Open Watching

Open Watching

dimanche 27 novembre 2016

Le baiser du diable de George Gigo, 1975

LE BAISER DU DIABLE
de George Gigo
1975
Espagne/France/Andorre
Avec Victor Israel, Silvia Solar, Olivier Mathot, Evelyn Scott, José Nieto, Daniel Martin
Nanar absolu fantastico érotique
89 minutes
aka Devil kiss
Produit par Eurociné
Synopsis :
Une ville d’Espagne au milieu des années soixante-dix…
Le duc de Haussemont, un richissime châtelain, convie tous les notables et aristocrates de la ville à un défilé de mode dans les sous-sols de son château ; il a invité Claire Grandier, une célèbre médium et le professeur Gambler, un scientifique également télépathe ; de fil en aiguille et par estime pour ses deux illustres hôtes, le duc leur propose de les loger tout le temps qu’il faudra jusqu’à ce que leurs « expériences » aboutissent, ce qu’ils acceptent tous les deux…
Après avoir exhumé un malheureux costaud mort renversé par une voiture, Gambler parvient à le ramener à la vie, il peut ainsi le contrôler à sa guise !
Une nuit le monstre s’introduit dans la chambre du duc et ce dernier meurt dans un incendie, sa chandelle prenant feu…
Son neveu qui est aussi héritier du domaine revient dans la propriété de son oncle, il est photographe…
Claire et Gambler sont installés dans une cave du bâtiment et ont également zombifié la servante…
Alors que la police comprend ce qui s’est passé et se rend dans le château, le premier zombi doué d’une force surhumaine s’échappe !
Mon avis :
Production Eurociné, « Le baiser du diable » est l’un des films les moins réussis de la célèbre firme culte auprès des cinéphiles fans de nanars, ici tout est bâclé, mauvais et très lent, on perd le fil de l’histoire au bout des dix premières minutes et l’histoire se casse la figure pour donner une intrigue proche de l’incompréhensible avec des séquences de nudité récurrentes et inappropriées qui limitent un quelconque intérêt, le spectateur se paume et la succession de décors identiques discrédite le film !
Le père Gigo (d’agneau, je sais elle est facile) a sans doute voulu créer un melting-pot de film paranormal, de film de zombies, d’érotisme aguicheur, de satanisme (ah les messes noires à deux euros avec les incantations d’Astaroth et autres Lucifuge !), hélas la sauce ne prend jamais, il s’est emmêlé les pinceaux à vouloir faire un film multi-genres, personne n’y retrouve ses petits, que ce soit les créateurs du film ou le spectateur !
Le seul zombi du film est ridicule et les maquillages grotesques, le personnage de Gambler en scientifique cardiaque pris de nombreuses crises de tachycardie est à côté de la plaque, on a l’impression que le script a été absent, la mise en scène est hyper bancale et les mouvements de caméra pas efficients pour amplifier l’angoisse (d’ailleurs il n’y a pas d’angoisse ou de peur provoquée dans ce « Baiser du diable », juste un profond ennui)…
Il faut être soit masochiste soit héroïque pour avoir le courage d’aller jusqu’au bout du visionnage de ce métrage affligeant de nullité, à mi-chemin entre le nanar, le navet et la pire des merdes cinématographiques pouvant exister !
Qu’est venu faire dans ce film l’acteur qui interprète le mari de la toxicomane de « Living dead in Manchester Morgue », l’illustre chef d’oeuvre de Jorge Grau sorti un an auparavant ?
L’inénarrable Victor Israel à la bouille marrante et sympathique et que l’on a vu en prêtre zombie dans « Virus cannibale » est sous employé, quant à la brune Silvia Solar (ex miss France), sa présence est gâchée par ses maquillages exagérés et son jeu d’actrice déplorable…
Ajoutez par-dessus le marché un doublage en français sur le DVD en décalé par rapport aux lèvres des comédiens et des voix du même doubleur utilisés pour plusieurs personnages en même temps faute de moyens, par moments on a l’impression de rêver, on se croirait dans un sketch des Inconnus !
Ringard à 100 % mais en plus sans le moindre humour, George Gigo croit à fond en son film et pense que le spectateur prendra tout au premier degré, « Le baiser du diable » se dote de plans qui valent leur pesant de cacahuètes et dénués de la quelconque crédibilité (le nain agresseur qui atterrit chez la médium, elle se fout à poil devant lui - !-) et le flash imbitable du gars qui meurt assis à sa table avec une lumière néon bleu fantôme, mais d’où sort-il ?
« Le baiser du diable » c’est du même tonneau que « Démence » aka « Thrauma » de Gianni Martucci, on ne capte strictement RIEN et on se demande où on est, c’est surréaliste mais faire une sieste d’une heure et demie ou regarder ce film c’est la même chose, sauf qu’après une sieste on se sent mieux et libéré alors que là on a mal à la tête !
Pour les plus courageux, « Le baiser du diable » est un métrage insensé qui sera apprécié uniquement par les cinéphiles férus d’Eurociné et connaissant les codes de cette maison de production d’un autre âge et aux antipodes des codifications cinématographiques connues du grand public, peut être les plus curieux y trouveront leur compte…

