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jeudi 31 décembre 2015

Kids return de Takeshi Kitano, 1996

KIDS RETURN
de Takeshi Kitano
1996
Japon
avec Masanobu Ando, Ken Kaneko, Susumu Terajima, Ryo Ishibashi, Leo Morimoto
Chronique de moeurs
107 minutes
Sorti en DVD chez studiocanal
Synopsis :
Une petite ville de l’archipel japonais, milieu des années quatre- vingt dix…
Masaru et Shinji sont deux étudiants qui font souvent l’école buissonnière, ils sèchent les cours et ridiculisent leurs enseignants lors de pitreries orchestrées avec habileté (une marionnette géante hissée du toit du collège leur vaudra un renvoi immédiat !)…
Leur vie semble sans le moindre avenir, multipliant les larcins ou allant jusqu’à racketter leurs camarades…
Les deux jeunes garçons s’inscrivent dans un club de boxe et Shinji y trouve de réelles prédispositions, contrairement à Masaru qui refuse de se plier aux réglementations inhérentes au sport (ni boire d’alcool ni fumer)…
Dans un restaurant, Masaru se lie d’amitié avec des yakusas locaux qui le prennent sous leur houlette…
Refoulés à l’entrée d’un cinéma de quartier, Masaru et Shinji se déguisent en adultes et finissent par y rentrer, leur quotidien est ponctué par le sport, les bêtises et l’argent facile sans travail…
Ils végètent sans le moindre but, prenant les jours qui viennent de façon insouciante et calculée en même temps…
Mon avis :
« Kids return » est un film à part dans la filmographie de Takeshi Kitano, loin des violences ou des histoires de gangsters qui firent son style, il s’agit ici d’une chronique sociale, une histoire sobre mais pas simpliste, avec pour schéma le désarroi de la jeunesse japonaise, livrée à elle-même et à l’avenir peu reluisant…
Le duo Masaru/Shinji devient attachant et le spectateur suit leur parcours avec facilité, la mise en scène de Kitano restant fluide malgré quelques plans répétitifs (la cour de l’école, la salle de classe, l’entrée du cinéma) et le montage très tonique retient l’attention…
Le levier de la boxe est mis en avant mais ce n’est pas le principal intérêt pour les deux jeunes gens, qui ne semblent pas trop souffrir, prenant les choses avec résignation  malgré une paupérisation omniprésente…
Désoeuvrés, les protagonistes sont imbriqués dans des histoires émouvantes et exotiques pour un cinéma intelligent et exigeant, Kitano sait parfaitement retranscrire les émotions qu’il veut montrer, appuyé par une viscéralité peu commune et que l’on ne retrouve que dans le cinéma asiatique, il en est le fer de lance…
Ponctué de foudroiements (les passages à tabac lors des rackets, les matchs de boxe, l’influence néfaste des yakusas, l’incompréhension des équations lors des cours de mathématiques), « Kids return » est le témoignage d’une jeunesse qui gravite entre l’éducation obligatoire et la tentation d’une liberté permanente mais liée à l’autonomie par l’argent, très dure à obtenir…
Avec un immense talent et un sens réel de l’humanisme, Kitano nous conte une belle histoire, pleine de charme et emplie du plus grand réalisme…
Sincère dans son approche, « Kids return » offre une perspective au cinéma asiatique de revigorer le teen movie, loin des codes d’outre Atlantique vues précédemment (les films de John Hughes), ici on est à cent lieues de « Breakfast club » ou de la « Guerre des boutons », la déclinaison se fait en rapport avec les codes sociétaux, c’est ce qui fait sa singularité…
Laissant son empreinte avec une manière fine et percutante, « Kids return » est un film à voir, frère cadet de « Violent cop » et se rapprochant plus de « Hana bi », il prouve que Kitano sait faire de beaux métrages et qu’il déploie toute son humanité dans ses œuvres, ce qui est tout à son honneur…

