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dimanche 25 février 2018

Romeo doit mourir de Andrzej Bartkowiak, 2000


ROMEO DOIT MOURIR
de Andrzej Bartkowiak
2000
Etats-Unis
avec Jet Li, Aaliyah, Russell Wong, Isaiah Washington, DMX
115 minutes
Film d’action
aka Romeo must die
Synopsis :
Etats unis, ville d’Oakland, années deux mille…
Han Sing est le fils de Chu Sing, il est emprisonné dans un quartier de haute sécurité à Hong Kong…
Chu Sing est le chef d’un gang qui se livre un duel avec Isaak O’Day, les deux hommes se disputent un trafic de contrebande sur le port d’Oakland ; Trish O’Day, la jeune et très belle fille d’Isaak, travaille dans un magasin de musique…
Lorsque Po, le fils de Chu Sing et le frère de Han Sing, est tué par un des membres du gang d’Isaak, Han Sing s’évade de la prison et arrive à Oakland avec comme seule obsession : retrouver le meurtrier et venger son frère !
Il se rend à l’ancien domicile de son frère et compose le dernier numéro de téléphone donné par son frère, le numéro lui indique le magasin de Trish O’Day !
Han Sing s’y rend et tombe amoureux de Trish, il la conduit chez elle après avoir évité une bagarre avec Maurice, un colosse qui doit protéger Trish, sous les ordres d’Isaak…
Han Sing remonte à la source des meurtriers de son frère Po, mais la tension entre les O’Day et Chu Sing augmente lorsque le fils O’Day est tué par défénestration…
Kai, un allié de Han Sing, combattant d’arts martiaux, finit par trahir Han…
Mac, un autre trafiquant, commence à s’impatienter et n’accorde plus sa confiance à O’ Day…
Comprenant que l’affaire va mal tourner, Han Sing emmène Trish en l’enlevant de chez elle et de la protection de Maurice…
Isaak O’ Day envoie alors tous ses hommes à sa poursuite !
Mon avis :
Jet Li est alors à son apogée au début des années deux mille, il a  assis sa réputation de façon solide et les productions américaines l’ont bien compris, alors ce « Romeo doit mourir » ne déroge pas à la règle et nous envoie de superbes séquences de combats magnifiquement orchestrées et chorégraphiées…
Ceux qui s’attendent à du jeu d’acteur et de l’expressivité sur les visages passeront leur chemin, Jet Li (disons- le clairement) ne possède aucun jeu de comédien mais, par contre, sa tonicité et son sens des arts martiaux n’est plus à prouver…
Le film est truffé d’incohérences scénaristiques (Jet Li parvient à s’évader de sa prison et prend l’avion ni vu ni connu pour arriver aux Etats-Unis, les flics ne viennent jamais –sauf à la fin- et c’est un bordel monstre en ville –explosions, fusillades, bagarres-), «Romeo doit mourir » est certes très efficace mais ne s’encombre jamais de la moindre crédibilité, en fait le réalisateur s’en contrefiche du moment que ça castagne et que la musique hip hop bombarde à tout va chaque plan séquence…
C’est un crève- cœur de savoir que la magnifique Aaliyah est décédée peu après ce film car elle est vraiment sublime, c’est ELLE qui donne du charisme au film ; quant à Jet Li il donne une interprétation monolithique, « Romeo doit mourir » est ni plus ni moins qu’un film pour ados, les cinéphiles apprécieront son sens du rythme mais seront consternés par certains passages (Maurice, moi c’est Maurice, pas Mollusque), l’histoire est trop alambiquée et parfois trop complexe au niveau des personnages pour que le spectateur s’y retrouve (on ne sait pas réellement qui est « bon » ou « méchant », le manichéisme n’est pas clairement posé)…
Produit exporté de Chine vers les Etats-Unis, la scène du football américain avec du kung fu résume à elle seule le côté hybride et farfelu de « Romeo doit mourir », tout comme la pseudo histoire d’amour entre Trish et Han Sing (qui justifie le titre du film, faisant un parallèle avec Romeo et Juliette) n’est pas franche (pas de pelles roulées, juste une accolade à la fin), on sent bien que Jet Li n’était pas chaud pour ça et que le melting pot black/chinois aurait été incongru, ce qui est bien dommage !
Ceci étant, « Romeo doit mourir » est du cinéma Mac do, ça détend, ça fait du bien mais ça se digère fissa ; le passage avec la motarde et la quasi-totalité des combats sont vraiment bien fichus et on s’ennuie rarement, c’est la plus grande qualité du film, autrement « Romeo doit mourir » est uniquement ciblé pour un public djeun’z, la violence est présente mais jamais outrancière donc même un minot peut le visionner…
Sympathique métrage d’action, « Romeo doit mourir » ravira les fans de Bruce Lee et de Banlieue 13, les autres, ceux qui attendent de la profondeur dans un scénario et un jeu d’acteurs solide, pourront allègrement zapper ce film !
Note : 5/10










