Open Watching

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samedi 28 octobre 2017

Vierges pour le bourreau de Massimo Pupillo, 1965

VIERGES POUR LE BOURREAU
de Massimo Pupillo
aka Max Hunter
1965
Italie/Etats unis
avec Femi Benussi, Mickey Hargitay, Walter Brandi, Alfredo Rizzo, Moa Tahi, Rita Klein
Film gothique fantastique
85 minutes
DVD édité chez Artus films
aka Il Boia scarlatto
aka Bloody pit of horror
Synopsis :
Un petit village d’Italie, au milieu des années soixante…
Daniel Parks, un directeur d’éditions de romans-photos accompagne toute une équipe de mannequins aussi bien féminins que masculins, ainsi qu’un photographe et Nick, un écrivain ; leur but est de trouver un endroit insolite où ils feront une série de clichés pour le magazine, Daniel Parks étant pris à la gorge et sa revue au bord de la faillite…
Les jeunes gens jettent leur dévolu sur un château de vieilles pierres qu’ils trouvent de manière fortuite et qui semble inoccupé, l’un des hommes présents escalade un muret et ouvre aux autres qui s’installent illégalement au sein du manoir…
Très vite, ils vont s’apercevoir qu’ils ne sont pas les seuls dans ce lieu et leur hôte, un homme très bizarre leur propose l’hospitalité uniquement pour la nuit ; il s’agit de Travis qui a flashé sur Suzy, un des jeunes mannequins, et qui a des desseins libidineux sur la jeune femme…
L’équipe se met en place et le photographe commence à prendre des clichés qui mettent en  scène les mannequins…
Travis reluque les superbes jeunes femmes lorsqu’elles sont dévêtues par les yeux d’une gargouille située sur le dessus d’une cheminée…
C’est alors qu’au prologue, on apprend que quelques siècles auparavant, un bourreau sadique qui avait violé des femmes vierges, fut tué et entreposé dans un sarcophage à piques, laissé pour mort, le bourreau est en fait reclus dans les caves souterraines du fameux château où se trouvent justement les mannequins et le photographe !
Lorsque deux hommes décident d’aller voler du vin dans les caves du châtelain, l’un d’eux renverse par inadvertance une hallebarde qui casse le cadenas du sarcophage !
Le bourreau légendaire se réveille et peut ainsi assouvir ses pulsions en commettant de nouveaux crimes sur les jeunes femmes…
Mais une révélation surprenante et inattendue va émailler le film d’un rebondissement, Travis, le châtelain, connaissait la présence du bourreau et cet homme est possédé lui-aussi !
Personne ne se méfie de lui, ce qui va amplifier le malaise et décupler les crimes !
Mon avis :
Tourné dans la foulée et à quelques jours d’intervalles avec « Cimetières pour morts vivants », ce « Vierges pour le bourreau » est un très sympathique cocktail d’épouvante et d’érotisme, pourvu de scènes de tortures et de passages scabreux…
Le passage de voyeurisme sur les filles à la plastique irréprochable n’est pas sans rappeler le reluquage de Perkins dans le « Psychose » d’Hitchcock sorti cinq années auparavant et l’ensemble se suit allègrement avec un personnage principal du « bourreau » particulièrement pervers et sadique ; il y a une très grande inventivité dans les instruments de torture et une grande application aussi bien pour les costumes que pour les décors…
Dès l’entame avec un prologue qui sera repris dans « Le vampire et le sang des vierges » de Harald Reinl (le cinéaste teuton nous a fait un copier coller flagrant !), on comprend que le sadisme sera inhérent au métrage et Pupillo, sous l’appui des producteurs américains, a mis le paquet pour respecter les codes du gothique, mais en pimentant l’intrigue avec l’originalité des mannequins et du photographe venus ici pour faire des clichés pour un roman-photo, ainsi ce ne sont pas juste des personnes lambda qui sont la cible du bourreau mais de frêles jeunes filles, ce qui, bien entendu, sera un bon prétexte pour dévoiler leurs plastiques et leurs charmes, les donzelles étant évidemment hyper sexuées et peu avares de leurs attributs…
Les protagonistes sont pour la plupart extrêmement couillons et le jeu de massacre engagé sera réjouissant, exactement comme l’avait fait Bava dans « L’ile de l’épouvante », ces idiots empreints de vénalité, le bourreau se fera un plaisir de les occire et le spectateur prendra part à cette annihilation, dans un mixage de stupre et de décadence (Pupillo sait y faire et ne recule devant aucun stratagème pour appuyer là où ça fait mal, avec un passage particulièrement osé où une pique lacère des tétons avec deux filles tournantes)…
Le scénario est très habile avec un rebondissement inouï vers le dernier quart d’heure que nul n’aurait soupçonné, aussi bien les pauvres victimes du film que le spectateur….
« Vierges pour le bourreau » est intrinsèquement hyper vintage et kitsch et c’est le témoignage absolu de films qui étaient projetés dans les cinémas de quartier comme le Ritz, le Colorado ou le mythique Midi-Minuit, par conséquent il rend honneur à ces lieux cultes et ravira les cinéphiles nostalgiques de ces petites productions fantastiques gothiques pas prétentieuses pour deux sous qui florissaient sur les écrans des salles obscures dans les années soixante soixante –dix….
Pur régal, « Vierges pour le bourreau » bénéficie d’un rythme soutenu et même de bagarres proches de la savate qui donnent ainsi une plus-value de tonicité à un film regorgeant d’énergie et de dynamisme…
Comme toujours, l’édition DVD de Artus films est impeccable, avec une image superbe et un travail d’orfèvre et un Alain Petit qui s’est surpassé dans les bonus et qui nous apprend des tas  de choses, ses informations sont une mine d’or et sa prestation cinéphilique immanquable !
Considéré à juste titre comme un film culte, « Vierges pour le bourreau » n’a rien perdu de son impact et s’impose même comme l’un des meilleurs fleurons du cinéma gothique transalpin du milieu des années soixante…
Un film que l’on n’oublie pas et qui reste indispensable à acquérir pour tout cinéphile fanatique de ce genre, la nostalgie amplifie l’empathie immédiate que l’on aura en le visionnant…
Note : 8/10

