lundi 5 décembre 2016

CHRISTINE de John Carpenter, 1983

CHRISTINE
de John Carpenter
1983
Etats-Unis
avec Harry Dean Stanton, Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul, William Ostrander, Robert Prosky
Film fantastique culte
106 minutes
d’après le roman de Stephen King
Budget : 10 000 000 dollars
Recettes au box- office américain : 21 000 000 dollars
Synopsis :
Etats Unis, fin des années cinquante…
Une usine de productions automobiles construit des voitures du modèle Plymouth Furie ; un des employés est blessé par le capot d’une des voitures, un autre rentre dans l’habitacle et y jette une cendre de son cigare : il décède probablement d’un arrêt cardiaque !
Un peu plus d’une vingtaine d’années plus tard, Arnold dit « Arnie » Cunningham est un lycéen complexé au physique chétif, il est le souffre-douleur de ses camarades, le jeune garçon étudie la mécanique ; alors qu’une bagarre tourne mal, son ami Dennis Guilder vient le défendre ; Buddy Repperton, un voyou jure d’avoir la peau d’Arnie…
Leigh Cabot, une superbe jeune fille nouvellement arrivée au lycée, fait tourner toutes les têtes des garçons, Dennis essaye de la brancher…
Lors d’une virée en voiture avec Dennis, Arnie découvre la carcasse de la Plymouth Furie 1958, il est hypnotisé par le charme de cette voiture et l’achète fissa 300 dollars à son propriétaire afin de la restaurer…
Il stocke la voiture dans le garage de Will Darnell et en quelques semaines il la remet à neuf…
Cette voiture est en fait maléfique et possédée par un esprit diabolique, Arnie change du tout au tout dès qu’il l’a en sa possession et devient plus sûr de lui et agressif…
Il nomme sa voiture Christine et perd pied avec la réalité ; un jour Christine est vandalisée par Buddy Repperton et sa bande de voyous…
Arnie prend alors le taureau par les cornes et annihile tous ceux qui ont fait du « mal » à sa voiture…
Mon avis :
Film tourné l’année suivante de « The thing », « Christine » est un film essentiel pour comprendre et analyser la carrière filmique de Carpenter, il y développe via le roman de Stephen King des thématiques récurrentes au cinéma fantastique de façon très originale ; Carpenter remet au gout du jour le mythe de Docteur Jekyll et Mister Hyde par le personnage d’Arnie, tour à tour ado inhibé qui deviendra une véritable brute galvanisée par l’aura de sa voiture, qu’il considère comme une personne à part entière, un peu comme une entité avec qui il fusionne et qui ne fait qu’un seul avec elle…
La vie estudiantine est passée au second plan dans le film (malgré une scène à la « Class 1984 » pas piquée des hannetons), John Carpenter se concentre sur la voiture baptisée Christine, elle polarise toutes les attentions et c’est elle LA star du film, elle apparaît pratiquement dans chaque plan, réveillant la terreur et la mort par les vrombissements de son moteur et sa rapidité à agir lorsqu’il faut « venger » ceux qui ont nui à son propriétaire…