Fatima de Phiilppe Faucon, 2015


FATIMA
de Philippe Faucon
2015
France/Québec
avec Zita Hanrot, Soria Zeroual, Kenza Noah Aïche, Franck Andrieux, Mehdi Senoussi
Chronique sociale
79 minutes
César du meilleur film 2016
Budget : 2 600 000 euros
Synopsis :
Une ville de la banlieue lyonnaise, en 2015…
Fatima est une femme d’une quarantaine d’années, elle est arrivée d’Algérie depuis peu de temps, elle s’est séparée de son époux et vit avec ses deux filles, Nesrine, une étudiante en médecine qui travaille d’arrache- pied et Souad une adolescente de quinze ans, turbulente et qui rencontre des problèmes au collège…
Fatima ne maitrise pas la langue française et fait des ménages chez une femme riche qui l’exploite et qui lui compte deux heures de travail pour toucher les aides du conseil général, la femme, méfiante, la « teste » pour vérifier son honnêteté mais Fatima reste inflexible et s’avère loyale en toutes circonstances…
Souad « sèche » les cours et Fatima a beaucoup de mal à la cadrer, l’adolescente, en pleine crise, l’insulte et Fatima semble bien désemparée…
Un jour, Fatima fait une très grave chute dans des escaliers et se retrouve en arrêt de travail pour plusieurs mois ; elle est convoquée chez la principale du collège suite au comportement de Souad…
Fatima tient un journal intime écrit en arabe, elle souffre de ne pas maitriser le français ; finalement, elle s’inscrit à des cours d’alphabétisation, voulant rester digne…
Le film suit son parcours, avec des hauts et des bas, puis se clôt par l’obtention de l’admission de  Nesrine à son école de médecine…
Mon avis :
Film aux récompenses amplement méritées, « Fatima » donne une vision simple, nature et naturelle de l’immigration sans jamais sombrer ni dans la violence ni dans le misérabilisme ; Philippe Faucon fait preuve d’une grande humanité et nous raconte, simplement, la vie de Fatima, une femme algérienne arrivée en France, qui est extrêmement courageuse et humble ; il y a dans « Fatima » un parler vrai, un aspect hyper réaliste mais très intelligent, Faucon a eu la bonne idée de ne prendre comme actrices que des personnes inconnues du grand public, ce qui donne une crédibilité imparable au film…
« Fatima » est une belle histoire, saisissante de réalisme, la caméra de Philippe Faucon se pose, bouge, avance, recule en suivant les protagonistes, il est utilisé une superbe technique pour filmer qui permet aux spectateurs de s’imprégner du quotidien vécu par Fatima et ses deux filles…
Faucon ne s’encombre d’aucun cliché sur l’immigration mais nous montre une « tranche de vie » sans aucun à priori ni parti-pris, il ne cherche à aucun moment à rendre avilissante la condition de vie de Fatima, même si c’est très dur pour elle de s’intégrer ; son journal intime est un peu le symbole, le levier qui fait qu’elle ne demande qu’à s’intégrer, elle, qui élève courageusement ses deux filles (quel jeu, on se croirait vraiment avec elles !)…
La scène de la chute dans les escaliers est très réaliste, on se demande comment Philippe Faucon a pu faire, il a du faire répéter plusieurs fois à Soria Zeroual la séquence, c’est très impressionnant !
A part un passage ridicule (les deux petits vieux sur le banc traités de pédophiles et le rot de Souad), « Fatima » est une belle œuvre, dotée d’une grande beauté d’âme, et qui se démarque de tout ce qui nous avions vus sur l’immigration et l’intégration au cinéma, et ça fait du bien !
On est à des centaines de kilomètres de « Ma 6-t va crack-er » ou « La haine », « Fatima » est un film qui ne met jamais de l’huile sur le feu, mais plutôt qui cherche à donner une vision positive de l’immigration et du souhait de s’intégrer…
Le jeu de Soria Zeroual est limpide, elle est non –professionnelle et pourtant aucune actrice connue n’aurait sans doute pu donner une interprétation aussi juste qu’elle…
Au final, « Fatima » est un vrai chef d’œuvre qu’il faut absolument visionner, sa durée est courte mais tout est dosé juste comme il faut et l’impact du film est inoubliable et remarquable…
« Fatima » est à classer avec des films comme « Je rentre à la maison » de Manoel de Oliveira, Philippe Faucon a réussi indéniablement un coup de maitre et l’intelligence de propos dont il fait preuve amplifie la force du film…
« Fatima » est devenu un classique…
Note : 9/10











