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dimanche 30 septembre 2018

Baron vampire de Mario Bava, 1972


BARON VAMPIRE
de Mario Bava
1972
Italie
avec Elke Sommer, Joseph Cotten, Nicoletta Elmi, Massimo Girotti, Rada Rassimov, Antonio Cantafora, Luciano Pigozzi, Umberto Raho
Fantastique gothique
97 minutes
Musique de Stelvio Cipriani
aka Baron Blood
aka Gli Orrori del Castello di Norimberga
Produit par Alfred Leone
Synopsis :
Une ville d’Autriche, dans la périphérie de Vienne, début des années soixante-dix…
Peter Kleist arrive des Etats unis pour rencontrer le légataire de l’héritage de son grand père, le baron Otto Von Kleist ; ce dernier était propriétaire d’un gigantesque château…
Eva Arnold, une jeune femme, est la responsable des travaux de restauration du château ; elle fait connaissance avec Peter ainsi que le docteur Karl Hummel, professeur d’université, l’oncle de Peter…
Un des employés, Fritz, est renvoyé suite à des malveillances…
Eva Arnold fait visiter le château à Peter Kleist, ils trouvent un parchemin…
Eva, excitée et ne se rendant pas trop compte de la gravité de ses actes, fait lire à haute voix des incantations en latin à Peter ; c’est alors qu’une force démoniaque terrorise les deux jeunes gens ; il semblerait qu’ils aient réveillé le baron Otto Von Kleist sous l’aspect d’un monstre…
Alors qu’Eva supplie Peter de relire l’incantation pour chasser la force diabolique, le vent envoie le parchemin dans une cheminée qui le brûle !
Le soir, Peter Kleist ainsi qu’Eva dinent chez Hummel ; un meurtre a lieu non loin de là ; le docteur Hess est égorgé au scalpel par un mystérieux tueur que personne n’a pu identifier…
Gretchen, une fillette, entend les discussions des adultes présents chez Hummel…
La police suspecte Fritz, mais l’enquête piétine car plus tard, Fritz est lui-même assassiné !
Lors de la mise en vente du château aux enchères, un homme paralysé en fauteuil du nom
d’Alfred Becker obtient l’acquisition du château…
Devant les impasses et cette mosaïque d’incompréhensions, Karl Hummel, Eva Becker et Peter Kleist vont appel à une médium, Christina Hoffmann…
Elle parle d’une amulette à Eva, que la jeune femme a autour du cou…
Alfred Becker va donner la solution à cette énigme…
Lorsque Karl, Eva et Peter trouveront l’explication, leurs vies seront réellement en danger, les sous-sols du château renferment en effet des instruments de torture et il semble que le baron Otto Von Kleist soit encore en vie !
Mon avis :
Le titre français « Baron Vampire » est en fait mensonger puisqu’à aucun moment dans le film il n’y a de scène de vampirisme ; il s’agit ici d’une déclinaison gothique du mythe des châteaux hantés mâtinée de séquences avec des incantations qui font revenir à la vie un baron au visage atrocement brûlé et qui va semer la pagaille autour de lui avec des meurtres crapuleux…
Mario Bava signe ici un de ses films mineurs mais néanmoins bien mis en scène et extrêmement sympathique, on est loin du « Corps et le fouet » ou des « Trois visages de la peur » niveau transcendance mais « Baron vampire » se laisse suivre avec le plus grand plaisir…
Dès le début on retrouve la technique propre à Bava (le gros zoom sur le serrage de main à l’aéroport, l’escalier en colimaçon, les plans en contre plongée du château) et il y a Elke Sommer (une ex girl friend de notre Johnny national) qui affolera la libido des cinéphiles érotomanes avec ses mini jupes ultra-courtes…
Nous retrouvons également la petite Nicoletta Elmi qui joua dans une palanquée de films de genre transalpins au début des années soixante-dix et le briscard Joseph Cotten (qui fut dirigé par Orson Welles) dans un rôle clef du film, ainsi que la belle Rada Rassimov dans le rôle d’une médium…
L’histoire se suit bien et le film s’avère passionnant, on est pris dedans de l’entame jusqu’à l’épilogue ; la musique de l’illustre Stelvio Cipriani est, comme toujours, fabuleuse et donne une variation atmosphérique suivant chaque scène, accentuant l’angoisse, notamment dans les scènes nocturnes ou dans les dix dernières minutes dans les sous-sols du château lors de la révélation sur l’identité du fameux Baron…
L’idée ingénieuse de l’incantation donne une réelle saveur au film et servira de point d’orgue pour faire déclencher l’intrigue avec comme point de non- retour le fait que le parchemin soit brûlé, il entérine la malédiction et les protagonistes vont désormais avoir maille à partir avec ce monstrueux baron, sorte de boogeyman issu des tortures de l’inquisition…
Bava est toujours autant inventif et le plan où Elke Sommer/Eva est agressée est vraiment flippant et intéressant au sens de la réalisation, Bava nous gratifie moins par les couleurs comme à l’accoutumée mais plus par la nuit, mise en valeur avec un brouillard à couper au couteau, le tout donne un rendu excellent et clairement anxiogène, du très beau travail …
Parfois un peu lent vers le milieu du film, « Baron vampire » se dote néanmoins de fulgurances (le passage avec Gretchen et sa pomme, la mort de Fritz enfermé dans un sarcophage avec des piques) et il serait malhonnête de dire que le métrage est ennuyeux ; on y trouve encore la Bava’s touch et le plaisir de visionnage est indéniable…
Pas le meilleur film de son génial auteur, « Baron vampire » a le mérite de faire passer une heure quarante agréable au cinéphile ; plaisant à voir en tous points, « Baron vampire » est à ne pas louper pour agrémenter ses connaissances du cinéma bavaien, il a certes vieilli mais la sympathie qu’il déploie force le respect…
On aimerait beaucoup un beau blu ray avec la version française car le DVD du coffret sorti en 2000 laisse beaucoup à désirer niveau qualité (écran cadré haut/bas, droite/ gauche, image vraiment pas top), messieurs les éditeurs un appel est lancé !
Note : 9/10













