu exploité au cinéma, du moins de cette façon, la pédophilie, mais Blier est malin et sensible, ici aucune outrance ni vulgarité mais une succession de saynètes simples dans des décors épurés et un jeu d’acteur respectueux et pudique…
Dewaere est habité par son rôle comme dans la plupart de ses films et la jeune Ariel Besse étonnante de professionnalisme et d’intelligence, il faut un grand courage pour endosser son personnage loin des lolitas décérébrées que l’on avait l’habitude de voir, elle représente Marion, le personnage central du métrage, celle par qui tout arrive, c’est elle le vecteur de l’intrigue et de cette histoire d’amour quasi impossible mais rendue attachante par un Blier au firmament…
Les seconds rôles sont à la fois distants et proches de Rémi, notamment le contrebassiste et son épouse ou les deux femmes qui apparaissent au début et au final du film (Nicole Garcia et Nathalie Baye, la veuve qui ouvrira les yeux de Dewaere et par conséquent le sauvera de sa relation folle avec Marion)…
L’escapade à Courchevel permet de confirmer l’amour fou entre Rémi et Marion, tour à tour passionné et d’une tentation quasi irréelle, Blier pose sa caméra et laisse aller ses personnages dans une lente mais efficiente love story insolite qui pourra encore de nos jours paraître déplacée voire illégale mais « Beau-père » n’est jamais un film obscène ou pédophile dans le sens « pornographique » du terme, c’est plus un drame passionnel où gravitent des protagonistes paumés et sans repères…
Le repère, justement, aussi bien pour le spectateur que pour Rémi, c’est Marion ; Rémi a tout perdu, sa femme, son travail de pianiste, il vit dans un environnement délétère qui n’a que peu de sens pour lui, et dès qu’il intègre le fait que Marion est amoureuse de lui, sa vie change mais heureusement pour la bienséance, de façon partielle et éphémère…
Ce n’est que lorsque sa raison regagne sa place et la rencontre avec Nathalie Baye que sa conscience reprend ses droits et qu’il retombe sur ses pieds…
Finement joué et assumé totalement par Bertrand Blier, « Beau-père » est une œuvre dérangeante mais à l’histoire suffisamment bien ficelée qui évolue en flux tendu par son côté scabreux mais qui demeure le témoignage d’un très bon cinéma, osé et talentueux…
Il faut être ouvert cinématographiquement pour le visionner mais « Beau-père » est une grande performance dramatique, à contre-courant du cinéma traditionnel, Blier a une nouvelle fois entrepris un pari risqué qu’il a gagné haut la main…
C’est le genre de metteurs en scène qui rend honneur au cinéma hexagonal, nous nous devons de le souligner…

Note : 9/10





samedi 3 octobre 2015

Sympathy for Mister Vengeance de Park Chan Wook, 2002

SYMPATHY FOR MISTER VENGEANCE
De Park Chan Wook
Corée du sud
2002
Avec Bae Doo Na, Kang Ho song, Shin Ha kyun, Ryoo Sung bum, Bo Bae han
129 minutes
Drame/film d’auteur
Edité en DVD chez HK vidéo
Synopsis :
Corée du sud, début des années 2000…
Ryu est sourd muet, il vit chichement et son travail lui procure à peine de quoi subvenir à ses besoins, sa sœur est malade, elle aurait besoin de la greffe d’un rein mais Ryu n’a pas le rhésus sanguin compatible pour la sauver…
Dans des vespasiennes, Ryu voit une affichette qui propose un trafic d’organes, le deal est le suivant : une forte somme d’argent à qui accepte de donner son rein, Ryu se rend dans un endroit où doit s’effectuer l’opération, peu après il se retrouve nu sur le bord d’une route !
Yeong mi, sa petite amie, est désespérée, tout allant de mal en pis, Ryu est licencié !
Pour se venger, Ryu kidnappe Yu sun, fillette de Dong jin, un des amis de son ex patron, la gamine atterrit chez Ryu, ce dernier fait croire à sa sœur qu’elle doit assurer du baby sitting…
Tout part en live, la sœur se suicide et Yu sun meurt noyée…
La vengeance de Dong jin sera à la hauteur de l’horreur qu’il a vécue et les quatre hommes du groupuscule anarchiste libertaire dont faisait partie Yeong mi sont également sur le coup !
Tortures, égorgements, meurtres seront l’apanage des protagonistes de cette partie de ping pong gigantesque qui s’achèvera dans un bain de sang !
Mon avis :
Prélude au mythique « Old boy », « Sympathy for mister vengeance » permet à Park Chan Wook de « préparer le terrain » pour faire appréhender un style qui pourra rebuter certains mais qui possède des qualités techniques formelles et bascule les codifications du cinéma asiatique de manière indéniable, poussant très loin dans l’extrême, tout en ne possédant pas le caractère vulgaire des catégories 3 (comme des films qui s’y apparentent, « Ebola syndrome » par exemple)…
Ici, c’est du gore en finesse, du massacre léché stylistiquement et une maitrise technique parfaite servie par des comédiens impliqués dans un cauchemar qui a tous les atours d’un paysage luxuriant (le lac, les rues et leurs bâtiments, les plaines sublimées par des plans de toute beauté)…
Ce qui aurait été pornographique dans un catégorie 3 passe ici comme une lettre à la poste et la superbe Bae Doo Na au corps cristallin est pour beaucoup dans la réussite du métrage notamment dans l’intensité d’une scène de copulation qui restera dans les annales…
La caméra file de façon fluide, les séquences s’entrechoquent vigoureusement avec un aplomb propre au cinéma coréen, d’ailleurs le ministère de la culture de ce pays finance de plus en plus des initiatives comme « Sympathy for mister vengeance » pour revigorer et faire la fierté d’un pays au cinéma en plein essor, seuls les réalisateurs de haut niveau comme Park Chan Wook peuvent bénéficier d’une telle confiance, amplement méritée…
Quant au scénario, il est exemplaire, rien n’a été laissé au hasard et l’histoire de la greffe hypothétique n’est qu’un prétexte pour provoquer un déluge de violence et un florilège d’exercices de style graphiques sidérants et habilement mis en scène…
Véritable chef d’œuvre d’un genre méconnu en France, « Sympathy for mister vengeance » a le triple mérite de le faire découvrir à un public plus large, de mettre en lumière un cinéma atypique et de redorer le blason du septième art coréen tout en montrant la qualité et le talent d’un metteur en scène prodigieux comme Park Chan Wook…
Un grand film à découvrir…

