Open Watching

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dimanche 25 novembre 2018

Fondu au noir de Vernon Zimmermann, 1980


FONDU AU NOIR
de Vernon Zimmermann
1980
Etats unis
avec Mickey Rourke, Dennis Christopher, Gwynne Gilford, Tim Thomerson, Linda Kerridge
Film fantastique/Thriller/Slasher
100 minutes
aka Fade to black
Synopsis :
Une ville des Etats-Unis, au début des années quatre-vingts…
Eric Binford est un jeune homme qui est fasciné par le cinéma, il passe le plus clair de son temps à visionner des films, allongé sur son lit et prostré devant son écran…
La situation d’Eric fait le désespoir de sa tante Stella, une  dame infirme en fauteuil roulant, qui s’occupe d’Eric depuis le décès de ses parents…
Eric effectue des petits boulots dans une usine qui produit des bobines de films pour les studios d’Hollywood proches ; Eric est la cible de railleries de la part de son collègue moqueur Richie, il fait des paris en rapport avec le cinéma avec lui, mais Eric est incollable et gagne tout le temps, seulement Richie refuse de lui donner son gain…
Binford voue un culte absolu à Marilyn Monroe et vit dans le déni de la mort de l’actrice, la considérant toujours en vie !
Un jour, Eric, se trouvant dans une brasserie aperçoit Marilyn O’ Connor, une jeune femme blonde sosie de Marilyn Monroe, c’est le coup de foudre ! Eric lui propose un rendez-vous au cinéma le soir même…
Lorsqu’Eric rentre chez lui, il est tard et Stella lui passe une avoine, dans l’engueulade sa tante casse le projecteur d’Eric qui lui servait à regarder ses films !
C’en est trop ! Eric pousse Stella dans un escalier avec son fauteuil roulant et celle-ci se tue dans la chute !
Eric opère alors un virage à 180 degrés et plonge dans la schizophrénie, il se fait appeler Cody Jarrett (en référence au nom du personnage incarné par James Cagney dans le film « L’enfer est à lui ») et devient un meurtrier, un tueur en série !
Le détective Jerry Moriarty, assisté d’une femme policière, traque Eric, mais les investigations s’avèrent très difficiles, en effet, Eric revêt sans arrêt des déguisements lors de ses crimes, il reproduit à l’identique les personnages des films qu’il a vus et passe, par conséquent, inaperçu !
Eric est pris en stop par un scénariste hollywoodien ; de fil en aiguille, Eric lui parle d’un projet qu’il a écrit appelé « Alabama et les quarante voleurs »…
Peu de temps après, Eric/Cody se rend compte que le producteur lui a volé son idée de script et ne l’a même pas contacté !
Après une bonne dizaine de meurtres effectués auparavant, Eric se rend dans les studios d’Hollywood avec comme unique idée, celle de tuer le producteur !
Mon avis :
Les années quatre-vingts virent pondre des déclinaisons de genres cinématographiques, notamment les films appelés « slashers » qui commencèrent à pulluler dans le panorama du cinéma américain, certains étaient basiques, d’autres (comme « The burning » de Tony Maylam) redonnaient une saveur et une atmosphère peu communes qui rendaient honneur au genre…
Ce « Fondu au noir » (« Fade to black » outre Atlantique) est hors concours par rapport aux autres, il fait preuve d’une originalité immense, d’un sens du détail et d’une rigueur méthodique prodigieuse !
Remarquable à tous les niveaux, « Fondu au noir » met en scène un serial killer cinéphile et là, ça change tout !
Le personnage désaxé d’Eric Binford va, dès le premier meurtre (celui de sa tante) le faire virer à la schizophrénie puisqu’il reproduit les meurtres qu’il a vus dans les films qu’il vénère au centimètre près et à la virgule de réplique près !
L’acteur Dennis Christopher est fabuleux et proprement bluffant, les situations sont fluides et glauques en même temps, le film passe comme une flèche et on se régale…
Vernon Zimmermann signe ici un authentique chef d’œuvre et un démarquage absolu du film fantastique, « Fondu au noir » est dès lors unique en son genre, formidablement réalisé et l’empathie que l’on a pour Eric Binford (que l’on soit cinéphile ou simple spectateur) se créée dès le début du métrage, son personnage est proche du Norman Bates d’Hitchcock, mais en plus moderne…
Binford est attachant et le talent de Zimmermann fait qu’on éprouve très peu de peur vis-à-vis de lui, il a été humilié à maintes reprises et décide de se « venger », c’est le juste retour des choses et on éprouverait presque de la compassion par rapport à ses actes, ce qui est très rare pour un slasher !
Le scénario est découpé de façon très astucieuse et le film va crescendo dans la violence, la schizophrénie de Binford va se « dégoupiller » lentement mais surement dans une mise en scène effilée et singulièrement fascinante...
« Fondu au noir », outre son aspect atypique et original, est de plus un sommet du polar avec des investigations, des rebondissements et des décors sublimes (la fin sur le toit du bâtiment, la ville la nuit…)…
Tous les cinéphiles mordus de fantastique pourront se reconnaître dans le personnage d’Eric Binford, il leur parle, il nous parle, et les situations vécues dans le film sont surement des situations qu’on a tous vécus (les moqueries des camarades, des collègues), ici Binford se sert du cinéma comme d’une catharsis pour exulter des pulsions et ses douleurs, le cinéma « l’aide » à canaliser l’agressivité qu’il a emmagasiné pour exploser lors de ses meurtres…
Zimmermann signe un film immense qui fera date et qui devint culte pour beaucoup de cinéphiles ; cette idée géniale d’établir un parallèle réalité/fiction via le septième art pour amplifier la justification des meurtres est simplement très forte et surtout inédite au cinéma…
Un très grand film, qui, par la modernité de son propos, n’a pas trop vieilli…
Note : 9.5/10
Dédicacé à Bruno