Les griffes du cauchemar de Chuck Russell, 1987


FREDDY 3 LES GRIFFES DU CAUCHEMAR
de Chuck Russell
1987
Etats-Unis
avec Patricia Arquette, Craig Wasson, John Saxon, Heather Langenkamp, Robert Englund, Lawrence Fishburne, Rodney Eastman, Jennifer Rubin
Fantastique
95 minutes
aka A nightmare on Elm Street 3 Dream warriors
Produit pat New Line
Budget : 4 000 000 dollars
Recettes au box- office (Etats-Unis et Canada) : 44 793 222 dollars
Synopsis :
Etats-Unis, milieu des années quatre-vingts…
Kristen Parker est une adolescente perturbée qui vit seule avec sa mère, elle fait des cauchemars récurrents et veut à tout prix s’empêcher de dormir ; elle voit dans ses rêves une maison abandonnée, de nuit, où une fillette est pourchassée par un homme monstrueux qui porte un chapeau et ses griffes en métal à la main droite…
Devant le fait que sa fille tente de se taillader les veines, la mère de Kristen la fait interner à l’hôpital de Westin où des psychiatres, les docteurs Simms et Goldman ainsi que  le docteur Neil Gordon, vont s’occuper d’elle et la soigner…
Nancy Thompson, une ancienne rescapée qui fit les mêmes cauchemars que Kristen, sert d’appui à Neil Gordon, ce dernier constate fortuitement que Nancy prend un médicament qui permet de réguler le sommeil, ce traitement est en fait expérimental…
Kristen effectue des groupes de paroles avec les autres jeunes hospitalisés à Westin, il y a Joey Crusel qui a perdu la parole suite à un choc, Kincaid, un solide gaillard qui peut devenir très violent et qui est souvent placé en isolement, Tarin, une ancienne toxicomane qui souhaite décrocher de l’héroïne ainsi que Philip et Jennifer, qui rêve de percer dans le métier d’actrice et Will…
Max le veilleur de nuit est quelqu’un de très gentil avec les patients…
En fait, Freddy Krueger, le tueur des rêves, est bel et bien revenu et il va s’en prendre aux adolescents hospitalisés…
Neil Gordon voit par flashs fantomatiques la mère de Freddy, Amanda Krueger, sous les traits d’une nonne !
Elle lui explique que Freddy est le bâtard d’un viol commis par des dizaines d’aliénés dans les années cinquante lorsqu’Amanda s’occupait de l’asile attenant à la clinique de Westin !
Gordon comprend que Freddy veut venger le calvaire de sa mère ; Philip, Jennifer, Tarin, Will, Kincaid et Kristen sont en fait les descendants de ceux qui ont brulé Freddy après qu’il ait commis tous ses meurtres !
Freddy est donc revenu pour les tuer !
Après la mort de trois adolescents, Gordon mène l’enquête avec Nancy et rencontre le père de celle-ci, alcoolique…
Pour en finir une bonne fois pour toutes, le père de Nancy indique à Neil Gordon l’endroit où se trouvent les ossements de Freddy, dans une casse automobile…
Avec de l’eau bénite, Gordon asperge la dépouille, pensant mettre un terme définitif à cette malédiction…
Mon avis :
La saga des « Freddy » est un excellent filon financier et après les deux premiers opus qui furent des succès, les producteurs ne s’y sont pas trompés et sortent dans la foulée ce « Freddy 3, les griffes du cauchemar » qui ne faillira pas à la règle, bousculant les codes instaurés par les deux premiers pour placer (riche idée) l’intrigue au sein d’un hôpital psychiatrique pour adolescents…
Très dense, ce segment va nous apprendre des tas de choses comme, notamment les origines de Freddy Krueger et réapparait la belle Heather Langenkamp sous les traits de Nancy Thompson, la première à avoir été terrorisée par le croquemitaine aux ongles d’acier…
Ici, l’efficacité prime avant tout et on ne s’ennuie jamais ; grâce à un montage impeccable, le spectateur profite d’une action sans le moindre temps mort, les acteurs (y compris les ados) sont tous excellents et ce « Freddy 3 » nous offre des scènes gore inoubliables et des trouvailles scénaristiques qui en font le meilleur de la saga (avec le premier)…
Les pathologies de chaque adolescent hospitalisé sont des prétextes pour mettre en scène des meurtres horribles où Freddy s’en donne à cœur joie, et pour notre plus grand bonheur…
Un effort tout particulier a été fourni pour les effets spéciaux (le numérique n’existait pas encore) et franchement, que ce soit pour les décors aussi bien que la frayeur provoquée, l’efficience est le maitre mot !
Un humour très noir rehausse les moments horrifiques (la mère de Kristen décapitée, la pauvre Zsa Zsa en caméo à la télévision qui se fait houspiller par Freddy, la blondinette qui se retrouve la tête enfoncée dans l’écran –lourd de symbolique-) et donne de la densité à un film déjà assez chargé au niveau de la flippe…
Lorsqu’on comprend la provenance de Freddy via la nonne Amanda Krueger, sa mère, cela fait froid dans le dos, c’est effrayant !
Il y a beaucoup d’action, de volte- face et les adolescents du film semblent plus débrouillards et déterminés que les adultes (John Saxon, le flic père de Nancy, est méconnaissable en alcoolique, il finira par aider Neil Gordon, ce qui nous vaudra une séquence d’anthologie dans la casse automobile)…
Ce troisième segment, outre le fait qu’il soit incontestablement réussi, est le plus riche et le plus passionnant de la série et se situe vraiment dans la mouvance des années quatre-vingts, on prend un grand plaisir à le visionner et de par son dynamisme, il n’a pas trop vieilli…
Un régal absolu !
Note : 9/10