C’est bien là toute l’originalité du film, le tueur en série est une VOITURE, plus un BOOGEYMAN ou un ALIEN, du coup le réalisme de cette automobile nous vaut des scènes fantastiques comme la résurrection de pare chocs abimés ou des portières et des pare brises qui se reforment (Carpenter a utilisé un montage à l’envers avec un « gonflage » des pièces de la voiture, le résultat est bluffant et particulièrement habile)…
Quasiment une trentaine de modèles ont été utilisés pour le film, que ce soit les poursuites, les scènes de casse ou le final avec le bulldozer ; d’une technique irréprochable, « Christine » se suit parfaitement et le jeu des acteurs n’est pas laissé en reste, Carpenter donnant crédibilité aux protagonistes, tous très impliqués dans l’histoire…
Et n’oublions pas la musique, partie intégrante de ce film, elle colle complètement aux scènes et sait apparaître juste quand il le faut, Carpenter réalise ici un coup de maitre et prouve la symbiose qu’il sait produire entre l’image et le son, entre la partition musicale et sa réalisation, du travail d’orfèvre !
« Christine » demeure encore de nos jours un des meilleurs films de Carpenter et accéda automatiquement au rang de film culte, bien ancré dans les productions des années 80 et restant fidèle au style de Stephen King, John Carpenter, par son talent, ne pouvait pas trahir le roman et le rendu est accessible également même pour ceux qui n’ont pas lu le livre…
Keith Gordon dans le rôle d’Arnie fait d’abord penser à Mac Fly de « Retour vers le futur » pour se muter en un psychopathe aux antipodes de son personnage de départ, les seconds rôles sont également authentiques comme le garagiste bourru et pète sec ou le flic incarné par Harry Dean Stanton aux apparitions fulgurantes ; quant aux jeunes acteurs du film, ils sont crédibles malgré des dialogues en dessous de la ceinture pas forcément bienvenus…
Dans sa globalité, « Christine » est un véritable plaisir à visionner et prouve une énième fois tout le respect que John Carpenter a pour son public, à lui fournir la jubilation à chacune de ses œuvres, il connaît son travail et l’effectue avec rigueur et empathie afin de nous faire savourer ce qu’il produit…
Bref, encore une fois un MUST de Carpenter qui n’a pas vieilli malgré les années, on se régale en le regardant et cette déclinaison du style de Big John force obligatoirement le respect, on ne peut que s’agenouiller devant tant de maitrise…
Un film essentiel pour tout cinéphile…
Note : 10/10