Lèvres de sang de Jean Rollin, 1975


LEVRES DE SANG
de Jean Rollin
1975
France
avec Annie Belle, Jean Loup Philippe, Marie Pierre Castel, Claudine Beccarie, Jean Rollin, Natalie Perrey, Catherine Castel
Film fantastique vampirique
88 minutes
Blu ray édité chez Redemption vidéo
aka Lips of blood
Synopsis :
Paris, au milieu des années soixante-dix…
Frédéric est un jeune homme qui fréquente les milieux huppés de la capitale, il est un peu artiste ; lors d’une soirée privée qui lance un parfum sur le marché, Frédéric est l’un des invités ; il est entouré de jeunes femmes toutes plus ravissantes les unes que les autres ; lorsque la mère de Frédéric lui demande de lui servir un verre, Frédéric semble distant et décontenancé ; en effet, il est intrigué et fasciné par une photographie de publicité du fameux parfum, qui montre un bâtiment en ruines…
Pris d’une pulsion, Frédéric veut absolument savoir l’endroit où a été prise cette photo…
Il fait des recherches et atterrit chez Claudine, une photographe lors d’une séance avec un mannequin…
D’abord réticente, Claudine finit par révéler le nom de l’endroit où a été prise cette photo…
Frédéric est hanté depuis son enfance par le lieu !
En fait, lorsqu’il était petit, Frédéric s’était perdu et rencontra une très belle jeune femme appelée Jennifer dans cet endroit, c’était la nuit et Frédéric dormit avec Jennifer à ses côtés…
Etait-ce un rêve ou la réalité ?
Toujours est-il que Frédéric revoit Jennifer partout lors de flashs spectraux et fantomatiques…
Pris pour un fou par sa mère, Frédéric, lors d’une sortie de son domicile, est emmené de force par des infirmiers dans une clinique psychiatrique !
Alors que le psychiatre s’apprêtait à lui administrer une séance d’électrochocs, deux infirmières blondes le délivrent et vampirisent le psychiatre !
Frédéric comprend que Jennifer était en fait la « chef » d’une horde de vampires et de succubes et que, de plus, ses frères et sœurs avaient été tués par Jennifer alors qu’il était enfant !
Mais Frédéric voit le comportement de Jennifer comme un jeu érotique, il est en fait fou amoureux d’elle !
Frédéric et Jennifer se retrouvent tous les deux, totalement nus, sur une plage et s’enferment dans un cercueil en bois ; les vagues emportent alors le cercueil au large !
Mon avis :
Tourné en  trois semaines, « Lèvres de sang » est un film que Jean Rollin affectionne particulièrement et il dira même que c’est son œuvre la plus réussie au niveau du script ; c’est vrai car l’histoire est très travaillée, il y a énormément de décors, de rebondissements et de personnages, Rollin signe un film de vampires différent de ceux auxquels il nous avait habitués, il mêle l’onirisme, la psychiatrie, les hallucinations et une « love story » de main de maitre et prouve qu’il sait faire autre chose que des plans de nus dans un cimetière, il a déployé son talent et maitrise son art et sa technique cinématographique avec une facilité hors du commun…
En plus, on retrouve alors qu’elle est très jeune, la belle actrice Annie Belle, bien connue des cinéphiles puisqu’elle jouera cinq années plus tard dans le film de Deodato « La maison au fond du parc », ainsi que dans « Absurd » de Joe d’Amato, une super actrice très impliquée dans ses rôles et qui dégage une grande classe, très bon choix de Rollin pour le rôle de Jennifer…
Jean Loup Philippe dans le rôle principal est, quant à lui, très crédible et on a le bonheur d’avoir les deux jumelles Castel (Marie-Pierre et Catherine) comme vampirettes blondes et sexy, que demande le peuple ?
« Lèvres de sang », c’est donc du très lourd et Rollin, en parallèle, en a fait, en rajoutant des scènes X, un film pornographique ; gardons plutôt en mémoire la version  « softcore » avec cette histoire de femme aux apparitions spectrales qui vient perturber un jeune homme traumatisé par un souvenir de son enfance, l’histoire pondue par Rollin vaut mieux qu’un simple film pornographique, d’ailleurs on se demande pourquoi Rollin a voulu absolument en faire une déclinaison X, sinon pour se plier au marché du porno qui commençait à décoller en France…
Bref, on a une super histoire, des plans séquences mystérieux et énigmatiques, une multitude de décors (mention spéciale aux scènes dans le métro parisien) et une fin ultra poétique (peut être la plus barrée de toute la filmographie du père Rollin), donc il ne faudrait pas bouder son plaisir, Rollin a vraiment réussi son film, aucune fausse note n’est à déplorer !
Rien que le titre « Lèvres de sang », on sait qu’on doit s’attendre à quelques chose de fantastique, de vampirique et avec une connotation sexuelle…
Pour une fois, Jean Rollin n’en fait pas trop et ne se perd pas dans des méandres scénaristiques, il pose les fondations de son histoire et ne dévie pas d’un iota jusqu’au dénouement, avec quelques flashbacks mais toujours une énorme application pour rendre plausible son postulat vis-à-vis du spectateur…
« Lèvres de sang » est donc une œuvre essentielle dans la carrière de Rollin, c’est un film plus accessible que les autres et tout le monde (aussi bien les cinéphiles classiques que les mordus de films déviants) y trouvera son compte…
Du très grand Rollin, à ne louper sous aucun prétexte !
Note : 9/10