lundi 24 septembre 2018

Tamara Drewe de Stephen Frears, 2010


TAMARA DREWE
de Stephen Frears
2010
Grande Bretagne
avec Gemma Arterton, Luke Evans, Dominic Cooper, Tamsin Greig, Roger Allam
Comédie de mœurs
110 minutes
Budget : 5 000 000 dollars
Recettes mondiales au box-office : 11 910 695 dollars
Synopsis :
Un village du Dorset, dans la campagne anglaise, au début des années deux mille dix…
Les pensionnaires d’un cottage, Nicholas Hardiment, un écrivain à succès de romans policiers, et sa femme Beth, Glen Mac Creavy, aussi écrivain mais loser, et Andy Cobb, le contremaitre jardinier du cottage, beau gosse et musclé, vivent des jours paisibles jusqu’au moment où revient Tamara Drewe, une jeune femme canonique qui déboule en minishort et débardeur, elle fut l’ancienne girl friend d’Andy Cobb…
Tamara attire toutes les attentions masculines, elle s’est faite refaire le nez par chirurgie esthétique et possède désormais un corps parfait…
Un concert de rock indépendant a lieu non loin du cottage et le batteur Ben Sergeant va tomber amoureux de Tamara !
Jody Long, une adolescente fan de Sergeant, va s’introduire par effraction au domicile de Tamara et envoyer un mail d’imposture qui va mettre la zizanie !
Tamara et Ben décident d’aller vivre à Londres, il y a de l’eau dans le gaz entre Beth et Nicholas…
De multiples chassés-croisés amoureux vont avoir lieu jusqu’à ce que, chose incroyable, Tamara sorte avec Nicholas !
Jody a maintenant le champ libre pour séduire Ben ! et Glen essaie de se brancher Beth…
Mon avis :
Réalisateur illustre et reconnu pour son talent dans le monde entier, Stephen Frears n’avait plus rien à prouver, il est estimé, reconnu et adulé par tous les cinéphiles, auteur de multiples chefs d’œuvre, ici, avec « Tamara Drewe », il choisit de s’aventurer dans la comédie rafraîchissante et gagne une nouvelle fois son pari car « Tamara Drewe » est vraiment une super comédie, à la fois dense et hilarante, sexy mais jamais graveleuse et les acteurs et actrices semblent s’être amusés comme des fous, leur énergie est communicative envers le spectateur et on sort du visionnage subjugué par cette mise en scène imparable et ultra euphorisante !
Frears a la bonne idée de décliner son film suivant les saisons dans le temps (on commence en été et on finit au printemps), les décors apportent une énorme densité au film et un soin particulier a été donné à ces derniers ; tous les comédiens sont épatants et on rit de bon cœur, Gemma Arterton dans le rôle- titre de Tamara accède avec ce film au rang de sex symbol et déploie une sensualité incendiaire mais la jeune femme a su tirer parti de l’aura qu’elle dégage en n’en faisant jamais trop, du coup, le film évite la vulgarité et plonge le spectateur dans un spectacle rassérénant d’une grande finesse (les protagonistes se montrent tels qu’ils sont : faux culs, opportunistes, roublards et manipulateurs), Stephen Frears a réussi là où d’autres metteurs en scène se seraient inévitablement cassés la figure, il ne choisit pas la facilité mais dépeint une société de gens –surtout les écrivains du film- égoïstes et arrivistes, et Tamara Drewe va débouler là- dedans, comme un chien dans un jeu de quilles et leur en faire voir de toutes le couleurs !
« Tamara Drewe » est une comédie moderne comme on en a rarement vue, en lien avec son temps, mais filmée de façon réaliste et qui tape dans le mille, renvoyant les couples, les hommes et les femmes à leur instinct premier, le désir, le sexe et la quête de plénitude ; chacun s’écharpe, s’engueule, copule, comme dans une vie réelle, mais magnifiée par la caméra de Stephen Frears, qui capte tous les travers sociétaux (le fanatisme d’une ado pour son rocker préféré, le vieil écrivain quinquagénaire qui se tape une bombe sexuelle d’une vingtaine d’années, le gros loser qui veut récupérer les morceaux de façon éhontée après le cassage d’un couple…), Frears passe absolument tout en revue et le résultat est juste miraculeux !
« Tamara Drewe » fait un bien fou et on en sort heureux, c’est une heure cinquante de bonheur et ce n’est jamais écoeurant, ce qui est propre au cinéma britannique contrairement à ce que cela aurait pu être avec un metteur en scène américain de seconde zone (je pense aux frère Farelly)…
Franchement, ruez- vous sur « Tamara Drewe », une comédie qui fera date et une vraie bombe d’hilarité avec des comédiens hors pair !
Ce n’est pas souvent qu’on a droit à des comédies modernes de cette trempe, ce serait dommage de passer à côté !
Note : 9.5/10