Dédicacé à Fabrice





dimanche 4 décembre 2016

Bon à tirer de Peter Farrelly et Bobby Farrelly, 2011

BON A TIRER
de Peter Farrelly et Bobby Farrelly
2011
avec Owen Wilson, Christina Applegate, Alexandra Daddario, Nicky Whelan, Jason Sudeikis, Jenna Fischer, Alyssa Milano
Comédie graveleuse
105 minutes
aka Hall pass
Produit par New line cinéma
Budget : 36 000 000 dollars
Recettes au box-office mondial : 83 693 266 dollars
Synopsis :
Etats-Unis, années 2010…
Rick Mills vit avec sa femme Maggie et leurs enfants, son meilleur ami est Fred Searing qui partage sa vie de couple avec sa femme Grace, tout irait pour le mieux, l’argent coule à flots, ils ont un travail stable, une superbe maison, une belle voiture et ne manquent de rien, à part juste un petit défaut, les deux hommes sont des obsédés sexuels !
Dès qu’ils voient une jolie femme, ils ne peuvent s’empêcher de sortir des vannes graveleuses !
Leigh, la serveuse du snack où ils ont l’habitude d’aller, en fait les frais ; Paige, la baby sitter des enfants de Rick qui vient d’atteindre sa majorité, demande à Rick de lui acheter un pack de bières, ce qu’il refuse…
Bourrés aux as, Rick et Fred se voient proposer un deal par leurs épouses respectives, ces dernières leur donnent un « bon à tirer », ce qui signifie qu’ils ont une semaine entière pour aller à droite à gauche et tromper leurs femmes ; Grace et Maggie quittent le domicile et les deux lurons ont carte blanche pour se brancher tous les canons qu’ils rencontreront !
Avec trois autres bougres, Rick et Fred vont de restaurants en restaurants, de discothèques en discothèques, les débuts de leur « vie libre » sont plutôt laborieux…
Et pendant ce temps, Maggie et Grace se laissent « draguer » par d’autres hommes…
Une succession de quiproquos va attendre tout ce petit monde avec notamment pour les garçons des rencontres pas forcément heureuses !
Mon avis :
Trublions de la comédie américaine pas fine, les frères Farrelly ont fait leur classe avec le mémorable « Mary à tout prix » avec la belle Cameron Diaz, ici avec ce « Bon à tirer » (« Hall pass » outre –Atlantique) soyons nets ça ne vole vraiment pas haut et le film est quelque peu parasité par des passages vraiment trash voire carrément dégueux (la scène du sauna, la masturbation dans la voiture et le pompon : la scène de l’éternuement), bref je vous passe les détails, et pourtant on se surprend parfois à rire devant ces deux potaches (le duo Wilson/Sudeikis est sympathique et fait bien tourner la boutique) et l’enjouement dont fait preuve l’ensemble de l’équipe est communicatif…
Pétés de thunes jusqu’à l’écoeurement, les protagonistes sont là pour la frime et pour exhiber leurs demeures, leurs belles voitures et montrer qu’ils sont riches (tout comme le film et ses moyens mis à disposition : 36 millions de dollars quand même - !-)…
Alors bien sûr les trois quarts des actrices sont des bombes, des clones de Pamela Anderson mixées avec Cameron Diaz, ça barde grave niveau sex appeal mais le film semble un peu vide par moments, ce festival de séquences lourdingues enraye le rythme qui se désamorce par des blagues stériles et (appelons un chat un chat) débiles (le passage au golf)…
L’aspect dramatique lors des retrouvailles à la fin du « bon à tirer » est complètement flouée et ratée, l’émotion est absente car les frères Farrelly hésitent entre les genres, ce qui est bien dommage !
Bref, on est en plein dans la comédie américaine grasse revendiquée Mac do et consorts et ce déluge de pognon ad nauseam finit par devenir gênant, les frères Farrelly pondent un cinéma fin comme un kilo de gros sel qui s’adresse en premier lieu aux fans de Vincent Lagaf ou de Jean Roucas…
N’ayant peur de rien et ne reculant devant aucune outrance, les deux réalisateurs nous lâchent une séance d’une heure quarante de flatulences qui font rigoler au début mais qui, au final, finissent par lasser, même si l’aspect technique est très correct et les prises de vues aériennes récurrentes sont très belles pour amener les séquences…
Une comédie moderne américaine qui vise un public populaire et peu regardant sur la qualité et la finesse et qui vient là pour déclencher ses zygomatiques sans réfléchir (le film a eu un gros succès doublant la mise financière initiale)…
Il faut s’armer d’une grande ouverture et d’une tolérance en fer forgé pour visionner ce film en intégralité…