Note : 4/10



samedi 26 novembre 2016

Alabama Monroe de Félix Van Groeningen, 2012

ALABAMA MONROE
de Felix Van Groeningen
2012
Belgique/Pays Bas
avec Veerle Baetens, Johan Hendelbergh, Nell Cattrysse, Robbie Cleiren, Jan Bijvoet, Geert Van Rampelberg
Drame fulgurant
107 minutes
César du meilleur film étranger 2014
Nominé aux Oscars du meilleur film étranger 2014
aka The broken circle breakdown
DVD édité chez M6 vidéo
Synopsis :
Une ville de Belgique, années 2000…
Didier est un musicien qui mène une vie fantasque, il vit dans une caravane excentrée des endroits urbains avec des animaux comme des chevaux ou des poules ; Elise, une très belle jeune femme blonde tient un magasin de tatouages, elle est elle-même tatouée sur tout son corps, chacun de ses tatouages représente un de ses amants qu’elle garde en « souvenirs »…
Didier rencontre Elise et… c’est le coup de foudre !
Elise, enceinte de trois mois, l’apprend à Didier, d’abord réticent puis acceptant l’idée d’être père, ce dernier construit une véranda et agrandit sa ferme pour accueillir le bébé à venir…
Maybelle, leur fille nait…. Didier jouant du blue grass (un style de musique country) intègre Elise dans son groupe, Maybelle suit leurs sorties et concerts, il y a une fusion entre le jeune couple et les autres musiciens…
A l’âge de sept ans, Maybelle développe un cancer incurable…
Mon avis :
Drame fulgurant et foudroyant unique en son genre et quasi marginal dans la thématique qu’il exploite (la maladie et le décès d’un enfant), « Alabama Monroe » est un véritable crève- cœur cinématographique où il est impossible de ne pas laisser éclater ses larmes, Van Groeningen prend le parti pris habile d’un montage à la « Pulp fiction » qui ne défile pas dans la chronologie du passé au présent mais qui se déroule suivant l’instant, suivant l’instinct…
Du coup, hors des normes, nous apprenons au bout de la dixième minute le cancer de Maybelle au lieu que celui-ci apparaisse logiquement dans les minutes finales, « Alabama Monroe » doit son efficacité à son montage mais aussi à son humanisme servi par des comédiens à couper le souffle, emplis d’une viscéralité et d’une humanité prise par les tripes…
Il y a des passages atroces, des beaux moments, la crédibilité est présente et on se laisse emporter dans la vie de ces gens, dans le drame qu’ils vivent, on se prend le film comme un uppercut, on pleure, on est touchés, on re-pleure, on est pris de la plus grande compassion pour cette histoire très touchante, déchirante, « Alabama Monroe » c’est du cinéma-vérité qui appelle un chat un chat, qui montre et qui ose tout (même les passages de sexe) et le jeu des acteurs et des actrices est inoubliable (le monologue de Didier/Johan Hendelbergh lors du concert devant l’assemblée médusée et sans voix) même la petite Nell Cattrysse joue juste dans ce rôle hyper difficile d’enfant cancéreux condamné (un passage où elle joue avec ses bottes dans une flaque d’eau rappelle la chanson « Mistral gagnant » de Renaud « bousiller nos godasses et se marrer »), l’insouciance de l’enfance semble encore plus injuste lorsque celle-ci est confrontée à la maladie et à fortiori à la mort…
« Alabama Monroe » aborde de manière sincère, juste et pudique un thème extrêmement grave sur un ton naturaliste (le parallèle avec l’oiseau mort, les étoiles), la réincarnation est abordée par le biais d’Elise alors que Didier semble, lui, plus terre à terre et plus frontal…
La force de la mise en scène avec ses plans séquences mis sans ordre convenu nous transporte sur un second drame (la tentative de suicide d’Elise) puis sa mort qui nous collapse littéralement dans un final atypique avec l’immense solidarité des autres musiciens qui l’accompagnent vers sa mort, dans sa chambre, le film se clôt de cette façon, les larmes coulent à flots et on se rend compte qu’on a assisté à une leçon magistrale de cinéma…
« Alabama Monroe » est une immense claque, une volée qui nous est assénée en pleine figure, beaucoup de films ont abordé le thème de la mort, peu la mort sur un enfant, seul ce film est allé aussi loin et a poussé l’émotion à un tel degré…
Il est à déconseiller aux personnes dépressives et trop émotives, pour les autres, cinéphiles ou néophytes, « Alabama Monroe » est un métrage très rude, d’une force inouïe qui bouleversera tous ceux qui l’auront visionné…
Déchirant, unique, inoubliable, indispensable…

