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vendredi 24 août 2012

Possession d'Andrzej Zulawski, 1981


POSSESSION

D’Andrzej Zulawski

Avec Isabelle Adjani, Sam Neill

France/Allemagne

1981

118 minutes

Drame fantastique

Synopsis :

Anna, une jeune femme brune au corps superbe et à la personnalité ténébreuse et énigmatique, vit à Berlin à l’époque où le mur existait encore…

Son mari rentre après un long voyage professionnel, l’accueil est glacial !

Soupçonnant sa femme de schizophrénie et d’infidélité, le mari fait engager un détective afin de percer le mystère de la névrose obsessionnelle qui s’est emparée d’Anna…

L’agence n’a plus de nouvelles du détective…

Le mari se lie d’amitié avec l’institutrice de son fils (qui ressemble étrangement comme deux gouttes d’eau à Anna !), un garçonnet d’une huitaine d’années…

Puis tout part en vrille, c’est le chaos le plus total ! aussi bien dans le couple que dans l’environnement, Anna se mutile avec un couteau électrique, pique des crises de folie proche du délirium…

En fait Anna entreprend une liaison amoureuse avec une créature, un monstre visqueux et tentaculaire !

Est-ce son imaginaire ou la réalité ?

Devant l’impossibilité à décoder ce mal être qui ronge la jeune femme, son époux va envisager le pire !

L’enfer est proche et il sera ponctué par une folie brutale et foudroyante pour tout le monde !

Mon avis :

« Possession » est un IMMENSE CHOC aussi bien sur le plan visuel que narratif !

Une plongée ultra glauque dans l’enfer labyrinthique de la schizophrénie ponctuée de passages terribles car emplis de folie névrotique, d’angoisse lancinante décuplée par une brutalité et une sauvagerie absolue et inédite au cinéma !

Zulawski se sert de l’environnement qui entoure ses personnages comme d’un levier dans le désordre mental et l’absence de cohérence psychanalytique, multipliant les plans chocs (souvent gores et horribles à regarder !) afin d’y inclure une mise en scène brillante, exploitant les peurs de chacun et détournant le bon sens et la réalité pour arriver à une alchimie onirique, ou plutôt cauchemardesque ! (ici ce n’est pas « Alice au pays des Merveilles » mais « Anna dans le dédale de la démence » !)…

Certes, ce spectacle visuel et viscéral pourra déconcerter et déstabiliser les trois quarts des spectateurs lambda, car ici RIEN N’EST CONFORME OU CONFORMISTE avec ce que l’on connait du cinéma, c’est ce qui fait la singularité du métrage, balayant les conventions établies et opérant sur un terrain miné, marchant sur des œufs à chaque minute et ne reculant devant aucune trouvaille pour appuyer son propos, déjà totalement barré voire hermétique !

Et ADJANI !

Alors là, elle est au summum de ce qu’une actrice peut donner dans un rôle !

ELLE DONNE TOUT !

Ses tripes, son talent, elle rend crédible à tous points de vue une psychose passant par le corps d’une frêle jeune femme, atteinte de démence au dernier degré et piquant des crises ! (la scène du métro est extraordinaire, elle y exécute une transe, proche d’une « danse » macabre et infernale !)…

La séquence du couteau électrique où Anna découpe la viande et la hache rappelle un peu la symbolique de la viande morte putride comme celle d’un cadavre prêt à partir « ad patres » et fait croître l’angoisse chez le spectateur de manière soutenue et tétanique…

Le « monstre » difforme élaboré par Carlo Rambaldi (décédé il y a peu de temps) est une nouvelle fois complètement inédit et son côté crasseux, poisseux et baroque, végétant dans l’appartement d’un immeuble-taudis aux papiers peints dégueulasses fait infléchir à 360 degrés la sensation de confort pour augmenter l’anxiogènéité d’un film sacrément culotté et unique en son genre !

Adjani y interprète deux rôles, celui d’Anna et celui de l’institutrice, et trouve sa composition la plus aboutie, elle est sensationnelle !

Sam Neill est excellent également, je ne vois pas ce qu’il y aurait à redire au niveau de la direction des comédiens …

Zulawki assène un énorme coup de massue à son public et grave à jamais une pierre angulaire dans le panorama du cinéma fantastique, par un appui graphique et une atmosphère schizoïde et déjantée qui fera date, n’en doutons pas…

A voir absolument et en étant bien accroché à son fauteuil !

