Open Watching

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samedi 31 janvier 2015

La rose écorchée de Claude Mulot, 1969

LA ROSE ECORCHEE
de Claude Mulot
France
1969
aka The blood rose
avec Philippe Lemaire, Anny Duperey, Howard Vernon, Elisabeth Tessier, Valérie Boisgel, Olivia Robin
Fantastique érotique
94 minutes (uncut version)
DVD édité par Mondomacabro
Synopsis :
France, fin des années 60 et début des années 70...
Frédéric Lansac, un riche châtelain responsable d'une galerie d'art et multipliant les conquêtes, tombe amoureux d'Agnès, une jeune femme brune...
Très vite, celle ci insiste pour vivre avec lui au sein du gigantesque château, elle découvre la présence de deux nains, Igor et Olaf...
Le soir du mariage d'Agnès et Frédéric, Moira, une femme vénéneuse et jalouse du bonheur du couple, fait tomber Agnès dans des flammes...
Celle ci se retrouve atrocement défigurée, brûlée au dernier degré !
Frédéric embauche Anne, une infirmière au corps superbe, pour s'occuper des soins d'Agnès...
Ne supportant plus son état monstrueux, Agnès demande à Frédéric de faire intervenir le professeur Romer, un botaniste qui est également chirurgien esthétique de façon illégale...
Anne est tuée ; Barbara, sa soeur, inquiète de la situation des semaines après, décide de se rendre au château...
Mon avis :
Claude Mulot est un cinéaste passionné et très impliqué dans son travail de metteur en scène, ce qui se ressent pendant le visionnage de "La rose écorchée", son second film après "Sexyrella" sorti en 1968...
Le personnage de Frédéric Lansac servira de patronyme/pseudonyme à Mulot qui enquillera beaucoup de films pornographiques sous ce nom dans les années 70 avec notamment des fleurons du genre comme "Mes nuits avec Alice, Pénélope et Maud" ou le légendaire "Femme objet" avec Richard Allan...
Ici, il n'est pas question de pornographie mais d'un film fantastique aux touches érotiques, à mi chemin entre les films de Rollin et une vulgarisation des productions de la Hammer auquel Mulot attache une vénération depuis très longtemps...
Tout y est ! Château, crypte, exhumations, jolies filles peu avares de leur charme et le plus souvent à la plastique dénudée, décors gothiques et personnages louches (avec l'inénarrable Howard Vernon qui reprend son rôle fétiche très proche du docteur Orlof mais cette fois sous le nom de Professeur Romer)...
Hommage appuyé et revendiqué au film de Georges Franju "Les yeux sans visage" car il en reprend la trame scénaristique sans la plagier, "La rose écorchée" est un pur régal de déviance qui s'appuie sur une dextérité technique certaine faisant s'articuler un scénario très riche avec une direction d'acteurs qui tient la route...
Le ressenti est exemplaire et passionnant à suivre malgré quelques petites imperfections...
Anny Duperey est magnifique tout comme les autres comédiennes et les vingt dernières minutes sont un véritable catharsis où tout part en live, sidérant pour sa modernité et son culot, avec "La rose écorchée" Mulot ouvre de nouvelles portes au fantastique hexagonal faisant accéder ce genre dans une dimension peu commune, franche et loin des stéréotypes...
Au final, "La rose écorchée" est le chef d'oeuvre de Claude Mulot pondant l'archétype d'un style qui allait être repris par Jean Rollin tout le long de sa carrière et qui s'avère en être une version apocalyptique et bien plus ténébreuse...
Tout cinéphage qui aime les films de Jess Franco, de Rollin mais aussi de Mario Bava ou les classiques de la Hammer, ne peut passer à côté de "La rose écorchée" !