Note : 9.5/10





lundi 21 novembre 2016

Frankenstein 2000 de Joe d'Amato, 1992

FRANKENSTEIN 2000
de Joe d’Amato
1992
Italie
avec Donald O’Brien, Cinzia Monreale
92 minutes
Fantastique/Horreur
Edité en DVD chez Raro video
aka Ritorno dalla morte
aka Return to death
Synopsis :
Une ville d’Autriche, début des années quatre- vingt-dix…
Georgia vit avec son mari et son jeune fils dans un quartier résidentiel…
Un sexagénaire, Ric, se lie d’affection pour la jeune femme et l’espionne…
Georgia est propriétaire d’un vidéo club, un jour elle se fait agresser par quatre loubards masqués et manque de se faire violer, Ric intervient in extremis…
Depuis, Georgia a des cauchemars récurrents où elle imagine son fils décapité…
Un soir, les quatre voyous s’introduisent à son domicile, l’un des assaillants la frappe violemment à la tête, ainsi que son fils…
Hospitalisée en réanimation, Georgia est plongée dans le coma…
Ric subit lui aussi une agression et un violent coup porté à l’encéphale, il se retrouve également à l’hôpital…
Deux policiers corrompus pénètrent dans la clinique et l’un d’eux pend Ric, inconscient, à un barreau de sa fenêtre…
Ric est laissé pour mort !
Un violent orage va le réanimer et il envoie des ondes à Georgia…
Doté d’une force herculéenne, Ric s’évade et retrouve tous ceux qui ont fait du mal à Georgia !
Un véritable carnage a alors lieu !
Mon avis :
Illustre réalisateur et chef opérateur de renom, Joe d’Amato est avec ce “Frankenstein 2000” l’ombre de lui-même ou de ce qui l’a été…
Tout n’est que confusion dans ce film au scénario pourtant prometteur, D’Amato bâcle son métrage n’importe comment, le rythme est mou du genou, les effets spéciaux cheap et plutôt grotesques !
Le seul atout reste la belle Cinzia Monreale (vue dans « Blue Holocaust » et « L’au-delà ») et l’inénarrable Donald O’Brien (le « Doctor Butcher » de « Zombie Holocaust ») avec son visage simiesque et son air perpétuellement ahuri, pour le reste quasiment rien ne tient la route au niveau de la crédibilité (les flics portent des bombers, le commissariat est en fait un bâtiment administratif loué pour l’occasion et le passage avec la fête des skinheads tombe comme un cheveu dans la soupe et n’apporte rien au film !)…
On a l’impression que d’Amato a voulu se débarrasser du film, surement de commande par des producteurs peu regardants sur la qualité, les séquences sont étirées pour faire durer le film, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un « remplissage » pour faire l’heure et demie, mais par moments ça a du mal à passer…
Où est le côté anxiogène de « Absurd » ou « Anthropophagous » ?
Tout ce qui faisait la marque de fabrique de la « D’amato’s touch » semble avoir disparu !
Jamais distribué  en salles, « Frankenstein 2000 » est catalogué comme un téléfilm et à aucun moment on ne retrouve la fougue, le talent et l’atmosphère des films de la période des années 80 du maitre, on dirait que D’amato a perdu toute son énergie, ce qui est bien dommage lorsqu’on se remémore ses films précédents…
Proche du nanar par moments (la scène forestière avec le tueur, « Ogroff » sors de ce corps !), décousu dans la continuité des scènes, « Frankenstein 2000 » tient plus du foutage de gueule que du film d’horreur et l’utilisation abusive du nom de Frankenstein pour le titre est éhontée et carrément abusée (les Universal classic monsters peuvent dormir sur leurs oreilles !), bref, « Frankenstein 2000 » est une attraction pour les cinéphiles curieux et pour les rares aficionados qui veulent visionner l’intégralité des films de Joe d’Amato, pour les autres passez allègrement votre chemin et revoyez ses classiques, celui-ci est dénigrant pour d’Amato, si on le compare à ses chefs d’œuvres précédents…
Un dernier avertissement, un film que la gente féminine sensible doit éviter, les scènes d’agressions sexuelles sont gratinées et assez choquantes (surtout la seconde dans la maison)…