Note : 10/10





mercredi 22 août 2012

Les Dents de la Mer, Steven Spielberg, 1975


LES DENTS DE LA MER

aka Jaws

de Steven Spielberg

Etats Unis

1975

Epouvante

avec Roy Scheider, Richard Dreyfuss, Robert Shaw

125 minutes

Synopsis :

Août, station balnéaire de la bourgade d'Amity Island...

Une nageuse nocturne est retrouvée dépecée le lendemain de sa disparition...

Les autorités concluent à un accident avec une hélice de bateau...

Très vite il faut se rendre à l'évidence, il s'agit d'un énorme requin Carcarias qui sème la terreur en pleine saison touristique !

Martin Brody de la police locale essaie de raisonner le Maire face à ce danger permanent et imminent mais ce dernier voit l'aspect lucratif menacé en cas de fermeture des plages !

Lorsque le requin frappe de nouveau, au nez et à la barbe des autorités, Martin décide de partir en mer !

Il est accompagné d'un vieux marin briscard Quint et d'un spécialiste des requins et des fonds marins !

Tous les trois n'ont qu'une idée qui les entête : annihiler le requin Grand Blanc !

Cela ne sera pas une partie de plaisir  !

Mon avis :

"Les dents de la mer" ("Jaws" en américain, ce qui veut dire "Machoires") est un film générationnel qui marqua à tout jamais le cinéma d'épouvante et, soyons francs, le cinéma tout court !

Véritable électrochoc à sa sortie, au point que Gilbert Trigano le célèbre opérateur de voyages/vacances porta même plainte contre les distributeurs du film de crainte qu'une psychose s'installe chez ses clients vacanciers en désertant les plages  eu égard au traumatisme absolu provoqué !

"Les dents de la mer" n'est pas qu'un banal film d'épouvante, il est aussi magistralement filmé et rythmé par un Spielberg en état de grâce, qui joue avec les phobies de chacun et qui illustre des peurs bien connues, magnifiées ici par un élément que tout le monde connaît, la MER !

La mer, symbole de détente et de loisirs devient alors le théâtre de la mort et de l'horreur !

Les acteurs sont tous fantastiques et le personnage de Quint (magistral Robert Shaw) rustique et profondément attachant, avec un monologue dantesque sur son passé, reste particulièrement savoureux et indélébile ("Adieu Jolie Fille Madrilène")...

On peut dire que là, Spielberg a tapé dans le mille !

Réinventant SON cinéma et créant de nouvelles codifications cinématographiques sur lesquelles nombre de metteurs en scène essaieront de s'imbriquer sans jamais avoir son talent...

Porté par une caméra fluide et effilée il délivre un spectacle efficace et à la psychologie des personnages fouillée et dense...

Je précise pour clore cette chronique que le Blu ray sorti récemment est un travail d'orfèvre, supervisé par Spielberg en personne, et, que si vous pouvez, il faut le voir sur ce format !

Plus de deux heures de plaisir et d'angoisse pour un métrage aux frontières de l'aventure, de l'épouvante et du film catastrophe !

Un mythe total ! 

Note : 10/10





mardi 21 août 2012

Pulsions Cannibales, Antonio Margheriti, 1980


PULSIONS CANNIBALES

aka Demain, l'apocalypse

aka Cannibal Apocalypse

aka Apocalypse Domani

d'Antonio Margheriti

Italie/Etats Unis

1980

avec John Saxon, Giovanni Lombardo Radice

95 minutes

Policier/Fantastique/Horreur/ Grindhouse

Synopsis :

Un éminent soldat de l’armée américaine, Norman, est envoyé en pleine guerre du Vietnam alors que les combats font rage !

Il parvient avec d’autres mercenaires à libérer deux prisonniers  des Vietcongs et les rapatrient aux Etats Unis…

Ces derniers sont hospitalisés dans une unité psychiatrique dirigée par le Docteur Mendes, amoureux de la femme de Norman…

L’un des malades, Charlie Bukowski, parvient à s’évader de l’hôpital en faisant croire qu’il a une permission…

Après s’être fait ouspiller par des motards il se réfugie dans un cinéma…

Il mord violemment une spectatrice et, pris d’une folie meurtrière, il rentre dans un marché aux puces désert et vole des fusils d’assaut !