Dédicacé au camarade Frédéric Nury





dimanche 22 octobre 2017

STARGATE de Roland Emmerich, 1994

STARGATE
La porte des étoiles
de Roland Emmerich
1994
France/Etats-Unis
avec Kurt Russell, James Spader, Jaye Davidson, Alexis Cruz, Mili Avital
121 minutes
Fantastique/Aventures
Budget : 55 000 000 dollars
Recettes mondiales au box- office : 196 600 000 dollars
Synopsis :
Etats-Unis, milieu des années quatre-vingts dix…
Daniel Jackson, un éminent égyptologue, donne une conférence, les thèses qu’il développe semblent délirantes et l’assemblée décontenancée présente dans la salle quitte le lieu ; Jackson aurait découvert des codes permettant de rejoindre un univers parallèle !
L’armée s’intéresse à tout cela, le colonel Jack O’Neil, un militaire qui a perdu son fils se fait réintégrer et est missionné avec Jackson et quelques autres hommes aguerris pour traverser un champ magnétique, enfoui secrètement dans une base souterraine de l’armée américaine…
Lorsque ces hommes atteignent la « porte des étoiles », ils se retrouvent dans un endroit désertique ressemblant au Sahara…
Jackson trouve une sorte de chameau mutant puis les militaires découvrent Râ, un demi dieu et toute une population d’autochtones dont Skaara et Sha’uri…
Des êtres belliqueux terrorisent ces villageois et ont formé une base sous la forme d’une gigantesque pyramide d’où s’échappent des vaisseaux spatiaux…
Alors que les belligérants attaquent la ville de Nagada, O’Neil et ses hommes (avec l’aide de Jackson) comprennent qu’ils ont pour mission de sauver la population opprimée…
Une lutte sans merci est alors amorcée !
Mon avis :
Roland Emmerich ne s’est, une fois de plus, pas trop foulé et concentre surtout son film sur le spectaculaire, un peu comme aux jeux vidéos, au détriment de la psychologie des personnages voire même la direction d’acteurs (catastrophique), il n’exploite pas du tout le côté dramatique de la mort du fils de Jack O’Neil (Kurt « Snake Plissken » Russell, ici l’ombre de lui-même) qui aurait pu donner de la consistance à ce personnage et privilégie une histoire assez invraisemblable et souffrant de lacunes énormes (le langage des militaires est le même que certains des villageois et ils arrivent à communiquer !) ; Emmerich ne se préoccupe pas trop de la crédibilité du scénario et il y a un gros handicap : les dialogues très vulgaires et parfois débiles (« c’est parti mon kiki », « passe le bonjour à Toutankhamon, ducon ! », ça a beaucoup de mal à passer, même un gamin de CE2 n’aurait pas oser !)…
En fait, pour certaines séquences on est même proche du NANAR, la scène de la minuterie c’est tout ce qu’il ne faut pas faire dans un montage et Emmerich saute à pieds joints dans la connerie (le passage dure facilement un quart d’heure pour un compte à rebours programmé à sept minutes et on voit le compteur au moins dix fois à l’image, ça ne colle pas du tout et ça en devient risible !)…
James Spader semble distant de son personnage et éternue et se mouche en permanence (ça va cinq minutes), la mini love story avec la jeune autochtone ne tient pas la route et bien sûr, cliché absolu !, on a droit au baiser final, Emmerich bouffe à tous les rateliers et n’imprime jamais un style novateur, différent ; il ne fait que reprendre ce qu’il a vu dans d’autres films et, au final, reproduisant tous les poncifs du film d’aventures et de science – fiction, il n’apporte rien du tout au cinéma !
Et puis le film met un temps fou à rentrer dans l’action, il se réveille juste à sa moitié, au bout d’une heure !
Ce qui est hallucinant, c’est l’argent que « Stargate » a coûté : 55 millions de dollars, et aucune imagination ni qualité, mais il a tout de même rapporté quasiment quatre fois plus !
« Stargate » a hyper mal vieilli, même si, reconnaissons que les effets spéciaux sont assez bluffants, mais disséminés avec parcimonie dans le film…
Il y manque le relief d’un Spielberg ou d’un Carpenter, Roland Emmerich ne fait que débiter des scènes friquées sans la moindre âme et ne se préoccupe guère des protagonistes, il bourrine sur les passages impressionnants (il fait ça dans tous ses films, en fait) mais se contrefout de « l’humain », des relations humaines et de l’aspect humaniste…
Mais bon, vu que ça marche au box- office, Emmerich aurait tort de se poser des questions donc il continue à nous servir la même soupe, les mêmes films calibrés block busters et le public (le plus souvent des ados) suit…
Sur son dernier film, la suite de « Independence day » sortie en 2016, là par contre il s’est gamellé royalement et ce film annonce presque sa fin de règne !
Bref, il aurait vraiment dû faire des efforts mais apparemment, ça doit lui passer derrière la tête, son cinéma est creux, vide et toujours formaté de la même façon, quel dommage !
Malgré une ou deux scènes plutôt réussis (le passage dans l’hyper espace, la vision de la pyramide, les attaques des vaisseaux avec bombardements dans le sable), « Stargate » reste un film de bas niveau souffrant de ses clichés et demeurant très faible en densité…
Le seul avantage est qu’il est tout public, donc si vous avez des enfants, foncez, vous pouvez leur montrer ce spectacle !
Quant aux autres, les cinéphiles qui scrutent les moindres détails de la qualité d’un film, ils pourront vite s’apercevoir que cette qualité, justement, est absente…