Note : 8/10





mardi 29 décembre 2015

Million dollar baby de Clint Eastwood, 2004

MILLION DOLLAR BABY
de Clint Eastwood
2004
Etats Unis
Avec Hilary Swank, Clint Eastwood, Morgan Freeman, Jay Baruchel, Lucia Rijker
Drame
132 minutes
Budget : 30 000 000 dollars
Recettes mondiales : 216 763 000 dollars
Synopsis :
Etats-Unis, milieu des années deux mille…
Frankie Dunn, un septuagénaire ancien soigneur sportif, dirige une petite salle de boxe, il y forme uniquement des hommes…
Maggie Fitzgerald, une jeune femme d’une trentaine d’années qui l’idolâtre, cherche à tout prix à se faire coacher par lui, Scrap, l’assistant de Frankie, tente à maintes reprises de le convaincre…
La pugnacité de Maggie finit par aller en sa faveur et Frankie accepte, fervent adepte de la messe et dont la fille refuse de lui donner des nouvelles…
Les matchs de boxe s’enchainent alors à vitesse grand V et sont toujours victorieux pour Maggie, qui devient vite célèbre dans le milieu…
Son père décédé, sa mère obèse et sa sœur vivant chichement, Maggie essaye de recoller les morceaux familiaux en leur proposant une maison, l’argent n’étant plus un problème grâce à ses victoires glanées…
Lors d’un combat avec Billie dite « L’ourse bleue », Maggie est très gravement blessée, elle se retrouve tétraplégique…
Mon avis :
Auréolé de multiples récompenses dont celui de l’oscar du meilleur film, « Million dollar baby » est un chef d’œuvre, un film authentique, poignant et même déchirant, dans la même veine que « Philadelphia », Clint Eastwood fait preuve ici d’un grand humanisme et d’un sens dramatique absolument percutant, on ressort du visionnage les larmes aux yeux et la gorge serrée…
Cette petite chronique sportive, au départ anodine, va se muter en tragédie et de nombreux thèmes sont développés dans le film comme le transfert affectif (Frankie ne voit plus sa fille et doit inconsciemment se rassurer en prenant soin de Maggie, sa protégée) ou l’inutilité de la religion face à des difficultés semblant irréversibles…
La beauté et la noblesse du sport sont mises en avant dans un « Million dollar baby » qui valorise l’esprit sportif et tout ce qui va avec (les techniques de boxe que Frankie maitrise par cœur, la transmission de son savoir à la jeunesse…).
Morgan Freeman, qui sert de voix off tout le long du film, est, lui aussi, bouleversant, et la tannée qu’il met à des voyous qui déshonorent le sport est bluffante…
Le côté paternaliste de Clint Eastwood n’a jamais aussi mieux été mis en relief dans un film que dans « Million dollar baby », l’actrice Hilary Swank lui vole presque la vedette, elle est touchante et charismatique, les responsables de casting ne se sont pas trompés (il n’a fallu que quatre mois à Swank pour se fondre dans son personnage)…
« Million dollar baby » se suit avec une simplicité déconcertante, il n’y a aucune vulgarité mais une justesse d’appréciation des situations, une finesse de l’histoire et une beauté des séquences parfaitement élaborée qui nous prouve bien le génie d’Eastwood et son grand sens de l’humanité…
Cette plongée vers la mélancolie, puis la mort, est inoubliable et tout cinéphile ne peut que s’émouvoir face à ce film, tour à tour rempli d’espoir puis déchirant dans son issue…
Magnifiquement réalisé, uppercut filmique et doté d’une interprétation quasi parfaite, « Million dollar baby » sait émouvoir sans la moindre mièvrerie, Eastwood laisse défiler sa caméra sur l’histoire qu’il nous propose, une BELLE histoire de la VIE, ponctuée de moments difficiles, de beaux moments et d’une mort apaisée impénétrable et bouleversante au plus haut point…
Du très haut niveau de mise en scène, une œuvre inoubliable à jamais ancrée dans la mémoire de tous ceux qui l’auront vue…

Note : 10/10






lundi 28 décembre 2015

Faux semblants de David Cronenberg, 1988

FAUX SEMBLANTS
de David Cronenberg
1988
aka Dead Ringers
Canada/Etats-Unis
Avec Jeremy Irons, Genevieve Bujold, Heidi von Paleske, Stephen Lack, Shirley Douglas, Barbara Gordon
Fantastique métaphysique
110 minutes
Budget : 9 000 000 dollars
Grand prix du festival d’Avoriaz 1989
Synopsis :
Toronto, Canada, 1988…
Beverly et Elliot Mantle sont deux jumeaux parfaits d’une trentaine d’années, ils sont tous deux gynécologues obstétriciens et travaillent comme responsables d’un institut renommé dans tout le pays où de nombreuses femmes se bousculent sur une liste d’attente pour être consultés par les deux hommes…
Bizarrement, Beverly et Elliot vivent dans le même appartement et partagent quasiment tout, y compris leurs conquêtes féminines !
Claire Niveau, une actrice, se prend d’affection pour l’un d’eux, ce qui va déboussoler leur quotidien, Anders Wolleck, un artiste s’inspire pour une de ses créations d’un instrument chirurgical ressemblant à celui qu’utilisent les deux frères…
Lors d’un congrès où sont réunis tous les confrères éminents des Mantle, Elliot arrive complètement saoul et perturbe l’assemblée…
D’autres événements troublants se produisent, notamment dus à la prise intempestive de médicaments, le fait que Claire n’arrive pas à entamer une grossesse joue négativement dans sa relation avec Beverly…
Petit à petit, les jumeaux sombrent dans la névrose, puis la psychose pour finir dans une folie irréversible…
Mon avis :
« Faux semblants » est sans nul doute l’un des films les plus ambitieux de Cronenberg, un des moins faciles d’accès également, il délaisse l’horreur organique propre à ses précédents métrages pour solidifier une intrigue claire et étouffante en même temps, très peu de coloris dans les décors mais plutôt une atmosphère austère proche de la névrose intérieure des protagonistes…
La thématique de la gémellité se combine avec la pathologie de la schizophrénie, le tout accentué par le mal être omniprésent et la prise excessive de médicaments, on assiste à des séquences qui mettent très mal à l’aise…
La performance de Jeremy Irons est sidérante et la technique utilisée pour rendre crédible cette dernière sans failles, Bujold et les seconds rôles aux visages peu communs confèrent également à la qualité du film, tour de force pour Cronenberg qui démontre une nouvelle fois son talent et justifie sa réputation de réalisateur culte…
D’une grande richesse aussi bien sur l’interprétation, les décors et l’ambiance, « Faux semblants » joue sur les peurs viscérales mais amplifiées par la perte de repères due à la folie mentale, à l’instar de « Frissons » ou « Rage » c’est une nouvelle fois un « film malade » mais suffisamment intelligemment maitrisé pour que le rendu de Cronenberg soit efficient et touche son but…
Par une intrigue touffue et chargée par un labyrinthe de situations glauques et perturbantes, Cronenberg nous emmène dans un monde insolite, SON monde et sa définition du cinéma, le résultat est sans appel et collapsant, se clôturant par un final assourdissant, « Faux semblants » va plus loin qu’un simple film fantastique, il prolonge l’intrigue et laisse imaginer au spectateur des tas de possibilités, l’impact est dès lors immense, il y a peu de metteurs en scène qui peuvent se le permettre…
Du très grand Cronenberg, original, grave et empreint d’une grande solennité…
A voir pour comprendre sa démarche cinématographique et pour capter l’immensité de son imagination à faire retranscrire ses obsessions sur pellicule…