Note : 6/10





dimanche 27 novembre 2016

Le baiser du diable de George Gigo, 1975

LE BAISER DU DIABLE
de George Gigo
1975
Espagne/France/Andorre
Avec Victor Israel, Silvia Solar, Olivier Mathot, Evelyn Scott, José Nieto, Daniel Martin
Nanar absolu fantastico érotique
89 minutes
aka Devil kiss
Produit par Eurociné
Synopsis :
Une ville d’Espagne au milieu des années soixante-dix…
Le duc de Haussemont, un richissime châtelain, convie tous les notables et aristocrates de la ville à un défilé de mode dans les sous-sols de son château ; il a invité Claire Grandier, une célèbre médium et le professeur Gambler, un scientifique également télépathe ; de fil en aiguille et par estime pour ses deux illustres hôtes, le duc leur propose de les loger tout le temps qu’il faudra jusqu’à ce que leurs « expériences » aboutissent, ce qu’ils acceptent tous les deux…
Après avoir exhumé un malheureux costaud mort renversé par une voiture, Gambler parvient à le ramener à la vie, il peut ainsi le contrôler à sa guise !
Une nuit le monstre s’introduit dans la chambre du duc et ce dernier meurt dans un incendie, sa chandelle prenant feu…
Son neveu qui est aussi héritier du domaine revient dans la propriété de son oncle, il est photographe…
Claire et Gambler sont installés dans une cave du bâtiment et ont également zombifié la servante…
Alors que la police comprend ce qui s’est passé et se rend dans le château, le premier zombi doué d’une force surhumaine s’échappe !
Mon avis :
Production Eurociné, « Le baiser du diable » est l’un des films les moins réussis de la célèbre firme culte auprès des cinéphiles fans de nanars, ici tout est bâclé, mauvais et très lent, on perd le fil de l’histoire au bout des dix premières minutes et l’histoire se casse la figure pour donner une intrigue proche de l’incompréhensible avec des séquences de nudité récurrentes et inappropriées qui limitent un quelconque intérêt, le spectateur se paume et la succession de décors identiques discrédite le film !
Le père Gigo (d’agneau, je sais elle est facile) a sans doute voulu créer un melting-pot de film paranormal, de film de zombies, d’érotisme aguicheur, de satanisme (ah les messes noires à deux euros avec les incantations d’Astaroth et autres Lucifuge !), hélas la sauce ne prend jamais, il s’est emmêlé les pinceaux à vouloir faire un film multi-genres, personne n’y retrouve ses petits, que ce soit les créateurs du film ou le spectateur !
Le seul zombi du film est ridicule et les maquillages grotesques, le personnage de Gambler en scientifique cardiaque pris de nombreuses crises de tachycardie est à côté de la plaque, on a l’impression que le script a été absent, la mise en scène est hyper bancale et les mouvements de caméra pas efficients pour amplifier l’angoisse (d’ailleurs il n’y a pas d’angoisse ou de peur provoquée dans ce « Baiser du diable », juste un profond ennui)…
Il faut être soit masochiste soit héroïque pour avoir le courage d’aller jusqu’au bout du visionnage de ce métrage affligeant de nullité, à mi-chemin entre le nanar, le navet et la pire des merdes cinématographiques pouvant exister !
Qu’est venu faire dans ce film l’acteur qui interprète le mari de la toxicomane de « Living dead in Manchester Morgue », l’illustre chef d’oeuvre de Jorge Grau sorti un an auparavant ?
L’inénarrable Victor Israel à la bouille marrante et sympathique et que l’on a vu en prêtre zombie dans « Virus cannibale » est sous employé, quant à la brune Silvia Solar (ex miss France), sa présence est gâchée par ses maquillages exagérés et son jeu d’actrice déplorable…
Ajoutez par-dessus le marché un doublage en français sur le DVD en décalé par rapport aux lèvres des comédiens et des voix du même doubleur utilisés pour plusieurs personnages en même temps faute de moyens, par moments on a l’impression de rêver, on se croirait dans un sketch des Inconnus !
Ringard à 100 % mais en plus sans le moindre humour, George Gigo croit à fond en son film et pense que le spectateur prendra tout au premier degré, « Le baiser du diable » se dote de plans qui valent leur pesant de cacahuètes et dénués de la quelconque crédibilité (le nain agresseur qui atterrit chez la médium, elle se fout à poil devant lui - !-) et le flash imbitable du gars qui meurt assis à sa table avec une lumière néon bleu fantôme, mais d’où sort-il ?
« Le baiser du diable » c’est du même tonneau que « Démence » aka « Thrauma » de Gianni Martucci, on ne capte strictement RIEN et on se demande où on est, c’est surréaliste mais faire une sieste d’une heure et demie ou regarder ce film c’est la même chose, sauf qu’après une sieste on se sent mieux et libéré alors que là on a mal à la tête !
Pour les plus courageux, « Le baiser du diable » est un métrage insensé qui sera apprécié uniquement par les cinéphiles férus d’Eurociné et connaissant les codes de cette maison de production d’un autre âge et aux antipodes des codifications cinématographiques connues du grand public, peut être les plus curieux y trouveront leur compte…