Note : 3/10





RATMAN de Anthony Ascot, 1988

RATMAN
de Anthony Ascot
de son vrai nom Giulano Carmineo
1988
Italie
avec Nelson de la Rosa, David Warbeck, Janet Agren, Eva Grimaldi, Werner Pochath, Luisa Menon
82 minutes
Nanar fantastique
Musique de Stefano Mainetti
Edité en VHS chez Delta vidéo
Inédit en DVD en France
Produit par Flora films
aka Quella villa in fondo al parco
Synopsis :
Une ile des Caraïbes, milieu des années quatre-vingts….
Un savant fou résidant sur l’archipel a réussi à créer, lors d’expérimentations scientifiques de mutations avec des rongeurs, un être hybride, mi-rat mi-singe, le monstre s’échappe de sa cage ; un photographe d’une revue de mode a élu domicile avec quelques- uns de ses top models sur l’ile ; alors qu’il prend des clichés de Marlis, une des mannequins, celle-ci découvre une tête de cadavre ensanglantée coincée entre deux rochers ; le photographe lui interdit de prévenir les autorités…
Peggy, un autre mannequin, sera assassinée ; sa sœur Terry doit arriver sur l’ile  pour reconnaître le corps à la morgue ; lors de sa venue à l’aéroport, elle sympathise avec Fred Williams, un écrivain ; Terry lui explique la situation et cela intéresse Fred, qui souhaite faire un article de tout cela…
Arrivée à l’institut médico-légal, Terry ne reconnaît aucunement les cadavres que la police lui présente, ce n’est pas le corps de sa sœur !
Marlis se fait agresser un soir, serait-ce donc ce mystérieux monstre mi-rat mi-homme ?
Les meurtres vont bon train et la police semble impuissante à élucider les crimes !
Fred Williams et Terry décident de mener eux –mêmes l’enquête, ce qu’ils vont découvrir est surprenant !
Mon avis :
Oulala mais c’est le bordel complet ce « film » !
Le Ratman ne fait pas peur du tout et semble totalement inoffensif, on lui met un coup de tatane et il dégage, non là vraiment « Ratman » c’est le pur gros nanar qui fait plus se bidonner que frissonner, on est au quarantième sous-sol du film grindhouse et on se demande encore ce qu’un acteur comme David Warbeck est venu faire dans une purge pareille !
L’avantage c’est qu’au moins on rigole et ce, dès le début, avec la séquence des photos sur la plage et la « découverte » de la tête de mort entre les rochers (le maquilleur on se demande où ils l’ont recrutés !) ; dialogues ineptes, scénario inexistant et continuité de l’histoire anarchique, « Ratman » est une insulte au film bis transalpin et les flics passent vraiment pour des blaireaux…
Quant à la photo du film on dirait que le budget a été cramé au bout de deux jours et qu’on a coupé l’électricité, dans « Ratman » 70 % se déroule de nuit et on y voit absolument que dalle !
Très peu de gore et des meurtres hors champs et indiscernables, si vous vous attendiez à de l’horreur, passez votre chemin ; « Ratman » est un film hyper mal branlé, même sur les séquences d’attaques du Rat on voit bien que la personne qui se fait agresser soulève et maintient l’acteur Nelson de la Rosa qui n’a juste qu’à bouger les jambes, du foutage de gueule à ce niveau tient de l’anthologique, il n’y a bien que les Italiens pour oser pondre un truc pareil !
Summum du ridicule, le « Ratman » se fait surnommer « Ratounet » (sic) par le savant qui l’a créé, c’est vraiment la poilade totale !
Bien sûr, il y a la belle Eva Grimaldi qu’on voit à poil de fond en comble dans une  scène de douche totalement gratuite et habituelle pour ce genre de grindhouse movie (comme Alexandra delli Colli dans « Zombie Holocaust »), David Warbeck fume clopes sur clopes, Janet Agren reste inexistante et son jeu est hyper fade et le final c’est juste du portnawak (« Ratounet airlines » mieux que la Lufthansa ou Easy jet), non là franchement on touche le bas de gamme du film d’exploitation…
Pas étonnant que « Ratman » ne soit jamais sorti en DVD dans l’hexagone, c’est pas près d’arriver qu’un éditeur se hasarde à le mettre en circulation tant ce film est nul et surtout affreux techniquement, si encore il y avait eu une recherche dans la manière de filmer ou une application quelconque dans les plans, ici c’est un zéro pointé !
Complètement nul et petit plaisir coupable pour les cinéphiles qui n’ont rien d’autre à se mettre sous la canine, « Ratman » souffre d’une sévère vacuité et n’a aucune qualité, à part le fait de déclencher les zygomatiques à quelques passages du visionnage, pour le reste on a un écran noir ou très sombre et quasiment que dalle !
A fuir lourdement !
Note : 1/10