Note : 10/10





dimanche 27 décembre 2015

EXISTENZ de David Cronenberg, 1999

EXISTENZ
de David Cronenberg
1999
France/Grande Bretagne/Canada
Avec Jennifer Jason Leigh, Jude Law, Willem Dafoe, Ian Holm, Don Mac Kellar
97 minutes
Fantastique
Synopsis :
Un pays d’amérique du nord, années 2000…
Allegra Geller est la créatrice d’un prototype de jeu vidéo qui révolutionne tout ce qui a été vu auparavant, le pod, sorte d’hybride à la texture génétique qui se connecte avec un cordon sur le bas du dos, le bioport…
Allegra doit donner une conférence auprès de ses fans dans une chapelle, Ted, un jeune homme d’une vingtaine d’années, est chargé d’assurer sa protection…
Soudain un invité sort de sous son manteau une arme et tire sur l’assistance alors que des volontaires étaient déjà connectés mutuellement pour vivre l’expérience…
Allegra et Ted sont alors propulsés dans un monde parallèle et font diverses connaissances dont Gas, un gérant de station- service…
Leurs diverses pérégrinations sont agrémentées de multiples rencontres, toutes plus insolites les unes que les autres avec comme point commun d’être pourchassés sans arrêt…
L’issue sera improbable et révèlera la véritable identité de Ted et Allegra et on est loin d’avoir tout vu, une surprise de taille nous est réservée…
Mon avis :
Pionnier du film fantastique organique dans le milieu des années soixante dix, David Cronenberg est un cinéaste réellement intéressant qui déploie sans arrêt son imagination pour créer des histoires impossibles à croire et pourtant parfaitement ancrées dans l’écosystème du film fantastique…
Il innove sans cesse, propose des relectures de ses obsessions à chaque nouveau métrage et celui-ci, EXistenZ, en est une déclinaison forte et toujours aussi barrée, Cronenberg parvient à nous tenir en haleine et ne s’embarrasse pas de la moindre fioriture, ça démarre sur les chapeaux de roues et on est pris dans l’histoire instantanément…
L’interprétation convaincante, les décors multiples et la qualité de la réalisation confèrent à faire opérer la fascination qui y règne tout le long et aucun temps mort n’est à déplorer, le charme de Jennifer Jason Leigh aidant et la vive tension du scénario sont bel et bien ce qui fait l’intérêt d’ « ExistenZ », millimétré dans le découpage des plans et parfaitement adapté au cinéma de Cronenberg…
Les cinq dernières minutes justifient à elles seules l’intérêt du film, on a les poils qui se hérissent, tout a été habilement conçu pour bluffer le spectateur et Cronenberg y est aisément parvenu, le final est d’anthologie !
Pour savourer comme il se doit « EXistenZ », il faut se laisser porter, s’immiscer dans ce monde fantastique qui utilise pourtant des endroits simplistes sans  SFX tournoyants (l’usine agro alimentaire, le boui boui chinois ou la station service)…
Tentative intelligente de revigorer le style de Cronenberg en sans cesse recherche de création, « ExistenZ », outre sa créativité, demeure l’un des meilleurs films de science fiction de la fin des années quatre vingt dix…
Le scénario était très périlleux mais le talent de Cronenberg lui permet d’accoucher d’une œuvre hybride, à la fois fantastique, onirique et iconoclaste…
Une grande réussite.