dimanche 18 novembre 2018

Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone, 1968


IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST
de Sergio Leone
1968
Italie/Etats-Unis
avec Claudia Cardinale, Henry Fonda, Charles Bronson, Jason Robards, Lionel Stander, Gabriele Ferzetti, Frank Wolff, Woody Strode
Western italien culte
165 minutes
Scénario écrit par Dario Argento, Sergio Leone, Sergio Donati et Bernardo Bertolucci
Musique d’Ennio Morricone
Maquillage de  Gianetto de Rossi
aka Once upon a time in the west
budget estimé : 5 000 000 dollars
Synopsis :
Pendant la conquête de l’Ouest, ville de Flagstone…
Bet Mac Bain est un homme riche qui vit dans sa propriété de « La source fraîche » ; avec ses trois enfants, il prépare un banquet pour accueillir sa nouvelle femme, Jill, qui doit arriver par le chemin de fer…
C’est alors qu’un commando de pistoleros, dirigé par l’immonde Frank, tue toute la famille de Mac Bain, sans la moindre pitié, tout le monde y passe, y compris les enfants !
Lorsque Jill Mac Bain débarque, elle découvre les corps morts, allongés sur des tables ; Jill hérite des terres de son mari, qui comptait bâtir une ville avec l’arrivée de nouvelles lignes de chemin de fer ; la « source », unique dans la contrée, servirait alors pour alimenter les trains qui roulent à la vapeur…
C’est en fait Morton qui convoite les terres, il est le commanditaire du quadruple meurtre des Mac Bain et il avait embauché Frank, pour arriver à ses desseins funestes et vénaux…
Frank, malin, a laissé un morceau d’un manteau appartenant à Cheyenne, un autre pistolero, pour induire en erreur les enquêteurs et l’incriminer…
Un mystérieux homme appelé l’homme à l’harmonica tue des hommes de Morton ; Morton souffre d’une tuberculose des os et est infirme, il vit souvent dans le compartiment d’un train qui sillonne la région…
Frank, la pire des ordures, fait chanter Morton alors que Jill Mac Bain, en fait ancienne prostituée, tombe sous les griffes de Frank, qui lui fait l’amour !
Mais l’homme à l’harmonica a une revanche secrète à prendre avec Frank !
Alors que Jill Mac Bain veut se débarrasser de la propriété de « la source fraîche » pour une somme dérisoire, l’homme à l’harmonica débarque inopinément pendant la vente aux enchères et rachète la propriété pour 5000 dollars, la mise à prix de la tête de Cheyenne…
Frank est fou de rage ; un duel final va l’opposer à l’homme à l’harmonica, ce dernier pouvant ainsi assouvir une lointaine vengeance…
Jill Mac Bain finira par donner l’eau de la source aux travailleurs assoiffés qui montent la ligne de chemin de fer et les bâtiments, non loin de sa propriété, rendant ainsi hommage et honneur à son mari défunt…
Mon avis :
Echec commercial aux Etats-Unis (le public américain n’a pas pu se faire à l’idée de voir Henry Fonda en tueur d’enfants), « Il était une fois dans l’Ouest » est considéré par de nombreux cinéphiles comme le plus grand western de tous les temps, cet engouement est totalement justifié, la mise en scène de Sergio Leone est fabuleuse, les décors monumentaux, tout comme le jeu des acteurs, Leone a eu l’excellente idée d’ajouter un élément féminin parmi ses personnages, en la présence de Claudia Cardinale, sex- symbol absolu, et le charisme de Charles Bronson ajoutent un sentiment d’empathie totale que l’on a pour le film…
La musique de Morricone était jouée sur le plateau du tournage pour mieux imprégner les acteurs, comme fit Argento pour son film « Suspiria » neuf ans après, d’ailleurs on le trouve parmi la liste des scénaristes et déjà, il montrait son amour pour le cinéma, sa contribution donne une plus –value certaine avec une histoire très méthodique où s’imbriquent des vengeances qui sont multiples et une violence stylisée s’amplifiant par des gunfights et des duels inoubliables…
Sergio Leone s’est appliqué à donner au public un plaisir immuable, il a transcendé les conventions du western (jusqu’ici l’apanage des américains) pour y incorporer son style latin qui lui vaudra l’appellation de « western spaghetti »…
« Il était une fois dans l’Ouest » est une merveille à tous les niveaux, ces regards fixes en gros plans, cette poussière qui tombe en même temps que les pistoleros qui se font abattre, cette sueur sur les trognes que seul Leone pouvait dénicher, l’érotomanie dégagée par Claudia Cardinale, ce début à la gare avec le pauvre papy, tout, absolument TOUT est culte dans ce film…
La vigueur avec laquelle les plans sont tournés, cette sensation de plénitude absolue lors du visionnage font que l’on ne voit pas passer les quasi trois heures du film…
La scène du massacre familial restera ancrée longtemps dans les mémoires, tout comme le flash- back où l’on comprend enfin les motivations de l’homme à l’harmonica, on est dans la quintessence du western dramatique, dans l’essence même d’un style qui se développe grâce au talent de Sergio Leone et il réécrit l’histoire du septième art avec « Il était une fois dans l’Ouest », il grave à tout jamais de sa caméra l’empreinte du cinéma mondial…
Il faut mesurer l’importance de ce film pour l’époque de sa sortie et personne ne s’y trompa pour dire qu’il s’agit d’un des plus grands chefs d’œuvre de tous les temps, tous genres confondus, westerns et autres…
Après un demi-siècle au compteur, « Il était une fois dans l’Ouest » n’a pas vieilli d’un pouce et restera une pièce maitresse pour le cinéma, ni plus ni moins…
Toutes les bases du western moderne post-fin années soixante viennent de ce joyau, à avoir visionné impérativement…
C’est autre chose qu’un simple film, c’est l’orgasme filmique et le régal des sens ; merci Monsieur Leone !
Note : 10/10













