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dimanche 27 janvier 2013

DOLLS de Takeshi Kitano, 2002


DOLLS

de Takeshi Kitano

Japon

2002

Drame spirituel philosophique

110 minutes

Synopsis :

Japon, années 2000...

Trois histoires se croisent et viennent s'imbriquer les unes dans les autres, comme dans un conte...

Un jeune homme destiné à une brillante carrière abandonne sa mariée, fille d'un riche industriel, pour s'occuper de sa première femme, Awako, qui a fait une tentative de suicide après la nouvelle de sa rupture avec l'homme dont elle est éperdument folle amoureuse...

Une star de la chanson, suite à un accident à l'oeil, passe son temps à contempler la mer et les vagues qui s'échouent sur le sable...

Un de ses fans invétérés cherche à la rencontrer et prétend être aveugle...

Un couple de jeunes gens erre sur plusieurs kilomètres accrochés l'un à l'autre par un fil en tissu, symbolisant leur lien et parcourt de jour comme de nuit, dans le froid ou sous le soleil, un long périple, vers une destination inconnue, que nul ne pourra briser...

Le point commun et récurrent est l'impossibilité, l'amour, l'impossibilité de l'amour et la quête de ce dernier via la nature et la banalité de situations qui s'intègrent dans la vie des protagonistes...

Mon avis :

D'une approche parfois très théâtrale (pour exemple, le prologue avec les marionnettes et les borborygmes du conteur devant une salle attentive), "Dolls" est avant tout un film axé sur le graphisme et l'impact de ce dernier sur des situations à priori anodines, mais qui se retrouvent transcendées par un choix se portant sur le visuel et la recherche plastique...

Et là, Kitano fait mouche !

Non seulement on suit avec intérêt son métrage mais une compassion s'engage avec les personnages par des recherches graphiques sublimissimes...

Traitant avec la plus grande pudeur et sans exubérances des passages mélodramatiques, Kitano parvient à instaurer une empathie et intègre le spectateur au coeur même du mental des protagonistes, par un subtil jeu de caméra ou de cadrages chiadés très recherchés et peu donnés à un cinéaste lambda : Kitano maîtrise totalement son propos !

Bourré de trouvailles métaphoriques (le "fil" qui relie l'homme et la femme fait penser à un cordon ombilical) et stylistiques (la nature -notamment le ciel et la mer- servant de levier à renforcer la pathologie d'Awako, presque schizophrène), "Dolls" est un film typiquement Japonais et très peu d'autres oeuvres européennes ou d'outre Atlantique n'arriveraient à son niveau, eu égard au talent et au culot inné de Kitano de faire passer son cinéma, comme seul lui sait faire...

Pouvant paraître hermétique, "Dolls" est l'un des films les plus personnels de son réalisateur mais aussi le plus osé, poussant les possibilités atmosphériques au maximum et arrivant à intégrer des plans pris sur le vif, au hasard des coïncidences qui se sont présentées à un instant T...

Magnifiquement mises bout à bout, les trois histoires prennent dès lors leur essor et leur signification se justifie tout à fait lors du plan final, incroyable de luminosité et de beauté...

"Dolls" irradie par sa recherche d'images et parvient à se caser dans la filmographie de Kitano comme son film le plus abouti avec "Hana Bi"...

A visionner impérativement...

Note : 9/10






samedi 26 janvier 2013

Phenomena de Dario Argento, 1984


PHENOMENA

aka Creepers

de Dario Argento

Italie

1984

avec Jennifer Connelly, Donald Pleasence, Daria Nicolodi, Patrick Bauchau, Michele Soavi et Dalila Di Lazzaro

Fantastique

Synopsis :

Une lycéenne est tuée dans une maisonnette non loin du Valley Suisse, le tueur prend soin de la décapiter et sa tête tombe dans un fleuve...

Un anthropologue travaillant en binôme avec la police analyse la tête de la jeune fille retrouvée peu de temps après et d'après l'état de décomposition peut en déduire à quand remonte son décès...

Parallèlement, Jennifer Corvino intègre un pensionnat pour jeunes filles afin d'y étudier...

Un maniaque tue plusieurs de ses camarades !

Pendant une séance de somnambulisme, Jennifer perd connaissance et est recueilli par le professeur, qui souffre de la perte d'une de ses élèves, Greta, par le passé...

Il soupçonne qu'il s'agisse du même meurtrier...

Jennifer a la faculté de communiquer avec les insectes, le professeur lui propose d'enquêter pour remonter au tueur...