Note : 9/10




Star wars, le réveil de la force de J.J. Abrams, 2015

STAR WARS, LE REVEIL DE LA FORCE
De J.J. Abrams
2015
Etats-Unis
Avec Harrison Ford, Carrie Fisher, Mark Hamill, Daisy Ridley, John Boyega, Adam Driver
Space opera
135 minutes
Synopsis :
Il y a bien longtemps, dans une lointaine galaxie…(pour reprendre la formule consacrée)
Luke Skywalker, le dernier Jedi a disparu…
Un droïde, BB 8, possède sous ses boulons la carte qui permet de localiser Luke, il attire toutes les convoitises, notamment celles de Kylo Ren, qui a basculé du « côté obscur »…
Le stormtrooper FN 21-87 trahit son escadron et se retrouve sur la planète Jakku, il y fait la connaissance de Rey, une jeune guerrière qui trouve BB 8, elle est dès lors pourchassée par des chasseurs de prime et décolle du faucon Millenium avec Finn (le nom donné à FN 21-87)…
Le faucon Millenium est happé par le cargo de Han Solo et Chewbacca et des contrebandiers revenus à bord sont chassés in extremis avec l’appui de Rey et Finn…
Han Solo rejoint Leia Organa, qui dirige l’armée de combattants prêts à détruire une immense entité régie par Kylo Ren…
Han Solo retrouve Kylo Ren et tout bascule !
Mon avis :
Pour la somme colossale de huit milliards de dollars, la firme Disney a racheté les droits de Lucasfilms et peut donc continuer la saga, déclinée ainsi par une troisième trilogie, entamée donc par ce « Réveil de la force »…
Soyons nets, nous n’y retrouvons pas tout à fait l’esprit inhérent aux productions antérieures mais le spectacle est bel et bien là !
Les moyens mis sur la table sont à la hauteur des espérances de tout geek fan de « Star wars », on en a pour son argent et plein les mirettes, malgré un scénario copier/coller du premier de 1977, seuls les noms et les planètes ont été modifiés…
Suite du « retour du Jedi » avec un décalage de trente deux années au compteur, « Le réveil de la force » est un segment de la saga bougrement efficace et où l’ennui est absent, un soin tout particulier de la part d’Abrams dans les décors et la multiplicité des endroits sauvent la mise par rapport  à un postulat assez simpliste et peu dense, il y a plus dans la FORME que dans le FOND….
Cela n’empêche pas le plaisir que l’on a à voir le film, qui intègre des nouveautés à la franchise tout, paradoxalement, en prenant très peu de risques…
On ressent et on sent l’influence du « Hobbit » et du « Seigneur des anneaux » lors de séquences de combat dans la neige ou ce gigantesque monstre dont Kylo Ren est le disciple qui ressemble à s’y méprendre à un Gollum surdimensionné…
Carrie Fisher s’est pris trente huit ans, elle est botoxée, Harrison Ford s’en sort admirablement bien malgré la force de l’âge, quant aux deux nouvelles recrues, John Boyega et Daisy Ridley, ils pâtissent d’une amitié amoureuse un peu cucu…
Reste l’immense plaisir de revoir le faucon Millenium et les chasseurs X Wing fighters, là J.J. Abrams n’a pas mégotté et nous gratifie de splendides combats spatiaux…
Il manque tout de même cette intensité dramatique que l’on trouvait dans « L’empire contre attaque » ou « La revanche des Siths », le relief des personnages  du « Réveil de la force » est un peu fade mais bon, il ne faut pas bouder pour un oui ou pour non, ce septième opus a atteint un double objectif : entériner l’idée pour les fans que c’est Disney qui contrôle la bête et ne pas trop avoir trahi le côté entertainment de la saga grâce à une sincérité et un respect des codes instaurés…
Bref, si vous souhaitez du pur divertissement pour petits et grands, foncez voir « Star wars, le réveil de la force », vous ne pourrez pas être déçus, le côté manichéen fonctionne toujours dans ce genre de films, même si on peut déplorer le manque d’originalité et de profondeur, « Star wars » c’est comme au Buffalo, on commande un steack frites, on a un steack frites, ceux qui sont trop exigeants, et ben, ils vont manger au « Fouquet’s »…
Calibré juste comme il faut, ni trop, ni trop peu…

Note : 10/10





dimanche 20 décembre 2015

La vierge des tueurs de Barbet Schroeder, 2000

LA VIERGE DES TUEURS
de Barbet Schroeder
2000
France/Colombie/Espagne
avec Anderson Ballesteros, Juan David Restrepo, German Jaramillo, Manuel Busquets, Wilmar Agudelo
Etude de moeurs/Chronique sociale
101 minutes
Synopsis :
Colombie, début des années 2000...
Fernando Vallejo est un écrivain très riche et homosexuel attiré par de jeunes garçons, il retrouve la ville de son enfance, après une trentaine d'années d'exil : la ville de Medellin...
A peine arrivé, il se rend dans une maison de passes pour gays et y rencontre Alexis, un jeune de seize ans qui se prostitue...
Les deux hommes ne se quittent plus et Alexis part habiter chez Fernando, qui possède un appartement situé dans un immeuble, ils visitent la ville, déjeunent et pénètrent dans une gigantesque église, lieu de culte pour tous les croyants de la ville...
Alexis fait partie d'un gang local et n'hésite pas à faire usage de son arme, soit intempestivement, soit quand l'occasion se présente pour défendre Fernando, ce dernier étant parfois moqueur vis à vis de la population...
Lorsqu'ils prennent le taxi, Fernando se clashe souvent avec les chauffeurs à cause de la musique trop forte, un jour celà tourne au pugilat et le chauffeur du taxi est abattu par Alexis !
Alexis est recherché par deux gangsters d'une bande rivale à la sienne, il finit par être tué...  Fou de douleur, Fernando rencontre Wilmar, un jeune qui ressemble étrangement à Alexis...
Ils ont une liaison ensemble jusqu'à ce que Fernando découvre la véritable identité de Wilmar...
Mon avis :
Véritable chronique de moeurs dramatique, "La vierge des tueurs" offre au spectateur une vision très riche de nombreuses thématiques comme l'homosexualité pédophile, l'impact de la religion sur une population paupérisée et la violence inhérente aux gangs d'Amérique du sud, Schroeder filme tout ceci avec un grand sens de la mise en scène et le jeu des acteurs sonne toujours juste...
Il y règne un côté vraiment "extrême" mais jamais vulgaire ou déplacé, ceci étant, le film prend tous les risques, dont celui notamment de s'attirer les foudres du clergé, la religion en prend pour son grade et est traînée dans la boue, Schroeder se concentre en établissant un parallèle entre violence, misère et "refuge" dans la religion, nous gratifiant de séquences très dures à regarder (les enfants drogués, les SDF qui se mettent à genoux pour un simple gâteau, la scène du chien mourant -il est précisé dans le générique final qu'il n'y a pas eu maltraitance d'animaux dans le film)...
"La vierge des tueurs" est un métrage très dense et possède une aura incroyable s'appuyant sur un postulat atypique et rarement exploité au cinéma, c'est par conséquent ce qui fait la force de son propos, ponctué de fusillades éclairs et très réalistes...
Schroeder nous transporte dans un autre monde, le spectateur est ballotté entre l'horreur de la misère, la violence délétère omniprésente et la monstruosité morbide de la pédophilie (Vallejo fait une fixation sur les petits garçons), il est donc nécessaire de se "blinder" en voyant ce film car parfois il peut aisément choquer...
On est dans du pur film d'auteur, parfois d'une opacité assumée et qui ne pourra être accessible au plus grand nombre mais réservé à une poignée de cinéphiles tolérants et ouverts à assumer des passages sans compromis, ce qui renforce le message du film mais également qui en définit des limites...
Dans les bonus du DVD, on apprend que Schroeder a vécu une partie de son adolescence en Colombie et qu'il fait un parallèle entre Bukowski (qu'il adapta pour "Barfly") et Vallejo (l'écrivain de "La vierge des tueurs") ce qui n'est pas anodin...
En tout cas, Schroeder s'applique énormément sur la mise en scène et le découpage de ses plans, on ne peut pas lui enlever ce talent, la réalisation est fluide et raffinée et la dynamique fonctionne à plein régime, jamais le film n'est ennuyeux...
Il faut juste émettre quelques réserves sur le contenu qui est loin d'être à la portée de tout le monde, autrement "La vierge des tueurs" est un très grand film...