Note : 4/10



samedi 26 novembre 2016

Alabama Monroe de Félix Van Groeningen, 2012

ALABAMA MONROE
de Felix Van Groeningen
2012
Belgique/Pays Bas
avec Veerle Baetens, Johan Hendelbergh, Nell Cattrysse, Robbie Cleiren, Jan Bijvoet, Geert Van Rampelberg
Drame fulgurant
107 minutes
César du meilleur film étranger 2014
Nominé aux Oscars du meilleur film étranger 2014
aka The broken circle breakdown
DVD édité chez M6 vidéo
Synopsis :
Une ville de Belgique, années 2000…
Didier est un musicien qui mène une vie fantasque, il vit dans une caravane excentrée des endroits urbains avec des animaux comme des chevaux ou des poules ; Elise, une très belle jeune femme blonde tient un magasin de tatouages, elle est elle-même tatouée sur tout son corps, chacun de ses tatouages représente un de ses amants qu’elle garde en « souvenirs »…
Didier rencontre Elise et… c’est le coup de foudre !
Elise, enceinte de trois mois, l’apprend à Didier, d’abord réticent puis acceptant l’idée d’être père, ce dernier construit une véranda et agrandit sa ferme pour accueillir le bébé à venir…
Maybelle, leur fille nait…. Didier jouant du blue grass (un style de musique country) intègre Elise dans son groupe, Maybelle suit leurs sorties et concerts, il y a une fusion entre le jeune couple et les autres musiciens…
A l’âge de sept ans, Maybelle développe un cancer incurable…
Mon avis :
Drame fulgurant et foudroyant unique en son genre et quasi marginal dans la thématique qu’il exploite (la maladie et le décès d’un enfant), « Alabama Monroe » est un véritable crève- cœur cinématographique où il est impossible de ne pas laisser éclater ses larmes, Van Groeningen prend le parti pris habile d’un montage à la « Pulp fiction » qui ne défile pas dans la chronologie du passé au présent mais qui se déroule suivant l’instant, suivant l’instinct…
Du coup, hors des normes, nous apprenons au bout de la dixième minute le cancer de Maybelle au lieu que celui-ci apparaisse logiquement dans les minutes finales, « Alabama Monroe » doit son efficacité à son montage mais aussi à son humanisme servi par des comédiens à couper le souffle, emplis d’une viscéralité et d’une humanité prise par les tripes…
Il y a des passages atroces, des beaux moments, la crédibilité est présente et on se laisse emporter dans la vie de ces gens, dans le drame qu’ils vivent, on se prend le film comme un uppercut, on pleure, on est touchés, on re-pleure, on est pris de la plus grande compassion pour cette histoire très touchante, déchirante, « Alabama Monroe » c’est du cinéma-vérité qui appelle un chat un chat, qui montre et qui ose tout (même les passages de sexe) et le jeu des acteurs et des actrices est inoubliable (le monologue de Didier/Johan Hendelbergh lors du concert devant l’assemblée médusée et sans voix) même la petite Nell Cattrysse joue juste dans ce rôle hyper difficile d’enfant cancéreux condamné (un passage où elle joue avec ses bottes dans une flaque d’eau rappelle la chanson « Mistral gagnant » de Renaud « bousiller nos godasses et se marrer »), l’insouciance de l’enfance semble encore plus injuste lorsque celle-ci est confrontée à la maladie et à fortiori à la mort…
« Alabama Monroe » aborde de manière sincère, juste et pudique un thème extrêmement grave sur un ton naturaliste (le parallèle avec l’oiseau mort, les étoiles), la réincarnation est abordée par le biais d’Elise alors que Didier semble, lui, plus terre à terre et plus frontal…
La force de la mise en scène avec ses plans séquences mis sans ordre convenu nous transporte sur un second drame (la tentative de suicide d’Elise) puis sa mort qui nous collapse littéralement dans un final atypique avec l’immense solidarité des autres musiciens qui l’accompagnent vers sa mort, dans sa chambre, le film se clôt de cette façon, les larmes coulent à flots et on se rend compte qu’on a assisté à une leçon magistrale de cinéma…
« Alabama Monroe » est une immense claque, une volée qui nous est assénée en pleine figure, beaucoup de films ont abordé le thème de la mort, peu la mort sur un enfant, seul ce film est allé aussi loin et a poussé l’émotion à un tel degré…
Il est à déconseiller aux personnes dépressives et trop émotives, pour les autres, cinéphiles ou néophytes, « Alabama Monroe » est un métrage très rude, d’une force inouïe qui bouleversera tous ceux qui l’auront visionné…
Déchirant, unique, inoubliable, indispensable…