dimanche 18 février 2018

CRASH de David Cronenberg, 1996


CRASH
de David Cronenberg
1996
Canada/Grande Bretagne
avec James Spader, Holly Hunter, Rosanna Arquette, Deborah Kara Unger, Elias Koteas
Film érotique déviant inclassable
100 minutes
Musique de Howard Shore
Prix du jury au Festival de Cannes en 1996
Synopsis :
Une ville du Canada, au milieu des années quatre vingts-dix…
James Ballard et sa femme Catherine forment un couple riche à la vie confortable, ils ont une vie sexuelle quelque peu débridée et font l’amour dans des endroits où ils pourraient être surpris à tout moment, ce qui renforce leur excitation…
Un jour, James a un grave accident de la route et percute de face la voiture de Helen Remington, une jeune femme ; ils sont hospitalisés tous les deux et après leur rééducation ils se retrouvent ; les deux jeunes gens vont alors créer un jeu sexuel déviant par rapport à leurs multiples blessures et la tôle des voitures accidentées semblent leur servir de levier lors de leurs ébats brutaux et frénétiques…
James reproduit la même chose avec Catherine, qui accepte et prend plaisir à cette déviance…
Lorsque James et Catherine assistent à un championnat de cascades automobiles, ils suivent l’organisateur, Vaughan, qui est également photographe sur des scènes d’accidents routiers… Chez Vaughan, ils rencontrent Gabrielle, une superbe femme, handicapée des jambes suite à un grave accident de voiture, elle porte des prothèses métalliques et a du mal à se mouvoir…
Vaughan, le photographe, est un être particulièrement pervers, il flashe sur Catherine…
Les pulsions de tout ce petit monde sont poussées à maxima et le moindre accident de véhicule est prétexte pour des ébats sexuels déjantés, petit à petit, James, Catherine, Helen, Vaughan et Gabrielle sombrent dans la dépression et la folie pure !
Mon avis :
David Cronenberg nous avait habitués à des films déviants dans les années soixante- dix (« Rage », « Frissons » notamment) mais là, il a vraiment mis le paquet !
« Crash » est un film doté d’une solide mise en scène (comme toujours chez Cronenberg) mais l’idée qu’il véhicule (sans jeu de mots) est simplement insensée !
Le film s’inspire du roman sorti en 1973 de J.G. Ballard (qui est également le nom du personnage principal) mais ceux qui ne connaissent pas le livre s’en prennent pour leur grade !
Ça y va à donf’ au niveau de l’érotisme et ce, dès le début, on est mis dans l’ambiance directement puis ça n’arrête pas (au moins une vingtaine de scènes érotiques dont quelques unes qui sont quasiment pornographiques, du moins dans les dialogues)…
Le charme absolu des actrices laisse passer la déviance mais l’idée de jouir post un accident de la route a de quoi surprendre  voire révulser ; « Crash » n’est pas du tout un film tous publics et est réservé à des cinéphiles avertis et ouverts, Cronenberg donne une approche intellectuelle de la déviance qu’il filme et applique une froideur, un côté frontal comme dans ses premiers films, il n’y a aucun humour dans « Crash » et en même on n’est pas là pour regarder un film d’Aldo Maccione, mais fichtre ça barde méchamment !
Un élément scénaristique semble bizarre, pourquoi James et Catherine suivent Vaughan chez lui après l’arrivée de la police lors de la compétition de cascades, logiquement ils auraient dû rentrer chez eux…
Deborah Kara Unger est vraiment magnifique, elle possède une classe, un charisme tels que ça fait drôle de voir que c’est elle la plus perverse de tous, elle donne un dialogue à James Spader complètement hallucinant (que je vous laisse découvrir si vous voyez le film) mais elle se traine dans l’opprobre verbalement comme on a rarement entendu au cinéma !
« Crash » reste techniquement une leçon de mise en scène (la voiture encastrée dans le bus, les séquences de balcons chez James et Catherine sont magnifiques, avec la vue sur la route et toutes ces voitures) et même le générique de début intrigue avec la belle musique envoutante et entêtante de Howard Shore…
S’il y a bien un film insolite du milieu des années quatre-vingt- dix c’est celui-ci, « Crash » donne une approche inclassable et fantastique du panel des émotions sexuelles et par le biais de son originalité, il surprend le spectateur de bout en bout…
Remarquablement interprété (et ça n’a pas dû être facile de diriger les comédiens), réalisé avec soin et doté d’une crédibilité totale lors des accidents (je ne pense pas qu’il y ait eu d’effets numériques), « Crash » est une œuvre à part, très dure par moments mais qui laisse un souvenir indélébile ; peu de films sont allés aussi loin pour exprimer une déviance sexuelle de cet ordre (faire l’amour avec le levier d’un accident de voiture), une fois de plus Cronenberg nous prouve son génie et sa façon d'appréhender le cinéma, les décennies passent mais sa vision du septième art est toujours aussi passionnante…
Un vrai coup de maitre à visionner sous les réserves énoncées plus haut, il faut avoir le cœur bien accroché !
Note : 9/10