Note : 9/10







vendredi 2 octobre 2015

MR 73 d'Olivier Marchal, 2008

MR 73
d’Olivier Marchal
2008
France
Avec Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Philippe Nahon, Catherine Marchal, Francis Renaud, Gérald Laroche
Polar atypique
124 minutes
Synopsis :
Marseille, fin des années 2000…
Louis Schneider est flic à la SRPJ, il est devenu alcoolique au dernier degré depuis qu’il a perdu sa fille dans un terrible accident de la route, sa femme, Mathilde, est  tétraplégique et lourdement handicapée, il va lui rendre visite régulièrement et revoit ponctuellement des « flashs » de l’accident…
Multipliant les catastrophes lors d’interventions qui tournent au vinaigre, Schneider ne doit son salut qu’à Marie, sa supérieure, qui lui évite les pires foudres de la hiérarchie placée plus haut…
Charles Subra, un dangereux psychopathe, arrêté il y a plusieurs décennies par Schneider, bénéficie d’une remise de peine et doit sortir de manière imminente de prison…
Justine Maxence, seule rescapée d’un massacre familial orchestré par Subra, apprend la nouvelle et se met en relation avec Schneider, elle se prend d’affection pour le policier…
Subra, converti au christianisme, sort et retrouve la trace de Justine…
Mon avis :
Il est des œuvres qui réconcilient avec le cinéma…
« MR 73 » fait partie de ces rares films français qui vous assène un coup de poing en plein visage, un uppercut en plein cœur, Olivier Marchal a réussi à nous projeter dans un univers foisonnant et crépusculaire où gravitent des personnages désespérés et habités par le malheur, mais il transgresse ces situations et ces sentiments par une intrigue policière tout à fait pénétrante et d’une noirceur totale…
Marchal flirte avec les cimes du polar de haut niveau et atteint la perfection dans de nombreuses séquences dont la plus marquante, la finale, il éclabousse les normes, s’approprie son style de façon abrupte par des symbolisations, des métaphores uniques qui vont extrêmement loin dans l’hyper sensibilité (la religion est éclaboussée par le sang, la mort passe par la vie, par la naissance… on suppose même une réincarnation, c’est dire si le transfert et le parallèle sont osés !)…
Au niveau de la direction d’acteurs, Daniel Auteuil prouve une nouvelle fois son authenticité, Philippe Nahon fait encore plus peur que dans « Seul contre tous » et Olivia Bonamy est cinglante de fragilité, enveloppant  un rôle frêle et vulnérable, elle donne la vie comme pour se sauver elle-même…
Les contrastes avec les polars traditionnels sont saisissants, que ce soit la pluie, la nuit, l’atmosphère qui règne dans « MR 73 » tout se démarque de ce que l’on avait pu voir auparavant, Olivier Marchal s’imprègne d’une histoire assez basique pour la renouveler et la transcender à sa façon, de la lumière aux ténèbres, il n’y a qu’un pas…
Froid, glaçant même, « MR 73 » est un polar qui ne ressemble à aucun autre, il pulvérise les codes et amène le spectateur sur une réflexion sur la justice et la vie de ces policiers, loin des clichés que l’on a pu voir et entendre, il donne une dimension mystique à cette profession et le réalisme totalement assumé par Marchal ne peut qu’appuyer et entériner son propos…
Très dur, « MR 73 » fait sortir de l’ombre les pires affres que peuvent vivre des humains et dépassent ces derniers par un espoir, un faible espoir d’arriver à la plénitude et au repos de l’âme…
Fantastiquement mis en scène, « MR 73 » est une œuvre qui laisse des séquelles et qui grave instantanément l’histoire du cinéma français au sommet…