Note : 10/10






samedi 24 janvier 2015

Roy Colt et Winchester Jack de Mario Bava, 1970

ROY COLT ET WINCHESTER JACK
de Mario Bava
Italie
1970
avec Brett Halsey, Marilu Tolo, Isa Miranda, Federico Boldo, Teodoro Corra, Charles Southwood
Western spaghetti
81 minutes
Assistant réalisateur : Lamberto Bava
Synopsis :
L'action se déroule en plein far west, à la fin du 19ème siècle...
Roy Colt et Winchester Jack, deux compères meilleurs amis du monde avec tout ce que cela comporte, se battent souvent, ils sont accompagnés de fidèles acolytes...
Devenu shérif après avoir défendu un vieil homme impotent dans un saloon, Roy Colt se met en quête d'un trésor, un magot d'or enterré à un endroit défini par une carte possédée par le révérend, un sinistre bandit d'origine russe...
Il fait la connaissance fortuite de Manila, une indienne qui a tué son mari et qui était promise à la potence, tuant les chasseurs de prime qui escortaient la belle, Roy Colt lui fait l'amour passionnément...
Lors du périple pour retrouver l'or, Roy Colt retrouve Winchester Jack dans le lupanar de Mamma Lizzy, une bagarre monstre éclate !
Manila charme à son tour Winchester Jack !
Un conflit éclate alors entre les deux hommes...
Mon avis :
C'est tellement rare dans sa filmographie que lorsque Mario Bava s'essaie à un genre qui n'est pas son style de prédilection, il convient d'être doublement attentif à ce que le Maître va nous pondre ! Et nul doute que sa patte est bel et bien présente dans "Roy Colt et Winchester Jack", le bavaphile reconnaît bien et discerne instantanément le talent du cinéaste, aisément entretenu par des trouvailles graphiques qui décodent et décodifient le western spaghetti de l'époque, ici à son apogée...
Malgré un coté un peu nunuche qui intègre des bagarres factices et un humour potache pas toujours heureux, le métrage parvient suffisamment à capter l'intérêt du spectateur, ce qui le rend attachant et suffisamment enjoué pour créer une empathie vis à vis des personnages (mention spéciale à Marilu Tolo, l'indienne incendiaire dotée d'un sex appeal volcanique)...
Par conséquent, l'ensemble est très sympathique et les gunfights pleuvent toutes les cinq minutes, agrémentées de cascades tonitruantes dans une ambiance vrombissante et convaincante où Bava n'oublie jamais de caser des plans qui ont fait la renommée de son style graphique (le reflet dans la flaque d'eau, la vision retournée lors du final avec le révérend, la plage au bout du canyon)...
Certes nous ne sommes pas dans LE film de Mario Bava loin de là, il a fait beaucoup mieux si on se remémore "Les trois visages de la peur" ou "Le corps et le fouet", mais comme toujours il parvient à créer une ambiance, une fluidité que nul autre ne parvient à retranscrire et qui fait qu'on le reconnaît entre mille de par sa précision et son sens du graphisme...
Bava est aussi à l'aise dans le giallo, dans le gothique, dans le policier ou dans le péplum que dans le western et "Roy Colt et Winchester Jack" est un film suffisamment rare qu'il mérite d'être possédé, l'édition DVD étant correcte malgré une durée mensongère sur la jaquette faisant état de 94 minutes alors qu'il ne dure que 81 minutes...
Bref, une nouvelle fois, tout Bava sortant dans l'hexagone est automatiquement une perle et un Must have, il est donc impératif de se le procurer !