Note : 9/10





samedi 19 décembre 2015

Le bal des maudits d'Edward Dmytryk, 1958

LE BAL DES MAUDITS
d’Edward Dmytryk
1958
Etats-Unis
Aka The young lions
Avec Marlon Brando, Dean Martin, Montgomery Clift, Lee van Cleef, Dora Doll, Maximilian Schell, Hope Lange
Fresque historique
167 minutes
Produit par la Twentieth Century Fox
Budget : 2 625 700 dollars
Synopsis :
Une zone montagneuse de Bavière, Paris, New York, Londres, le désert de Tunisie, entre 1939 et 1945…
Christian Diestl, un officier de la Wehrmacht, se prépare à entrer en guerre, ancien moniteur de ski, il fait la connaissance d’une jeune femme dont il tombe amoureux lors d’un bal… Michael Whiteacre, un artiste crooner américain, passe la visite médicale militaire, il fait la connaissance de Noah Ackerman, un autre militaire d’origine juive…
Se prenant d’affection pour ce dernier et touché par sa timidité, il le présente à diverses de ses connaissances féminines dont Hope Plowman, une femme blonde…
D’abord réticente aux avances de Noah, Hope finit par devenir folle amoureuse de lui…
La guerre éclate !
Christian est envoyé au Maghreb et doit combattre des touaregs alors que Michael et Noah sont cantonnés dans un régiment où Noah se fait voler puis tabasser par des soldats antisémites…
Christian rencontre une femme prétentieuse qui est l’épouse d’un de ses supérieurs, ce dernier, atrocement blessé et au visage bandé se suicide avec une baïonnette lors d’un subterfuge dans l’hôpital militaire où il était soigné…
Le film suit le destin croisé de ces trois hommes avec comme fil conducteur la guerre, l’oppression nazie et les diverses histoires d’amour rencontrés par ceux-ci…
Le final se trouve lors de la libération d’un camp de concentration…
Mon avis :
Monumental dans sa réalisation et à tous points de vues dans la reconstitution (les décors notamment), « Le bal des maudits » est un immense film de guerre, on peut le comparer à des films comme « Le jour le plus long » ou « Lawrence d’Arabie » tant les moyens déployés sont à la hauteur d’une rigueur absolue, aussi bien pour le jeu des acteurs, le scénario ou le dynamisme de la mise en scène…
Du cinéma de très haut niveau, élitiste et rigoureux, avec un Marlon Brando comme pilier central qui, à lui seul, justifie la raison qu’on s’attarde à visionner le film, il tire son épingle du jeu de façon admirable face à un Dean Martin ou un Montgomery Clift empêtré dans des histoires d’amour nunuches (la scène où il raccompagne Hope chez elle a beaucoup vieilli et dégagerait presque de la niaiserie tant elle est mielleuse et dépassée)…
On a le plaisir de voir Lee Van Cleef jeune dans un rôle de commandant de chambrée et les seconds rôles restent très bons, rendant le film crédible et agréable à suivre, mais je reste scotché sur Brando qui, par son charisme et sa manière de jouer, explose tous les autres, il ne se comporte pas comme tout le monde, c’est cet aspect marginal qui fait toute la différence et le singularise ! Alors que Noah se fout à genoux pour une femme, Brando, lui, la repousse et lui claque la porte au nez, quelle scène ! quel jeu ! C’est le plus grand rôle de ce dieu vivant dans un film de guerre, il est immense dans sa composition !
Le début avec la neige, l’échauffourée avec la barricade, le passage de la photo au Sacré cœur gomment l’aspect « cucu » des autres histoires d’amour car Brando rehausse et hisse le film à un sommet de jeu et de qualité, c’est LUI qui fait que le film se démarque des autres films de guerre de l’époque, éclatant tous les stéréotypes que l’on connaissait…
Sa présence autistique et bipolarisée amène vers un changement de perception du film de guerre ou de la fresque historique, ce qu’il dégage est proche de la MAGIE…
« Le bal des maudits » est un immense chef d’œuvre où culmine la quintessence de Brando, qui parvient à s’adapter et à adapter une profondeur dans son personnage qui laisse les autres comédiens sur des compositions anecdotiques par rapport aux siennes…
Dmytryk a su exploiter cela pour, au final, ériger son œuvre au rang de classique du cinéma de guerre…
A visionner attentivement…
Note : 10/10