Note : 3/10




samedi 19 novembre 2016

L'aventure c'est l'aventure de Claude Lelouch, 1972

L’AVENTURE C’EST L’AVENTURE
de Claude Lelouch
1972
France
avec Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Gérard, Aldo Maccione, Charles Denner, Nicole Courcel, Prudence Harrington, Johnny Hallyday, Yves Robert, Juan Luis Bunuel
120 minutes
Comédie parodique déjantée
Chanson originale de Johnny Hallyday
Présenté en ouverture au festival de Cannes en 1972
Synopsis :
Paris et un pays de l’est de l’Afrique, début des années soixante-dix…
Lino Massaro, Jacques, Aldo, Simon Duroc et Charles dit Charlot sont cinq gangsters dont le procès se tient dans un tribunal parisien, ils n’ont jamais commis de crimes mais s’avèrent régulièrement pris dans des situations invraisemblables où ils passent pour des potaches ; nous sommes juste après mai 1968 et le quintet a pris la décision de changer de stratégie pour leurs forfaits en faisant de la politique, ou du moins en acceptant de revendiquer des causes sociétales…
Nicole, une leader d’un mouvement féministe souhaitant la légalisation de la prostitution, Armand Herbert, ambassadeur de Suisse ou le général Juarez, dictateur d’un pays d’Amérique du sud, serviront aux cinq gaillards pour alimenter leurs causes, soit par des kidnappings soit avec l’accord de leurs victimes, ainsi Johnny Hallyday himself se fera enlever afin que son rapt fasse parler de lui et faire vendre encore plus de ses disques…
Aldo, l’un des membres de la bande, inculque à ses acolytes une façon de marcher pour séduire les filles et les régale avec sa recette de spaghettis à la tomate !
Dans une succession de scènes dantesques et délirantes, les joyeux drilles finiront même par kidnapper le pape ( !) et seront acclamés comme des héros lors de leur exil africain par une foule en liesse !
Lelouch par l’intermédiaire d’une voix off nous conte leurs pérégrinations avec humour et dérision…
Mon avis :
Film jubilatoire au plus haut niveau, « L’aventure, c’est l’aventure » est d’abord un film de copains, de potes, il n’y a aucune prétention, tout le monde s’amuse, à commencer par le spectateur et Lelouch réussit là un de ses meilleurs films, il nous livre une leçon de cinéma par des cadrages d’une technique insensée (lorsque Denner blesse au fusil un homme, son reflet à l’envers apparaît sur une vitrine, prodigieux !) et il n’y a aucune méchanceté (les gangsters ne tuent jamais !), on assiste à un délire complet mais qui fait mouche par la symbiose du jeu des acteurs (la scène du barrage policier, tout en italien, avec Aldo et Lino est monumentale), on voit tout de suite la COMPLICITE entre Jacques Brel et Lino Ventura, super potes dans la vie, et Lelouch retranscrit cette amitié sur pellicule pour un rendu magnifique…