Note : 9.5/10





lundi 21 novembre 2016

Frankenstein 2000 de Joe d'Amato, 1992

FRANKENSTEIN 2000
de Joe d’Amato
1992
Italie
avec Donald O’Brien, Cinzia Monreale
92 minutes
Fantastique/Horreur
Edité en DVD chez Raro video
aka Ritorno dalla morte
aka Return to death
Synopsis :
Une ville d’Autriche, début des années quatre- vingt-dix…
Georgia vit avec son mari et son jeune fils dans un quartier résidentiel…
Un sexagénaire, Ric, se lie d’affection pour la jeune femme et l’espionne…
Georgia est propriétaire d’un vidéo club, un jour elle se fait agresser par quatre loubards masqués et manque de se faire violer, Ric intervient in extremis…
Depuis, Georgia a des cauchemars récurrents où elle imagine son fils décapité…
Un soir, les quatre voyous s’introduisent à son domicile, l’un des assaillants la frappe violemment à la tête, ainsi que son fils…
Hospitalisée en réanimation, Georgia est plongée dans le coma…
Ric subit lui aussi une agression et un violent coup porté à l’encéphale, il se retrouve également à l’hôpital…
Deux policiers corrompus pénètrent dans la clinique et l’un d’eux pend Ric, inconscient, à un barreau de sa fenêtre…
Ric est laissé pour mort !
Un violent orage va le réanimer et il envoie des ondes à Georgia…
Doté d’une force herculéenne, Ric s’évade et retrouve tous ceux qui ont fait du mal à Georgia !
Un véritable carnage a alors lieu !
Mon avis :
Illustre réalisateur et chef opérateur de renom, Joe d’Amato est avec ce “Frankenstein 2000” l’ombre de lui-même ou de ce qui l’a été…
Tout n’est que confusion dans ce film au scénario pourtant prometteur, D’Amato bâcle son métrage n’importe comment, le rythme est mou du genou, les effets spéciaux cheap et plutôt grotesques !
Le seul atout reste la belle Cinzia Monreale (vue dans « Blue Holocaust » et « L’au-delà ») et l’inénarrable Donald O’Brien (le « Doctor Butcher » de « Zombie Holocaust ») avec son visage simiesque et son air perpétuellement ahuri, pour le reste quasiment rien ne tient la route au niveau de la crédibilité (les flics portent des bombers, le commissariat est en fait un bâtiment administratif loué pour l’occasion et le passage avec la fête des skinheads tombe comme un cheveu dans la soupe et n’apporte rien au film !)…
On a l’impression que d’Amato a voulu se débarrasser du film, surement de commande par des producteurs peu regardants sur la qualité, les séquences sont étirées pour faire durer le film, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un « remplissage » pour faire l’heure et demie, mais par moments ça a du mal à passer…
Où est le côté anxiogène de « Absurd » ou « Anthropophagous » ?
Tout ce qui faisait la marque de fabrique de la « D’amato’s touch » semble avoir disparu !
Jamais distribué  en salles, « Frankenstein 2000 » est catalogué comme un téléfilm et à aucun moment on ne retrouve la fougue, le talent et l’atmosphère des films de la période des années 80 du maitre, on dirait que D’amato a perdu toute son énergie, ce qui est bien dommage lorsqu’on se remémore ses films précédents…
Proche du nanar par moments (la scène forestière avec le tueur, « Ogroff » sors de ce corps !), décousu dans la continuité des scènes, « Frankenstein 2000 » tient plus du foutage de gueule que du film d’horreur et l’utilisation abusive du nom de Frankenstein pour le titre est éhontée et carrément abusée (les Universal classic monsters peuvent dormir sur leurs oreilles !), bref, « Frankenstein 2000 » est une attraction pour les cinéphiles curieux et pour les rares aficionados qui veulent visionner l’intégralité des films de Joe d’Amato, pour les autres passez allègrement votre chemin et revoyez ses classiques, celui-ci est dénigrant pour d’Amato, si on le compare à ses chefs d’œuvres précédents…
Un dernier avertissement, un film que la gente féminine sensible doit éviter, les scènes d’agressions sexuelles sont gratinées et assez choquantes (surtout la seconde dans la maison)…

