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samedi 25 avril 2015

GUN MEN de Kirk Wong, 1988

GUN MEN
de Kirk Wong
Hong Kong
1988
avec Tony Leung, Adam Cheng, Waise Lee, Carrie Ng, Mark Cheng
Polar tonique/Gunfight movie
84 minutes
produit par Tsui Hark
Sorti en DVD chez HK vidéo
Synopsis :
Chine, années 1930...
De retour du combat pendant la guerre, Ding, un jeune homme sans le sou intègre par dépit la police de Shanghaï...
Il retrouve ses anciens frères d'arme, tous dans la même situation que lui, désireux de s'en sortir financièrement et acceptant n'importe quel job, ils rejoignent les rangs des forces de l'ordre, soucieux d'être les "incorruptibles" de la ville...
Le trafic et la terreur règnent en maître et Ding et ses comparses vont devoir explorer toutes les pistes pour mettre hors d'état de nuire les gangsters de la pègre locale, qui contrôlent la totalité des réseaux mafieux, que ce soit la prostitution ou le trafic d'armes...
Ding reconnaît un de ses anciens tortionnaires de pendant la guerre, sa haine est alors amplifiée !
Un combat sans merci s'amorce et Shanghaï est à feu et à sang !
Mon avis :
Archétype du cinéma d'action hongkongais des années 80 et prémices du style Wooien qui allait exploser quelques années après, "Gun men" prend le contre-pied des productions nunuches de l'époque pour ne privilégier que l'action, démarrant à fond les gamelles et optant pour un manque de lisibilité certain, les séquences s'accumulant sans que le spectateur y comprenne quelque chose...
Ce qui ne veut pas dire que le film est bâclé, loin de là, mais Kirk Wong aurait gagné en intensité s'il avait pris le temps de "poser" ses personnages, il axe tout sur les gunfights, les bagarres et la rapidité d'exécution au détriment de la psychologie des protagonistes et de la continuité du scénario, très sommaire...
Ca bourrine énormément et on n'a pas le temps de s'y retrouver, "Gun men" est au polar HK ce que "Transformers" est au blockbuster SF américain...
Malgré des dissonances indéniables, "Gun men" ne plombe pas l'attention et on a plaisir à suivre un métrage tonique et vrombissant, ponctué de trouvailles habiles et de raccourcis intéressants (la montre, le passage sur le ponton avec la fusillade qui s'ensuit, les prostituées à la personnalité ambivalente...).
Se voulant une déclinaison des polars d'outre Atlantique et se revendiquant des grands classiques du genre (on pense bien sûr aux "Incorruptibles" et même aux westerns avec Clint Eastwood, notamment à cause de la tenue non conventionnelle des policiers), "Gun men", outre un concentré d'énergie a un peu de mal à être canalisé par son réalisateur, malgré le bénéfice de la "patte" Tsui Hark, qui a produit le film...
Ceci étant, si vous appréciez l'action pure, le "franc filmé" et le rythme accéléré, vous pourrez prendre plaisir à regarder "Gun men", témoignage d'un cinéma codé mais néanmoins accessible...
L'édition de HK vidéo est très soignée et est devenue très rare donc si vous tombez dessus, procurez la vous....