La rose de fer de Jean Rollin, 1973


LA ROSE DE FER
de Jean Rollin
1973
France
avec Françoise Pascal, Mireille Dargent, Hugues Quester, Jean Rollin, Natalie Perrey
Film fantastique
82 minutes
Blu ray édité chez Redemption vidéo
aka The crystal rose
aka The Iron rose
Synopsis :
France, ville d’Amiens, au début des années soixante-dix…
Lors d’un repas festif, de jeunes gens festoient autour d’une bonne table, l’un d’eux se lève pour réciter un poème, une des convives féminines semble envoûtée par le jeune homme, ils conviennent tous les deux de se retrouver le lendemain pour une échappée à vélo, ils se donnent rendez- vous à côté d’une ligne de chemin de fer…
Le lendemain, le couple, après leur balade, passe par le cimetière communal, la jeune femme décide d’y rentrer pour le visiter et regarder les tombes…
Pris d’une lubie, l’homme ouvre la plate- forme d’entrée d’un caveau souterrain et s’y introduit !
La jeune femme, d’abord réticente, finit par l’y suivre !
Lors de folles étreintes lascives, les deux jeunes gens s’embrassent et se caressent dans des jeux sexuels, au beau milieu des crânes des défunts et des os éparpillés !
Lorsqu’ils décident de sortir du caveau, il fait déjà nuit !
C’est alors que les deux jeunes gens se retrouvent perdus dans le cimetière et ne retrouvent plus leur chemin pour rentrer à leur domicile !
Petit à petit, une folie pulsionnelle s’empare d’eux ; la jeune femme est prise de panique, l’homme essaie de la rassurer… en vain !
L’homme prétend avoir perdu sa montre dans le caveau, il part pour la récupérer…
De nouveau introduit dans la crypte, à ce moment la jeune femme l’enferme et verrouille la trappe d’accès !
L’homme hurle, demandant de sortir !
La jeune femme est devenue complètement folle, elle s’imagine nue sur une plage avec une rose de fer qu’elle avait trouvée sur une tombe du cimetière…
La réalité fait alors place à la névrose, le bon sens à la folie pure…
Mon avis :
Pour beaucoup de Rollinophiles, « La rose de fer » est son premier authentique chef d’œuvre, Rollin lui-même le perçoit comme son film le plus mystérieux, le plus étrange…
C’est sans  aucun doute son film le plus ambitieux et on est clairement dans une œuvre malsaine, pas nécrophile (il n’y a pas de copulations avec des cadavres) mais par contre nécromaniaque ; il y a cette fascination pour LA mort et pour LES morts et Rollin se lâche totalement dans le glauque (on dirait presque qu’il s’agit d’ossements véritables !), l’interprétation est excellente et Françoise Pascal possède un jeu d’actrice extraordinaire, passant de la jeune femme simple et frêle à la névrosée souffrant d’une pathologie effrayante, ce rôle n’était pas donné à tout le monde et elle s’en sort de manière prodigieuse, elle est impressionnante !
Rollin signe une ambiance de folie totale et fait s’imprégner le spectateur dans une atmosphère sidérante, il filme les maisons, le cimetière et tous ses recoins avec brio, n’hésitant pas à y incorporer des brouillards épais qui juxtaposent les tombes, c’est du grand art et Rollin prouve avec « La rose de fer » qu’il est un pur réalisateur de films fantastiques à la française, tous ceux qui en doutaient vont vite se rabibocher en visionnant ce film…
Rollin nous gratifie de séquences géniales comme cette caméra qui tournoie en permanence lorsque le jeune homme observe la femme au- dessus de lui alors qu’il est « bloqué » dans la crypte…
On est seulement en 1973 et déjà Jean Rollin expérimente, invente, créée, alimente son style avec « La rose de fer » qui reste dans les annales et se place comme référence absolue de son cinéma, il nous prouve aisément qu’il a ce don pour promouvoir le baroque inhérent à son cinéma et cela marche au-delà de toutes les espérances, de toutes les possibilités…
Les plans séquences s’imbriquent les uns derrière les autres et tout va crescendo vers la folie, aussi bien visuelle que mentale, on est dans des montagnes russes avec un billet sans retour…
« La rose de fer » est certainement un des cinq plus grands films fantastiques français des années soixante-dix et on le doit au maitre Jean Rollin, qui a su capter tous les éléments pour accoucher d’un fantastique productif, nouveau et totalement à contre-courant des autres (rien à voir avec la Hammer films ou Mario Bava !)…
On est fascinés par ce style propre à Rollin et « La rose de fer » entérine à jamais la patte de Rollin…
Un très grand film à réserver certes, à un public adulte, mais dont la maturité et l’approche faites par Rollin, rendent un immense honneur au cinéma fantastique hexagonal, genre très rare et dénigré, donc il faut saluer sans limites l’œuvre de ce génie et réhabiliter tous ses films, dans le genre « non –vampirique » celui-ci est certainement son meilleur !
Note : 9/10