Note : 10/10






jeudi 1 octobre 2015

Sur les quais d'Elia Kazan, 1954

SUR LES QUAIS
d’Elia Kazan
Etats-Unis
1954
Aka On the waterfront
Avec Marlon Brando, Eva Marie Saint, Karl Malden, Rod Steiger, Lee J. Cobb
108 minutes
Chronique sociale dramatique
Huit Oscars en 1954 dont celui du meilleur film
Lion d’argent à la Mostra de Venise
Musique de Leonard Bernstein
Budget : 910 000 dollars
Recettes aux Etats-Unis : 9 600 000 dollars
Synopsis :
Port de New York, années 50…
La firme maritime AFL-CIO régit l’intégralité des docks de la ville, elle est dirigée par Johnny Friendly et son adjoint Charley Malloy, deux syndicalistes aux méthodes assez expéditives et peu diplomates, ils exploitent les dockers, pauvres bougres qui ne demandent qu’à gagner un peu d’argent pour vivre et qui sont traités comme du bétail lors des « propositions » matinales d’embauches qui ne leur garantissent pas forcément un salaire fixe et une activité pérenne…
Dans ce microcosme paupérisé et souvent alcoolisé, Terry, le frère de Charley, provoque à son insu un meurtre, celui de Doyle, un employé du port qui devenait gênant pour les affaires de la AFL-CIO, ce dernier est poussé d’un toit et se tue en tombant…
Edie Doyle, sa sœur, une jeune femme blonde, ne se remet pas du décès de son frère et veut percer le mystère de sa mort, c’est un combat de David contre Goliath !
Le père Barry, le pasteur de la bourgade tente de ramener l’ordre, alors que Terry tombe fou amoureux d’Edie, il se retrouve entre le marteau et l’enclume et devient très vite la cible de Friendly, accusé et considéré comme un « mouchard »…
Les deux hommes n’ont plus qu’une seule issue : en découdre manu militari !
Mon avis :
Tourné en pleine époque du maccarthysme, le film établit une polémique, certains y voyant un film anti syndicat, alors qu’il s’agit avant tout d’une fresque humaine, d’un pamphlet social mettant en lumière la vie des dockers de l’époque, à l’instar de ce qu’était « Germinal » pour les mineurs…
La dangerosité de leurs tâches (certains peuvent y laisser la vie) vient se greffer sur une histoire sordide de meurtre, commanditée par des dirigeants syndicalistes sans scrupules, « Sur les quais » préfigure vingt quatre années avant le film « FIST » avec Sylvester Stallone et le mode opératoire scénaristique y est quasi identique, la technique visuelle en plus value…
Brando est réellement attachant avec son visage d’ancien boxeur, les paupières boursouflées et la carrure solide et son histoire d’amour (Eva Marie Saint, dont c’est le premier rôle au cinéma, crève littéralement l’écran !) semble autant impossible que dangereuse…
Ponctué de séquences cultes parfois insolites (la pigeonnière, la scène nocturne de la poursuite avec la voiture, le début lunaire en prélude au meurtre), « Sur les quais » est doté d’une charpente scénaristique qui retient l’attention du spectateur et bénéficie d’un rythme entre les plans qui force le respect…
Troisième collaboration entre Elia Kazan et Marlon Brando, « Sur les quais » est également le seul film « hors comédie musicale » où Leonard Bernstein a apporté sa contribution, la musique est magique et amplifie bien le rendu voulu par Kazan, à la fois pour les séquences dramatiques que pour les passages romanesques (la liaison de Terry avec Edie)…
Magnifié par la prestance imparable de tous les comédiens (y compris les seconds rôles), « Sur les quais » devint instantanément un classique, le public et la critique ne s’y trompant pas, le film a glané pas moins de huit oscars et fut un immense succès…
D’une force politique et sociale encore d’actualité de nos jours, « Sur les quais » pose et transpose des antagonismes qui gravitent sur les thématiques de la loyauté, de l’argent, de la volonté de s’en sortir et la justification d’un amour…
Malgré les années, la modernité de ce métrage reste intacte et Kazan reste un grand visionnaire, humainement et dramaturgiquement parlant…
A visionner pour comprendre l’essentiel du cinéma américain des années 50…

Note : 10/10