Il bute tout ce qui bouge, atteint d’une démence incontrôlable !

Seul Norman qui le connaissait au Vietnam parviendra à le raisonner malgré un bain de sang !

Il s’avère que Bukowski a contracté un virus depuis le Vietnam le rendant pris de pulsions anthropophages…

Véritable danger, il va bientôt contaminer tous ceux qui l’approchent !

La police est sur les dents, une chasse à l’homme (aux hommes même) est alors lancée !

La montée vers l’horreur absolue est enclenchée et rien ne semble endiguer le carnage qui s’étend à toute la ville !

Mon avis:

Film préféré de Quentin Tarantino (dixit lui-même), « Apocalypse Domani » est LE modèle absolu du métrage Grindhouse, mêlant action, horreur gore et même passages sexy !

Tout y est !

Et Margheriti fait preuve de son savoir faire pour créer une atmosphère poisseuse et hyper anxiogène, ce qui rajoute dans la terreur et le malaise absorbé par le spectateur, pris dans une dynamique speed où ça n’arrête quasiment jamais !

Les personnages sont stéréotypés à maxima mais l’habileté de Margheriti consiste à rendre sympathiques les « méchants » et cupides les « bons » (à ce titre le shériff en tient une couche) et c’est là que le film devient fort intéressant car tout bascule et part en live !

Dès lors que les « héros » passent de « l’autre côté de la barrière », on n’a qu’une envie : que ces derniers remportent la mise !

C’est cette « empathie/répulsion » qui fonctionne à plein régime et qui permet de tisser des liens avec ces « monstres », véritable levier d’intérêt pour le film et pour ses personnages, les renvoyant à la fois en victimes d’une police sans pitié et coupables par leurs actes répréhensibles et horrifiants !

La ville est également très bien mise en valeur, notamment lors de plans nocturnes de toute beauté, et le (long) passage dans les égouts s’avère particulièrement glauque, où l’on sent l’issue arriver comme un piège se renfermant petit à petit : les tueurs sont coincés !

Modèle du film d’action horrifique du début des années 80, « Pulsions cannibales » a le mérite de donner au spectateur friand de ce type de spectacle exactement tout ce qu’il était en droit d’attendre, ne le décevant quasiment à aucun moment !

Lombardo Radice et John Saxon font fonctionner leur charisme à fond et on sort du visionnage avec le sentiment d’avoir passé un bon moment, mêlant ultra brutalité et action bien rôdée !

En définitive, un des meilleurs Margheriti et un témoignage du cinéma d’exploitation que l’on ne reverra plus jamais de nos jours car ancré dans une époque révolu et pourtant charnière du 7ème art populaire !   

Note : 10/10






dimanche 19 août 2012

Duel au couteau, de Mario Bava, 1966


DUEL AU COUTEAU

aka Knives of the avenger

de Mario Bava

Italie

1966

Western viking/Aventures épiques

avec Cameron Mitchell, Elisa Pichelli, Fausto Tozzi, Giacomo Rossi Stuart

88 minutes

Synopsis :

Des conflits internes et guerriers entre vikings font rage sur une côte de la Scandinavie...

Une jeune femme et son fils d'une douzaine d'années, Moki, se sont réfugiés dans une maisonnée en montagne pour échapper aux griffes d'Arald, un dangereux mercenaire qui a juré d'épouser cette femme et de mettre hors d'état de nuire tous ceux qui s'y opposeront...

Son rival fait alors son apparition et se prend d'affection pour Moki, lui apprenant le maniement du couteau et la chasse...

Rattrapé par un passé flou et obscur, l'homme devra se battre jusqu'au bout, face à une armée de vikings aussi déterminés que sanguinaires !

De formidables duels à l'arme blanche vont alors se mettre en place avec une issue des plus imprévisibles !

Mon avis :

"Duel au couteau" reste un film référence du cinéma d'aventures italien...

On y retrouve un peu toutes les influences du cinéma de Bava, mais cette fois sans le côté gothique de ses précédentes oeuvres, et avec une psychologie des protagonistes beaucoup plus travaillée et fouillée...

Bava privilégie les plans larges et exploite parfaitement les décors, les zones géographiques et le film reste sans temps  morts, passé un quart d'heure d'exposition des personnages et de leurs motivations, le métrage passe sur une dynamique de films d'aventures rondement menée et ponctuée de scènes d'action indissociables d'une étude de caractères des héros...