Lelouch avait des moyens financiers conséquents et depuis le succès planétaire d’ »Un homme et une femme », les producteurs lui accordaient pleine confiance, donc il était LIBRE de faire SON cinéma, un septième art que seul lui maitrise, quelques fois un peu trop personnel mais toujours SINCERE !
On jubile complètement lorsqu’apparaît la chanson thème du film « L’aventure c’est l’aventure » chantée par un Johnny survolté et au firmament, les passages où les héros mangent sont bourrés d’authenticité, on a l’impression d’être assis à table, à côté d’eux, « L’aventure c’est l’aventure » est un film qui dégage une sympathie unique en son genre, tout est prétexte à la déconnade, à la dérision…
On ne croit pas une seule seconde au réalisme du scénario, on est là pour jubiler sur une accumulation de plans séquences tout droit sortis de l’imagination de Lelouch, il met ses idées délirantes au service de la comédie, de son style de comédie, et le spectateur embraye complètement avec lui et ce, pour son plus grand bonheur !
Doté de cascades vrombissantes et de seconds rôles parfaits (Nicole Courcel en prostituée revendicative ou Juan Luis Bunuel en dictateur et même Yves Robert avec sa robe d’avocat), tout dans « L’aventure c’est l’aventure » n’a qu’une ambition : nous divertir, et le pari audacieux de Lelouch est réussi haut la main, les deux heures passent avec un rythme effréné et l’on savoure la qualité de son cinéma avec délectation, dès le prologue avec le coucher de soleil, on comprend aisément qu’on a affaire à un film iconoclaste, à part de tous les autres !
Témoignage d’une époque opulente (la France des années soixante-dix) et du registre de haut niveau des acteurs de l’époque (Ventura, Denner, Brel, Gérard et la révélation Maccione !), « L’aventure c’est l’aventure » est un film que l’on ne pourrait refaire de nos jours, en 2016 ; il y a une prise de risque et une mentalité hyper décomplexée qu’aucun producteur ne se risquerait à financer de nos jours, avec le cinéma formaté des comédies actuelles (« Camping » et consorts), et pourtant c’est bien des œuvres comme « L’aventure c’est l’aventure » qui rendent honneur au cinéma hexagonal !
A voir et revoir sans difficulté !
GENIAL