Tex et le seigneur des abysses de Duccio Tessari, 1985


TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES
de Duccio Tessari
1985
Italie
avec Giuliano Gemma, William Berger, Carlo Mucari, Aldo Sambrell
Western fantastique
89 minutes
VHS éditée chez René Château
Synopsis :
Du temps du Far West, un endroit aride…
Tex Willer est un aventurier qui n’a peur de rien ni de personne, il combat des belligérants mexicains, il a pour ami Tiger Jack, un guerrier navajo et Kit Carson, un autre pistolero ; les trois hommes sillonnent les plaines arides de la Sierra, ils ont pour objectif de démanteler un trafic d’armes car des dizaines de caisses comprenant des fusils Winchester ont disparu…
Ils questionnent un shérif corrompu d’une ville perdue ; alors qu’ils commençaient à recevoir les informations dont ils avaient besoin, l’homme qui leur parle est tué par un indien avec une sarbacane puis la victime se momifie et finalement elle meurt pétrifiée !
Tex Willer, Tiger Jack et Kit Carson mènent une enquête suite à ce décès inexpliqué et pour le moins curieux et découvrent que des pierres vertes d’origine volcaniques qui pétrifient leurs victimes ont un rapport avec la disparition des fusils ; un trafic entre indiens manipulés par une divinité et des mexicains serait la cause de toutes ces morts !
Tex essaiera de combattre la divinité, qui cherche à créer une armée entière pour tuer des blancs ; aidé par ses deux amis, il part dans une caverne isolée et retrouve la fameuse secte !
Un combat sans pitié s’amorce alors et les pérégrinations de Tex ne seront pas de tout repos…
Entre combats, fusillades et explosions, la lutte sera rude et on se demande si le bien triomphera du mal…
Mon avis :
Ce « Tex et le seigneur des abysses » (quel titre énigmatique et prometteur !) est historique car il s’agit ni plus ni moins du dernier western italien tourné et par conséquent il donne un point final à ce genre qui fit le bonheur de bon nombre de cinéphiles avec des réalisateurs cultes comme Sergio Leone ou Sergio Corbucci…
Soyons nets, ici on est dans un niveau en dessous des films des cadors précités mais cependant Duccio Tessari, bon artisan du cinéma bis et populaire italien, arrive à doser le rythme du film pour qu’au final, le spectateur ne s’ennuie pas…
Et on se régale !
« Tex et le seigneur des abysses » provient d’une bande dessinée italienne extrêmement populaire et qui eut un succès fulgurant ; pour Tessari, il suffisait de reproduire les aventures de Tex Willer sur grand écran et le rôle incarné par Giuliano Gemma (illustre acteur de séries B, vu notamment dans des films inoubliables dont le panel va d’ »Angélique, marquise des anges » à « Ténèbres » d’Argento) est crédible aussi bien dans le fond que dans la forme malgré quelques minimes imperfections scénaristiques (la chemise de Tex est toujours impeccable, il tombe dans le sable et la poussière, manque de mourir enseveli dans des sables mouvants mais sa chemise est toujours nickel !) ; l’ensemble est bougrement sympathique et cette candeur, cette innocence (le film n’est jamais méchant et s’adresse à tous les publics) fait bien plaisir à voir !
Par contre, la jaquette du film est carrément mensongère et nous dépeint Tex comme un ersatz d’Indiana Jones alors qu’il n’en est rien (pas de fouet non plus dans le film comme mentionné sur la cover du film !)…
On est dans un western avec des touches de fantastique (les pétrifications, la caverne de la divinité, les sarbacanes…) tourné avec très peu de moyens, mais cependant, bien tonique (on déplore une palanquée de gunfights assez bien filmés avec caméra mobile, ça barde plutôt pas mal !)…
« Tex et le seigneur des abysses » n’est pas le super chef d’œuvre si on le compare à ses homologues passés mais il permet de passer un agréable moment ; cependant le film a vieilli et il s’appréciera surtout pour son côté kitsch qui peut même pour certains cinéphiles le faire dévier dans le catalogue du nanar…
Encore une fois, un métrage hyper rarissime mais à voir absolument, juste pour comprendre la démarche des réalisateurs italiens qui grattaient sur tout ce qui trainait pour faire de l’argent et qui n’étaient pas à deux anachronismes près dans la conception de leurs films…
Hyper sympa et jamais prétentieux, « Tex et le seigneur des abysses » est un film méconnu à réhabiliter et une sortie DVD serait la bienvenue dans l’hexagone !
Note : 7/10