Mais Jennifer se retrouve enfermée dans la maison de la tutrice de l'académie...

Mon avis :

"Phenomena" est un film charnière dans la carrière du grand Dario Argento, tourné entre "Ténèbres" et "Opera", le film est doté d'un solide sens narratif et tient en haleine du début à la fin...

Il révèlera Jennifer Connelly qui fit une carrière exemplaire par la suite...

Il s'imbrique nombreuses pistes, difficultés d'élucidations jusqu'à ce que tout devienne limpide, et les passages gore ou violents foisonnent...

La musique magnifique de Claudio Simonetti est pour beaucoup dans la réussite du métrage et le score du duo Bill Wyman/Terry Taylor s'avère fascinant et stimule l'imagination...

On est en présence d'authentiques scènes de terreur (la piscine remplie de vers, la traque du tueur dans les délabrements du parc de l'institut, la vision du fils monstre...) et Argento savait encore comment faire pour provoquer l'effroi...

"Phenomena" est une oeuvre particulièrement attachante et parfaitement ancrée dans l'époque du milieu des années 80, n'hésitant pas à intégrer du Motorhead ou du Iron Maiden lors de séquences inoubliables...

On retiendra surtout la présence du génial Donald Pleasence, qui, par son expérience et sa longévité, a su apporter un plus au film via son personnage touchant en fauteuil roulant, véritable vecteur d'une intrigue aussi acérée que dynamique...

Toujours avec le même plaisir et la même attention, "Phenomena" se suit très facilement et a le mérite certain d'être un des films d'Argento les plus "accessibles" au public néophyte...

L'édition DVD des Introuvables FNAC a une qualité d'image égale à celle d'un blu ray et on aurait tort de passer à côté de ce film devenu culte et qui restera gravé comme une pierre tombale dans la carrière d'Argento, qui ne retrouvera plus la grâce pour les métrages suivants (hormis peut être "le Sang des innocents" qui marqua son retour fracassant...).

"Phenomena" est à savourer comme un nectar avant péremption...

Note : 10/10






AGUIRRE, LA COLERE DE DIEU de Werner Herzog, 1972


AGUIRRE, LA COLERE DE DIEU

de Werner Herzog

1972

Allemagne

90 minutes

avec Klaus Kinski, Ruy Guerra

Aventures épiques

Synopsis :

Au seizième siècle, en pleine forêt vierge sud américaine, des Conquistadors hispaniques ont capturé des autochtones indiens péruviens qui ne parlent pas leur langue...

Durant un périple ultra casse gueule, ils ont le but illusoire de regagner "l'Eldorado", sorte de contrée où le renouveau serait possible...

Très vite, les radeaux qui leur servent d'embarcations s'échouent dans les rapides du fleuve, incontrôlable et va décimer la quarantaine d'hommes à leur bord...

Des rencontres inopinées avec des cannibales hostiles feront de ce "voyage" un aller simple pour l'enfer où la faim et la mort par épuisement seront légion !

Dans sa folie autoritariste, le sous chef Aguirre perdra sa fille qu'il avait mis de la partie et sa démence dominatrice n'aura d'égale à sa déchéance funeste et inconsciente...

Mon avis :

Dès le début du film, on est tout de suite mis dans l'ambiance...

Et quelle ambiance !

"Aguirre, la colère de Dieu" est peut être le film le plus improbable jamais mis en scène !

Un vrai tour de force, on se demande comment Herzog a pu réaliser ce métrage au vu des conditions géographiques et climatiques (ici, on est en décors naturels, pas de tournage en studio !)...

Flirtant majestueusement entre aventures épiques, drame naturaliste et rapport de forces entre antagonistes tous plus allumés les uns que les autres, le film se suit avec fascination et l'application et le fait de  rendre l'impossible possible saute aux yeux et révèle une persévérance inouïe de la part de l'équipe technique du film...

Il va sans dire que le spectateur est subjugué et se retrouve plongé dans une odyssée aux multiples facettes, mêlant des personnages voulant arriver à leurs fins coûte que coûte, même au prix de sacrifier des vies humaines !

Kinski et ses yeux bleu délavé, avec son regard habité, est extraordinaire et les deux femmes antinomiques qui font partie de l'expédition semblent égarées comme deux brebis qui vont se faire dévorer par des loups dans une bergerie...

Le rapport vie/mort et cette volonté jusqu'auboutiste poussée à maxima d'acquérir le terre promise, l'Eldorado, fait penser à la quête du Graal...