vendredi 16 février 2018

Les horreurs de Frankenstein de Jimmy Sangster, 1970


LES HORREURS DE FRANKENSTEIN
de Jimmy Sangster
1970
Grande Bretagne
avec Ralph Bates, Veronica Carlson, Kate O’ Mara, David Prowse, Jon Finch, Graham James, Dennis Price
Horreur
Produit par la Hammer films
91 minutes
aka The Horror of Frankenstein
Synopsis :
Un village de Grande Bretagne, au dix- neuvième siècle…
Le jeune Victor Frankenstein est un étudiant turbulent qui s’intéresse à l’anatomie et à ses camarades de classe féminines, il vit dans le château de son père ; la servante Alice, une jolie brune aux attributs avantageux, est le centre de jeux sexuels aussi bien avec le père qu’avec le fils ; sans le sou, Victor réclame de l’argent à son père, ce dernier le lui refuse…
Dans les sous- sols du château, Victor créée des expériences pour le moins douteuses, un croque mort lui apporte des restes de corps humains de personnes décédées, Victor, fou à lier, veut créer un être hybride qui lui obéira au doigt et à l’œil…
Son père devenant gênant, Victor sabote son fusil et ce dernier se tue lors d’une partie de chasse, Victor a désormais la voie libre pour ses expériences scientifiques délirantes, Wilhelm Kassner, un de ses camarades, devient son assistant…
Elizabeth Heiss, jeune fille d’un éminent notable de la ville, est invitée au château de Victor Frankenstein, ce dernier a des vues libidineuses sur elle…
Wilhelm Kassner, l’assistant de Victor, est tué par des décharges électriques dues à un matériel de Victor…
Un soir d’orage, grâce à la foudre, Victor anime enfin son monstre après des semaines d’expérimentations et de labeur acharné…
Le monstre s’échappe du château et tue un bûcheron avec sa hache ; Victor parvient à le retrouver et l’attache à des chaines en fer…
Pour se venger d’Alice, qui était prête à le balancer à la police, savant tout de son petit manège, Victor l’a fait tuer par le monstre…
Doté d’une force colossale, le monstre casse ses chaines !
A l’arrivée des brigadiers de la police, Victor trouve un énième stratagème pour être innocenté ; mais qu’a-t-il fait du monstre ?
Mon avis :
Adapté très librement du roman de Mary Shelley, ces « Horreurs de Frankenstein » est surtout une immense occasion pour Jimmy Sangster, ponte illustre de la Hammer films et ce depuis les débuts de la firme, de se lâcher complètement avec un scénario bien barré et des séquences disjonctées (la servante Alice est sensée avoir seize ans dans le film, le monstre colosse créature de Frankenstein mesure deux mètres, les segments de corps humains sont conservés dans des bocaux de formol, Sangster insiste bien sur le côté libidineux de Victor avec un début en classe pas piqué des hannetons), mais le tout tient bien la route et le spectateur cinéphile se régale !
La Hammer commençait à vaciller financièrement, d’ailleurs « Les horreurs de Frankesntein » fut un insuccès critique et public, considéré comme délirant et très en dehors du mythe de Frankenstein (notamment les précédents incarnés par Peter Cushing), il convient de réhabiliter ce film qui a plus de qualités que de défauts, notamment au niveau de l’interprétation (Ralph Bates est extraordinaire, les deux filles du film, Kate O’Mara et Veronica Carlson, sont non seulement superbes physiquement mais savent jouer la comédie, quant au monstre incarné par David Prowse, il fout vraiment la trouille, c’est une des meilleures représentations de Frankenstein pour un film de la Hammer !)…
Jimmy Sangster s’y connaît et s’applique, son implication pour la Hammer n’est plus à démontrer et il nous gratifie de plans magnifiques comme ces fleurs naturelles qui en contre plongée donnent sur les étudiants ou cette terrible escapade nocturne du monstre qui s’introduit dans la demeure de la fillette (clin d’œil à une scène de « La fiancée de Frankenstein » de James Whale tourné quatre décades plus tôt)…
Il y a une précision mais aussi un sens du rythme dans la mise en scène de Sangster qui s’avère fascinante et imparable, on sent qu’il avait carte blanche et il a pu redynamiser le mythe de Frankenstein avec ce film, ce qui est tout à son honneur…
Assez rare par rapport aux autres films de la Hammer, « Les horreurs de Frankenstein » est un vrai régal, tous les codes explorés précédemment dans les films de Frankenstein sont balayés et cependant tout est limpide, on n’a pas besoin de se référer aux autres opus de la saga, celui-ci n’est ni une suite ni une préquelle mais bel et bien un segment à part, fort réjouissant et bourré de charme…
Un blu ray avec la version française serait impeccable car ma cassette VHS a rendu l’âme, je l’avais enregistrée sur Canal plus lors de sa diffusion dans le mythique « Cinéma de quartier » de Jean-Pierre Dionnet, ça date de vingt- cinq ans ! Le film a traversé les âges mais n’a pas pris une ride et reste encore attractif…
Un must have absolu et l’affiche avec le monstre et sa hache a hanté pendant des décennies la mémoire des cinéphiles, quel visuel !
Note : 9/10











Coup de torchon de Bertrand Tavernier, 1981


COUP DE TORCHON
de Bertrand Tavernier
1981
France
avec Philippe Noiret, Guy Marchand, Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell, Jean-Pierre Marielle, Victor Garrivier, François Perrot
Comédie dramatique
124 minutes
Synopsis :
Un village d’Afrique occidentale, en 1938…
Lucien Cordier est le seul et unique policier de la bourgade, il est garant de la sécurité des habitants aussi bien les autochtones que les blancs français présents, nous sommes à l’époque de la colonisation ; Lucien est ridiculisé par tout le monde, il passe pour un poltron et est le souffre- douleur de tous, à commencer par sa femme Huguette, qui l’humilie en permanence et le trompe avec Nono, un simple d’esprit…
Des fois, cela va très loin et Lucien est pris à partie même physiquement, il est chahuté par Le Peron et son assistant….
Lorsque Rose Mercaillou, une jeune femme s’éprend de Lucien et n’arrête pas de lui tourner autour c’est par nymphomanie, elle l’aguiche et veut absolument avoir des rapports sexuels avec lui…
Mais un jour Lucien va péter un plomb, armé d’un revolver, il tue Le Peron et son assistant ; des meurtres s’enchainent mais Lucien se débrouille toujours pour brouiller les pistes et ne jamais être suspecté…
Le frère de Le Peron, sosie de celui abattu par Cordier, débarque dans le village; puis  Huguette Cordier et Nono s’en prennent à Rose, prétextant qu’elle leur a volé un magot d’argent…
Lucien se délecte de voir la zizanie qu’il a mis et peut ainsi assouvir ses pulsions de vengeance face à tous ceux qui l’ont fait souffrir précédemment…
Méthodique et moins bête qu’il n’en avait l’air, il élabore des techniques sans failles et les autorités n’y voient que du feu…
Mon avis :
« Coup de torchon » est un film immense, d’abord par l’atypisme de son histoire (très peu de films français ont parlé de la colonisation avec l’Afrique) mais aussi par le jeu savoureux de tous ces acteurs, car là on se régale ! Chacun est à sa place et Noiret opère un jeu de massacre, il vire à trois cent soixante degrés de son personnage initial, un poltron souffre-douleur qui va se muter en tueur en séries, ça barde et Tavernier y va très fort dans l’érotisme avec Isabelle Huppert (on ne peut s’empêcher de penser à son rôle dans « Les valseuses » sorti sept années auparavant), la belle ne recule devant rien et dévoile son corps superbe en intégralité lors de séquences hautement érogènes ; on se demande bien ce qu’elle trouve à Lucien Cordier/Noiret, peut être un rapport paternaliste inconscient, quoiqu’il en soit « Coup de torchon » est un film magistral, que ce soit pour son intelligence de traitement que pour la maitrise cinématographique dont fait preuve Bertrand Tavernier, c’est du même niveau que « Buffet froid » et on peut faire une corrélation non fortuite entre ces deux films, il y a de l’absurde et une rigueur de mise en scène par une déstabilisation du spectateur au niveau des codes cinématographiques, Tavernier a mis la barre vraiment très haut et le résultat au visionnage est sidérant ; il n’y a pas de compétition entre les acteurs ils sont tous à leur place et exécutent ce que Tavernier leur demande, mais c’est filmé, c’est tourné, c’est coordonné de façon proche de la magie ; cette synergie dans le déroulement de l’histoire, dans l’accomplissement des actes de Cordier/Noiret donne un plaisir fou, aussi bien au personnage du film qu’au spectateur, on jubile littéralement de voir la vengeance opérée par Noiret, qui s’en était pris plein la figure, mais qui, là, va remettre les pendules à l’heure, et le côté très orignal et atypique des séquences renforce encore plus l’insolite et l’aspect jubilatoire ; très peu de films français sont parvenus à atteindre cette sensation donnée au spectateur…
On sort du visionnage de « Coup de torchon » pantois mais heureux, on assiste pendant près de deux heures à un spectacle incroyable, on rit souvent (de la bêtise des personnages) et on rêve (l’action se situe juste avant la guerre dans un pays d’Afrique, cadre très singulier), Tavernier opte pour le réalisme des scènes et appelle un chat un chat (les dialogues sont élaborés de main de maitre et sont hyper recherchés), en tout cas « Coup de torchon » est un chef d’œuvre délectable et un numéro d’interprétation remarquable….
C’est l’un des films qui a eu le plus de nominations aux Césars sans en obtenir, ce qui, somme toute, peut paraître inconcevable !
Franchement lorsqu’on voit des films de cette trempe, c’est là qu’on reprend confiance dans le cinéma français, et maintenant, trente-sept ans après, il est difficile de trouver des films du niveau de « Coup de torchon » dans le panorama du cinéma hexagonal, donc il est indispensable de revoir tous ces monuments qui rendaient honneur au cinéma tricolore ;  « Coup de torchon » est un chef d’œuvre absolu qui possède une grâce et une énergie phénoménales, le plaisir est au rendez-vous avec ce film qui est devenu depuis un classique…
Noiret/Huppert/Audran/Mitchell/Marchand/Marielle sont époustouflants et lorsqu’ils gravitent sous la caméra de Bertrand Tavernier, ça donne un cocktail savoureux qu’on ne se lasse jamais de revoir…
Un pur régal !
Note : 9.5/10