dimanche 15 octobre 2017

A l'origine de Xavier Giannoli, 2009

A L’ORIGINE
de Xavier Giannoli
2009
France
avec François Cluzet, Emmanuelle Devos, Gérard Depardieu, Soko, Vincent Rottiers
130 minutes
Etude de mœurs
Production Europacorp
Synopsis :
Une ville des Hauts de France, fin des années deux mille…
Paul, un homme d’une cinquantaine d’années, est en fait un escroc, il usurpe des identités d’autres personnes et se fait appeler Philippe Miller, après avoir détourné le nom d’un cadre d’une société…
Se faisant passer pour un commercial, Paul/Philippe Miller a une technique bien rodée : il choisit des partenaires dans le bâtiment et leur fait miroiter l’exclusivité du contrat et une remise si ces derniers lui versent un bakchich ; par ce stratagème, Paul escroque des tas de personnes et l’argent qu’il gagne indument est caché dans un coffre- fort dont lui seul a l’accès…
C’est alors que Paul se trouve pris dans un imbroglio, la société qu’il est censé représenter passe un contrat avec une ville pour la construction d’une portion d’autoroute !
Pris au dépourvu, Paul fait mine d’accepter le deal et Stéphane, la maire de la commune, tombe amoureuse de lui, il a un physique plutôt attrayant…
Monika, la jeune femme de chambre de l’hôtel où séjourne Paul, comprend que celui-ci a besoin d’embaucher du monde pour son projet…
Dès lors, cela fait boule de neige et les curriculum vitae arrivent par dizaines entre les mains de Paul ; Nicolas,  le petit ami de Monika, Louis, futur chef de chantier et des dizaines d’autres seront embauchés par Paul/Philippe Miller…
Un soir, Miller participe à un match de hand ball avec la maire Stéphane et un banquier.
Abel, un de ses anciens créanciers et gangsters, le remarque à la télévision…
Le subterfuge de Paul est dévoilé au grand jour et la banque lui assigne de rembourser ses dettes, son histoire d’amour avec Stéphane capote et Abel le retrouve pour se venger…
La seule issue pour Paul semble être la prison et tous les salariés entubés ont la rage contre lui, malgré que quelques dizaines de mètres de l’autoroute aient été bâtis…
Mon avis :
Malgré que le tournage fut chaotique et que Giannoli ait été exécrable avec l’équipe, « A l’origine » est une belle réussite pour le cinéma hexagonal, il aborde des thèmes comme la manipulation, l’usurpation d’identité, l’escroquerie et la mythomanie de façon frontale et très juste, servie par des comédiens talentueux (Cluzet est d’une froideur à couper le souffle et Emmanuelle Devos est parfaite en veuve maire d’une petite ville sur le déclin), même les seconds rôles donnent une tonalité réaliste à leurs personnages et Depardieu, comme toujours, est impérial…
Un grand sens de la mise en scène est développé pour les séquences de la construction de cette fameuse autoroute et il semble que Giannoli se soit parfaitement documenté, le spectateur croit à tout et manifestement cela n’a pas dû être simple à réaliser…
A aucun moment nous n’avons d’empathie pour Cluzet car il est désigné d’emblée comme le pire des salopards et cette impression ne fera que s’accentuer, au fil que le film avance…
Le voir lire les CV des pauvres chômeurs alors qu’il sait très bien qu’il va les exploiter et les mettre encore plus dans la panade a un côté encore plus perturbant, Giannoli a pris le soin d’un réalisme appuyé et nous montre bien l’envers du décor, la misère et la souffrance de pauvres gens dans le dénuement, cela fait peine à voir…
Stéphane, la maire et Monika, la femme de chambre, sont les éléments féminins du film et Giannoli reste exemplaire et pudique, les deux femmes sont intègres et aucun cliché machiste ne vient parasiter le film (la scène d’amour entre Cluzet et Emmanuelle Devos est belle et finit sur le malaise, eu égard au personnage de Cluzet)…
Le personnage de Miller choisit souvent la fuite et les silences perpétuels de Cluzet lorsqu’on l’interroge en disent long sur son degré de mythomanie, mais avec un pouvoir de persuasion tel qu’il parvient à convaincre et entuber tout le monde…
Depardieu arrive comme un cheveu sur la soupe mais c’est lui, en plus du banquier, qui fera se rendre à l’évidence tous les gens floués par Cluzet…
« A l’origine » est un excellent film, exigeant et appliqué, il est tiré d’une histoire réelle et au générique final, on nous explique ce que sont devenus les protagonistes de l’histoire…
Bref, un film à voir, ne serait-ce que pour la performance de Cluzet, qui tient ici peut- être un de ses meilleurs rôles, avec aussi « L’enfer » de Claude Chabrol, il est un acteur exceptionnel…