Mâtiné de visions, de mirages (les conquistadors, rongés par la faim et la fatigue croient apercevoir un bateau perché sur un arbre !), "Aguirre, la colère de Dieu" fait preuve d'un onirisme déviant mais n'oublie pas cependant d'être un pur film d'aventures au suspense latent et lancinant...

On se prend de compassion pour ces aventuriers d'un autre âge et, grâce au talent vivace d'Herzog, on aimerait bien qu'ils le trouvent leur satané Eldorado !

Mais la raison a toujours raison de la folie et ce que l'on pensait fin triomphante s'avèrera illusoire et désenchantée !

Le plan aérien final avec tournoiement et déplacement latéral et circulaire de la caméra restera dans les annales du septième art pour un film inoubliable et totalement hors du temps et éloigné des conventions...

Magnifique à tous points de vue, "Aguirre, la colère de Dieu" est un régal !

Note : 10/10






mercredi 23 janvier 2013

PROMETHEUS de Ridley Scott, 2012


PROMETHEUS

de Ridley Scott

Etats Unis

2012

avec Charlize Theron, Noomi Rapace, Michael Fassbender

125 minutes

Science Fiction intelligente

Synopsis :

2089, Ecosse.

Un groupe de scientifiques géologues spéléologues découvre une peinture rupestre enfouie dans la fissure d’une grotte…

Ils conviennent et comprennent de suite qu’il s’agit d’une découverte capitale sur les origines de l’humanité, évaluant cette fresque à plus de 4 millions d’années avant notre ère…

2093, quatre ans plus tard, la mission emmenée par le vaisseau Prometheus débarque sur une planète hostile et désertique et doit faire la lumière sur une forme de vie quelconque, suite aux fragments délivrés par la peinture terrestre retrouvée en Ecosse…

Coordonné par une femme blonde et un androïde, l’expédition va découvrir bien plus que ce qu’elle espérait et se retrouvera confrontée à l’inconnu jusqu’à une révélation pour le moins sidérante !

Mon avis :

Véritable préquelle du premier « Alien » tourné 33 ans auparavant, « Prometheus » est un film intelligent et qui tient la route malgré qu’il ait pu déconcerter un certain nombre d’inconditionnels de l’œuvre de Ridley Scott…

Attention, ne vous attendez pas à un métrage pétaradant et bourré d’action à la Michael Bay/Transformers, ici la matière grise a remplacé la testostérone et l’ensemble fait gage d’une posture posée et pépère…

On suit avec intérêt et dans le plus grand plaisir les pérégrinations des spationautes et l’angoisse monte crescendo, en douceur et avec l’application dont sait faire preuve Scott (le bougre a quand même plus de soixante piges !)…

Les effets spéciaux s’avèrent chiadés et colossaux et nul doute que l’on a là affaire à une « machine à rêves » au scénario bien écrit et à la mise en scène imparable…

Ceux qui voulaient un blockbuster actioner comme à l’accoutumée des productions actuelles en seront pour leurs frais et rematteront « Aliens, le retour » de Cameron pour endiguer et juguler leur frustration, car frustration il peut y avoir, il faut bien le reconnaître, mais en même temps « Prometheus » tel qu’il est présenté ici, pouvait être difficilement différent eu égard au fait que c’est bien Ridley Scott qui est aux commandes (et si l’on se réfère à une certaine pudeur et une non exubérance dont il avait fait preuve lors du premier opus)…

Les décors rendent hommage au grand H.R. Giger et sont véritablement bluffants, les deux actrices principales sont charmantes et le spectateur est même gratifié d’une scène chirurgicale méga gore qui n’enlève rien au charme de l’ensemble…

Malgré un rythme moins soutenu que ses prédécesseurs filmiques, « Prometheus » a le mérite de poser les bonnes questions quand il le faut ce qui accentue sa qualité narrative et le place dans la catégorie « SF intelligente »…

Il faut le voir sans le moindre a priori et en essayant de faire abstraction des autres œuvres de la saga, même si cela peut paraître difficile voire déroutant…

On passe un agréable moment et le final (les 20 dernières secondes) sont tétanisantes, vous êtes prévenus !

A regarder toutes lumières éteintes et personne ne vous entendra crier… ou plutôt hurler d’effroi !