Note : 8/10






dimanche 18 janvier 2015

New Jack City de Mario Van Peebles, 1991

NEW JACK CITY
de Mario Van Peebles
Etats Unis
1991
avec Ice T, Mario Van Peebles, Wesley Snipes, Tracy Camilla Johns, Chris Rock, Allen Payne, Judd Nelson
96 minutes
Film de gangsters
Synopsis :
New York, quartier de Harlem, années 1990...
Nino Brown, un dangereux malfrat issu de la pègre contrôle tout le marché du crack et de la cocaïne, tout ce trafic transite obligatoirement par lui et ses sbires, qui se comptent par centaines...
Scotty Appleton et Nick Peretti, deux flics de terrain intègres, sont mandatés pour le mettre hors d'état de nuire, ils prennent l'initiative de faire infiltrer un cocaïnomane repenti au sein du réseau des "Cash money brothers", sorte de "supermarché" à grande échelle de la drogue contrôlé par Nino, en pleine guerre des gangs avec la mafia italienne locale...
Malheureusement, la "taupe" est démasqué et un carnage arrive !
Fou de rage, Scotty décide d'annihiler manu militari Brown et se rend directement dans sa planque, suite aux informations d'un indicateur...
Conspué par la foule, Brown fera l'objet d'un procès retentissant mais l'issue de ce dernier ne lui sera pas favorable...
Mon avis :
Film particulièrement efficace et rondement mené par un Mario Van Peebles qui connaît et maîtrise son sujet après s'être documenté, "New Jack City" aurait pu sombrer dans le grossier et la caricature mais il n'en est rien !
A la fois savoureux et tonique, le métrage nous gratifie de poursuites et de fusillades qui s'articulent avec des personnages dirigés habilement et rendus crédibles dès le début, pas de surenchère mais une réelle rigueur dans le rendu et un scénario implacable mêlant violence(s), sexe (la scène "hot" avec la bombesque Tracy Camilla Johns est anthologique !) et trahisons inhérentes à cette pègre, à la fois sure d'elle et partant en live pour un rien !
On notera le doublage avec Pascal Légitimus et Joey Starr qui retient l'attention, rendant ainsi familier au spectateur des protagonistes aisément et immédiatement identifiés, ce qui crée une grande empathie pour ces derniers...
La référence à "Scarface" est clairement établie et revendiquée, Van Peebles reprenant des séquences du film iconique sur un écran de salle de projection dans l'antre de Nino...
La bande son donne la part du lion à d'innombrables tubes de rap de l'époque et on apercevra Flavor Flav ou d'autres rappeurs dans des petits rôles de DJs, la culture musicale afroaméricaine faisant partie intégrante de "New Jack City", déclinaison des codes de tout un cinéma et toute une ambiance bien ancrée dans ce genre...
La séquence du gun fight pendant le mariage rappelle les morceaux de bravoure des plus grands polars d'outre Atlantique, le film démarre en trombe, la caméra est sans cesse en mouvement et le timing, notamment lors du générique d'ouverture, s'avère très efficace et millimétré au cordeau (la scène du pont)...
Bref, "New Jack City" est non seulement un excellent témoignage du film de gangsters du début des années 90, à l'instar de "Colors" de Dennis Hopper tourné deux années auparavant et préfigure "Boyz n the Hood", réalisé l'année suivante, mais de plus, même pour le plus néophyte des spectateurs non aguerris au genre, on passe un bon moment, pris en tenaille entre des compositions convaincantes et un sens du rythme qui force le respect...

Note : 8.5/10






samedi 17 janvier 2015

BAROCCO d'André Téchiné, 1976

BAROCCO
d'André Téchiné
France
1976
avec Isabelle Adjani, Gérard Depardieu, Jean Claude Brialy, Julien Guiomar, Marie France Pisier, Claude Brasseur, Hélène Surgère
Drame politique
104 minutes
Synopsis :
Une ville du Nord de l'Europe, dans les années 70...
Samson, un boxeur, vit avec son amie Laure, on est en pleine campagne électorale pour les présidentielles du pays...
Samson est mêlé à un scandale impliquant un des candidats qui aurait entretenu de manière secrète une relation homosexuelle avec lui...
C'est le journaliste d'un grand quotidien, Walt, qui souhaite révéler cette affaire au grand public...
Gauthier, un homme sans scrupules, veut dissuader Samson de faire éclater la vérité et lui offre une forte somme d'argent...
Laure, qui était hébergée par Nelly, une prostituée habitant un studio avec son mari Jules et leur nourrisson, quitte précipitamment ce refuge...
Samson est abattu !
Un autre homme, sosie de Samson mais en brun, réapparaît...
Walt invite Laure dans un restaurant huppé où elle boit quatre verres de vin blanc en moins de deux minutes...
Le client d'un sauna est tué et un homme se fait égorger sur un port et jeté dans un fleuve...
Quelle sera l'issue de ce labyrinthe ?
Mon avis :
Troisième film d'André Téchiné, "Barocco" est un film proche du nanar, comportant des passages complètement à côté de la plaque (si Depardieu était sensé entretenir une relation homo avec le candidat, comment expliquer sa fougue pour Adjani ? à moins qu'il soit bi ? ça ne tient pas la route !)...
Les effets sont ridicules ; la neige qui tombe, on voit bien que c'est du polystyrène, le meurtre de Samson (le premier puisqu'apparemment il y en a deux) est grotesque (il se fait tirer dans le dos et c'est son visage qui est ensanglanté - avec un maquillage digne des raviolis Buitoni !)...
"Barocco" est un immense galimatias malgré une Adjani et un Depardieu qui croient à fond dans leurs rôles, une musique bien huilée et une photographie de Bruno Nuyten proche de la perfection...
Le film a été tourné à Amsterdam et Téchiné en extrait les qualités graphiques de façon rigoureuse (les rues sont bien restituées par un climat mystérieux et anxiogène), ce qui bloque c'est ce scénario labyrinthique et très difficile à suivre !
"Barocco" est un métrage décousu et ce défaut fait que le spectateur risque de vite perdre le fil d'une intrigue qui ne colle pas la route une seconde, souffrant de manques structurels (à aucun moment nous n'identifions les candidats aux élections présidentielles ou leurs noms, c'est peut être voulu)...
La dénonciation de la politique véreuse par le biais habile du générique avec les reptiles qui se mangent entre eux était une bonne trouvaille... mais pas assez exploitée, elle retombe comme un soufflé !
Avec neuf nominations aux césars dont trois récompenses (meilleur second rôle féminin, meilleure musique, meilleure photographie), "Barocco" est un film trop surestimé et par moments incompréhensible, le scénario et l'histoire se déroulent par bribes et questionnent même sur le montage ou le script...
Le fait que le film soit tourné dans les années 70 et qu'il ait vieilli ou qu'il soit désuet et obsolète n'est pas une excuse, même des cinéastes mineurs arrivaient à s'en sortir avec beaucoup moins de moyens et d'idées...
Un film où l'on pourra lui laisser une seconde chance mais lors du premier visionnage, "Barocco" laisse dubitatif et paraît vraiment bizarre et incongru...