mercredi 14 février 2018

Crimes au cimetière étrusque de Sergio Martino, 1982


CRIMES AU CIMETIERE ETRUSQUE
de Sergio Martino
1982
Italie
avec Elvire Audray, Claudio Cassinelli, John Saxon, Franco Garofalo, Van Johnson, Marilu Tolo, Paolo Malco
Film fantastique
94 minutes
VHS édité chez René Château vidéo
Musique de Fabio Frizzi
Distribué par les films Jacques Leitienne
Inédit en DVD
aka Assassinio al cimitero etrusco
Synopsis :
Joan est une jeune femme dont le mari est archéologue, elle a souvent des cauchemars récurrents où elle se voit dans un mausolée étrusque et elle voit des asticots dévorant des cadavres…
Arthur Blanc, l’archéologue, découvre des caisses dans une grotte en Italie, il semblerait que le père de Joan, un riche industriel, se soit servi de la découverte d’Arthur pour faire rapatrier les caisses dans le but d’y introduire de l’héroïne en vue d’un trafic juteux…
Lorsque Blanc décède d’une mort mystérieuse (il est retrouvé la tête à l’envers), Joan arrive en Italie, elle y rencontre Mike et se rend dans la nécropole étrusque découverte par Arthur, elle y trouve plusieurs touristes dont un photographe…
Des morts violentes se succèdent à vitesse grand V, le photographe se suicide par pendaison et un séisme touche la nécropole…
Joan comprend alors qu’une malédiction ancestrale a atteint la grotte ; avec l’aide de Mike elle décide de percer le mystère de la nécropole, les deux jeunes gens creusent le sous-sol de la grotte, ce qu’ils vont y découvrir est stupéfiant !
Mon avis :
« Crimes au cimetière étrusque » est une sorte de néo giallo tardif et très très rare puisqu’il n’existe qu’en VHS et n’a bénéficié d’aucune édition en DVD ; le casting est de choix avec notamment Elvire Audray (actrice décédée sosie de Sylvie Vartan, vue également dans le mythique  « Iron master » « La guerre du fer » d’Umberto Lenzi avec George Eastman), Van Johnson (vu dans le « SOS Concorde » de Deodato), Paolo Malco (vu dans « Frayeurs » de Lucio Fulci), Claudio Cassinelli, un habitué des films de Sergio Martino (vu dans « La montagne du dieu cannibale », « Le continent des hommes-poissons » et « Alligator »), la belle Marilu Tolo au regard incendiaire, vue dans « Roy Colt et Winchester Jack » de Mario Bava et surtout l’inénarrable Franco Garofalo (Frank Garfield pour l’exportation aux Etats-Unis), l’inoubliable Santoro de « Virus Cannibale » de Bruno Mattei, ici en photographe…
C’est dire qu’on a là un panel important de plein d’acteurs habitués au bis transalpin, le tout transcendé par une musique de Fabio Frizzi qui reprend des copiés collés de la musique de « Frayeurs » mais l’ensemble a un charme fou malgré un scénario bancal voire carrément bordélique (on se demande comment la douzaine de caisses a voyagé de mains en mains, un coup en Italie, un coup à New York) mais en passant outre ces quelques défauts, force est de reconnaître que l’on ne s’ennuie pas et qu’on est pris dans une intrigue à la fois insolite et rocambolesque…
Le prétexte de la nécropole est la clef de voûte des peurs de Joan/Elvire Audray et Sergio Martino insiste pas mal sur les hallucinations de ce personnage avec des passages d’asticots qui ronge des têtes de cadavres….
Par moments, le film est un peu délirant (les deux top models photographiées au milieu des touristes !), la mort de Garofalo par pendaison a du mal à trouver une explication dans le script, « Crimes au cimetière étrusque » est sans doute l’un des moins bons métrages de Sergio Martino mais n’en reste pas moins fort attachant…
Vendu comme « Interdit aux moins de dix-huit ans » sur la jaquette de la VHS René Château, « Crimes au cimetière étrusque » ne contient aucune scène gore et ne suscite pas énormément de peur, la qualification est donc totalement exagérée et les cinéphiles lambda pourront visionner le film sans la moindre crainte…
Vraiment rare et difficilement à trouver, ce « Crimes au cimetière étrusque » est doté  de bons atouts et ravira les cinéphages fanatiques de perles du Z rital ; au rythme parfois lent, le film exerce cependant une fascination indéniable grâce à des décors de souterrains qui ne sont pas sans rappeler ceux de la crypte dans « Frayeurs » (pas mal de similitudes entre les deux films)…
Bref, si vous tombez sur la VHS lors d’une brocante, alors foncez !
Sans être un chef d’œuvre (Martino nous a habitués à mieux), « Crimes au cimetière étrusque » se visionne avec grand plaisir, la belle Elvire Audray irradie le film par son charme et y est omniprésente (on la voit pratiquement à tous les plans), Sergio Martino sublime l’actrice qui tient ici un de ses plus grands rôles…
A voir si l’occasion se présente !
Note : 8/10
Immense merci à Guillaume Gama Mathieu pour le cadeau qu’il m’a offert !