Spécialement pour Pierre






dimanche 13 décembre 2015

Terminator Genisys d'Alan Taylor, 2015

TERMINATOR GENISYS
d’Alan Taylor
2015
Etats-Unis
avec Arnold Schwarzenegger, Emilia Clarke, Jason Clarke, Jai Courtney, Lee Byung hun
126 minutes
Science- fiction
Budget : 155 000 000 dollars
Box office mondial : 440 603 000 dollars
Synopsis :
Dans un futur éloigné, alors que les rebelles essaient de contrôler le méchant Skynet qui a anéanti la population, John Connor, le chef de la résistance organise un voyage dans le temps, il envoie Kyle Reese retrouver Sarah Connor en vue de la protéger…
Arrivé en 1984, Reese la retrouve, cette dernière vit avec le T-800 un vieux modèle de Terminator qu’elle appelle « Papy », un autre dangereux Terminator le T-1000 aux traits asiatiques cherche à les tuer, mis en danger, Reese, Papy et Sarah parviennent à créer un appareil de temporalité cantique qui les propulsent en 1997, juste avant la prise de force de Skynet et avant l’apocalypse engendré…
Une immense firme a créé et composé un appareil connecté appelé « Genisys », c’est cet outil hybride qui sera la cause de Skynet et de ses méfaits…
L’appareil, sorte de tablette géante ou d’I phone s’est emparé de la totalité de la population, un compte à rebours est lancé…
La mission de Reese, du T-800 et de Sarah Connor sera de stopper le Genisys, mais de nombreuses embûches vont s’intégrer dans leurs aventures, avec notamment John Connor possédé par un Terminator qui débarque du futur pour les empêcher d’accomplir leur destinée…
Mon avis :
Cinquième segment de la saga « Terminator » initiée par James Cameron en 1984, ce « Terminator Genisys » souffre d’une grande absence de cohérence dans son scénario et d’un découpage séquentiel improbable qui rend l’intrigue illisible et impossible à comprendre pour le spectateur, au bout d’un quart d’heure on est complètement perdus et le déroulement du film s’effectue au détriment de la compréhension, nous ne savons plus où nous sommes, par conséquent la qualité du film se trouve immanquablement réduite, on a l’impression que le réalisateur a placé la barre beaucoup trop haut…
Un film d’entertainment de ce calibre ne doit pas être paramétré uniquement pour des Einstein mais pour des geeks simples et appâtés par le fait de prendre du plaisir en regardant un film de SF et cela Alan Taylor (d’où sort ce metteur en scène ?) semble l’avoir oublié !
Schwarzenegger est ridiculisé alors que c’est lui l’ICONE de la saga ! Emilia Clarke semble peu crédible en Sarah Connor, elle est haute comme trois pommes et peine à endosser le personnage culte qui, rappelons le, était censée être morte d’une leucémie en 1997 (si l’on se réfère à ce qui a été dit dans le 3 de 2003 !)…
My Taylor is rich, oui mais là trop de libertés ont été prises, on a effacé toutes les conventions des précédents films pour accoucher d’un palimpseste indigeste et globalement mal branlé…
La déception est d’autant plus immense que le fan de la saga avait tout misé là-dessus, le come back de Schwarzy, l’actrice de « Game of thrones » et 155 millions de dollars au compteur de budget, au final un immense gâchis où seules subsistent deux ou trois scènes intéressantes (le bus sur le pont notamment) mais cette philosophie prétentieuse à deux balles du « destin » ne parvient pas à faire prendre la mayonnaise, tout tourne à plat et le film tombe comme un soufflé…
L’aspect mercantile semble être l’unique raison d’avoir pondu ce « Terminator Genisys », il ne subsiste aucun intérêt et surtout aucun PLAISIR à voir ce film qui tourne à vide et que l’on subit plus qu’on ne l’apprécie…
Qu’est ce qui a bien pu leur passer par la tête à ces scénaristes ?
Un segment inutile et le plus mauvais de tous les « Terminator », Cameron peut dormir sur ses deux oreilles, aucun autre ne lui arrive et ne lui arrivera à la cheville !