Le personnage énigmatique de la sorcière que l'on trouve au début et au terme de l'histoire rajoute une dimension mystique et les rôles confiés à Elisa Pichelli et Cameron Mitchell font mouche, emplis d'un charisme hors normes et réellement doués, Mitchell au firmament de sa carrière !

Fausto Tozzi tient une composition hallucinée de brute en même temps d'une lâcheté incroyable !

Le petit garçon qui joue Moki est crédible et pas du tout niais...

Bava s'en tire encore une fois avec les honneurs et pratique un nouveau tour de force ! (le film a été tourné en moins d'une semaine !)...

"Duel au couteau" est peut être mineur dans sa carrière mais demeure néanmoins particulièrement intéressant à regarder pour comprendre son implication dans le cinéma populaire, variant les tons et les trouvailles pour finalement accoucher d'un nouveau chef d'oeuvre, qui fera date !

Seul lui arrivait à sortir un métrage d'une telle qualité avec les moyens et le temps qui lui étaient impartis...

Sincèrement, c'est du tout bon !

Note : 9.5/10





mercredi 15 août 2012

Tendres cousines de David Hamilton, 1980


TENDRES COUSINES

de David Hamilton

France

1980

88 minutes

Comédie érotique

avec Evelyne Dandry, Elisa Servier, Macha Méril

Synopsis :

En plein coeur de l'été 1939, Julien, un jeune homme d'une quinzaine d'années part en villégiature chez sa tante, dans une demeure champêtre de Province...

Très vite il attire et attise les regards des jeunes femmes qui le côtoient, étant plutôt mignon et faisant preuve d'une candeur pour le moins désinvolte...

Ce "harem" qui gravite autour de lui préfigure qu'il ne tardera pas à perdre son pucelage, au vu où vont les choses...

Les domestiques, le personnel de la ferme batifolent gentiment et les caresses incongrues vont à vitesse grand V, mais Julien a flashé en premier lieu sur sa cousine, Julia, peu réceptive à ses avances déguisées !

Frivolité, légèreté et parties volages s'amplifient alors qu'arrive le début de la guerre qui fait son apparition, appelant tous les hommes à partir au front...

Julien se retrouve quasiment seul homme !

Résistera t-il aux avances incessantes des autres femmes ?

Sa cousine si dédaigneuse envers lui fera t-elle preuve d'un revirement à son égard ?

Quelle sera l'issue de cette aventure sexuelle et Julien en sortira t-il épanoui et heureux ?

Mon avis :

Hamilton prouve avec "Tendres cousines" qu'il a un certain talent à créer une ambiance très atypique, basée sur les premiers émois amoureux de préadolescents baignant dans une atmosphère frivole et sexuée...

Mais celà reste surtout magnifié par des cadrages bucoliques et volontairement flou(é)s, permettant d'exalter un côté onirique et fantasmatique (le film fait se succéder des plans assez courts et en fait, suggérés au niveau des copulations, ce qui permet à l'imagination du spectateur de faire le reste)...

Sincère, adroit et à la sexualité décomplexée, "Tendres cousines" est ni plus ni moins un OVNI du cinéma érotique traditionnel avec, c'est une première !, des acteurs et actrices hyper jeunes, ce qui pourrait malgré tout décontenancer le spectateur qui pourrait y voir un spectacle de pédophilie et crier au scandale !

David Hamilton fait un cinéma érotique stylé mais on ne peut qualifier ses oeuvres de pornographiques ou pédophiles, il apporte une immense singularité dans le traitement de son métrage, en faisant un choix casse gueule certes mais pas provocateur !

"Tendres cousines" se suit sans déplaisir, il ne faut pas voir le mal partout, certaines séquences sont amusantes et le final très beau (avec les ballons qui volent dans le ciel, synonyme et symbole de la libération)...

Bourré de métaphores et bien interprété (mention spéciale à l'immense Macha Méril), "Tendres cousines" reste une pièce maîtresse de l'érotisme volage esthétisant et possède un charme et un humour plutôt bien exploités par un David Hamilton porté une caméra fluide et une ambiance (je me répète mais c'est ce mot qui m'est venu tout de suite à l'esprit en visionnant le film) hors du commun !

Tout cinéphile se disant adepte de l'érotisme sur pellicule se doit de l'avoir vu !