Piège de cristal de John Mac Tiernan, 1988


PIEGE DE CRISTAL
de John Mac Tiernan
1988
Etats-Unis
avec Bruce Willis, Robert Davi, Bonnie Bedelia, Alan Rickman, Reginald Veljohnson, William Atherton, Alexander Godunov
Film d’action
132 minutes
Directeur de la photographie : Jan de Bont
aka Die hard
Budget : 28 000 000 dollars
Recettes au box-office : 140 800 000 dollars
Synopsis :
Los Angeles, Etats-Unis en 1988 le jour de Noël…
John Mac Clane, un flic new-yorkais, arrive par avion pour retrouver sa femme Holly et ses deux enfants, cela fait longtemps qu’il n’a pas revu sa famille et sa femme a repris son nom de jeune fille Holly Gennero, elle travaille à la tour Nakatomi Plaza pour une multinationale japonaise et a une fonction élevée au sein de cette entreprise…
Richard Thornburg, un des collègues de Holly, lui tourne autour et a des intentions libidineuses sur elle ; John finit par arriver dans la tour, il a laissé son taxi au parking souterrain afin que celui-ci le récupère lorsqu’il sortira…
Un cocktail gigantesque est donné avec le directeur japonais et ses employés ; c’est alors qu’une douzaine de terroristes débarque, après avoir tué l’agent d’accueil au rez de chaussée de la tour…
Mac Clane était caché dans un bureau à part lors de l’arrivée des terroristes ; Hans Gruber, leur chef, ignore la présence de Mac Clane, il isole le PDG et lui demande des codes informatiques, ce dernier ne peut lui transmettre et est abattu !
Gruber veut faire croire à une prise d’otages et demande des contreparties bidons pour retarder l’arrivée de la police…
Mac Clane, pieds nus et en marcel, combat comme il peut les terroristes et abat l’un d’eux, Tony, le frère de Karl, un colosse blond qui jure d’avoir la peau de Mac Clane !
Arrivé sur le toit de la tour, John Mac Clane parvient à prévenir les secours ; le sergent de police Al Powell se trouvant non loin des lieux, se déplace dans la tour Nakatomi Plaza…
C’est alors que Richard Thornburg, pensant bien faire, signale à Hans Gruber, la présence de Mac Clane dans la tour !
Un combat sans merci se livre entre Mac Clane et les terroristes, et Al Powell alerte ses collègues afin que des renforts arrivent fissa…
Le Nakatomi Plaza est assiégé et Gruber et ses hommes sont munis d’explosifs !
Mon avis :
Premier opus de la longue saga des « Die hard », ce « Piège de cristal » est sans conteste le meilleur ; il introduit le personnage de John Mac Clane et Bruce Willis (alors seulement connu du public pour la série « Clair de lune ») nous donne une vision inoubliable d’un flic héros malgré lui face à des terroristes impitoyables, le tout avec un élément de film catastrophe : une tour assiégée !
Mais « Piège de cristal » n’est pas uniquement un banal film policier car John Mac Tiernan a eu l’excellente idée de le doter d’un humour impayable avec pléthore de répliques humoristiques qui désamorcent ainsi l’aspect anxiogène et claustrophobique de cette tour dans laquelle nous sommes piégés, aussi bien les otages que le spectateur…
Au niveau de l’action, ça déménage et il y a nombre d’explosions, de fusillades et d’effets pyrotechniques, les deux heures dix passent à toute vitesse et on se régale !
Bourré de qualités et de seconds rôles épatants (le flic Al Powell, le chauffeur de taxi, Robert Davi en agent du FBI couillu et sûr de lui), « Piège de cristal » est le must absolu de l’actioner fin des années quatre-vingts outre Atlantique, c’est tellement bien et bon lorsqu’Hollywood nous sort des classiques pareils, oui il s’agit bien d’un classique, d’un blockbuster certes, mais intelligent, rigoureux et lisible, il ne faudrait pas bouder son plaisir devant un film aussi réjouissant…
Tout le monde connaît « Piège de cristal » et tout le monde est unanime pour dire qu’on prend un pied total à chaque visionnage, John Mac Tiernan signe ici un de ses meilleurs films et avec celui-ci la carrière de Bruce Willis allait s’envoler, érigeant l’acteur comme une valeur sure d’Hollywood et le propulsant comme méga star !
Chaque visionnage est un pur bonheur et il est difficile de ne pas tomber sous le charme de ce film rondement mené et vraiment hyper efficace…
« Piège de cristal » est à revoir au moins une fois tous les deux trois ans, le plaisir est intact et il n’a pas vieilli, grâce à un dynamisme dans la réalisation et des acteurs convaincants qui ont bien dû s’amuser en le tournant…
Jubilatoire du début à la fin, un très grand film qui fut un immense succès bien mérité !
Note : 9.5/10