Note : 8/10




dimanche 19 avril 2015

Les filles du botaniste de Dai Sijie, 2006

LES FILLES DU BOTANISTE
de Dai Sijie
France/Canada
2006
Avec Mylène Jampanoï, Li Xiaoran, Nguyen Nhu Quynh, Ling Dong Fu, Nguyen Van Quanq
Etude de mœurs/drame
94 minutes
Synopsis :
République populaire de Chine, durant les années 80…
Li Min, une jeune étudiante qui vit dans un orphelinat part effectuer un stage de quelques mois chez le célèbre professeur botaniste Monsieur Chen…
Sa maison se situe sur un petit ilot où l’on doit accéder par bateau, à la rame…
Dès son arrivée, Li Min fait la connaissance d’An, la fille du botaniste, ce dernier s’avère acariâtre et colérique lors d’erreurs de Li Min ; en même temps des liens affectifs se tissent entre les deux jeunes femmes…
Alors que ces liens se prononcent de manière plus forte (elles effectuent des jeux saphiques), Dan, le fils de Chen, officier militaire revient du Tibet et tombe amoureux de Li Min, cette dernière refusant ses avances…
Li Min et An élaborent un stratagème : Li épousera Dan pour voir en cachette An, celui-ci étant souvent en déplacement…
Lors de la lune de miel, Dan s’aperçoit que Li Min a été déflorée…
Fou de rage, il la bat et lui attache les poignets à une corde !
Mon avis :
Bénéficiant d’une mise en scène très soignée, « Les filles du botaniste » est un excellent film loin des autres productions formatées d’EuropaCorp et qui traite de manière courageuse un sujet plutôt rare au cinéma (l’homosexualité féminine), transposant huit années avant « La vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche la relation compliquée entre deux jeunes femmes, ici dans la Chine des années 80 alors totalitaire et réfractaire à tout manquement aux conventions établies, en l’occurrence les rapports sexuels entre personnes de même sexe…
Ici pas de récurrence sur le graveleux mais bien une réelle pudeur qui s’articule plus avec la sensualité et le « jeu érotique » des actrices via des plans furtifs dénudés et dénués de la moindre vulgarité…
Le charme de Mylène Jampanoï et de Li Xiaoran opère instantanément, baigné dans de somptueux paysages naturels très bien mis en valeur, le caractère irascible du père symbolise l’autorité et le diktat, comme la politique chinoise de l’époque où rares peuvent être les transgressions surtout lorsqu’elles s’éloignent des règlementations…
La quête du gynseng, la vision de la petite île où les plans de corps qui se reflètent sur l’eau (maintes fois utilisés même dans le cinéma italien) donnent un atout graphique considérable aux « Filles du botaniste » et l’ensemble se suit avec le plus grand intérêt et l’empathie fonctionne totalement envers les deux jeunes filles, il n’est d’ailleurs pas exclu de verser quelques larmes lors de l’issue du métrage, que je vous laisse découvrir…
Il s’agit ici d’une approche originale à mi-chemin entre film grand public et film d’auteur et qui marque avant tout par son côté apaisant et nature, sans tomber dans le schématisme car le scénario est parfaitement élaboré, faisant la part belle à la culture chinoise et ses traditions (la scène du mariage, le rite du repas, les travaux dans la serre…).
Sans être le film du siècle, « Les filles du botaniste » procure de multiples sensations, à l’instar d’autres films sensitifs comme « L’odeur de la papaye verte » ou « L’empire des sens », et délivre une autre vision des coproductions sino-européennes s’axant sur l’érotisme  sensoriel et viscéral…
Une grande réussite…