dimanche 16 septembre 2018

L'exécutrice de Michel Caputo, 1986


L’EXECUTRICE
de Michel Caputo
1986
France
avec Brigitte Lahaie, Richard Allan, Pierre Oudrey, Michel Godin, Michel Modo
Polar
86 minutes
Synopsis :
Paris et sa banlieue, milieu des années quatre-vingts…
Madame Wenders est une très dangereuse proxénète qui fait kidnapper des jeunes filles pour faire un trafic de cassettes VHS pédophiles ; Martine, une policière aux méthodes expéditives, est chargée de démanteler le réseau et de mettre hors d’état de nuire Wenders et tous ses complices ; dans un terrain vague, Martine pourchasse deux hommes mais l’arrivée d’un hélicoptère où se trouve son collègue l’inspecteur Legrand fait mal tourner l’opération et un des sbires de Wenders est tué, ce que refuse de cautionner Martine…
Luigi et son frère, un prédateur sexuel, kidnappe une lycéenne directement dans son établissement, ils se font passer pour des ambulanciers, prétextant que la lycéenne a une crise d’appendicite ; Martine qui les filait sur place, les suit en voiture ; les deux gangsters mènent Martine dans une demeure bourgeoise, à la périphérie de Paris, Martine découvre qu’il s’agit du manoir de Madame Wenders !
Madame Wenders a la main mise sur une boite de nuit louche dans un quartier chaud de la capitale appelée « Le cloître », au départ une discothèque mais qui s’avère, en fait, être un repaire où s’effectue une traite des blanches ; Wenders a collaboré avec la mafia chinoise, ce qui n’arrange pas les choses pour Martine…
L’inspecteur Legrand fait équipe avec Martine et est également son petit ami, Martine lui présente sa sœur,  Caroline…
L’inspecteur Legrand et Martine se doutent de quelque chose lorsque Madame Wenders est finalement interpelée et placée dans le bureau du commissaire au 36 quai des Orfèvres, ils ont l’impression que le commissaire fait tout pour la couvrir et la  remettre en liberté par tous les moyens !
Un soir, Caroline, décide d’aller danser en discothèque ; Luigi et son frère la chlorophorment et la kidnappent…
Une jeune toxicomane, indicatrice de Martine, prévient cette dernière de l’endroit où se trouve sa sœur, Martine fonce pour la sauver…
Legrand, également arrivé sur les lieux, assiste impuissant à la mort de Caroline qui se tue lorsque des bâtons de dynamite, placés par les hommes de Wenders, explosent !
Legrand périt également dans l’explosion…
Folle de rage et de douleur, Martine applique une vendetta sans pitié et va retrouver Madame Wenders pour la tuer !
Une révélation finale, totalement, inattendue va faire tout comprendre à Martine lorsqu’elle se rend chez le commissaire…
Mon avis :
Réalisateur de seconde zone, de comédies à la Max Pécas ou de films pornographiques, Michel Caputo réalise en 1986 cet improbable « Exécutrice », tous les ingrédients sont paramétrés pour que ce soit un nanar, et bien « nanar » pas tant que ça ! Caputo opte à fond pour l’efficacité dans son polar et finalement ça fonctionne !
Poursuites en voitures (réglées par l’équipe de Rémy Julienne), bagarres, fusillades, explosions et une Brigitte Lahaie à deux cents à l‘heure qui n’hésite pas à piquer des sprints, le tout avec des dialogues croustillants et un Richard Allan (légendaire acteur de X, une sommité du genre) excellent dans un rôle de gangster sadique et lubrique…
L’histoire fait, en plus, preuve d’originalité avec une révélation finale plausible et glaçante, on peut dire que Caputo (il a réalisé mais aussi écrit le scénario) s’est donné du mal pour se démarquer et faire se singulariser son film, alors que d’autres, souvent, choisissent la facilité et ne s’ennuient pas sur les détails scénaristiques, Caputo, lui, a fait du bon travail et son film est plaisant à suivre…
Il y a certes des séquences dénudées mais l’axe principal de « L’exécutrice » est vraiment le polar à la française, moins graveleux que son comparse « Brigade des mœurs » de Max Pécas, sorti quelques années auparavant…
« L’exécutrice » tient bien la route et le titre se justifie aux vingt dernières minutes, à la mort de Caroline, la sœur de Brigitte Lahaie, Lahaie joue pas trop mal et rend crédible son personnage, tout comme Michel Modo, un briscard des séries B, dans le rôle du commissaire et sa composition archétypée qui nous rend familier son personnage…
On ne s’ennuie à aucun moment et on prend plaisir à suivre les pérégrinations de Martine/Brigitte Lahaie, même si on est très loin de « La femme flic » d’Yves Boisset avec Miou-Miou, mais le registre est globalement différent…
Relativement sympa et sans temps morts, « L’exécutrice » est donc un polar tonique et sans prétention que savoureront nombre de cinéphiles et il permet également de donner à Brigitte Lahaie un rôle bien différent de ce que l’on avait l’habitude de voir, l’actrice prouve qu’elle peut jouer autre chose que du X et c’est tout à son honneur…
A savourer sans la moindre modération, « L’exécutrice » a le mérite de son honnêteté et de sa non-prétention, ce qui est déjà pas si mal !
Note : 7/10










Flagellations de Pete Walker, 1974


FLAGELLATIONS
de Pete Walker
1974
Grande-Bretagne
avec Sheila Keith, Penny Irving, Barbara Markham, Patrick Barr, Ray Brooks
Film d’horreur
102 minutes
aka House of the whipcord
Blu ray édité chez Artus films
Synopsis :
Grande-Bretagne, Londres et sa périphérie, milieu des années soixante-dix…
Anne-Marie de Varnet est un jeune mannequin qui mène une vie volage et débridée, un de ses amis, photographe, a pris un cliché d’elle alors qu’elle était topless en pleine rue ; lors d’une soirée, ce photographe montre à tous les invités cette photo où Anne Marie est seins nus, sur un poster géant…
Décontenancée et agacée, Anne- Marie sympathise avec Mark, un jeune garçon venu à la soirée mais inconnu des autres jeunes, ce dernier la charme et lui fixe un rendez-vous dans son manoir situé à quelques kilomètres de Londres…
Arrivée sur place, Anne-Marie est accueillie par une vieille dame du nom de Walker et par Madame Wakehurst ; ces dernières font entrer Anne-Marie et ferment tout de suite la porte !
Anne-Marie de Varnet a été piégée par Mark, son soi-disant ami ; Madame Wakehurst est sous les ordres d’un vieux monsieur, le juge Bailey, et le manoir est en fait une maison de redressement où sont emprisonnées et violentées des jeunes filles qui ont toutes été kidnappées et qui seront avilies, humiliées, torturées, fouettées voire tuées par pendaison !
Wakehusrt, Walker et Bailey veulent faire prendre conscience à ces jeunes femmes qu’une vie débridée et où on montre trop son corps n’est pas bonne…
Anne-Marie prend d’abord tout cela à la légère puis finalement elle comprend qu’elle est en isolement, loin du monde et qu’elle va vivre un cauchemar terrible !
Alors qu’elle parvient à s’enfuir sous une pluie battante, elle est recueillie, terrorisée et ne pouvant pas parler correctement, par un chauffeur routier qui… finalement, la ramène à son point de départ, pensant qu’il s’agit d’une clinique !
Tony, l’ami d’Anne-Marie, est étonné de ne pas avoir de ses nouvelles ; il demande à Julia King de retrouver la trace d’Anne-Marie par tous les moyens…
De fil en aiguille, Julia retrouve le manoir…
Elle frappe à la porte et une des geôlières lui ouvre …
Mon avis :
Pete Walker est un cinéaste culte pour tous les fans de pré-slashers anglais des années soixante-dix, il signe ici, avec « Flagellations » ce que beaucoup considèrent comme son meilleur film ; classé X par la censure (et pour cause, Walker signe ici un pamphlet anticlérical totalement délirant !), « Flagellations » est clairement un film extrême, à l’atmosphère ultra poisseuse et vraiment « shocking » pour reprendre l’expression d’outre- Manche…
On est dans le contraire absolu du Flower power de l’époque, et toutes les filles qui ont le malheur d’avoir un décolleté ou une jupe un peu trop courte en prennent pour leur grade !
Ici, ça ne rigole mais alors pas du tout !
Sous l’autorité délirante d’un juge gâteux et aveugle, les « sœurs » Walker (clin d’œil au nom du réalisateur) et Wakehurst appliquent ce que l’on pourrait qualifier de post inquisition moderne et terrorisent et torturent les pauvres jeunes filles un peu comme le faisaient Cushing dans « Twins of evil » ou Hopkins dans « Le grand inquisiteur », avec comme ultime souffrance une peine de mort par pendaison !
Intérieurs glauques aux murs dégueulasses, rats dans le cachot (Bruno Mattei dans son « Violences à la prison de femmes » n’a rien inventé !), châtiments d’une cruauté inouïe et postulat totalement barré pour corroborer les « raisons » de ces punitions, Walker signe là un film hors normes, à la limite du soutenable et véritablement flippant (les trognes atroces des mégères geôlières, les retournements scénaristiques qui leur donnent toujours l’avantage –Walker est vraiment un cinéaste sadique, les happy ends il oublie !comme dans « Mortelles confessions»-)…
« Flagellations » est donc un métrage totalement politiquement incorrect, et l’horreur cinématographique s’amplifie par un point de rupture sans retour, c’est une œuvre sur l’enfermement, à la fois physique et psychique !
Les jeunes filles qui n’ont rien demandé à personne sont prisonnières d’un ordre établi basé sur des foutaises et on suppose que Pete Walker a cru bon avec ce film de provoquer un « exutoire » pour phallocrates mais là c’est carrément pire car les actrices ne passent pas du tout pour des aguicheuses ou des allumeuses, mais le spectateur a de l’empathie pour elles et souhaiteraient qu’elles se sortent de ce bourbier infernal…
Pete Walker est extrêmement malin et nous balade entre compassion, dégoût et non- assistance à personne en danger, « Flagellations » c’est les montagnes russes pendant une heure quarante !
J’ai eu un  problème en visionnant le film et c’est la première fois avec Artus films que je note un défaut, j’ai mis la version UNCUT en français et impossible d’avoir les passages en anglais sous titrés !
Le bonus du blu ray est dantesque avec David Didelot qui s’est surpassé ! Un tour de force ! David parle du film pendant une heure ! Tout ce qu’il dit est passionnant et nous apprend des tas de choses sur Pete Walker et sa façon de fonctionner, on apprend également des informations sur sa carrière qui sont très intéressantes…
En tout cas, « Flagellations » est bel et bien une œuvre totalement à part, aussi bien dans la carrière de Pete Walker que pour le cinéma anglais, il s’en dégage une ambiance très lourde et anxiogène qu’il me semble, on peut trouver rarement au cinéma, un peu comme dans « Le silence des agneaux »…
Une expérience cinématographique inoubliable et indélébile à réserver, bien sûr, aux plus aguerris d’entre nous, car ça barde vraiment !
Note : 9/10