Note : 3/10





samedi 12 décembre 2015

LOVE de Gaspar Noé, 2015

LOVE
de Gaspar Noé
2015
France
avec Karl Glusman, Benoit Debie, Vincent Maraval, Gaspar Noé aka Aron Pages, Déborah Révy, Aomi Muyock, Klara Kristin, Ugo Fox
Film d’auteur érotique
135 minutes
Edité en blu ray chez Wild side
Budget : 2 550 000 euros
Synopsis :
Paris de nos jours, le lendemain du nouvel an…
Murphy, un jeune homme brun, reçoit un appel de son ex belle-mère qui s’inquiète de la disparition de sa fille Electra, les deux jeunes gens se sont connus à une fête d’étudiants et leur liaison a duré deux années…
A la fois passionnée et brutale, cette idylle entre Murphy et Electra coupa court du fait de l’addiction de Murphy à l’opium et à diverses drogues et à ses multiples conquêtes féminines adultérines…
Electra séduit sous le nez de Murphy son directeur de galerie d’art, ce qui lui vaudra les foudres de son copain et une violente dispute entre Gaspar, l’artiste, et Murphy, particulièrement éméché, qui le conduira une nuit en garde en vue…
Omi, la nouvelle épouse de Murphy, lui donnera un fils de deux ans, mais Murphy se retrouve prisonnier de sa démence, de sa bipolarité créée par la drogue et le sexe, il ne se remettra pas de sa rupture avec Electra et sera définitivement malheureux de sa condition…
Le film, par flashbacks ponctuels, remémore l’histoire d’amour entre Murphy et Electra…
Mon avis :
Gaspar Noé offre à son public toujours des films incroyables, universels et très denses… Que ce soit « Seul contre tous » en chronique sociale, « Irréversible » en drame foudroyant ou « Enter the void » en peinture narcotique, Noé s’applique sans cesse à recréer un monde qui lui est propre, mais toujours avec une sincérité bouleversante, gage de son engagement à sortir un cinéma qui soit hors du commun et éloigné de toutes normes…
Il s’attaque ici à une histoire d’amour pure et comportant des séquences explicites de copulation mais à aucun moment le film n’est choquant ou déviant, il est transporté par une beauté et un sens du graphisme exceptionnels, cet enchevêtrement de corps nus sert de levier à la picturalité de l’histoire, Noé appelle un chat un chat, et il filme une scène de sexe avec du sexe, ici pas de salamalecs ou d’hypocrisie, Noé montre, point barre…
Tous les acteurs sont convaincants (Noé apparaît même en directeur de galerie d’art), les mouvements de caméras sont prodigieux (le final sur la butte), « Love », contrairement à ce que l’on pourrait penser, est son film le moins « choc » si on le compare à « Irréversible » ou « Seul contre tous », il est également plus accessible à un plus grand nombre de spectateurs car il est exempt de gore ou de violence…
Très fluide et d’une finesse imparable, « Love » est une histoire d’amour brute de décoffrage mais reste très réaliste, les scènes de sexe ne sont pas simulées et l’inventivité dont fait preuve Noé pour le déroulé du film force le respect…
Il n’a jamais voulu choquer mais juste retranscrire une histoire d’amour comme l’on connaît souvent avec le schéma rencontre/amour fou/adultère/tromperie/rupture/refus de la rupture, Gaspar Noé sait mieux que quiconque gérer ce postulat et sa « patte » innée de technique de réalisation peut dès lors s’exploiter avec brio, le budget étant par ailleurs, très conséquent…
« Love » est une traversée dans le monde impénétrable de la passion, du sexe débridé et de la luxure anodine et présente dans tous les jeunes couples…
Ce serait se voiler la face que d’y voir de la vulgarité ou de la grossièreté, « Love » c’est tout sauf cela…
On se déconnecte complètement de la réalité pendant deux bonnes heures, « Love » est avant tout une expérience belle et non traumatisante  qui s’érige au rang de classique et se bonifiera avec le temps…
Gaspar Noé, une fois de plus, frappe très fort et gravit un nouveau sommet dans son expérimentation du cinéma…
A réserver à un public averti et conscient de ce vers quoi il s’engage, « Love » est un pur chef d’œuvre !

Note : 10/10




dimanche 6 décembre 2015

FACE d'Antonia Bird, 1997

FACE
d’Antonia Bird
1997
Grande Bretagne
Avec Robert Carlyle, Ray Winstone, Damon Albarn, Phil Davis, Gerry Conlon, Lena Headey
Policier
110 minutes
Grand prix du festival policier de Cognac 1998
Synopsis :
Périphérie de Londres…
Ray et Dave sont des policiers corrompus qui traquent des dealers et n’hésitent pas à faire appel à la force si nécessaire lors de perquisitions musclées, Ray est désabusé, il adore sa petite amie Connie mais a bien du mal à la satisfaire sexuellement, étant parasité par son frère autiste, plus jeune que lui et qui est un fervent amateur de littérature…
Pour sortir de sa précarité mentale, Ray organise un casse gigantesque au sein d’un entrepôt de convoyeurs de fonds, avec un camion bélier en pleine nuit…
Weasel, Vince, Robbie et Julian dit Julie sont ses acolytes, le casse achevé, ils se rendent compte que leur butin est bien maigre et le « partage » s’avère compliqué, chacun réclamant une part gourmande…
Julie se fait tabasser après avoir braqué Ray avec un fusil à pompe…
Ray comprend qu’il y a une brebis galeuse, un traitre dans son équipe, ses parents se font assassiner et Sarah, la fille de Dave, fréquente un jeune héroïnomane…
Dans un accès de fureur, Ray et Dave tuent le toxicomane et retrouve la trace de l’argent du casse volatilisé, il se trouve dans une cabine des vestiaires du commissariat local…
Arrivés sur place, ils neutralisent le policier agent d’accueil…
Une fusillade sanglante éclate !
Mon avis :
Antonia Bird est une excellente réalisatrice qui sait contenir des ambiances atypiques sur une trame classique (remember « Vorace »), ici elle s’attaque à un polar de grande envergure tout en s’appuyant sur un concept de chronique sociale, le résultat est appliqué et sidérant !
Carlyle électrise le métrage de bout en bout et l’ensemble est passionnant, servi par des acteurs impliqués naviguant dans une retranscription réaliste d’un casse qui tourne mal, mais le film intègre réellement le casse pendant quelques minutes dans l’histoire, ce qui est intéressant c’est surtout ce qui passe AVANT et APRES le fameux casse…
La musique est omniprésente et apporte beaucoup au film, cet aspect mélomane renforce considérablement l’impact que le film a sur le spectateur, transporté par une mise en scène aboutie et techniquement parfaite (l’introduction avec montée de caméra lors de l’arrestation met directement dans l’ambiance)…
Peinture d’un certain visage de l’outre-Manche ouvrière, « Face » renvoie à des situations politiques (les manifestations pro kurdes récurrentes, la jeunesse désoeuvrée, la police corrompue) mais ne néglige pas l’aspect tragicomique de certaines séquences (un humour noir bienvenu lors du passage de la mort du toxicomane)…
Les personnages sont tous décalés, les femmes sont névrosées (sauf Connie) et les hommes de sombres poltrons égoïstes et axés sur l’argent, tout ce petit monde payera lourd pour ses forfaits, sauf, ironie du sort, Ray couvert par son enveloppe de policier, qui lui sauvera la mise in extremis…
Amoral et acide en même temps, « Face » n’oublie pas de nous réserver des séquences d’action bien troussées (fusillades urbaines, bagarres, course poursuites motorisées…) et on ne s’ennuie pas, balottés entre des dialogues bien sentis et une tonicité proche des polars américains du meilleur acabit…
Un excellent polar qui montre et démontre bien que la Grande Bretagne sait produire et reproduire de bons films, loin des conventions précédentes et proches d’un style populaire pas du tout prétentieux…
A voir !