Note : 9/10






samedi 11 avril 2015

Monty Python sacré Graal de Terry Jones et Terry Gilliam, 1975

MONTY PYTHON SACRE GRAAL
De Terry Gilliam et Terry Jones
Grande Bretagne
1975
Avec John Cleese, Terry Jones, Terry Gilliam, Eric Idle, Graham Chapman, Michael Palin
Film comique/aventures parodiques d’héroïc fantasy
89 minutes
Budget : 230 000 livres sterling
Recettes mondiales : 5 millions de dollars
Synopsis :
Angleterre, du temps des royaumes et des chevaliers…
Le roi Arthur cherche à pénétrer dans un château tenu par des français, il se fait rabrouer et le chambellan qui surveille l’accès à ce lieu lui refuse l’entrée…
Dépité, Arthur poursuit son chemin et se retrouve dans un village ravagé par la peste où une femme suspectée d’être une sorcière doit être lynchée et brûlée par les habitants…
Bientôt et au fil de ses rencontres Arthur fait grossir ses rangs en adoubant Sir Bedevere, Lancelot et Galahad avec une seule obsession en tête : atteindre Camelot, un royaume où l’apparition de Dieu dans le ciel lui confirme qu’il pourra trouver le Saint Graal…
Tim l’enchanteur qui garde une grotte les met en garde sur la présence d’un lapin tueur, le rongeur décimera une partie de « l’armée » d’Arthur qui aura recours à l’explosion de la sainte grenade d’Antioche pour mettre hors d’état de nuire le lapin…
Durant ses tribulations, Arthur croisera également  les guerriers qui crient « Ni » et même le conteur du film, un historien notoire avant que la police, au final, arrête tous les chevaliers et mette un terme définitif à toute cette aventure !
Mon avis :
Après le succès télévisuel de leur émission « Flying circus », les Monty Python remettent le couvert au cinéma avec cet inénarrable et délirant « Sacré Graal », produit en partie par les groupes Pink Floyd et Led Zeppelin sollicités par Gilliam et Jones mais n’ayant aucun droit de regard quant au scénario, les Monty Python restant libres comme l’air pour leur délire…
Le résultat est sans appel : ce film est un chef d’œuvre de dérision, une bombe comique et une réussite totale ! Dès le générique de début, on comprend que l’on a affaire à une bande de joyeux drilles avec cet humour british inimitable, à la fois décalé et iconoclaste…
Que ce soit de façon sémantique ou graphique, tout fait mouche à grands renforts de trouvailles qui feront date dans l’histoire du film comique (les noix de coco servant de bruitages pour le claquement du sabot des chevaux, le lapin égorgeur, la demande intempestive du jardinet par les "Ni", le pauvre historien qui se fait tuer, le combat épique à l’épée où les Monty utilisent même du gore comme levier à leurs délires !), toutes les possibilités pour déchainer les zygomatiques sont passées en revue, à grand renfort d’inventivité et de soin dans le rythme (mention spéciale à l’arrivée pendant la noce qui se cloture en carnage total)…
Le dialogue entre Arthur « King of the Britains » qu’il répète inlassablement au gardien du château est hilarant et s’imprègne immédiatement dans l’oreille attentive du spectateur…
« Monty Python, sacré graal » est l’influence majeure de la série « Kaamelott » mais aussi des Nuls ou d’autres comiques contemporains, il était là avant tout le monde, même six années avant « Excalibur » de John Boorman qui reprend la trame des personnages…
On est hilares du début à la fin du métrage et on a l’impression d’un lâchage total de la part des auteurs qui sont complètement partis en vrille et dont l’imagination fertile a permis d’articuler aventures, comique et franche déconnade…
Revigorant en tous points et culte dans l’ultime, « Monty Python sacré graal » garde son rythme de façon non stop, ne déviant jamais et conservant sa tonicité jusqu’à la dernière seconde…
Les critiques cinéma ne s’y sont pas trompés et ont consacré le film comme l’un des cinq meilleurs films comiques de tous les temps, d’ailleurs le succès fut unanime, asseyant la renommée des Monty Python et « démocratisant » leur humour mondialement…
Un classique absolu qui n’a rien perdu de sa verve et qui décoincera le plus aigri des spectateurs, une leçon d’humour et de délire à visionner impérativement et à prescrire en cas de coup de blues…