A recommander aux fans de science fiction moderne et qui réfléchit (même si on est loin de « 2001, odyssée de l’espace »)…

Note : 8.5/10






dimanche 13 janvier 2013

Le secret de Brokeback Mountain d'Ang Lee, 2005


LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN

aka Brokeback Mountain

d'Ang Lee

Etats Unis

2005

avec Heath Leidger, Jake Gyllenhaall, Michelle Williams, Anne Hathaway

139 minutes

Love story

Synopsis :

Etats Unis, dans le Wyoming, début des années 60...

Jack et Ennis, deux jeunes gens d'une vingtaine d'années sont embauchés pour effectuer la transhumance du troupeau d'un millier d'agneaux dans une contrée des Rocheuses, Brokeback Mountain...

Petit à petit, des liens étroits se tissent entre les deux hommes...

Un soir, alors qu'il grelotte dehors, Ennis se réfugie dans la tente de Jack...

Il le sodomise...

Leur homosexualité se confirme et à l'issue de leur mission ils se séparent...

Quatre années plus tard et alors qu'ils sont tous deux mariés avec des enfants à charge, ils se retrouvent...

Leur amour fou renaît et va perturber lourdement et faire voler en éclats leur existence, car l'homosexualité est très mal tolérée, surtout aux Etats Unis et à cette époque !

Le film retrace les tenants et les aboutissants de leur relation tumultueuse jusqu'à une issue bouleversante et brutale...

Mon avis :

Avec "le Secret de Brokeback Mountain", Ang Lee signe une histoire d'amour homosexuelle débridée et hors des conventions, qui n'hésite pas à être réaliste et sans fuyants, en un mot : sincère...

Les acteurs sont exceptionnels pour un film d'exception et les multiples récompenses glanées autour du globe pour cette oeuvre sont totalement méritées et justifiées...

De plus, Ang Lee filme de façon superbe des paysages, des situations, des nuages dans le ciel sans le moindre effet virtuel ou numérique, ce qui renforce la crédibilité de son métrage, qui demeure habile scénaristiquement et ne sombre jamais dans le voyeurisme ou le parti pris d'une quelconque compassion appuyée, il n'y a aucune lourdeur mais plutôt un témoignage épuré et intelligent...

Une "love story" hors normes, mais qui a tout à fait sa place dans le septième art eu égard à l'évolution des mentalités et des coutumes sociétales, et qui justifie sa présence de manière remarquable, desservie par une mise en scène sublimée par son honnêteté et sa grâce, "Brokeback Mountain" arrive à rendre attachants ses personnages et s'adresse au plus grand nombre du public, ne mettant aucune oeillères mais à contrario parfaitement adapté à faire accepter une histoire qui n'aurait, par exemple, pas pu voir le jour au cinéma américain il y a une trentaine d'années, à cause des mentalités encore rétrogrades à l'époque...

Une très belle romance entre deux hommes et un témoignage d'une certaine Amérique profonde, "le Secret de Brokeback Moutain" arrive via une finesse d'esprit absolue à rendre touchante une histoire et apporte un renouveau dans le genre du film d'amour, on peut dire qu'il y un "avant" et un "après" "Brokeback Mountain" tant les conventions sont trangressées et remises à plat après ce film, impossible à oublier !

"Le Secret de Brokeback Mountain" est une ode à la tolérance et doit être montré au plus grand nombre afin que l'humanité inhérente à son propos soit entérinée une bonne fois pour toutes et que la compréhension et l'acceptation des différences d'orientations sexuelles le soient également...

Un film nécessaire et qui amène une réflexion irréfutable sur les conditions de vie et les rapports entre humains...

Note : 10/10

samedi 12 janvier 2013

L'odeur de la papaye verte de Tran Anh Hung, 1992


L'ODEUR DE LA PAPAYE VERTE

de Tran Anh Hung

Vietnam/France

1992

97 minutes

Chronique de moeurs intimiste

Synopsis :

Vietnam, Saïgon, entre 1951 et le début des années 60...

Myu, une jeune fille, se fait embaucher comme servante et bonne à tout faire dans une riche famille qui vit du négoce de machines à coudre...

Elle s'acclimate tant bien que mal assez rapidement à sa nouvelle existence et s'acquitte de ses tâches du mieux qu'elle le peut...

Un mouflet, fils de la patronne de Myu, lui fait sans cesse des misères, la pourrissant dans son travail par des actes débiles et enfantins, mais ses gamineries semblent rendre Myu mutique et, par peur d'être licenciée, elle n'en rendra nullement compte à sa hiérarchie...

Sa "tutrice" lui apprend les techniques de préparations des différents plats afin qu'elle devienne une cuisinière hors pair...