Note : 8.5/10





Elephant de Gus Van Sant, 2003

ELEPHANT
de Gus Van Sant
2003
Etats-Unis
avec Alex Frost, John Robinson, Elias Mc Connell, Eric Deulen, Carrie Finklea
78 minutes
Chronique sociale
Palme d’or au festival de Cannes 2003
Budget : 3 000 000 dollars
Synopsis :
Une ville des Etats-Unis, début des années deux mille…
Le film narre la vie des lycéens Alex, John Mac Farland, Elias, Eric et Carrie, nous montrant les endroits du lycée, que ce soit la bibliothèque, la cafétéria, les salles de classe ou les conservatoires où répètent les élèves ; trois jeunes filles sont anorexiques et se font vomir dans les toilettes après leur repas, un des jeunes garçons est passionné de photographie et prend occasionnellement des clichés des camarades qu’il rencontre ; un des jeunes a un père alcoolique et s’occupe de lui en le ramenant en voiture, de jeunes lycéennes tombent amoureuse d’un garçon mais celui-ci a une petite amie jalouse et bagarreuse, une lycéenne refuse de s’habiller en short pour les cours de sport…
Puis viennent les personnages d’Alex et Eric, deux jeunes mal dans leur peau et fans de jeux vidéo violents…
Alex et Eric commandent des armes par internet et préparent une fusillade dans le lycée ; dès la livraison des fusils automatiques, lourdement armés, Alex et Eric prennent la direction du lycée après en avoir étudié le plan dans les moindres détails…
A leur arrivée, les deux jeunes tirent sur tout ce qui bouge et commettent l’innommable !
Mon avis :
Tourné en vingt jours et d’une durée atypique (soixante- dix- huit minutes), « Elephant » est un film phénoménal qui restera une œuvre charnière dans l’histoire du septième art, Gus Van Sant a fait preuve d’une technique narrative et visuelle sidérantes, il explose les codes de tout ce qu’on avait vu dès lors et signe un film d’une beauté, d’une singularité autant bouleversante que terrifiante…
Van Sant choisit de filmer à plusieurs caméras positionnés différemment les plans du film, du coup la continuité de ce dernier fait répéter certaines séquences, mais à des niveaux différents, c’est une technique très peu utilisée et qui donne une efficacité, un pouvoir d’attraction au film absolument bluffants !
Des fois on se dit « mais comment a-t-il fait ? », tout tombe pile poil, c’est orchestré et millimétré de façon grandiose, la caméra (souvent en steadycam) file le long des couloirs, des pièces du lycée et tout est à la perfection, Van Sant nous balade littéralement, c’est NOUS la caméra subjective, on est derrière chaque personnage, comme un ŒIL qui le suit…
A ce degré et ce niveau- là de cinéma, c’est du pur GENIE, on pénètre dans ce lycée par une porte, on entre dans une pièce, puis dans une autre, les scènes de foule (la cafétéria) sont vraiment parfaitement formatées au cinéma- vérité, « Elephant » est un régal de technique, peu de films sont allés aussi loin que celui-ci dans l’aspect technique, peut- être « L’année dernière à  Marienbad » qui possède des similitudes avec « Elephant »…
Puis vient la gravité, la grenade qui va tout faire péter : les personnages d’Alex et Eric, les deux tueurs ; deux adolescents paumés et perturbés, pris pour cibles par leurs camarades, Van Sant les suit méthodiquement, il montre TOUT, leur commande par internet, les jeux vidéos violents, la réception des armes à leur domicile et même leur homosexualité présumée lorsqu’ils s’embrassent, nus sous la douche….
Très réalistes et imparables dans leurs réalisations, les scènes de fusillades sont éprouvantes aux larmes, « Elephant » est doté d’une immense capacité émotionnelle et je peux vous dire qu’on sort du visionnage dévasté, abasourdi et collapsé…
« Elephant » est un film miraculeux que peu d’autres metteurs en scène réussissent à pondre au moins une fois dans leur carrière…
Un film coup de poing, une oeuvre essentielle du cinéma, à voir impérativement en tant que cinéphile, Gus Van Sant a atteint un niveau quasi-parfait avec « Elephant »…
Note : 10/10







Street trash de Jim Muro, 1987

STREET TRASH
de Jim Muro
1987
Etats-Unis
avec Bill Chepil, Mike Lackey, James Lorinz, Jane Arakawa, Vic Noto
102 minutes
Splatter gore décalé
Scénario de Roy Frumkes
Effets spéciaux de Jennifer Aspinall
Synopsis :
Une métropole américaine, milieu des années quatre-vingts…
Dans la rue et à proximité d’une casse d’automobiles, errent et survivent des SDF tous plus repoussants les uns que les autres ; Fred et Kevin sont deux adolescents déjà à la rue et Wendy, la secrétaire du casse, une jolie fille d’origine asiatique, les a pris sous son aile, l’affection qu’elle leur témoigne n’est pas du goût de son patron obèse et libidineux…
Un jour, le tenancier d’un magasin découvre, derrière un faux mur, une caisse de liqueur appelée « Viper » ; pensant que ce serait exploitable pour les clients les moins fortunés, il décide de vendre la bouteille à un dollar…
Lorsque le premier clochard ingurgite la liqueur, celui-ci se décompose et vomit un liquide jaunâtre ; un golden boy qui passait sur le trottoir se reçoit le vomi et meurt avec le visage rongé par l’acide ;Bill, un commissaire de police qui passait par là, est pris à partie par des passants, il se doit de résoudre cet affreux problème ; des cadavres de SDF sont retrouvés par ci par là et la liqueur Viper semble être la cause de toutes ces atrocités !
Un clochard de la casse automobile est un ancien vétéran du Vietnam, il fait des cauchemars horribles et a des visions de vietcongs venant le trucider ; Wendy, la secrétaire, manque de se faire violer et le premier clochard qui a trouvé l’alcool « Viper » comprend que cette boisson a des effets ravageurs, il décide de s’en servir comme « arme » pour se venger d’autres clochards et leur fait ingurgiter la potion fortuitement…
C’est le carnage total et la police est impuissante !
Mon avis :
Unique film dans la carrière de son réalisateur Jim Muro, « Street trash » est devenu quasiment dès sa sortie en salles en 1987 un film culte…
Il faut dire que Muro a mis le paquet dans les effets gorasses et n’a reculé devant rien dans le mauvais goût mais avec un côté jubilatoire et totalement barré dans la réalisation…
Il use et abuse de la steadycam, caméra sur l’épaule et cela amplifie le côté tonique du métrage, ça va à toute vitesse et l’ensemble est convaincant, bardé de séquences inoubliables et de moments de bravoure indélébiles, même si le film est à réserver à un public adulte et averti…
« Street trash » c’est une heure quarante de délires, de plans séquences marrants et franchement osés (le sexe qui vole, les clodos tous plus immondes les uns que les autres, le gros porc lubrique de la casse automobile, le golden boy encastré dans le pare-brise) mais à aucun moment on ne s’ennuie !
La scène du vol de poulet dans la supérette avec la vieille qui alerte l’agent de sécurité est sincèrement jubilatoire et « Street trash » est moins un film de terreur qu’une farce comique…
Muro a parfaitement calibré sa mise en scène et sait où il met les pieds même si, plus tard, il reniera son film et sera même embrigadé dans une secte non-violente ( !), mais son talent est bel et bien là puisqu’il participera à d’illustres films comme « Terminator 2 » tourné quatre ans plus tard, grâce à ses dons de techniques de travellings…
Il y a quand même un aspect grave avec le clochard ancien du Vietnam et ses souvenirs atroces et un passage assez trash avec un viol collectif, ou du moins, une tentative…
Jennifer Aspinall a fait des prouesses au niveau des effets spéciaux et elle n’a rien à envier à des cadors comme Tom Savini ou Gianetto de Rossi ; Muro a contourné la loi en mettant des couleurs bariolées à la place des giclures de sang, ceci désamorçant le côté hémoglobine pure et faisant mieux passer la pilule au spectateur, même si ça reste franchement dégueu…
Authentique film « gore qui gicle » et bonheur pour cinéphiles, « Street trash » est un chef d’œuvre du genre, qui fait honneur à sa catégorie par son originalité et la vigueur qu’il déploie, aussi réjouissant que repoussant et empreint d’une folie ambiante rarement vue au cinéma…
Ceux qui aiment John Waters, Lucio Fulci et les films décalés, « Street trash »  c’est ce qu’il vous faut ;  à voir entre potes avec un pack de bières mais sans trop forcer sur la pizza, sinon vous risqueriez de la régurgiter !
« Street trash » le LOL WTF movie par excellence ! et le générique final vaut son pesant de cacahuètes !
Note : 8/10