dimanche 9 septembre 2018

Mortelles confessions de Pete Walker, 1976


MORTELLES CONFESSIONS
de Pete Walker
1976
Grande Bretagne
avec Susan Penhaligon, Stephanie Beacham, Sheila Keith, Anthony Sharp, Norman Eshley
104 minutes
Thriller d’horreur
Blu ray sorti chez Artus films
Bonus avec Alain Petit
aka The confessional
aka House of mortal sin
Synopsis :
Une ville d’Angleterre, au milieu des années soixante-dix…
Une jeune fille rentre chez elle, complètement désespérée, elle est en pleurs ; ses parents ne comprennent pas ce qui la met dans pareil état, finalement l’adolescente se suicide en se défénestrant !
Jenny Welch, une superbe blonde, a des soucis sentimentaux avec son petit ami, la jeune femme vit chez sa sœur Vanessa Welch, qui tient un commerce de vêtements ; Jenny fait la rencontre fortuite de Bernard Cutler, un de ses amis d’enfance, qui est devenu prêtre stagiaire sous les ordres du père Xavier Meldrum…
Jenny, désespérée, se rend au vicaire de Meldrum et se confesse à lui, elle lui avoue qu’elle s’est faite avorter il y a peu de temps…
Peu de temps après, Meldrum contacte Jenny, il a en fait tout enregistré sa conversation sur un magnétophone et il la menace de tout révéler à sa famille, il veut la faire chanter moyennant de l’argent !
Personne ne croit Jenny et elle apparaît comme folle ; lorsque son petit ami part pour casser la figure au père Meldrum, ce dernier le brûle au visage avec un chandelier ; à l’hôpital, Jenny rend visite à son boy friend et tombe sur… Meldrum !
Meldrum, dans une stratégie machiavélique, finit par tuer l’ami de Jenny…
La mère de l’adolescente qui s’était suicidée au début, rencontre Jenny, elle l’avertit du danger que représente Meldrum ; lors d’une messe, la dame décède d’un arrêt cardiaque après que Meldrum lui ait donné une hostie empoisonnée !
Que cache donc Meldrum et Madame Brabazon, sa servante repoussante et tout aussi folle que lui ?
Dans quel but Meldrum se livre t-il à ces exactions meurtrières ?
Le père Bernard Cutler, ami de Jenny, sort finalement avec Vanessa, sa sœur ; follement amoureux, il a préparé sa lettre de démission et ne souhaite plus être prêtre !
Alors qu’il se rend au vicaire de Meldrum pour lui donner sa lettre, il va découvrir quelque chose d’effroyable !
Mon avis :
Cinéaste méconnu du grand public mais vénéré par les spécialistes adeptes du thriller d’outre- Manche, Pete Walker a signé coup sur coup de nombreux chefs d’œuvre, « Mortelles confessions » ne déroge pas à la règle et bénéficie d’un scénario très astucieux qui fait monter crescendo la frayeur chez le spectateur et qui donne un vrai coup de fouet au cinéma indépendant de l’époque…
Le personnage du prêtre tueur en série est assez rare au cinéma vu que le sujet est scabreux et très osé, et Walker ne s’embarrasse d’aucun ménagement pour accoucher d’une histoire méga glauque, qui, en plus finit très mal et donne l’avantage au prêtre tueur, un comble, on n’est vraiment pas dans du cinéma bien- pensant mais en présence d’une œuvre très perturbante !
Anthony Sharp dans le rôle du père Meldrum est vraiment la pire des enflures et Walker choisit de ne pas conforter le spectateur qui n’a envie que d’une chose, que justice soit faite et que ce fumier intégral soit châtié, et bien non !
La vieille mère atteinte de la maladie de Parkinson, la gouvernante atroce et repoussante, voilà les ingrédients d’un film fortement chargé en trognes effrayantes et les pauvres gens victimes de ce prêtre complètement taré en seront pour leurs frais…
Le film est intéressant à de multiples égards, bien filmé, à l’action qui ne faiblit jamais et doté d’un sens du timing ciselé et parfaitement coordonné ; dès le début (le suicide par défénestration de la jeune fille), on est pris dans le film et on se demande bien ce que la suite va nous réserver…
Quelques petits effets gore assez réussis viennent ponctuer un métrage particulièrement anxiogène où Pete Walker prend le parti de faire gagner les méchants qui donnent un calvaire à vivre aux pauvres gentils de l’histoire (les hosties empoisonnées provoquant un arrêt cardiaque, il fallait oser !)…
On peut remercier une nouvelle fois la maison de productions Artus films de nous avoir exhumé ce film très rare et sur un format blu ray à l’image nette, du très beau travail, tout comme le bonus avec Alain Petit qui, comme à l’accoutumée, est un pur régal !
« Mortelles confessions » est un thriller très original, un peu un Giallo à la sauce british de haute qualité et qui effraiera les moins aguerris au genre d’épouvante et qui comblera les fans d’histoires barrées et glauques…
Tellement rare que sa ressortie mérite votre attention, « Mortelles confessions » se doit d’être revu pour mesurer la qualité du cinéma de Pete Walker et redécouvrir son talent qui ne fait aucun doute…
Une bombe !
Note : 9/10