Note : 10/10






jeudi 9 avril 2015

L'ILE NUE de Kaneto Shindo, 1960

L’ILE NUE
de Kaneto Shindo
Japon
1960
avec Nobuko Otowa, Taiji Tonoyama, Masanori Horimoto, Shinji Tanaka
Chronique de mœurs/Drame
91 minutes
Edité en DVD chez Wild side
Synopsis :
Setonaikai, un petit archipel du Japon, au début des années 60…
La vie et le quotidien de Senta, le père de famille, Toyo, la mère et leurs deux fils, Taro et Jiro…
Les parents, obligés d’irriguer la terre aride de leurs cultures, font et refont des ballets incessants pour récupérer l’eau, ils se servent de longues tiges qui portent les seaux en bois, ce qui s’avère un travail très physique, la mère pliant sous le poids et s’écroulant de fatigue…
La pauvre femme sera giflée sans vergogne par son époux et devra reprendre la marche, un quotidien éprouvant et rude, une survie en somme…
Un jour, l’un des fils a un grave problème de santé, son frère le retrouve inerte dans le logement familial !
Mon avis :
Véritable classique du cinéma japonais dans le registre intimiste, « L’ile nue » est une œuvre relativement spéciale voire hermétique mais très aboutie au niveau plastique et technique…
Constitué de saynètes presque lunaires, le film décline la vie de tous les jours d’un couple de paysans voyageant d’un point à l’autre, comme résignés et forcés d’effectuer la même pantomime inexorablement…
L’arrivée dramatique qui va s’abattre brutalement sur l’un de leurs fils va, par conséquent, amplifier la douleur qu’ils ressentent et c’est surtout la mère qui va en faire les frais en explosant de tristesse…
Mais « L’ile nue » ne se contente pas de retranscrire fluidement leur désarroi car Kaneto Shindo a moins voulu axer l’exubérance que la pudeur dans son métrage pour faire apprécier au spectateur des décors fascinants et des plans soignés esthétiquement, au détriment d’un rythme pesant qui peut rebuter les cinéphiles peu habitués à la lenteur et à l’aspect répétitif…
On est plein cinéma d’auteur, sans aucun dialogue, mais avec un jeu des comédiens authentique et désabusé…
Film ne ressemblant à aucun autre, « L’île nue » possède la caractéristique d’être très singulier et reste réservé aux cinéphiles les plus ouverts et tolérants qui soient, ici les habitués de cinéma moderne n’y trouveront sans doute pas leur compte…
Restent aux autres de savourer le charme de la photographie, la sublime musique qui accompagne les séquences et l’intensité de certains passages (la découverte du petit garçon, le poulpe sous l’eau, la vision de l’île au crépuscule, le repas…).
Il est très courageux de la part de Wild side d’avoir fait l’effort de sortir ce film en DVD et cela sera l’occasion de le découvrir, très rare et aussi intimiste que d’une spécificité hors du commun…
Ne serait-ce que pour la richesse graphique qu’il comporte et la magnificence de sa trame scénaristique, « L’île nue » est à voir, à conserver religieusement pour tout spectateur en quête d’absolu, de beauté et de plénitude…
Note : 9/10