mardi 10 octobre 2017

Les enfants du paradis de Marcel Carné, 1945

LES ENFANTS DU PARADIS
de Marcel Carné
1945
France
avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casarès, Marcel Herrand, Pierre Renoir
Drame flamboyant
181 minutes
Scénario et dialogues de Jacques Prévert
Décors d’Alexandre Trauner
Musique de Joseph Kosma
Box- office en France : 4 700 000 spectateurs
Film classé au patrimoine mondial de l’Unesco
Synopsis :
Ménilmontant, 1828…
Garance est amoureuse de Jean-Baptiste Debureau, un pantomime, mais son histoire affective se complique car Frédérick Lemaitre, un illustre acteur de théâtre qui souhaite monter une adaptation d’ »Othello » de Shakespeare, est destiné à Garance, qui est tiraillée entre les deux hommes…
Finalement Nathalie, une autre comédienne, elle aussi très belle, se mariera avec Frédérick quelques temps plus tard, de leur union naitra des enfants ; Pierre-François Lacenaire souhaite condamner Garance pour un supposé vol de montre alors que cette dernière n’y est pour rien ; accusée à tort, Garance devra son salut à une carte de visite du comte de Montray, un notable, sans doute amoureux d’elle, qui l’a pris sous sa protection…
Garance retrouve Jean-Baptiste et sa vision amoureuse refait surface, elle est confrontée à un dilemme ; Jean-Baptiste semble être l’incarnation de l’homme idéal pour Garance mais leur relation est toujours parasitée…
Frédérick Lemaitre finit par monter la pièce de « Othello », Garance remonte elle aussi sur les planches…
Le film suit les chassés croisés amoureux des protagonistes avec une poésie et une finesse qui fera que l’on s’attache aux personnages, ceux-ci à la fois distants et proches de la réalité, dans un Paris du début du dix- neuvième siècle finement reconstitué…
Mon avis :
Film fleuve, « Les enfants du paradis » est considéré comme l’œuvre la plus importante de tout le cinéma français et la puissance de sa réalisation ainsi que la modernité avec laquelle ce film a été tourné en font un chef d’œuvre absolu…
Il s’agit d’une histoire d’amour entre deux artistes, l’une comédienne, l’autre pantomime et le résultat s’avère bouleversant, mettant en exergue la quête de la liberté et l’impossibilité de s’aimer librement ; Carné témoigne d’une grande sensibilité et s’applique à rendre crédible la vie des comédiens en mettant en parallèle leur vie sur la scène et leur quotidien dans le Paris du début du dix-neuvième siècle…
Gravitant dans le monde du spectacle, les personnages de Garance, Frédérick et Jean-Baptiste s’entrechoquent par le biais de situations arrivant de façon fortuite ou anodine ; lorsque Garance est accusée du vol d’une montre, elle ne se doute pas que sa vie va basculer, quant à Baptiste, mime muet, il semble déconnecté des situations et pourtant tout vient de lui, c’est lui la pierre angulaire du film qui va faire le bouleversement amoureux vis-à-vis de Garance…
A ce titre, la mise en scène de Carné, servie par les dialogues intemporels de Prévert, joue sur plusieurs registres, tantôt dynamique tantôt contemplative, le résultat créée ainsi une apothéose inédite dans le septième art, le spectateur est baladé entre des séquences très toniques (les représentations au théâtre des funambules, vrombissantes et enjouées) et des investigations, notamment de Garance, en quête de l’amour absolu mais revenant toujours à ses prémices amoureux avec le personnage de Jean –Baptiste…
Œuvre titanesque empreint d’une grande humanité, « Les enfants du paradis » est doublement méritant puisque certains techniciens ou musiciens étaient recherchés par la Gestapo, mais Marcel Carné a pris le risque immense de les intégrer à l’équipe du film dans la clandestinité la plus totale (Alexandre Trauner pour les décors et Joseph Kosma pour la musique), cette diversité et prise de risque rendent le film encore plus attachant et Arletty demeure une icône absolue de la féminité d’après-guerre…
Jean-Louis Barrault est bouleversant dans le rôle du mime Jean-Baptiste et chacune de ses apparitions envoûte tout comme elle émeut ; Pierre Brasseur en artiste confirmé fanatique de Shakespeare voulant jouer « Othello » donne une prestance et un charisme foudroyant lui aussi…
Novateur dans son fond comme dans sa forme, « Les enfants du paradis » a, de plus, des qualités techniques indéniables et folles pour son époque, on note un plan séquence de deux minutes avec une double symétrie, des passages avec la foule filmés de haut (un peu comme dans « Un jour se lève ») et des mouvements de caméra brillantissimes…
Témoignage absolu du patrimoine tricolore en matière de cinéma, « Les enfants du paradis » est un chef d’œuvre inoubliable et incandescent, pièce maitresse incontestée et pur chef d’œuvre ; il convient de le visionner absolument pour enrichir sa culture de cinéphile et pour admirer le cinéma de Carné, unique et grandiose…
Une pure merveille !