dimanche 11 novembre 2018

Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone, 1966


LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND
de Sergio Leone
1966
Italie/Etats-Unis/Allemagne/Espagne
avec Clint Eastwood, Lee Van Cleef, Eli Wallach, Aldo Giuffré, Luigi Pistilli
Western
178 minutes (version longue)
Musique d’Ennio Morricone
Directeur de la photographie : Tonino delli Colli
aka The good, the bad and the ugly
aka Il buono, il brutto, il cattivo
Budget : 1 200 000 dollars
Synopsis :
Durant la guerre de sécession aux Etats-Unis…
Le destin croisé de trois hommes : Blondin (le bon), Tuco Ramirez (le truand) et Sentenza (la brute)…
Blondin a élaboré une astuce avec Tuco, truand de la pire espèce et recherché pour de multiples forfaits, il fait semblant de le capturer, le ramène au shérif pour toucher la prime puis, lorsque Tuco se retrouve sur la potence, prêt à être tué, Blondin, caché pas très loin de là, tire sur la corde qui accroche Tuco, ce dernier pouvant ainsi s’échapper, puis Tuco et Blondin se partagent la récompense !
Sentenza est à la recherche de lingots d’or, il interroge un homme qui lui révèle qu’un certain Bill Carson peut lui donner des informations ; immonde salopard, Sentenza tue cet homme et décime sa famille…
Blondin et Tuco ont connaissance de l’information et se mettent eux aussi à chercher Bill Carson…
Lors d’un énième stratagème, Tuco décide finalement de ne pas partager la prime avec Blondin et le laisse sous le soleil, déshydraté et quasiment sur le point de décéder ; c’est alors qu’une diligence arrive, à l’intérieur se trouve Bill Carson !
Celui-ci révèle à Tuco le nom du cimetière où se trouve l’or, Sad Hill !
Alors que Tuco va pour chercher de l’eau, Blondin a le temps d’aller interroger Carson, le nom du mort et de la tombe où se trouve l’or n’est donné qu’à Blondin, Carson meurt !
Blondin, déshydraté et mourant, est emmené par Tuco dans un monastère dirigé par son frère, le père Pablo Ramirez…
Blondin se remet, l’intérêt pour Tuco, est que Blondin reste en vie afin qu’il lui donne le nom de la tombe du cimetière…
Sentenza est devenu sergent d’un camp de prisonniers ; Tuco et Blondin sont arrêtés et se retrouvent dans le bagne dirigé par Sentenza… Sentenza torture Tuco, finalement il est déplacé en train, il parvient à s’échapper en sautant du train avec le garde qui le tenait…
Tuco va retrouver Blondin de manière fortuite puis les deux hommes vont aller sur le front, lors d’un combat dirigé par un capitaine alcoolique, celui-ci décède ; Blondin et Tuco font alors sauter un pont en y plaçant des explosifs, puis ils foncent au cimetière Sad Hill, c’est alors que Sentenza les y retrouve !
Il s’agit de la tombe Arch Stanton où se trouverait l’or !
Tuco creuse comme un dératé, il ne trouve finalement… que la dépouille d’un cadavre !
Mon avis :
Alors là, on est en présence d’un des cinq meilleurs westerns de tous les temps, tout est remarquable à tous les niveaux !
« Le bon, la brute et le truand » c’est la jouissance cinématographique à l’état pur, c’est le film essentiel pour tout cinéphile, on prend un plaisir fou en le visionnant et le revisionnant, Sergio Leone nous fait jubiler pendant près de trois heures...
Que dire sinon que tout est absolument parfait dans ce western, Leone a grapillé tous les éléments pour en faire un illustre chef d’œuvre, la musique d’Ennio Morricone, l’inventivité de l’histoire qui révolutionne tous les autres westerns vus jusqu’alors, la modernité et le style « Leone » dans les plans séquences (ces gros plans de visages à pléthore, Sergio Leone récréée le cinéma à sa sauce et pour notre plus grand bonheur), même le prologue/générique nous met directement dans l’ambiance, on est en présence de nouveautés par rapport aux westerns américains précédents ; l’idée d’avoir rajouté la guerre de Sécession à l’histoire est miraculeuse et donne encore plus de peps’, faisant bifurquer la trame du scénario et les scènes de combats font penser à du Kurosawa !
Quelle mise en scène, nom de dieu !
La vénalité semble être la motivation unique des trois bougres (surtout Tuco, impayable Eli Wallach, c’est lui la star du film !), mais en plus, Sergio Leone dote son film d’un humour incroyable avec des dialogues bien trempés et inoubliables…
Tuco est exactement l’archétype du poltron dans le folklore du western italien, quant à Lee Van Cleef, c’est le salopard absolu, la sale gueule ! Clint, quant à lui, symbolise le calme, l’aspect méthodique, c’est sans doute un de ses meilleurs rôles…
« Le bon, la brute et le truand » rentrera dans la légende des plus grands films tout court au cinéma, tout y est appliqué, millimétré, les explosions lors de l’attaque et la scène du pont ont été calibrées dans un timing exemplaire, il ne fallait pas se tromper !
Le score de Morricone avec ses chants entêtants sont entrés dans la légende et résonnent dans nos têtes, même un demi- siècle plus tard, c’est miraculeux d’avoir su créer un film et une ambiance pareils !
Il n’y a rien à rajouter et on ne peut rien reprocher au « bon, la brute et le truand », sinon de voir et revoir ce chef d’œuvre qui fera date et qui ouvrit une nouvelle porte au cinéma et au western italien, Leone a gravé à jamais de sa patte le septième art…
Heureusement qu’il y avait des cinéastes de son niveau, de son talent pour nous offrir de tels bonheurs cinématographiques, des films comme celui-ci c’est l’extase pure, le nirvana…
Note : 10/10














Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman, 2001


SE SOUVENIR DES BELLES CHOSES
de Zabou Breitman
2001
France
avec Bernard Campan, Isabelle Carré, Bernard Lecoq, Dominique Pinon, Zabou Breitman, Jean Claude Deret, Anne Le Ny
Drame
110 minutes
Synopsis :
France, début des années deux mille…
Claire Poussin, une très belle jeune femme de 32 ans est emmenée par sa sœur Nathalie pour une consultation dans un centre médico-psychologique appelé « Les écureuils » ; Claire prétend avoir des troubles graves de la mémoire depuis qu’elle se serait perdue dans une forêt alors qu’il y avait un orage terrible, elle dit avoir été recueillie par des pompiers…
Le docteur Christian Licht, responsable de la clinique, la reçoit et relativise la pathologie de Claire afin de « rassurer » sa sœur, extrêmement angoissée et stressée…
Claire va faire un tour à la cafétéria et Philippe, un homme dépressif, l’aborde ; Philippe a perdu sa famille lors d’un accident de voiture mais n’arrive pas à faire le deuil…
Marie Bjorg, la psychologue, entretient une relation amoureuse avec Christian Licht ; l’équipe médicale se réunit pour « checker » les pathologies des patients ; c’est alors que lors d’une sortie au musée, Claire et Philippe tombent amoureux et s’embrassent…
Le psychiatre de la clinique « Les écureuils » accepte que Claire soit hébergée à temps complet afin de soigner sa pathologie, elle peut ainsi voir Philippe plus souvent…
Petit à petit, la santé de Claire se dégrade et il devient clair qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer !
Prenant le taureau par les cornes et chose pour le moins inhabituelle, Licht  fait louer un appartement pour que Claire et Philippe s’y installent…
Lors de la crémaillère, Claire a une crise, puis ces crises deviennent cycliques, surtout qu’en plus, Philippe a des terreurs nocturnes où il se met à hurler, croyant voir les cadavres de sa famille après l’accident de la route…
Pour aider Claire, Philippe a trouvé un système, avec un magnétophone, il lui dicte le parcours lorsqu’elle va faire ses courses, afin que la jeune femme ne se perde pas…
Un jour, alors que Nathalie avait rendez-vous avec sa sœur, Philippe s’aperçoit que Claire a disparu !
Mon avis :
Auréolé d’une palanquée de récompenses, ce « Se souvenir des belles choses » est un film uppercut où Zabou Breitman a pris le parti pris très courageux de s’attaquer à un sujet très difficile qui aurait pu tourner en catastrophe, mais Breitman, par son talent, s’en sort à merveille, optant pour la retenue et la pudeur pour nous montrer une histoire d’amour simple entre deux personnes souffrant de pathologies lourdes…
A ce titre, l’interprétation est prodigieuse de la part des deux comédiens centraux, Isabelle Carré joue juste pour un rôle hyper difficile et nous transmet son empathie de façon instantanée, quant à Bernard Campan, il est méconnaissable, tous ceux qui l’ont en souvenir de ses facéties avec le trio des Inconnus seront bluffés par son jeu, il prouve que les rôles à total contre- emploi ne lui font pas peur et donne une composition magistrale dans son personnage dépressif souffrant de terreurs nocturnes et du syndrome de Gilles de la Tourette…
La réalisation de Zabou Breitman est par ailleurs habile et fine, la technique pour filmer est également recherchée avec des séquences inoubliables comme ces baisers sous la pluie ou l’escapade d’Isabelle Carré/Claire vue comme une « fugue » pour s’effacer de la réalité…
Un ou deux bémols quand même au niveau scénaristique, on ne voit JAMAIS les patients ou Claire et Philippe prendre de traitements médicamenteux, ce qui n’est pas réaliste, que ce soit au sein du centre des Ecureuils ou dans l’appartement ; d’ailleurs l’histoire de l’appartement n’est pas du tout crédible, qui paye le loyer ? le psychiatre joué par Bernard Le coq décide de leur « offrir » le logement, chose totalement irréelle et impossible dans la réalité, mais bon, ces deux détails un peu grossiers ne dénaturent en rien l’aspect bouleversant du film et il est préférable de les occulter pour prendre pleinement conscience de l’histoire de ces deux jeunes gens qui se livrent à une love story atypique dans le cinéma français…
Pour un premier film, Zabou Breitman a complètement réussi son pari et le film fut un immense succès, aussi bien au niveau de l’accueil de la critique qu’au box-office, le film consacre le duo Campan/Carré et possède le pouvoir d’être inoubliable, que ce soit au niveau de la sensibilité de l’histoire qu’au courage avec lequel le film est traité…
Sensible, touchant mais en aucun cas, « Se souvenir des belles choses » ne tombe dans le pathos ou l’incongru et ça c’est un très bon point pour Zabou Breitman qui a eu l’intelligence de faire sonner juste son film…
Très peu de films traitant de la dépression ou de la maladie d’Alzheimer n’ont vu le jour dans le cinéma hexagonal, il faut donc saluer cette initiative…
« Se souvenir des belles choses » est donc un film à voir et le sujet traité est accessible à tous les publics, contrairement à des films comme « 37.2 le matin », les cinéphiles comme le public fanatique de films dramatiques y trouveront immanquablement leur compte…
Note : 9/10