TAKEN de Pierre Morel, 2008

TAKEN
De Pierre Morel
2008
Avec Liam Neeson, Maggie Grace, Famke Janssen, Katie Cassidy, Olivier Rabourdin
94 minutes
Polar formaté
Budget : 19 millions d’euros
Recettes mondiales : 221 millions de dollars
Synopsis :
Etats-Unis, 2008…
Bryan Mills, un retraité des services secrets, est séparé de sa femme Lénore, qui a conservé la garde de leur fille Kim, une adolescente qui vient de fêter ses dix-sept ans…
Bryan accepte de jouer les agents de sécurité pour une chanteuse de pop music, il lui sauve la vie en neutralisant un déséquilibré qui tentait de la poignarder…
Peu de temps après et presque contre son gré, Kim lui annonce qu’elle veut partir à Paris avec une de ses amies…
Contraint mais méfiant, Bryan accepte…
Arrivée dans le logement parisien, des malfrats maltraitent et kidnappent Kim !
Bryan se rend immédiatement sur place pour retrouver la trace de sa fille, cette dernière a été enlevée et introduite dans un réseau albanais de prostitution…
Mon avis :
Produit et coécrit par Luc Besson, « Taken » premier opus met en valeur la performance de Liam Neeson sur un scénario cadenassé et sans âme…
Tous les codes « bessoniens » sont présents et fonctionnent à plein régime dans un métrage qui ne s’embarrasse pas de crédibilité (on peut citer des exemples à la pelle, comment l’agresseur de Sheerah a pu s’introduire dans le carré VIP ?, la fille de Neeson, normalement battue et droguée, pète la forme, la scène de la poursuite dans le chantier, soit les voitures tournent en rond soit la superficie du lieu est de dix kilomètres !)…
Et puis Famke Janssen joue comme une crûche, aucune motivation, aucun ton, aucune conviction lors des séquences où la famille se retrouve, c’est mal foutu, bancal, il n’y a aucune épaisseur dans les personnages, ce qui pourtant aurait dû être un minimum pour cette histoire qui aurait dû être une aventure humaine, la peur viscérale de perdre son enfant, tout a été passé à la trappe pour ne privilégier que l’action et la castagne…
Alors oui peut être ça reste honnête, les bagarres sont bien réalisées, Neeson a payé de sa personne lors des courses poursuites mais après que reste t-il ? Pas grand-chose…
De plus, « Taken » véhicule une idéologie malsaine limite fascisante (les Albanais sont en France soit pour profiter du système soit pour faire partie du banditisme parisien) et bien sûr les renseignements sont corrompus par un cheikh…
Ce qui cloche également c’est qu’après une cinquantaine de morts, Bryan ait pu reprendre son avion peinard et rentrer aux Etats-Unis !
Impossible dans la réalité, il se serait fait arrêter avant de quitter le territoire français !
Un métrage antipathique et convenu, reflet de TF1 et de M6 et leurs programmes décérébrés, Neeson cachetonne et ça se voit, les seconds rôles n’ont aucun relief, ce qui n’arrange rien et la violence appuyée du film la dessert plus qu’autre chose…
Encore une fois Besson a raflé le jackpot, décuplant la mise, mais sincèrement les regrets sont bien là, un réal comme John Woo aurait surement traité ce postulat avec plus de densité, Pierre Morel s’est juste contenté d’appliquer les « codes » dictés par son mentor et au final on obtient un mets indigeste et rance…
Note : 1/10






DIMMU BORGIR, retour sur Puritanical

DIMMU BORGIR, retour sur Puritanical (2001)
Edité chez Nuclear Blast
Puritanical Euphoric Misanthropia
Après quatre albums (For al tid, Stormblast, Enthrone darkness Triumphant et Spirit black dimensions) et un album de reprises (Goddless Savage garden), Dimmu Borgir sort l’artillerie lourde et signe ici son meilleur album…
Production titanesque, jeu de batterie incroyable, empathie instantanée et sonorité pure et lisible, Dimmu Borgir délivre un album riche et foisonnant, mélodique comme jamais ils n’avaient fait auparavant et d’une grâce cristalline…
Envoûtant du premier au dernier morceau « Puritanical Euphoric Misanthropia » outre un son très soigné, fait figure de masterpiece, que ce soit sur le plan de la technique que sur l’aspect onirique et « parlant » de ses compositions, un vrai travail d’orfèvre…
Jamais la batterie n’a autant résonné sur un album de black sympho, sauf peut être à l’instar du « Dusk and her embrace » de Cradle, les chants liturgiques sont exploités merveilleusement, notamment sur « Kings of Carnival Creation » et l’introduction « Fear and wonder » met dans l’ambiance instantanément, foudroyant l’auditeur et collant des frissons de manière hallucinante…
Un must total, la voix de Shagrath est métamorphosée et le son divin…
Rarement un disque de Black metal Symphonique n’aura sonné aussi juste, c’est du pur bonheur !