Dix années s'écoulent...

Myu est devenue une femme (très jolie, de surcroît), elle va tomber amoureuse d'un pianiste et s'initier aux codes de l'amour...

Mon avis :

Financé avec des fonds français (notamment la banque GAN), "L'odeur de la papaye verte" est un film qui ne ressemble à aucun autre...

Véritable plongée dans un univers atypique, mêlant naturalisme, aspect culinaire et sentimentalisme exacerbé, "L'odeur de la papaye verte" s'appréhende de façon linéaire, au fil de l'eau, et s'avère être un des métrages les plus olfactifs de tous les temps...

Les cinq sens sont, dès lors, mis à contribution pour acquiescer l'oeuvre de Tran Anh Hung et le spectateur, grâce au talent et à la mise en scène ciselée, parvient à se projeter facilement dans les images qu'il voit...

Hypra sensitif, "L'odeur de la papaye verte" excite les sens, les fait vivre, bien au delà de la banalité quotidienne et ce "jeu" s'intègre parfaitement avec les situations vécues par les personnages...

Par moments, certains passages donnent même faim, plutôt étonnant pour un film, tant la nourriture est un élément omniprésent dans l'histoire, Tran Anh Hung, n'hésitant pas à nous gratifier de moult gros plans d'aliments en train de cuire, comme pour impliquer le spectateur, comme si, lui aussi, allait manger, côte à côte des convives : il nous invite à sa table !

L'approche technique et la manière de filmer ce qui se passe est également extrêmement travaillée et élaborée tout en n'étant jamais ennuyeux, Tran Nah Hung arrive à trouver le juste milieu entre le contemplatif et le narratif, il dose son contenu scénaristique de main de maître pour, au final, obtenir un résultat bluffant et une sensation de bien être aussi bien pour la jeune fille que pour nous, simples spectateurs...

Récompensé pour sa qualité et son côté "magique", "L'odeur de la papaye verte" est une offrande aussi exotique qu'inattendu dans le paysage cinématographique des années 90 et qui renoue avec le côté naturaliste de films comme "Dersou Ouzala" de Kurosowa avec une dimension atmosphérique plus prononcée et des thématiques très intéressantes...

A visionner au moins une fois, ne serait ce que pour la beauté de certains plans...

Note : 8.5/10

dimanche 6 janvier 2013

The Party de Blake Edwards, 1968


THE PARTY

de Blake Edwards

1968

Etats Unis

avec Peter Sellers

Comédie jubilatoire

97 minutes

Synopsis :

Bakshi un acteur indien fait capoter le tournage d'un film à haut budget...

Congédié sur le champ par le producteur, Bakshi se retrouve, suite à un quiproquo, invité à une soirée chez le fameux producteur...

A peine arrivé, il va mettre un foutoir terrible !

Mon avis :

Il faut absolument voir ce monument du cinéma burlesque qu'est "The Party" !

A mi chemin entre les films de Pierre Richard et Monty Python, mais avec la grâce inimitable du comédien Peter Sellers, omniprésent et irradiant le métrage du début à la fin  !

Calculés au millimètre près, les gags foisonnent et font sans cesse mouche !

Jubilatoire et délirant, l'humour de "The party" opère avec une finesse extrême et les zygomatiques fonctionnent dès le prélude, absolument à mourir de rire !

Le film va crescendo et se savoure avec délectation, ne laissant place à aucun temps mort, ce qui est une gageure puisqu'il se passe à 90 % en intérieur (la demeure cossue du producteur)...

Blake Edwards exploite les pièces, les recoins de la maison avec une application méthodique et parfaitement calibrée avec les situations cocasses rencontrées par les protagonistes de l'histoire...

La meilleure scène est sans conteste celle de la salle de bains, totalement hilarante, d'un humour absurde incroyable pour l'époque où Sellers excelle littéralement via un pantomime magnifique qui restera dans les annales du cinéma comique...

Délicieusement acidulé, "The Party" devient presque même vers la fin, un film "anarchiste" dans le sens où tout part en live, sans aucun contrôle, un délire absolu avec l'arrivée de l'éléphanteau et la mousse qui se propage comme un blob dans tous les étages de la maison...

Et Sellers, par sa prestance et son jeu, en arrive même à être touchant de par sa maladresse involontaire, son sourire et sa gentillesse incarnée, voulant à tout prix que tout aille bien et récupérant coûte que coûte ses gaffes !

Magnifique !