Note : 7/10 (pour la performance des acteurs et la qualité esthétique)






dimanche 11 janvier 2015

PATHFINDER de Marcus Nispel, 2007

PATHFINDER
Le sang du guerrier
de Marcus Nispel
Etats Unis
2007
avec Karl Urban, Moon Bloodgood, Clancy Brown, Russell Means, Ralf Moeller
Aventures épiques
104 minutes
Synopsis :
Vers la fin du dixième siècle, à la pointe de la Terre Neuve, des Indiens (probablement des Mohicans) sont persécutés et décimés par des Vikings sanguinaires...
Ghost, un enfant, rescapé d'un navire viking qui a fait naufrage, est "accueilli" au sein d'une tribu indienne malgré quelques réserves des patriarches...
Quinze années se sont écoulées, les Vikings continuent leurs forfaits ; Ghost assiste au massacre de ses congénères, entre temps il tombe amoureux de Starfire, une superbe jeune femme...
Bien décidé à appliquer la justice et à venger tous ces morts, surarmé, Ghost décide de mettre un terme définitif à l'oppression viking...
Accompagné par quelques survivants, il entreprend un combat démesuré et s'introduit au sein d'un endroit envahi par les guerriers scandinaves alors que ceux ci sont persuadés d'être invincibles...
Mon avis :
Marcus Nispel est un cinéaste sincère qui bénéficie de la confiance des studios hollywoodiens et des majors et qui, par conséquent, obtient des budgets faramineux pour la réalisation de ses films...
Ceci étant, cela se fait au détriment de la densité des personnages qu'il exploite car "Pathfinder" souffre d'un manque de relief scénaristique flagrant malgré que l'on ne s'ennuie pas trop grâce à des passages d'action bien troussés et surtout un soin tout particulier à l'esthétique des images produites...
On assiste à certains morceaux de bravoure particulièrement jouissifs (la descente de glisse dans la neige, monument de timing très efficace) ou à des plans assez gore (les décapitations sont légions), le tout ponctué constamment d'orages synthétiques pas toujours du meilleur effet...
Inexpressif et dénaturé, Karl Urban exhibe plus ses biscotos que son mental, ce qui discrédite sévèrement le postulat du métrage qui fait figure de pâle version du "Conan, le barbare" de John Milius, référence du genre...
Restent quelques excellents moments comme ces plans aquatiques sous la glace ou ces envolées de caméras frôlant les montagnes enneigées avec comme point d'orgue une gigantesque avalanche, sans doute numérique mais bel et bien réaliste et efficiente...
Globalement raté, "Pathfinder" a oublié que l'on ne pouvait pas privilégier plus la forme que le fond pour donner une articulation entre l'histoire (simpliste) et l'aspect qualitatif d'un film, Nispel s'est emmêlé les pinceaux en voulant faire trop "esthétique" en oubliant que le propos premier d'un film d'aventures digne de ce nom doit d'abord être la densité des protagonistes...
On assiste à un spectacle beau mais creux et on aurait aimé plus de corps, plus de viscéralité au lieu de ce barnum stylisé, aseptisé et finalement rendu vain par les carences dont il fait preuve...
Aussi vite vu qu'oublié et on préférera l'excellent remake de "Massacre à la tronçonneuse" réalisé quatre années auparavant...
Un coup d'épée dans l'eau !