Note : 7.5/10






vendredi 10 août 2012

Le Manoir de la Terreur, Andrea Bianchi, 1981


LE MANOIR DE LA TERREUR

Aka Burial Ground aka Nights of terror aka Zombie 3

D’Andrea Bianchi

Italie

1980

90 minutes

édité en zone 2 chez Neo Publishing (label posthume)

Nanar horrifique de haute volée

Synopsis :

Un gourou barbu dément réveille les morts d’un mausolée par une incantation rituelle, le cimetière étrusque est basé à proximité d’une demeure bourgeoise…

Quelques gens issus de la classe aisée se rendent en villégiature pour le weekend dans cette riche propriété…

Ils se retrouvent rapidement assaillis par une horde de zombis hirsutes et croquignolets qui n’ont qu’une seule motivation : les dévorer !

La résistance se construit comme elle peut mais la crétinerie des protagonistes fera le reste à leur désavantage et les desservira !

Plutôt que de réfléchir ils accumuleront les bourdes, les fautes de goûts et les erreurs d’appréciations !

Le casse dalle offert aux zombies sera de taille !

Mon avis :

« Le manoir de la terreur » est un bon gros nanar à hurler de rire !

Mêlant saynètes incongrues, filles dénudées, dialogues grivois et SFX à la ramasse, la connerie monumentale qui y règne n’a d’égale que le jeu pitoyable des comédiens !

Un manque d’intensité flagrant et une lenteur abominable se dégage d’un métrage qui use et abuse à tire larigots de ralentis totalement invraisemblables !

Cette volonté certaine, revendiquée et appuyée de faire dans le mauvais goût tombe heureusement à point et le spectateur friand de ce genre de joyeusetés calibrées en prend pour son grade !

Il se dégage des distorsions aussi bien dans la musique du film que dans l’ambiance craspec qui s’amplifie crescendo jusqu’à une issue pour le moins disproportionnée qui risquera de causer l’hilarité totale !

Et voilà !

Un nanar pur jus comme on les aime, bâclé mais réjouissant et qui peut se vanter de nous faire passer un bon moment, aux antipodes des productions classiques prout prout de l’époque, ici ça assume sa ringardise et ce spectacle s’avère au final touchant et extrêmement sympathique !

« Le Manoir de la terreur » est à prendre au 147ème degré et, passé outre quelques petits défauts et un scénar ultra simpliste voire sommaire, on en redemande !

Un vrai régal !

Le boulot fait par feu Neo est formidable, l’image du DVD est magnifique !

Note : 9/10




Crime à froid, They call her one eye, Suède, 1974


THEY CALL HER ONE EYE

Aka Crime à froid aka Thriller a cruel picture

Suède

1974

Rape and revenge atypique

avec Christina Lindberg

100 minutes

Synopsis :

Devenue muette après que son grand père ait abusé d’elle, une jeune femme au physique d’une beauté incroyable est victime d’un rapt par une petite frappe de la pègre suédoise…

Ce dernier la force à se prostituer et la drogue à l’héroïne, l’humiliant et l’avilissant, il va même jusqu’à être particulièrement violent en lui scarifiant l’œil avec un surin !

Devenue borgne et réussissant à s’évader de son geôlier, la jeune fille va se former aux sports de combat, apprendre à piloter une voiture grosse cylindrée et maîtriser le maniement d’armes lourdes (fusil canon scié et pistolets)…

Elle n’aura plus qu’une seule idée en tête : se venger et descendre tous les hommes qui lui ont fait du mal, à commencer par son ravisseur auquel elle réservera un sort particulièrement atroce !

Mon avis :

1974 : c’était la grande mode des films de « viols et revanches », instaurée en grande pompe par Craven et son illustre « Last house on the left » !

Ici c’est la démarcation du style avec la réponse scandinave aux œuvres d’outre Atlantique !

Ça ne plaisante pas, il n’y a aucun humour ni second degré à contrario de son homologue américain, d’ailleurs le scénario diffère radicalement de celui des autres, empruntant même un côté naturaliste inhabituel et une violence sourde magnifiée par pléthore de ralentis et d’effets de photographie particulièrement stylés.

L’actrice Christina Lindbergh IRRADIE littéralement le métrage de sa présence hyper charismatique !