Note : 10/10







samedi 7 octobre 2017

Un tueur dans la foule de Larry Peerce, 1976

UN TUEUR DANS LA FOULE
de Larry Peerce
1976
Etats-Unis
avec Charlton Heston, John Cassavetes, Gena Rowlands, Beau Bridges, Robert Ginty, Pamela Bellwood, Larry Manetti, David Janssen, Martin Balsam, Marilyn Hassett, Jack Klugman, Mitchell Ryan
115 minutes
Polar catastrophe
aka Two minutes warning
Blu ray édité chez Elephant films
Synopsis :
Années soixante-dix, Californie…
Du haut d’un immeuble, dans la chambre de son appartement, un homme que l’on ne voit jamais tire volontairement sur un couple de cyclistes, abattant l’homme qui en faisait partie ; parallèlement à ce meurtre, un match de football américain entre Baltimore et Los Angeles a lieu au stade du Coliseum de Los Angeles, le tireur du début du film se rend au stade et, après avoir neutralisé les chiens et passé ni vu ni connu, il se poste au sommet, juste au- dessus du panneau d’affichage du score…
Plusieurs portraits des gens qui font partie du public sont dévoilés lors de la première partie du film, ainsi on trouve Mike Ramsay et sa femme Peggy, accompagnés de leurs deux jeunes enfants, Lucy une très jolie jeune femme venue avec son époux mais qui se fait draguer par un autre homme, voisin à la place qu’elle occupe ; il y a également Janet et son mari qui se chamaillent en permanence, un joueur invétéré qui doit une forte somme d’argent à un de ses créanciers qui l’a menacé de mort, un prêtre qui a fini son office et un couple de pickpockets…
Le capitaine Peter Holly supervise la sécurité du stade en trinôme avec le sergent Button, responsable des forces spéciales SWAT et Sam Mac Keever, le directeur du stade, qui accompagne Peter Holly…
C’est alors qu’une caméra repère le tireur et arrive à déterminer où il se trouve !
Mac Keever ne veut pas faire d’histoire et refuse de faire évacuer le stade (il y a  quatre- vingt dix mille spectateurs !), Holly fait intervenir la SWAT mais l’un des membres de l’unité d’élite ne parvient pas à tuer le tireur, il le blesse juste !
Fou de rage et armé de plusieurs dizaines de cartouches, le sniper fait alors un carnage et tire au hasard sur la foule, la panique gagne les spectateurs…
Mon avis :
Pur prototype du film catastrophe américain des années soixante-dix, « Un tueur dans la foule » est un film doté d’une efficacité indéniable avec une intrigue couillue et violente, cela se voit dès le début et Larry Peerce, extrêmement habile dans sa mise en scène, ne dévoile pas le visage du tueur mais utilise de façon pléthorique le concept de la caméra subjective, ce qui renforce le côté anxiogène du film et amplifie ainsi le malaise pour le spectateur, pris en tenaille et mis devant le fait accompli, Peerce ne fait pas de détail…
Le film se scinde en quatre segments dans son déroulement : le prologue avec le sentiment que le tueur est très dangereux et son arrivée au stade, un passage avec la description des protagonistes faisant partie du public (elle peut paraître longue, une heure de durée !), le repérage du sniper par la police et son intervention pour stopper le tueur avec les tirs nourris sur la foule et l’épilogue, très court…
Peerce met le paquet sur le personnage burné du capitaine Holly incarné par un Charlton Heston en grande forme mais le film souffre de répliques homophobes (« on va les avoir ces pédés ») pas toujours bienvenues et limite fascisantes, l’ensemble se suit bien et on est pris en immersion dès le début du film pour ne jamais décrocher jusqu’au final…
Les comédiens, que ce soit les rôles principaux ou les figurants (on y retrouve même Robert « White fire » et «  Exterminator » Ginty dans un rôle très fugace de  vendeur de chapeaux) sont parfaits et donnent de l’amplitude et de la consistance au métrage, Peerce créant une empathie pour eux de la part du spectateur, du coup, lorsqu’il y a les tirs, on ne sait pas qui va y passer ou qui restera en vie, perturbant ainsi cette même empathie et déstabilisant considérablement celui qui visionne le film, il faut avoir le cœur bien accroché !
La continuité du film est hyper méthodique, tout comme le tueur lui-même lorsqu’il monte son fusil à lunettes et se prépare à commettre un carnage, les scènes de paniques et de foules sont dantesques et épiques et témoignent d’une excellente mise en scène et d’un montage qui n’a pas dû être simple (le film a été nominé aux Oscars pour le meilleur montage), l’histoire et la réalisation forcent vraiment le respect et « Un tueur dans la foule » est un must dans le genre mix polar/film catastrophe/drame…
Doté d’énormes qualités et quand même assez violent, « Un tueur dans la foule » est un film inoubliable, qui marque les esprits des cinéphiles par la force abrupte qu’il déploie et qui s’avère passionnant pour tout amateur de polars…
On prend un réel plaisir à son visionnage et on en a pour son argent…
Le combo DVD/Blu ray sorti chez Elephant films est de très grande qualité et il faut saluer l’initiative de cet éditeur qui exhume un film dans des conditions optimales qui satisferont les cinéphiles à coup sûr…
Petite bombe, « Un tueur dans la foule » n’a pas vieilli et garde toujours son aura, il s’est même bonifié avec le temps (quarante années au compteur tout de même !) et la dynamique employée et déployée est restée intacte !
Une tuerie à voir et revoir sans aucune modération !