dimanche 4 novembre 2018

Hair de Milos Forman, 1979


HAIR
de Milos Forman
1979
Etats-Unis
avec John Savage, Treat Williams, Beverly d’Angelo, Annie Golden, Donnie Dacus
Film musical
121 minutes
Synopsis :
Etats unis, 1967…
Claude Hooper Bukowski quitte l’Oklahoma pour aller à New York, avant de partir pour l’armée afin d’aller combattre au Vietnam, Claude veut visiter New York et voir le quartier de Manhattan et l’empire State Building…
Son père lui a donné seulement cinquante dollars en poche ; de manière fortuite, Claude suit une très belle jeune femme qui faisait de l’équitation dans Central Park, cette femme est Sheila Franklin, issue d’une famille très aisée…
Claude rencontre des hippies, George Berger, Jeannie Ryan, enceinte depuis peu et Woof ; Claude et les hippies font la bringue, dorment dehors et vivent chichement ; un jour, ils s’invitent à une cérémonie organisée chez les parents de Sheila Franklin ; Berger monte sur la table et se met à effectuer une danse ; finalement la police intervient et tous ces jeunes sont condamnés à la prison !
Claude parvient à les faire libérer en payant une caution de cinquante dollars ; nous sommes la veille de son départ pour la base militaire qui va le contraindre à partir pour le Vietnam…
Après avoir volé une voiture, Berger, Jeannie, Woof et Sheila Franklin retrouvent la trace de Claude ; Berger essaie de s’introduire dans la base militaire mais il est refoulé par le garde…
Comme subterfuge, Sheila allume un sergent de l’armée dans un bar et lorsqu’ils partent en voiture, Sheila met l’uniforme du sergent, fait arrêter la voiture et pendant ce temps, un des hippies lui vole…
Berger prend alors les habits du sergent, se fait couper les cheveux et rentre sans problème dans la base…
C’est alors que Berger retrouve Claude dans un baraquement et le supplie de monter dans le coffre de la voiture afin que les deux hommes s’enfuient !
Mon avis :
Illustre réalisateur, Milos Forman s’attaque ici à un genre atypique et peu exploré dans la totalité du septième art, le film musical…
Le moins que l’on puisse dire c’est que Forman a tapé dans le mille avec une œuvre touchante, totalement ancrée dans le flower power et la période des hippies et des babas cools…
Mais Milos Forman aurait pu se contenter de mettre en scène des séquences de danse toutes très joviales et jubilatoires, mais il va plus loin ; avec « Hair » il dresse un pamphlet pacifiste et antimilitariste sur l’absurdité de la guerre et, chose incroyable, on peut même comparer « Hair » avec « Voyage au bout de l’enfer », on y retrouve le même acteur, John Savage, que dans le film de Cimino, sorti un an auparavant…
Forman prend le parti-pris de la dérision mais reste toujours extrêmement sincère et touchant avec sa galerie de personnages (les hippies et la belle Beverly d’Angelo issue d’un milieu aisé mais qui se prête au jeu) ; Milos Forman ne nous montre jamais des voyous mais il fait même un anti « Orange mécanique » et il ponctue son œuvre de fulgurances et de séquences qui nous mettent par terre (le passage avec la femme noire et son fils, lorsque celle-ci interpelle le père de son enfant, émouvant aux larmes !)…
Magnifiquement chorégraphiées, les chansons et danses sont décomplexées et pourtant ultra maitrisées, c’est du grand art et du très haut niveau !
Tous les comédiens sont exemplaires et le spectateur passe un pur moment de cinéma, doublé de chansons et de thèmes musicaux qui devinrent des classiques depuis (« Let the sunshine in » est un titre immortel !) ; Milos Forman nous réserve une grande surprise à la fin du film, particulièrement émouvante et dosée d’un humanisme à toute épreuve, « Hair » rappelle un peu le film « Tommy » de Ken Russell mais en beaucoup moins excentrique et cent fois plus posé….
Milos Forman a le talent absolu de la technique cinématographique et sait rendre facilement les passages de son film indélébiles ; cette équation musique/technique/cinéma n’était vraiment pas donné à tous les réalisateurs, l’idée de départ était même carrément casse-gueule mais Milos Forman s’en sort admirablement…
Remarquable et fédérateur, « Hair » entraine le spectateur dans une maestria musicale mais nous conte également une belle histoire de jeunes gens épris et empreints de liberté, un film contre la violence, contre la guerre, mais qui rassemble tout le monde, tous les courants, exactement comme dans le final du film où ces milliers de gens se retrouvent, se côtoient sans la moindre violence et en communion pour la paix…
« Hair » c’est le film absolu du VIVRE ENSEMBLE…
Un bain de jouvence qui, de plus, n’a pas vieilli malgré quarante années au compteur, Milos Forman signe une nouvelle fois un coup de maitre, qui prouve qu’il excelle dans n’importe lequel des sujets qu’il traite et qu’il peut être à l’aise dans n’importe quel genre qu’il explore…
Grandiose et puissant, « Hair » est une référence du film musical américain de la fin des années soixante –dix…
Note : 9/10