Note : 4/10






samedi 10 janvier 2015

L'esquive d'Abdellatif Kechiche, 2003

L'ESQUIVE
d'Abdellatif Kechiche
France
2003
avec Osman Elkharraz, Sara Forestier, Sabrina Ouazani, Carole Franck, Meryem Serbah, Hafet Ben Ahmed
Love story urbaine
119 minutes
Synopsis :
Quartier des Francs Moisins, Saint Denis, années 2000...
Abdelkrim, dit Krimo, vit dans cette banlieue défavorisée avec sa mère, son père étant incarcéré...
Il tombe éperdument amoureux d'une jeune fille au physique ravageur prénommée Lydia, mais par sa maladresse a beaucoup de mal à concrétiser ce passage à l'acte...
Lydia prépare une prestation théâtrale de la pièce de Marivaux "Le jeu de l'amour et du hasard", pour se faire remarquer d'elle et "s'incruster", Krimo parvient à prendre le rôle d'Arlequin et ainsi à devenir le partenaire de la belle...
Magalie, l'ex copine de Krimo, va faire une esclandre auprès de Lydia et de ses amies...
Pris entre deux feux, Krimo perd rapidement ses repères et Fathi, un autre jeune, son meilleur ami, veut désamorcer et "régler" cette embrouillamini...
Il donne rendez vous à Lydia et ses deux copines pour une confrontation manu militari...
Une patrouille de police passe à ce moment là !
Mon avis :
Témoignage sincère et pas du tout décalé, "L'esquive" a le mérite d'offrir au spectateur un "parler vrai" qui fluidifie grandement l'histoire et qui sert de levier à la crédibilité de cette dernière...
Certes, parfois les dialogues sont incompréhensibles car les jeunes comédiens (tous non professionnels) "bouffent" leurs mots et dès lors le phrasé parait inaudible pour les moins aguerris des habitudes de la sémantique des banlieues, mais il se dégage une amplitude, un côté touchant qui fait qu'irrémédiablement l'accroche devient authentique, et il ne pouvait en être autrement qu'avec ce choix établi dès lors par Kechiche...
Survolté, tonique, vivace, "L'esquive" se suit comme avec ce qu'il revendique : un marivaudage moderne, une leçon de vie à l'approche réaliste et crédible...
Tous épatants, les acteurs ont un rôle bien précis et adapté au déroulement crescendo de ce métrage humainement mené par un Kechiche au firmament de son style...
La professeur de français rappellerait presque le Keating du "Cercle des poètes disparus", elle essaie de donner une impulsion à Krimo, de le faire sortir de sa "bulle" lors d'un passage d'anthologie, qui ravive toutes les espérances par le biais d'exutoires salvateurs...
Le personnage de Lydia (magnifique Sara Forestier) peut symboliser l'amour inaccessible pour un Krimo bridé et bloqué, gravitant dans un océan de préjugés et un maelström d'impuissance à s'affirmer, malgré le soutien de Fathi, qui finira par le desservir après la séquence avec les policiers...
Dans l'ensemble, "L'esquive" outre ses qualités narratives indéniables emprunte au cinéma populaire des codes qu'il détournent habilement avec un sens de la technique (comme toujours avec Kechiche, énormément de gros plans sur les visages) amplifiant les propos tenus par les protagonistes...
Love story urbaine, leçon de vie, "L'esquive" est une oeuvre majeure du cinéma français de ces dix dernières années à découvrir absolument, je ne saurais que trop vous le recommander...