10/10


dimanche 5 avril 2015

Le jour se lève de Marcel Carné, 1939

LE JOUR SE LEVE
de Marcel Carné
1939
France
avec Jean Gabin, Arletty, Bernard Blier, Jules Berry, Jacqueline Laurent
Etude de moeurs/Drame
91 minutes
titre anglosaxon : Daybreak
dialogues de Jacques Prévert
décors d'Alexandre Trauner
édité en blu ray chez Studio Canal
Restauration effectuée par les studios Eclair
Synopsis :
Boulogne Billancourt, 1939...
François, un ouvrier, abat Valentin, un dresseur de chiens, la police n'arrive pas à le neutraliser...
Barricadé dans son modeste appartement, François, avant l'assaut, se remémore les raisons qui l'ont conduit à cet acte délictueux...
Françoise, la fille de Valentin, fleuriste, est tombé éperdument amoureuse de lui mais son père ne le voyait pas d'un bon oeil...
Clara, saltimbanque, assistante de Valentin, noue elle aussi une relation amoureuse avec François...
Sous les yeux de la foule, rassemblée dans la rue, François éructe de sa fenêtre...
L'amour impossible se conjuguant avec la mort et la malveillance, François se retrouve bientôt pris au piège, des artificiers passant par les toits pour lui envoyer des gaz lacrymogènes...
Assistant impuissante à ce spectacle navrant, Françoise s'évanouit...
Mon avis :
Faisant preuve d'une grande modernité dans ses cadrages et dans la construction de ses plans, "Le jour se lève" est un chef d'oeuvre absolu du cinéma français, tourné pendant et sous le contrôle du régime de Vichy (qui censura plusieurs scènes), il remporte l'adhésion du spectateur par le biais du jeu gracile des acteurs et la beauté à la fois crépusculaire et illuminante des deux comédiennes principales, Arletty et Jacqueline Laurent, symbolisant la lumière vénéneuse et salvatrice en même temps pour un Gabin/François qui ne demande qu'à les rendre heureuses, tiraillé par un Jules Berry odieux et irascible, malveillant et autoritariste...
Carné fait preuve d'une rigueur de traitement sidérante avec des séquences anthologiques magnifiées par les dialogues de Prévert (le passage du regard de Gabin qui illumine sa rencontre avec Françoise, le fait qu'ils soient tous deux orphelins, les animaux touchants lors du spectacle, la solidarité inoxydable des collègues de François), plusieurs thématiques humaines sont développées dans un métrage riche, empli de rebondissements et doté de qualités graphiques inouïes pour l'époque...
Les décors majestueux sont utilisés à très bon escient pour renforcer la sensation d'enfermement/étouffement qui coince Gabin, en panne de feu, et devant fumer cigarette sur cigarette, allumant sa zibiche avec le mégot de la précédente...
ON RESSENT le film, on le VIT littéralement avec ses méandres, son dédale de situations qui aboutit à un dénouement funeste et bouleversant, Carné a su tout capter magnifiquement en bénéficiant de la collaboration de Prévert, pointure de la poésie à la fois emprunte de réalisme et de tragique, mélangeant les surexpositions du visage de Gabin sur un environnement en même temps glacial et chaleureux...
C'est tout ce qui fait la charme du "Jour se lève", la pénétration graphique d'endroits à priori anodins qui vont s'imprégner et faire emboîter une histoire de folle passion, transcendée par cette quête d'amour absolu menant à la mort...
Ce monument du film français a pu obtenir un travail de restauration fabuleux de la part des laboratoires Eclair et tout devient surprenant à la rétine du spectateur tant le rendu est fascinant...
Fluide et envoûtant, "Le jour se lève" est un classique qui fait figure de révolution pour son époque et qui n'a rien perdu de sa verve, son charme opérant inexorablement, encore aujourd'hui...
Dédicacé à Pierre Jean Gabriel Bertrand, Frédéric Nury, Pierre Delafoy, Abel et Lucienne Bourdais, Louis et Marie Claude