Note : 10/10







dimanche 1 octobre 2017

Team America de Trey Parker, 2004

TEAM AMERICA
World police/Police du monde
de Trey Parker
2004
Etats unis
Film avec des marionnettes
Avec les voix de Trey Parker, Matt Stone, Kristen Miller, Daran Norris, Phil Hendrie
98 minutes
Aventures/comédie
Budget : 30 000 000 dollars
Recettes mondiales : 50 907 422 dollars
Recettes aux Etats-Unis : 32 786 074 dollars
Synopsis :
Un attentat terroriste terrible détruit la quasi- totalité de la ville de Paris, non pas uniquement à cause d’une valise piégée des djihadistes sur place mais également par la maladresse de la Team America, une unité d’élite venue les neutraliser…
Spottswoode, le chef de la Team America, décide de prendre le taureau par les cornes après ce fiasco et rencontre Gary Johnston, un artiste qui fait partie d’une comédie musicale sur le Sida ; Spottswoode souhaite embaucher l’acteur pour qu’il s’infiltre au Moyen Orient afin d’intégrer la base terroriste de djihadistes et fournir des informations à la Team America…
D’abord réticent, Gary finit par accepter ; il est présenté aux autres membres de la Team America et Lisa, une des femmes faisant partie de cette élite, tombe instantanément amoureuse de lui…
Maquillé en djihadiste et prêt à accomplir sa mission, Gary manque d’être tué lors de l’intervention…
C’est alors que la base des Team America est pulvérisée, Spottswoode, s’y trouvant, est laissée pour mort dans les décombres !
Ce n’est autre que le réalisateur Michael Moore qui s’y est fait sauter en commettant un attentat kamikaze !
La situation et les missions de la Team America se compliquent lorsque Kim Jong Il, à la tête de la Corée du nord, s’allie avec les acteurs engagés politiquement d’Hollywood afin d’éradiquer la Team !
Les membres de Team America ont tous été kidnappés, seul Gary, devenu alcoolique et déprimé au plus haut point, est resté aux Etats-Unis, où il écume les bistrots et passe son temps à vomir…
Reprenant du poil de la bête en découvrant que Spottswoode a survécu à l’attentat, les deux hommes font un pacte, si Gary fait une fellation à Spottswoode, celui-ci l’aidera à sauver les autres membres de la Team…
Gary accepte !
Mon avis :
Film de marionnettes initié par Trey Parker, le génial créateur de la série animée « South Park » qui connut un succès planétaire, ce « Team America, police du monde » est une bombe de politiquement incorrect balancée à la figure d’Hollywood et de ses acteurs stars…
Iconoclaste et irrévérencieux, « Team america » est un film qui déborde d’une énergie folle et d’un humour ravageur mais pas empreint d’une méchanceté pour faire de la méchanceté, ici Trey Parker concasse les codes du bien- pensant et établit un gros portnawak pour appuyer sa théorie de l’accaparement du star système dans les médias et… il a raison ! « Team America » fait un bien fou et sort des sentiers battus, c’est un OVNI du film d’animation, doté d’un culot incroyable et qui ose quasiment tout (le film n’est pas tous publics, attention !)…
C’est surtout le travail qui a dû être accompli pour mettre en scène « Team America » qui est bluffant (on le voit dans les nombreux bonus du DVD) et les moyens financiers (30 millions de dollars ! ce n’est pas rien) pour donner un résultat à la hauteur des attentes du spectateur ; les techniciens lorsqu’ils ont lu le scénario étaient épatés mais se disaient que cela allait être extrêmement difficile à mettre en images !
Et là : PAS UN EFFET NUMERIQUE, tout est créé manu militari et soyons clairs, c’est un boulot d’orfèvre qui rend le film passionnant…
« Team America » est un pamphlet au vitriol qui se sert de l’action de ses scènes comme levier pour amplifier l’intérêt de son propos politique (et oui le message est clair : Hollywood manipulerait les politiques avec ses « acteurs » qui prennent des positions en dehors de ce qu’on leur demande), Trey Parker en avait par-dessus la tête de ces leçons de morale des Clooney, Damon et autres Susan Sarandon, du coup il s’est dit qu’il fallait mettre un bon coup de pied dans la fourmilière et il a bien raison : il fait un carton avec « Team America » film bien plus visionnaire et futé qu’il n’y parait et renvoie tous ces guignols de l’establishment dans leur ridicule ; « Team America » est un film très osé et les acteurs cités (contre leur gré) ont fait la tronche une fois le film sorti sur les écrans…
Le fond et la forme sont alors poussés au summum et Parker n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, le résultat est époustouflant ; certes il intègre des éléments graveleux pas toujours bienvenus (la scène de fellation, hors champ, la séquence de copulation entre Gary et Lisa –amputée par la censure française qui incluait un passage de scatophilie- !) mais l’ensemble est réjouissant et franchement jubilatoire !
La musique, elle aussi, avec des chansons détournées pour l’occasion, est omniprésente et fait bien plaisir en plus du plaisir déjà irradiant que l’on a pendant le visionnage, « Team America » outre le fait d’être une énorme réussite technique se dote également d’un fond politiquement incorrect plutôt rare dans le cinéma américain, Trey Parker a le mérite d’avoir voulu exploser l’habituel et s’en sort royalement…
Hyper sympathique, « Team America » est une surprise inattendue et jouissive qui ravira les cinéphiles ouverts ; si vous aimez l’humour à la Zucker/Abrahams/Zucker ou le cinéma corrosif, vous serez comblés !

Note : 9/10