La route des Indes de David Lean, 1984


LA ROUTE DES INDES
de David Lean
1984
Grande Bretagne
avec Alec Guiness, Judy Davis, Peggy Ashcroft, Victor Banerjee, James Fox
Fresque historique
164 minutes
aka A passage to India
Blu ray sorti chez Carlotta films
Budget de 16 000 000 dollars
Nomination pour l’oscar du meilleur film 1985, oscar de la meilleure actrice dans un second rôle
Synopsis :
Durant les années vingts, en Inde, dans la ville de Chandrapore…
Adela Quested arrive d’Angleterre aux Indes, elle est accompagnée de Madame Moore, sa future belle-mère, elle doit rencontrer Ronny, son fiancé…
Adela constate la suprématie britannique sur le peuple autochtone qui vit dans la misère et la précarité la plus totales ; les anglais ont « colonisé » l’Inde et « règnent », imposant avec froideur et suffisance leur autorité sur le peuple indien…
Adela sympathise avec le docteur Ahmed Aziz, un homme doux qui refuse les conflits ; ce n’est pas du goût de Ronny…
Aziz propose à Adela et à Madame Moore de faire une excursion dans les grottes de Marabar, ils s’y rendent sur le dos d’un éléphant…
Tout va basculer lorsqu’Adela est victime d’un malaise à l’intérieur d’une des grottes, elle passe par l’autre côté de la montagne et chute sur des cactus, se blessant grièvement…
Adela va accuser Aziz de l’avoir violée, ce qui va provoquer un tollé !
Un procès a lieu et la foule indienne, aux abords du palais de justice, crie sa colère…
Finalement, Adela se rétractera et annulera sa plainte…
Aziz était en fait fou amoureux d’elle…
Quelques années plus tard, Aziz s’est retranché dans un coin de l’Himalaya et a fondé lui-même son institut de santé…
Une visite inopinée et fortuite d’un homme va chambouler sa vie…
Madame Moore décèdera peu de temps après…
Adela décide de rentrer en Angleterre après tout ce qu’elle a vécu aux Indes, et qui lui laissera des souvenirs indélébiles…
Mon avis :
Auréolé d’une palanquée de récompenses et de nominations aux Oscars 1985, « La route des Indes » est effectivement un très beau film avec des paysages et des plans séquences somptueux et une histoire émouvante, servie par des comédiens tous très investis et une réalisation exemplaire de l’illustre metteur en scène David Lean, réalisateur de tas de chefs d’œuvre tous connus et reconnus du grand public…
Lean met en exergue la domination britannique sur le peuple indien au début du vingtième siècle et la reconstitution est un vrai tour de force ; bénéficiant d’un gros budget (seize millions de dollars), David Lean donne une crédibilité à son histoire avec des passages époustouflants qui ont nécessité des milliers de figurants (l’émeute devant le bâtiment lors du procès, l’arrivée d’Adela à la gare)…
« La route des Indes », c’est du cinéma grandiose, très calculé et où rien n’est laissé au hasard, la maitrise de David Lean est indéniable et le rôle joué par Alec Guiness (il est méconnaissable !) est en fait un clin d’œil à Peter Sellers que Lean vénérait…
Le charme de la belle Judy Davis (sosie de Charlotte Valandrey) est pour beaucoup dans la réussite du film, elle sait donner de la crédibilité à son personnage, chose qui n’est pas aisée pour un film de ce calibre…
Certains plans séquences sont inoubliables comme la vue nocturne du train ou les flots de la mer vus de l’arrière du bateau ; le passage sur le pont rafistolé qui donne dans le vide est également prodigieux et n'a pas dû être facile à tourner…
Le point d’orgue du film, là où tout va basculer, est bien sûr la séquence dans les grottes de Marabar, inoubliable et ultra précise, c’est cet endroit qui va faire l’intérêt pour la suite du film et une nouvelle fois, David Lean prouve son talent et sa maitrise pour donner une empathie au personnage d’Aziz, le spectateur a une vision pré-procès de la réalité et voit bien qu’il n’a jamais été question d’un viol de la part d’Aziz sur Adela…
Formellement humain et humaniste, « La route des Indes » est un film empreint d’une grande générosité et d’une bonté à toute épreuve, il n’y a aucune violence, l’action est cadrée juste comme il faut, c’est un film très mesuré et qui occulte les grandiloquences et les surenchères, bref « La route des Indes » est une œuvre d’une extrême finesse…
Il manquerait peut être une touche de folie pour faire s’envoler le film mais ce n’est pas le propos voulu par David Lean qui opte pour une narration académique mais néanmoins accessible à tous les publics…
Immense chef d’œuvre, « La route des Indes » bénéficie d’un transfert sur format blu ray édité chez Carlotta films de très haute qualité, je l’ai vu avec mon père qui m’a avoué qu’il avait redécouvert le film même si c’est la quatrième fois qu’il le voyait !
Les amateurs de très grands films se rueront donc sur ce blu ray qui rend honneur à ce film de la plus belle manière qui soit et qui permet ainsi de comprendre ce qu’est le haut niveau au cinéma…
A voir et revoir sans modération !
Note : 9/10