Note : 8.5/10




samedi 5 décembre 2015

Violent cop de Takeshi Kitano, 1989

VIOLENT COP
de Takeshi Kitano
1989
Japon
avec Takeshi Kitano, Maiko Kawakami, Hakuryu, Makoto Ashikawa, Shiro Sano
Polar
103 minutes
Sorti en France en 1998
Edité en DVD chez studiocanal
Synopsis :
Japon, fin des années 80…
Azuma est un policier qui applique la loi à sa manière, c'est-à-dire en dehors des conventions établies par sa hiérarchie et parfois de façon désinvolte lorsqu’il se rend au domicile d’un gamin qui a tabassé un clochard et le roue de coups pour lui faire avouer son forfait, par exemple…
Azuma distribue les gifles au moindre malfrat qui aura eu le malheur de croiser sa route mais tout bascule lorsqu’ Iwaki, son collègue, est tué par le gang de Kiyohiro, lors d’une course poursuite hallucinante sur plusieurs kilomètres avec un tueur armé d’une simple batte de base ball, à bout de souffle Azuma ne parviendra pas à le coincer !
Lorsque sa sœur se fait kidnapper et violer à maintes reprises par des toxicomanes, Azuma préfèrera risquer sa propre vie pour annihiler toute la pègre qui gangrène la ville et n’ira pas par quatre chemins, son plan est diabolique et méthodiquement élaboré : faire parler tous les indicateurs pour lui dire où se trouve la planque des gangsters et dans un second temps, s’y rendre et buter tout le monde !
Un gigantesque bain de sang est amorcé…
Mon avis :
Premier film de Kitano, « Violent cop » est un polar d’une modernité dans sa réalisation incroyable (si on ne connaît pas l’année de sortie, on pourrait penser qu’il date des années post 2000 alors qu’il a été tourné en 1989 –la même année que « The killer » de John Woo !)…
Kitano offre un « dépucelage » pour lui et remplace au pied levé Fukasaku, le metteur en scène initial du film mais Kitano appréhende énormément la mise en scène, n’ayant aucune expérience en la matière et peu de films maitrisés comme exemple pour trouver des « billes » donc Kitano se « blinde » d’entrée de jeu et prévient toute l’équipe lors du premier jour de tournage afin d’éviter toutes les éventuelles railleries à son sujet…
Et il s’en sort à merveille ! Instaurant des principes novateurs pour le cinéma policier japonais, il s’appuie sur une musique douce et catchy qui atténue et désamorce la violence de son métrage, le rendant raffiné et envoutant en même temps…
Le personnage d’Azuma est proche de l’autisme « Asperger » et tous les affres qui le hantent ressurgissent dans des éclairs de violences foudroyants mais réalisés de manière virtuose et atypique…
La technique de « Violent cop » est juste hallucinante via un timing de successions scéniques préparées au millimètre (le passage du pont avec l’arrivée à pied de Kitano au début, la course frénétique avec le gangster en live et en temps réel !), il n’est pas aisé à tout le monde d’en faire autant et le rendu est autant spectaculaire que bluffant !
Virevoltant entre plusieurs styles (drame, policier, investigations et même gore), « Violent cop » tend la perche à de nombreux autres réalisateurs et confirme le génie de Kitano qui s’essaiera par la suite à d’autres genres plus sobres (« Hana bi – feux d’artifices » ou « Aniki, mon frère ») toujours dans le registre de confrontations entre des personnages torturés mais gravitant dans une ambiance épurée et fascinante…
Pour pouvoir appréhender la longue carrière filmographique de Kitano, il est impératif de visionner « Violent cop », il y établit ici les prémices de son cinéma, sa VISION du septième art, à la fois qualitative et digne du plus grand intérêt…
« Violent cop » ravira et contentera aussi bien les amateurs de polars noirs que les férus de cinéma d’auteur attentifs aux découpages de scènes…
Une très grande réussite, une des grandes références du cinéma japonais que je vous invite à découvrir si vous êtes cinéphile ou simplement curieux.

Note : 9.5/10