Note : 3/10




samedi 19 novembre 2016

L'aventure c'est l'aventure de Claude Lelouch, 1972

L’AVENTURE C’EST L’AVENTURE
de Claude Lelouch
1972
France
avec Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Gérard, Aldo Maccione, Charles Denner, Nicole Courcel, Prudence Harrington, Johnny Hallyday, Yves Robert, Juan Luis Bunuel
120 minutes
Comédie parodique déjantée
Chanson originale de Johnny Hallyday
Présenté en ouverture au festival de Cannes en 1972
Synopsis :
Paris et un pays de l’est de l’Afrique, début des années soixante-dix…
Lino Massaro, Jacques, Aldo, Simon Duroc et Charles dit Charlot sont cinq gangsters dont le procès se tient dans un tribunal parisien, ils n’ont jamais commis de crimes mais s’avèrent régulièrement pris dans des situations invraisemblables où ils passent pour des potaches ; nous sommes juste après mai 1968 et le quintet a pris la décision de changer de stratégie pour leurs forfaits en faisant de la politique, ou du moins en acceptant de revendiquer des causes sociétales…
Nicole, une leader d’un mouvement féministe souhaitant la légalisation de la prostitution, Armand Herbert, ambassadeur de Suisse ou le général Juarez, dictateur d’un pays d’Amérique du sud, serviront aux cinq gaillards pour alimenter leurs causes, soit par des kidnappings soit avec l’accord de leurs victimes, ainsi Johnny Hallyday himself se fera enlever afin que son rapt fasse parler de lui et faire vendre encore plus de ses disques…
Aldo, l’un des membres de la bande, inculque à ses acolytes une façon de marcher pour séduire les filles et les régale avec sa recette de spaghettis à la tomate !
Dans une succession de scènes dantesques et délirantes, les joyeux drilles finiront même par kidnapper le pape ( !) et seront acclamés comme des héros lors de leur exil africain par une foule en liesse !
Lelouch par l’intermédiaire d’une voix off nous conte leurs pérégrinations avec humour et dérision…
Mon avis :
Film jubilatoire au plus haut niveau, « L’aventure, c’est l’aventure » est d’abord un film de copains, de potes, il n’y a aucune prétention, tout le monde s’amuse, à commencer par le spectateur et Lelouch réussit là un de ses meilleurs films, il nous livre une leçon de cinéma par des cadrages d’une technique insensée (lorsque Denner blesse au fusil un homme, son reflet à l’envers apparaît sur une vitrine, prodigieux !) et il n’y a aucune méchanceté (les gangsters ne tuent jamais !), on assiste à un délire complet mais qui fait mouche par la symbiose du jeu des acteurs (la scène du barrage policier, tout en italien, avec Aldo et Lino est monumentale), on voit tout de suite la COMPLICITE entre Jacques Brel et Lino Ventura, super potes dans la vie, et Lelouch retranscrit cette amitié sur pellicule pour un rendu magnifique…
Lelouch avait des moyens financiers conséquents et depuis le succès planétaire d’ »Un homme et une femme », les producteurs lui accordaient pleine confiance, donc il était LIBRE de faire SON cinéma, un septième art que seul lui maitrise, quelques fois un peu trop personnel mais toujours SINCERE !
On jubile complètement lorsqu’apparaît la chanson thème du film « L’aventure c’est l’aventure » chantée par un Johnny survolté et au firmament, les passages où les héros mangent sont bourrés d’authenticité, on a l’impression d’être assis à table, à côté d’eux, « L’aventure c’est l’aventure » est un film qui dégage une sympathie unique en son genre, tout est prétexte à la déconnade, à la dérision…
On ne croit pas une seule seconde au réalisme du scénario, on est là pour jubiler sur une accumulation de plans séquences tout droit sortis de l’imagination de Lelouch, il met ses idées délirantes au service de la comédie, de son style de comédie, et le spectateur embraye complètement avec lui et ce, pour son plus grand bonheur !
Doté de cascades vrombissantes et de seconds rôles parfaits (Nicole Courcel en prostituée revendicative ou Juan Luis Bunuel en dictateur et même Yves Robert avec sa robe d’avocat), tout dans « L’aventure c’est l’aventure » n’a qu’une ambition : nous divertir, et le pari audacieux de Lelouch est réussi haut la main, les deux heures passent avec un rythme effréné et l’on savoure la qualité de son cinéma avec délectation, dès le prologue avec le coucher de soleil, on comprend aisément qu’on a affaire à un film iconoclaste, à part de tous les autres !
Témoignage d’une époque opulente (la France des années soixante-dix) et du registre de haut niveau des acteurs de l’époque (Ventura, Denner, Brel, Gérard et la révélation Maccione !), « L’aventure c’est l’aventure » est un film que l’on ne pourrait refaire de nos jours, en 2016 ; il y a une prise de risque et une mentalité hyper décomplexée qu’aucun producteur ne se risquerait à financer de nos jours, avec le cinéma formaté des comédies actuelles (« Camping » et consorts), et pourtant c’est bien des œuvres comme « L’aventure c’est l’aventure » qui rendent honneur au cinéma hexagonal !
A voir et revoir sans difficulté !
GENIAL