"The Party" est fabuleux, il détend bien plus que les films comiques actuels et navigue sans la moindre prétention dans un océan de délires aussi barrés qu'ultra travaillés...

A voir absolument si vous aimez rire au cinéma !

Il est pratiquement impossible de refaire une oeuvre de cette qualité de nos jours, sans la moindre prétention et avec le charisme de Peter Sellers, unique en son genre et qu'aucun acteur comique anglosaxon n'a réussi à égaler (à part Jerry Lewis, que je place au même niveau)...

Note : 10/10

samedi 5 janvier 2013

La lame infernale de Massimo Dallamano, 1974





LA LAME INFERNALE

de Massimo Dallamano

Italie

1974

aka La Polizia Chiede aiuto

avec Claudio Cassinelli, Mario Adorf

Giallo

87 minutes

édité chez The Ecstasy of Films

Synopsis :

Une jeune lycéenne d'une quinzaine d'années est retrouvée pendue dans une mansarde...

Elle était dénudée !

L'autopsie révèle qu'elle a eue des relations sexuelles prémortem...

La procureure de la république, en binôme avec un inspecteur chevronné et déterminé, remontera ses investigations jusqu'à mettre en lumière un réseau de prostitution pédophile...

Parallèlement, un mystérieux motard armé d'un hachoir sème la terreur dans la ville et s'en prend exclusivement à tous ceux et celles qui ont, de près ou de loin, un lien avec cette affaire...

Une course contre la montre afin d'endiguer ce carnage est alors engagée ! 

Mon avis :

Dallamano est un des meilleurs réalisateurs de giallo de sa catégorie (remember "Mais qu'avez vous fait à Solange ?"), il contribue à apporter un plus au genre  par l'intelligence de traitement et la rigueur scénaristique...

Et là, au niveau du scénario, ça va très très vite !

En effet, on est plongé dans un labyrinthe, un peu perdu au début mais passé le premier quart d'heure, la mosaïque commence à se reconstituer et dès ce moment on se passionne pour l'intérêt qu'a l'histoire, exerçant même une fascination empathique, on a envie de comprendre, envie que les autorités coincent le meurtrier face à l'atrocité infligée aux adolescentes !

Sachant savamment manier les fausses pistes et les atmosphères anxiogènes comme personne, Dallamano joue avec la multiplicité des équations possibles pour "piéger" le spectateur, le baladant complètement jusqu'à une issue radicalement différente des conventions établies, mais tout à fait plausible !

Ultra machiavélique et de nouveau politiquement incorrect (à l'instar de "Solange"), le bougre y met les coudées franches et ça ne rigole pas, mais alors là pas du tout !

Le spectateur n'a pas le temps de souffler et il ne lui est accordé aucune minute de répit : une succession de meurtres d'une barbarie sidérante adoubée à une solide pression nerveuse qu'ont les enquêteurs, mais aussi le cinéphile, qui reconnaîtra (au passage) moult idées reprises par Dario Argento huit ans plus tard (la pathologie du criminel, sa schizophrénie avec lettres postées à l'appui...) dans son "Ténèbres"...

Certains fragments du métrage relèvent même de l'anthologie (la poursuite jusqu'à la voie de train, la traque dans le parking, l'agression dans l'hôpital, l'engueulade de la mère à cause de la plaquette de pilules...)...

Le fait qu'il s'agisse de filles à peine sorties de la puberté et sensées s'être juste débarrassées de leur virginité renforce le côté pervers des sadiques du réseau de prostitution, la scène du magnétophone fait froid dans le dos et sert de tremplin vers la barbarie affichée, témoignage de l'horreur et du délitement sociétal (thème récurrent chez Dallamano) qui gangrène une société popperisée et dépravée au plus haut sommet (des notables figurent parmi les assassins)...

Le seul défaut du film (il convient tout de même de le signaler) est un monumental faux raccord dans la scène de la clinique, lorsque le motard arrive il fait nuit et dès qu'il s'échappe, on est en plein jour !

Autrement, "La lame infernale" est un excellent film policier, bien rythmé et très efficace, maintenant sans arrêt une tension imparable et assez angoissante si l'on est pas habitué à ce type de cinéma...

Saluons le travail exceptionnel de Christophe Cosyns et The Ecstasy of Films pour la qualité de l'image du DVD et le rendu de la modernisation de l'oeuvre, qui s'offre ici une seconde jeunesse !

C'est si rare comme prise de risques que ça a le mérite d'être encouragé...

Note : 10/10