Note : 10/10





samedi 4 avril 2015

THE BLUES BROTHERS de John Landis, 1980

THE BLUES BROTHERS
de John Landis
1980
Etats Unis
avec Dan Aykroyd, John Belushi, Cab Calloway, John Candy, James Brown, Twiggy, Ray Charles, Aretha Franklin, Carrie Fisher, Steven Spielberg, Charles Napier, John Lee Hooker, Matt Murphy, Henry Gibson, Steve Lawrence, Frank Oz
Comédie musicale jubilatoire
131 minutes
Budget : 30 millions de dollars
Recettes mondiales : 115 millions de dollars (uniquement entrées cinéma)
Synopsis :
Chicago, Illinois et ses alentours, début des années 80...
Jake Blues sort de la prison de Joliet où il a purgé une peine de trois ans d'incarcération qui, au départ, devait être de cinq ans mais il a été libéré pour bonne conduite...
Son frère Elwood vient le récupérer, les deux hommes sont sans le sou et végètent dans un hôtel crasseux, ils rendent visite à la soeur Mary Stigmata dite "la pingouine", gérante d'un orphelinat...
Elle leur apprend la mise en liquidation du lieu pour mise en demeure du trésor public si la somme de 5000 dollars n'est pas versée sous une dizaine de jours...
Jake a une "révélation divine" lors d'un concert donné par le révérend James, il va, avec l'aide de son frère, reformer son groupe, Les Blues brothers, pour rassembler la somme d'argent qui permettra la pérennité de l'orphelinat...
Les frères Blues partent en quête des anciens musiciens et doivent les convaincre...
Alors qu'il brûle un feu rouge, Elwood est pourchassé par la police dirigée par le shérif Burton Mecer...
Des néo nazis sont ridiculisés par Elwood et Jake et ils usurpent la place de Tucker Mac Elroy et son groupe "Les good ole boys" lors d'un concert donné dans un  bar...
Une fois les membres du groupe retrouvés et les Blues brothers reformés, Maury Sline, un ancien contact de Jake, parvient à leur trouver une salle pouvant accueillir 5000 personnes...
Pourchassés de toutes parts par leurs ennemis prêts à découdre, Jake et Elwood arrivent en retard lors de la représentation du concert...
Mon avis :
Il y a quelques films parfois, qui rien qu'à leur évocation sont synonymes de bonheur, de joie et de source inextinguible d'anti morosité, "Les blues brothers" fait partie de cette espèce rare, gravitant dans la bonne humeur du début à la fin, sans la moindre once de méchanceté et dévoué à donner du plaisir au spectateur...
Si vous avez le moral au plus bas, "Les blues brothers" est le meilleur anti dépresseur filmique qu'il vous faut ; que ce soit l'histoire (fédératrice, enjouée et bon enfant), les cascades et poursuites de voitures (filmées à 200 à l'heure), le jeu des acteurs (décalé, iconoclaste, bluffant et en aucun cas ridicule), la bande sonore (magique et entraînante), tout est en place pour faire oublier ses soucis et faire jubiler le spectateur, pris dans un tournoiement vrombissant étudié pour faire passer les 130 minutes sans le moindre ennui...
Un casting de choix avec des seconds rôles savoureux (mention spéciale à Twiggy, un top model britannique, Spielberg et son "back in 5 minutes" ou Charles Napier le "Good ole boy" bouseux à mourir de rire) tout est calibré pour devenir culte instantanément et dès les premiers visionnages, Landis a frappé fort, c'est peut être son meilleur film avec "Le loup garou de Londres" !
On se prend un panard monumental et ça n'arrête quasiment jamais, le rythme est tonique, l'histoire ne se prend jamais au sérieux, empruntant souvent le ton du délirant (le final avec le tank, le saccage du centre commercial, le bordel mis dans le restaurant, les vols planés de voitures de police...) pour appuyer l'humour déchaîné inhérent au métrage en employant des moyens logistiques colossaux (une soixantaine de voitures de police détruites pour le tournage)...
L'aspect mystique de la "mission pour le seigneur" a même valu à Landis que, le 19 juin 2010, le Vatican a reconnu le caractère divin de la mission des frères Blues...
Bref, "Les blues brothers" est une leçon de bonheur cinématographique et l'occasion de savourer des numéros d'acteurs et des séquences mémorables qui s'imprègnent de façon indélébile dans la rétine du spectateur, gorgé de jubilation et rasséréné par ce classique à visionner impérativement, comme un grand crû il se bonifie avec les années écoulées et le blu ray est d'une qualité irréprochable, permettant de le revoir dans des conditions optimales !
Un must absolu !

Note : 10/10