Note : 10/10





dimanche 13 novembre 2016

HORSEHEAD de Romain Basset, 2014

HORSEHEAD
de Romain Basset
2014
France
Avec Lilly Fleur Pointeaux, Catriona mac Coll, Murray Head, Philippe Nahon, Vernon Dobtcheff, Gala Besson, Fu’ad Ait Aattou
Fantastique d’avant garde
92 minutes
Produit par Jean Michel Montanary
Effets spéciaux de Jacques Olivier Molon
Casting de Delphine Gorget
Musique de Benjamin Shielden
Synopsis :
Jessica, une jeune femme, doit se rendre à Argenton sur Creuse après que sa mère Catelyn lui ait annoncé le décès de sa grand-mère ; Catelyn est tyrannique avec sa fille et une relation conflictuelle s’est toujours installée entre les deux femmes…
Jim, le beau-père, est un homme gentil et conciliant qui essaie de calmer le jeu…
Jessica a des troubles du sommeil où elle rêve d’un monstre avec une tête de cheval qui la harcèle, elle utilise une technique qu’on lui a appris : le rêve conscient, qui lui permet de surmonter ses cauchemars…
Entre rêve et réalité, Jessica doit percer un terrible secret qui ronge sa mère depuis plusieurs décennies…
Jim se rend à l’église de la ville, le prêtre lui explique qu’une chose horrible s’y est déroulée…
Les cauchemars récurrents hantent toujours Jessica avec comme leitmotiv incessant le monstre gigantesque à la tête de cheval…
George, le grand -père qui vit avec Catelyn, semble lui aussi impuissant face aux délires bipolaires qui sont légion dans la maisonnée…
Jusqu’à ce que Jessica comprenne et apprenne la vérité sur le terrible secret que lui cachait sa mère !
Mon avis :
ALORS LA CHAPEAU !
Enfin un film fantastique français qui sort des sentiers battus, « Horsehead » est un film en avance sur son temps, toute l’équipe s’est appliquée aussi bien sur la forme que sur le fond pour porter une histoire novatrice qui rafraichit les codes du cinéma d’horreur…
Il y a du Bunuel, du Argento, du Hammer dans la mise en scène de Romain Basset dont c’est le premier long-métrage, cinéphile aguerri, Romain Basset rend un hommage appuyé au cinéma qu’il aime mais n’en pompe jamais les codifications, il conserve toujours une originalité hors du commun et maitrise déjà la technique de façon prodigieuse (dès les premières secondes, on comprend que l’on a  affaire à une technique visuelle solide –la vue aérienne du train-)…
Lilly Fleur Pointeaux dégage une aura incroyable, sa juvénilité et son charme en font la clef de voûte du film, elle est l’héroïne et l’actrice a été choisie après un casting trié sur le volet car la jeune femme devait combiner des qualités de jeu mais aussi des cascades très physiques ou un sens de savoir rester en apnée (les scènes aquatiques sont magnifiques), quant aux autres rôles, Catriona mac Coll en mégère et Murray Head en beau-père conciliant mais dépassé, tout fonctionne à merveille !
On sent bien une confiance mutuelle metteur en scène/comédiens et Romain Basset dirige parfaitement ses personnages, malgré le peu de moyens financiers, Basset exploite tout ce qui se trouve à sa portée (un peu comme Bava utilisait les décors de ses films comme personnage principal), « Horsehead » est une incontestable réussite, prenant du début à la fin, le film redonne honneur à ses prédécesseurs (certaines séquences rappellent le « Suspiria » de Argento, d’autres lorgnent vers le gothique de la Hammer –le loup-)…
L’aspect onirique  est essentiel dans « Horsehead », multipliant les séquences de catharsis par le biais de saynètes effrayantes et fascinantes en même temps ; l’accumulation de révélations dans le dernier quart d’heure s’avère foudroyante et le spectateur a les poils qui se dressent lors de la scène finale, Romain Basset avec juste un seul film invente une manière d’appréhender le cinéma, il ne voulait pas être prétentieux mais très appliqué pour mettre en images son film et c’est tout à son honneur…
Très imaginatif et bourré d’idées, « Horsehead » est une œuvre à marquer d’une pierre blanche dans le genre du cinéma fantastique hexagonal, peu de réalisateurs ont poussé aussi loin l’expérimentation et la recherche graphique que celui-ci, « Martyrs » de Pascal Laugier, peut- être mais Romain Basset donne une esthétique et des trouvailles visuelles encore plus fortes…
Témoignage de l’amour cinéphilique de tout un pan du cinéma fantastique, « Horsehead » est sincère et touchant dans tout ce qu’il apporte au genre, c’est une heure et demie remplie d’une atmosphère jusqu’alors inédite, transcendée par des personnages (Lilly Fleur Pointeaux et Catriona Mac Coll) qui exercent par leur charisme une fascination indéniable…
Enorme coup de maître pour Romain Basset, à qui on peut d’ores et déjà prédire une immense carrière !
Je suis fier d’avoir contribué au financement de « Horsehead », les mauvaises langues le pensaient casse- gueule et bien, ils ravaleront leur salive : « Horsehead » préfigure un nouveau style de film de genre français, unique et singulier, qui ravira et comblera les amoureux du cinéma insolite…
Un métrage qui fera date et qui se bonifiera encore plus avec le temps, en avance sur son époque d’au moins dix ans…
Il fallait oser et y croire, et bien le résultat est fabuleux !

Note : 10/10