Le frisson des vampires de Jean Rollin, 1971


LE FRISSON DES VAMPIRES
de Jean Rollin
1971
France
avec Marie Pierre Castel, Sandra Julien, Jacques Robiolles, Michel Delahaye, Nicole Nancel, Jean Marie Durand
Film fantastique vampirique
96 minutes
Sorti en blu ray chez Redemption video
Musique du groupe Acanthus
aka The Shiver of vampires
Synopsis :
Un village de Normandie, au début des années soixante-dix…
En prologue du film, on assiste à l’inhumation de deux cercueils dans un caveau, puis une jeune femme se rapproche de la caméra, comme littéralement envoutée…
Antoine et Isa, deux jeunes mariés, doivent se rendre chez Hermann et William, les deux cousins d’Isa ; Antoine gare sa voiture et le couple se rend dans un château où ils sont accueillis par deux très belles jeunes femmes, les servantes de la demeure…
Isa est étonnée de la non-présence de ses cousins ; ces derniers sont en fait des chasseurs de vampires, ils rodent dans le château et ses environs, notamment dans le caveau que nous avons vus au début du film !
Isolde, une succube sortie d’une horloge, guettait Isa, elle va s’adonner à un jeu saphique avec elle ; c’est alors qu’Hermann et William apparaissent ainsi qu’Isabelle, leur maitresse…
D’abord ayant cru morts ses cousins, Isa perd pied petit à petit avec la réalité et Hermann, William et Isabelle la force à se livrer à une cérémonie nocturne de vampirisme ; Isa risque de perdre la vie !
Antoine comprend qu’il risque d’être trop tard, il veut absolument sauver sa femme des griffes de ces vampires psychopathes !
Alors que le jour commence à venir, Hermann et William emmènent Isa sur une plage ; Antoine, armé d’un revolver, parvient à les retrouver…
Parviendra t-il à sauver Isa ?
Les deux vampires survivront-ils à la lumière du jour ?
Mon avis :
Troisième film de Jean Rollin après « Le viol du vampire » et « La vampire nue », ce « Frisson des vampires » tient vraiment le haut du pavé dans sa filmographie ; Jean Rollin s’est appliqué d’une façon métronomique dans ses cadrages et il emprunte même les codifications du cinéma de Mario Bava, usant et abusant de couleurs bariolées et criardes lors de plans séquences franchement de toute beauté (on est même dans un délire suspiriesque, six ans avant le film d’Argento !)…
« Le frisson des vampires » est donc particulièrement réussi et Rollin nous gratifie d’un dialogue entre  les deux acteurs Jacques Robiolles et Michel Delahaye qui vaut son pesant de cacahuètes, avec des mouvements de caméra incessants qui donnent une saveur et une rigueur indéniable au film ; Rollin a bossé comme un fou et ça se voit !
Le charme des actrices (surtout Marie Pierre Castel et sa complice asiatique) est bien entendu poussé à maxima et Rollin ose tout, notamment dans des scènes de nus très insolites, conférant à sublimer l’aspect érotique de son œuvre…
Dès le début, le spectateur est immergé dans une atmosphère que seul Rollin peut retranscrire, on se régale malgré certaines petites maladresses (la scène de l’escalier avec les deux suppliciés avec leur pieu planté dans le cœur, on voit bien que les acteurs tiennent le pieu et qu’il n’est pas enfoncé  correctement !) mais ce n’est pas grave, Rollin a su se distinguer du film de vampires traditionnel par une singularité que seul lui peut produire, au final, il s’est appliqué de façon prodigieuse et parvient à donner un souffle gothique à son métrage, loin de la Hammer ou des gothiques italiens des années soixante, mais pas inintéressant…
Il n’y a que lui qui mélange vampirisme, érotisme, gothique et insolite de cette façon ; ce cocktail a toujours fonctionné et c’est bien cela la marque de fabrique de Rollin…
De la fin des années soixante jusqu’à sa mort, il n’a jamais dévié d’un pouce dans la conception et la fabrication de ses films et c’est bien cela qui lui rend honneur…
« Le frisson des vampires » est un vrai bonheur de visionnage, une œuvre unique en son genre et se vit et se voit plus comme une expérience cinématographique que comme un simple film de vampires…
Pour les cinéphages les plus ouverts, « Le frisson des vampires » est un must, et la musique psychédélique du groupe Acanthus est pour beaucoup dans sa réussite, elle bonifie les séquences et amplifie de façon certaine la qualité de ce chef d’œuvre, à découvrir impérativement et qui restera formellement comme un des meilleurs films de Rollin…
Note : 9/10