L’ensemble demeure d’une brutalité inouïe et on dénombre une quantité industrielle de morts, le plus souvent blastés au fusil à pompe dans des gunfights bien maîtrisés et souvent très réalistes…

La version uncut contient des plans pornographiques avec moult pénétrations cadrés en gros plan…

Le métrage s’avère tout de même souffrant de ses limites et arrive à un moment à une saturation certaine, avec quelques incohérences (qui finance la formation de Christina ? où vit-elle ? pourquoi son « bourreau » n’arrive t-il pas à la retrouver ?, lui pourtant ayant de multiples contacts dans le milieu)…

Ces raccourcis scénaristiques peu probables n’enlèvent cependant pas la qualité d’un métrage rondement mené et jusqu’auboutiste dans sa démarche…

Glorifié par son originalité, « They call her one eye » fait figure d’un objet de culte chez les aficionados de films de genre et Grindhouse et n’en demeure pas moins un bel exemple d’OVNI pour sa période frivole et en plein mouvement « Peace and Love » dont il se démarque volontairement par une violence rare pour une production de cette trempe…

Un bon film aux limites du polar urbain qui ravira les spectateurs les plus avertis, à réserver à un public adulte, of course !

Note : 8.5/10





samedi 4 août 2012

Les Démoniaques, Jean Rollin, 1973


LES DEMONIAQUES

de Jean Rollin

France

1973

100 minutes

Fantastique/Erotique

avec Joëlle Coeur

Synopsis :

Une bande de voyous qui se font appeler les "Naufrageurs" sème la panique sur les côtes de l'océan Atlantique...

Composée d'une femme peu farouche et de trois hommes, sombres lascars, ils terrorisent les marins faisant échouer leurs bateaux en leur donnant de faux signaux lumineux d'accostage et pillent leurs cargaisons...

Alors qu'ils sont en pleines exactions nocturnes, deux frêles jeunes filles sorties de nulle part leur réclament de l'aide !

Au lieu de ça les hommes d'une brutalité bestiale les violent et les martyrisent en pensant les laisser pour mortes le long de la plage...

Des apparitions spectrales des deux nymphes se baladent dans le village et une "vengeance" semble s'accomplir sur les contrevenants, véritables rebuts alcooliques de la société...

Nul ne pourra faire machine arrière et la revanche des filles blondes aux visages poupins et à l'allure gracile se met alors en marche, terrassant la moindre personne qui aura l'outrecuidance de leur barrer la route ! 

Mon avis :

"Les démoniaques" est réellement un des meilleurs films de Rollin dans sa période post vampirique et de loin un de ses métrages les plus théatralisés  !

Faisant preuve à la fois d'une audace et d'une rigueur scénaristique, il parvient de nouveau et comme à l'accoutumée à insuffler une dimension atmosphérique hors normes à son entreprise, émaillée de plans séquences parfaitement contemplatifs et exploitant sans retenue le cadre géographique qui s'offre à sa caméra effilée et excellemment maîtrisée...

Dès les premières minutes on est déjà pris dans une intrigue passionnante et linéaire avec ces deux jeunes filles à peine post pubères sorties d'on ne sait où et déambulant comme des soeurs siamoises, se tenant sans cesse par la main, ce qui accentue leur complémentarité et en même temps leur singularité...

Rollin, par cette dimension baroque, envoie un levier dans le "fantastique expressionniste" pour basculer dans le délirant et l'exubérant mais toujours avec sa "touche" qui est la sienne, qui peut rebuter le moins aguerri des spectateurs, mais qui s'avère entêtante voire orgasmique, à l'instar de Joëlle Coeur se masturbant au milieu des algues devant un spectacle funeste et crépusculaire proche de la catharsis...

Au demeurant, "Les démoniaques" est calibré comme du Rollin pure souche, avec ses défauts (moindres) et ses qualités (un bon sens narratif) et cette obsession des corps dénudés, meurtris et martyrisés, où les images sont en symbiose avec le son ou la musique (il y est même question d'une chanson lancinante interprétée au piano)...

A la limite du fantastique onirique et aux confins d'un érotisme raffiné servant de tremplin à la caractérisation de personnages sordides mais finalement attachants, "Les démoniaques" est une grande réussite, une pièce maîtresse de la carrière de ce cinéaste décidément passionnant qu'était Jean Rollin, à visionner absolument et sur le format Blu ray sorti chez "Redemption" le métrage s'avère un pur régal ! picturalement et artistiquement parlant...

Note : 9/10