mardi 13 février 2018

Les invasions barbares de Denys Arcand, 2003


LES INVASIONS BARBARES
de Denys Arcand
2003
Québec/France
avec Marie-Josée Croze, Rémy Girard, Stéphane Rousseau, Dorothée Berryman, Louise Portal
Drame
99 minutes
Budget : 5 000 000 dollars canadiens
César 2004 du meilleur film et du meilleur réalisateur
Cannes 2003 prix du meilleur scénario
Oscar 2004 du meilleur film étranger
Synopsis :
Montréal, début des années deux-mille…
Rémy, un homme d’une cinquantaine d’années, est hospitalisé pour un cancer, l’hôpital dans lequel il est soigné souffre d’un manque de moyens et les malades des urgences dorment dans des couloirs, Rémy, quant à lui, partage sa chambre avec d’autres patients…
Son ex- femme, Louise, est au début, la seule à son chevet, mais devant la progression de sa maladie, elle prévient en urgence son fils Sébastien, un riche ingénieur expatrié en Grande Bretagne, qui accoure voir son pauvre père ; les deux hommes étaient fâchés et ne s’adressaient guère la parole, mais là, devant la situation bien particulière, des liens se retissent entre eux…
La maladie progresse inexorablement et c’est maintenant les métastases qui atteignent le cerveau de Rémy ; Sébastien donne des pots de vins à des infirmiers et des membres syndicalistes des services techniques de l’hôpital pour qu’on aménage à Rémy une chambre seule, neuve, à l’étage inférieur où il se trouvait…
Puis c’est Pierre, Dominique, Claude et les autres amis de Rémy qui lui rendent visite, ils se remémorent les souvenirs de moments joyeux passés ensemble ; Rémy ironise sur ses multiples conquêtes féminines, ses amis lui apportent de bons petits plats…
La souffrance due à la maladie est telle que Sébastien parvient à se procurer de l’héroïne et la fait fumer à Rémy pour atténuer ses douleurs…
En phase terminale de son cancer, Rémy décide de finir ses jours dans sa maison de campagne, entouré de ses plus fidèles amis et de sa famille…
Un voyage sans retour vers le ciel le guette…
Mon avis :
Second film d’un triptyque initié par le célèbre « Déclin de l’empire américain », « Les invasions barbares » est un film à la tonalité mélancolique souvent désamorcée par des moments de gaité et servie par de très grands comédiens qui jouent juste, Denys Arcand ne prend jamais le parti pris du pathos ou du larmoyant mielleux et choisit plutôt  de nous montrer une « tranche de vie » par le biais d’un homme atteint d’une grave maladie…
Arcand mêle des thématiques comme les conflits intergénérationnels (la relation difficile père/fils), la vie en hôpital, la franche amitié et les soins palliatifs face au cancer ; le metteur en scène joue sur la corde avec justesse malgré un élément scénaristique impossible et pas du tout crédible (l’homme malade, Rémy, est en phase terminale d’un cancer, il devrait être amaigri, dénutri et au teint malade, or, dans le film il n’en est rien ! l’acteur est de forte corpulence, parle distinctement, rigole avec ses amis, c’est une erreur grave de la part d’Arcand car cette incongruité dessert complètement son film !)…
Si l’on passe outre  ce gros problème de crédibilité, on peut se laisser porter par ces « Invasions barbares », le titre fait référence aux terroristes du 11 septembre 2001 et on peut aussi voir dans le terme « invasion » celle du cancer qui ronge le corps de Rémy avec pour seule issue possible, la mort…
Le personnage du fils incarné par Stéphane Rousseau est bouleversant, il fait des pieds et des mains pour « améliorer » le confort de son père et ce, dans un climat difficile ; le fils ira même jusqu’à braver la loi pour trouver de l’héroïne à son père afin que celle-ci atténue ses souffrances dues à la maladie…
« Les invasions barbares » est un très beau film, Denys Arcand sait manier sa caméra (le début est sidérant avec cette entrée dans les couloirs des urgences de l’hôpital) et la poésie ambiante règne tout le long du métrage (Arcand choisit de nous montrer le ciel pour nous faire deviner la mort de Rémy, ce plan est magnifique !)…
Joué de façon juste et au déroulement des plans très fluide et assez courts (Arcand utilise beaucoup de fondus au noir), « Les invasions barbares » nous laisse un sentiment rassérénant et ému, Denys Arcand choisit la manière frontale dans la comédie dramatique mais refuse de choquer le spectateur comme beaucoup d’autres réalisateurs auraient pu tomber dans ce piège…
Sur un sujet hyper casse gueule, Denys Arcand s’en sort parfaitement et son film est une petite merveille ; il a obtenu beaucoup de récompenses (Oscar, Césars) et fit sensation au festival de Cannes en 2003, ces distinctions sont amplement méritées…
Quasiment un film d’auteur, « Les invasions barbares », outre la qualité cinématographique qu’il déploie, séduira facilement les cinéphiles fans de beaux films ou le public habitué aux comédies dramatiques qui évitent la vulgarité, dans l’ensemble, on a là une des meilleures productions que le cinéma québecois nous ait offerts depuis des lustres, les films venant de ce pays sont tout de même plutôt rares donc il ne faut pas bouder « Les invasions barbares », c’est un film immense à encourager fortement !
Note : 9/10