Note : 10/10






samedi 3 janvier 2015

La controverse de Valladolid de Jean Daniel Verhaeghe, 1992

LA CONTROVERSE DE VALLADOLID
de Jean Daniel Verhaeghe
Téléfilm
France
1992
avec Jean Pierre Marielle, Jean Carmet, Jean Louis Trintignant, Claude Laugier
Fresque historique
Scénario de Jean Claude Carrière
90 minutes
Synopsis :
Seizième siècle, un monastère d'Amérique du sud...
Bartolomé de las casas et Juan Ginés de Sepulveda, deux ecclésiastiques sont conviés lors d'une assemblée sous l'égide pontifical à légiférer sur la légitimité de l'esclavage et l'humanité des Indiens...
Nous sommes soixante ans après la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et sous le règne de Charles Quint...
Mon avis :
Auréolé de plusieurs distinctions oecuméniques, notamment des sept d'or en 1993, "La controverse de Valladolid" est une retranscription habile et soignée d'une partie de l'histoire de l'Amérique du sud sur un  plan à la fois humain, humaniste et religieux...
Autant dire que la composition des acteurs (notamment le trio Marielle/Carmet/Trintignant) est tout bonnement grandiose, leur interprétation culmine aussi bien au niveau textuel que sur la qualité de leur jeu...
Pour autant il ne s'agit pas d'une "compétition" à qui volera la vedette à l'autre mais bel et bien d'une rigueur dans leur exemplarité d'acteurs, sans donner dans l'ennuyeux ou le théâtral...
La réalisation de Jean Daniel Verhaeghe est sobre et épurée et l'ensemble se suit avec régal et attention, porté par une atmosphère chargée où le destin de millions d'hommes (les indiens d'Amérique du sud) va basculer par la décision d'une poignée d'autres (les religieux de l'époque)...
Il y a même des passages surréalistes où l'humour fait rire jaune (le colon qui précise l'aspect pécunier de la décision rendue -il faudra bien les payer !-) et la scène de la femme violentée à qui on arrache son enfant braillard pourra susciter l'effroi voire la compassion émotive...
Dans l'ensemble, "La controverse de Valladolid" demeure du très haut niveau pour la télévision hexagonale et a amplement mérité les récompenses qu'il s'est octroyées...
Outre un numéro d'acteurs bluffant, ce métrage hors normes permet d'éclairer et d'ouvrir le spectateur sur une partie de l'histoire obscure, un peu comme le fit son prédécesseur "Mission" de Roland Joffé six ans auparavant en 1986...
Rare, "La controverse de Valladolid" est un téléfilm exemplaire qui fait honneur aux petits écrans français et qui restera dans les annales...

Note : 10/10




Mourir pour un Eldorado, documentaire

MOURIR POUR UN ELDORADO
Documentaire
France
80 minutes
Synopsis :
"Mourir pour un Eldorado" est un documentaire méconnu du grand public qui passa il y a quelques années sur Canal plus, il retrace une période elle aussi méconnue de la conquête de l'Ouest par les pionniers américains et notamment la conquête du Grand nord vers les terres de l'Oregon et de la Californie...
Il s'agit de l'expédition Donner menée par un certain Lasford Hastings, un brillant avocat de 27 ans au cours de l'an 1846, qui commença en grande pompe pour s'achever dans des conditions effroyables...
Mon avis :
Outre l'aspect d'"aventure humaine", le documentaire retrace minutieusement l'épopée des pionniers jusqu'à une issue atroce que le réalisateur ne manque pas de nous relater dans les moindres détails...
Arrivés dans la ville d'Independence, dans le Missouri, les animaux qui tiraient les expéditions deviennent fous à cause de la faim...
Bientôt, l'intégralité des pionniers (hommes, femmes et enfants) va devoir recourir au cannibalisme pour se nourrir...
Rien n'est épargné par le conteur du documentaire, fait d'images et de photographies d'époque, filmées en gros plans et d'après des témoignages d'époque...
"Mourir pour un Eldorado" glace le sang et ce qui partait comme l'histoire mouvementée de gens partis vers une conquête, puissamment dotés, se termine en cauchemar total, conséquence d'un manque d'anticipation complet et d'une présomption de forces et de moyens de la part de l'expédition  Donner et d'Hastings, beaucoup trop confiants en eux...
Avec un sens du détail dans l'atrocité, "Mourir pour un Eldorado" va très loin dans le réalisme et développe méthodiquement la "descente aux enfers" de ces pionniers du Grand Nord...
A la fois remarquable et intelligent, ce documentaire n'est cependant pas destiné au jeune public sauf si celui ci est accompagné d'adultes pour "désamorcer" et expliquer son contenu, qui peut choquer...
A voir absolument, "Mourir pour un Eldorado" constitue un témoignage choc et ranime des souvenirs vivaces qui, plus d'un siècle et demi après, font encore froid dans le dos !
Note : 9/10