Bracelets de sang d'Umberto Lenzi, 1975


BRACELETS DE SANG
d’Umberto Lenzi
1975
Italie
avec Tomas Milian, Femi Benussi, Joseph Cotten, Maria Fiore, Ida Galli, Luciano Catenacci, Adolfo Lastretti
Polizzoteschi
89 minutes
VHS édité chez MPM Vidéo
Synopsis :
Milan, Italie, milieu des années soixante-dix…
Rambo est un ancien gangster, il sillonne la ville à moto, il a fait l’objet d’une rédemption et est désormais du côté des bons, il est même devenu l’allié de la police et aide les honnêtes gens face aux gangs qui pullulent dans la ville…
Toujours loyal et du côté des opprimés, Rambo rend visite à son meilleur ami, qui vit avec sa femme et leur jeune fils, celui-ci voue un culte à Rambo et il est fasciné par sa moto, Rambo lui a promis de lui en acheter une, sur un format plus petit…
Lorsque Paterno, un vieil aveugle très riche, mandate son fils pour kidnapper le fils d’une famille aisée milanaise, Rambo mène une enquête qui le conduit sur la piste du gang des Conti, autre famille mafieuse…
Lorsque le meilleur ami de Rambo est assassiné, puis Flora, sa girl friend, Rambo, fou de rage, enfourche sa moto et jure de châtier les coupables !
Après de multiples bagarres dans des bars sordides ou dans une salle de billards, Rambo finira par remonter à la source des meurtriers de ses amis…
Lors d’un face à face avec Paterno père, Rambo obtiendra toutes les explications nécessaires pour sauver le jeune garçon kidnappé…
Lors d’une fusillade très violente à la périphérie de la ville, le garçonnet sera finalement libéré…
Paterno, sachant que tout est fini pour lui, se suicidera d’une balle dans la tête, et comme il l’avait promis, Rambo offrira une moto au fils de son meilleur ami…
Mon avis :
Umberto Lenzi est un cador du cinéma d’exploitation transalpin et il se montre toujours parfaitement à l’aise, passant d’un style à l’autre du bis, mais toujours avec un talent et une franchise qui l’honore ; ici avec ce « Bracelets de sang », il culmine dans le genre du polar italien et rend honneur aux codes de celui-ci, grâce à une mise en scène très tonique et un dynamisme dans le déroulement de l’histoire…
Le personnage de Rambo incarné par le légendaire Tomas Milian devient instantanément sympathique aux yeux du spectateur et ce, dès le prologue, avec cette échappée en moto, impeccablement filmée…
L’histoire est celle d’une double vendetta (le meurtre crapuleux du meilleur ami de Rambo, puis de celui de sa compagne jouée par Femi Benussi), le film est plaisant à suivre, très rigoureux et Lenzi prend plaisir à séduire l’amateur cinéphile de polizzoteschi, genre alors en plein essor…
Assez violent mais jamais putassier (à contrario d’autres films de l’époque qui ne lésinaient pas dans le peu ragoûtant comme « Big Racket » ou « La guerre des gangs », eux carrément extrêmes), « Bracelets de sang » est un film qui mise moins sur la violence que sur l’action pure et, au final, cela s’avère payant et plus convaincant…
Incroyablement inédit en DVD dans l’hexagone, « Bracelets de sang » est pourtant un sommet du genre et Lenzi privilégie une solide direction d’acteurs pour rendre crédible son film, pas de sadisme à outrance mais une volonté et une pugnacité de la part de Tomas Milian dans son rôle de gangster repenti qui va venger la mort des êtres qu’il avait de plus cher au monde…
Et ça barde ! Milian/Rambo ira même jusqu’à utiliser des balles explosives lors de ses expéditions punitives et tous les « méchants » responsables des pires saloperies en seront pour leurs frais…
Lenzi nous offre une galerie de trognes bien connues du genre et on retrouve beaucoup de têtes familières aux spectateurs, celui-ci ne sera pas trop dépaysé et le plaisir est bien au rendez-vous avec ce polar très maitrisé et profondément jubilatoire…
On peut même s’autoriser à dire que « Bracelets de sang » est destiné à un large public, son accessibilité due à une violence volontairement moindre par rapport aux autres, en fait un polar sympathique à visionner et le public ne s’y est pas trompé, le film fut un énorme succès à sa sortie en salles en Italie…
« Bracelets de sang » est doté d’un grand enthousiasme très communicatif et, une nouvelle fois, on se demande vraiment pourquoi il n’est jamais sorti en DVD en France, surtout que la cassette VHS possède une version française excellente, par ailleurs…
Hyper sympathique et fédérateur dans son propos, « Bracelets de sang », outre le fait qu’il soit un des meilleurs films du genre, a aussi le mérite d’être le témoignage d’une grande époque du cinéma italien où les artisans comme Lenzi donnaient de la vigueur et de l’inventivité en permanence pour mettre en scène leurs films, avec une énorme sincérité et un talent indéniable…
Tomas Milian et Umberto Lenzi sont décédés il y a peu de temps, rendons leur hommage avec ce grand film qui, même en ne payant pas de mine, s’avère un chef d’œuvre du polar italien des années soixante –dix, à réhabiliter d’urgence !
Note : 9/10