samedi 10 février 2018

Batman the killing joke de Sam Liu, 2016

BATMAN THE KILLING JOKE
de Sam Liu
2016
Etats-Unis
avec les voix de Mark Hamill, Kevin Conroy, Tara Strong, Ray Wise, Bruce Timm
Dessin animé/film de super héros
73 minutes
Scénario écrit par Alan Moore
Budget : 3 500 000 dollars
Recettes en direct to DVD : 4 400 000 dollars
Synopsis :
Ville de Gotham City…
Barbara Gordon, une jeune bibliothécaire, est en fait la super héroïne Batgirl la nuit, elle traque les dangereux criminels qui sillonnent la ville et se bat à mains nues, maitrisant les techniques de self défense ; lorsqu’elle se trouve en difficulté, Batman intervient pour l’aider…
Paris Franz, un malfaiteur à la solde de Lord Francesco, s’introduit au domicile de Batgirl et de son père, il kidnappe ce dernier et l’emprisonne en le mettant tout nu avec d’autres malfrats…
Alors que se joue un jeu sexuel et limite sadomasochiste entre Batgirl et Batman, le Joker, ennemi juré de Batman parvient à s’échapper de l’asile d’Arkham ; le film nous replonge dans le passé du Joker, alors qu’il était jeune, et l’on découvre qu’il était chansonnier et que ses spectacles furent des bides ; il fut embauché par deux bandits pour cambrioler une usine mais ceux-ci furent tués lors du forfait…
Le Joker libre a reconstitué une immense fête foraine avec des manèges, des roues et des bêtes de foire, c’est à cet endroit que Batman le retrouve pour l’affronter…
Ce qui devait être un pugilat sans pitié va virer à la pantalonnade, le Joker racontant une blague hilarante à Batman et les deux hommes riant de bon cœur tous les deux…
Barbara Gordon/Batgirl, blessée grièvement lors d’un assaut pour neutraliser le Joker –alors que Batman le lui avait déconseillé- se retrouve en fauteuil roulant…
Batgirl pénètre dans une pièce cachée de son appartement et active un code secret…
Mon avis :
Scénarisé par l’immense auteur Alan Moore, « Batman, the Killing joke » prend le contrepied total de tout ce que nous connaissions alors de ce personnage, tout est totalement revu et agrémenté de manière inédite, même au niveau du Joker, on a une approche qui nous transporte dans son passé et là, les auteurs du scénario ont mis le paquet, il y a une sensibilité sur ce personnage (le Joker était fauché, c’était un comique dont les représentations ne marchaient pas du tout, sa femme était enceinte et vivant dans la misère, il accepta un deal foireux avec deux gangsters) et la relation entre Barbara/Batgirl et Bruce Wayne/Batman est trouble et énigmatique…
On sent un rapport très sexué entre Batgirl et Batman, presqu’incestueux (on penserait que Batman « protège » Batgirl comme une sœur) mais c’est là où l’originalité du script explose, lors de la scène du baiser et de la copulation (hors champs) entre Batgirl et Batman qui fera exploser en éclats les conventions des adaptations de ces deux super héros (impensable en film, même réalisé par Christopher Nolan !) ; on a donc une relecture du mythe Batmanien tout à fait passionnante et intéressante…
Ce que le spectateur s’attendait à voir et bien il peut oublier ! Le final avec l’affrontement Joker/Batman tourne à l’invraisemblable que nul n’aurait pu anticiper (Joker raconte une blague à Batman !) alors que Batgirl a frôlé la mort et se retrouve paralysée en fauteuil roulant…
Très énigmatique c’est le mot qui convient et qui colle à la peau de ce « Batman, The Killing joke », encore une fois l’homme chauve-souris n’a pas fini de nous étonner !
Techniquement, c’est du très beau boulot et l’animation est magnifique, tout comme les décors employés ou la continuité des plans séquences, nous sommes envoûtés par le charme de ce dessin animé qui a coûté une fortune (trois millions et demi de dollars), cela permet également d’assister à un spin-off en parallèle des « films » classiques en chair et en os puisqu’il y en a pléthore, le fan inextinguible de « Batman » a de quoi faire et du rêve à se mettre sous le dent, et ce n’est pas peu dire !
Tentative courageuse et très réussie, « Batman, The Killing joke » brise et remodèle un mythe à sa sauce, celle d’Alan Moore et ne pourra décevoir les fans purs et durs de la première heure ; même si les idées du script risquent de déstabiliser, tout le monde y trouvera son compte, que ce soit au niveau d’une action qui ne faiblit jamais ou d’une originalité indéniable, « Batman, the killing joke » est un modèle de dessin animé de DC comics, rigoureux dans sa forme et insolite dans son fond ; il est indispensable pour tout curieux de l’avoir visionné pour mesurer l’élargissement du panel d’idées scénaristiques qui peut être procuré par l’imagination des créateurs de l’homme chauve-souris…
A regarder religieusement et sans le moindre à priori, le renouveau de « Batman » n’a peut- être jamais été aussi balaise que dans ce « Killing Joke »…
Note : 8/10