Note : 10/10





dimanche 13 novembre 2016

HORSEHEAD de Romain Basset, 2014

HORSEHEAD
de Romain Basset
2014
France
Avec Lilly Fleur Pointeaux, Catriona mac Coll, Murray Head, Philippe Nahon, Vernon Dobtcheff, Gala Besson, Fu’ad Ait Aattou
Fantastique d’avant garde
92 minutes
Produit par Jean Michel Montanary
Effets spéciaux de Jacques Olivier Molon
Casting de Delphine Gorget
Musique de Benjamin Shielden
Synopsis :
Jessica, une jeune femme, doit se rendre à Argenton sur Creuse après que sa mère Catelyn lui ait annoncé le décès de sa grand-mère ; Catelyn est tyrannique avec sa fille et une relation conflictuelle s’est toujours installée entre les deux femmes…
Jim, le beau-père, est un homme gentil et conciliant qui essaie de calmer le jeu…
Jessica a des troubles du sommeil où elle rêve d’un monstre avec une tête de cheval qui la harcèle, elle utilise une technique qu’on lui a appris : le rêve conscient, qui lui permet de surmonter ses cauchemars…
Entre rêve et réalité, Jessica doit percer un terrible secret qui ronge sa mère depuis plusieurs décennies…
Jim se rend à l’église de la ville, le prêtre lui explique qu’une chose horrible s’y est déroulée…
Les cauchemars récurrents hantent toujours Jessica avec comme leitmotiv incessant le monstre gigantesque à la tête de cheval…
George, le grand -père qui vit avec Catelyn, semble lui aussi impuissant face aux délires bipolaires qui sont légion dans la maisonnée…
Jusqu’à ce que Jessica comprenne et apprenne la vérité sur le terrible secret que lui cachait sa mère !
Mon avis :
ALORS LA CHAPEAU !
Enfin un film fantastique français qui sort des sentiers battus, « Horsehead » est un film en avance sur son temps, toute l’équipe s’est appliquée aussi bien sur la forme que sur le fond pour porter une histoire novatrice qui rafraichit les codes du cinéma d’horreur…
Il y a du Bunuel, du Argento, du Hammer dans la mise en scène de Romain Basset dont c’est le premier long-métrage, cinéphile aguerri, Romain Basset rend un hommage appuyé au cinéma qu’il aime mais n’en pompe jamais les codifications, il conserve toujours une originalité hors du commun et maitrise déjà la technique de façon prodigieuse (dès les premières secondes, on comprend que l’on a  affaire à une technique visuelle solide –la vue aérienne du train-)…
Lilly Fleur Pointeaux dégage une aura incroyable, sa juvénilité et son charme en font la clef de voûte du film, elle est l’héroïne et l’actrice a été choisie après un casting trié sur le volet car la jeune femme devait combiner des qualités de jeu mais aussi des cascades très physiques ou un sens de savoir rester en apnée (les scènes aquatiques sont magnifiques), quant aux autres rôles, Catriona mac Coll en mégère et Murray Head en beau-père conciliant mais dépassé, tout fonctionne à merveille !
On sent bien une confiance mutuelle metteur en scène/comédiens et Romain Basset dirige parfaitement ses personnages, malgré le peu de moyens financiers, Basset exploite tout ce qui se trouve à sa portée (un peu comme Bava utilisait les décors de ses films comme personnage principal), « Horsehead » est une incontestable réussite, prenant du début à la fin, le film redonne honneur à ses prédécesseurs (certaines séquences rappellent le « Suspiria » de Argento, d’autres lorgnent vers le gothique de la Hammer –le loup-)…
L’aspect onirique  est essentiel dans « Horsehead », multipliant les séquences de catharsis par le biais de saynètes effrayantes et fascinantes en même temps ; l’accumulation de révélations dans le dernier quart d’heure s’avère foudroyante et le spectateur a les poils qui se dressent lors de la scène finale, Romain Basset avec juste un seul film invente une manière d’appréhender le cinéma, il ne voulait pas être prétentieux mais très appliqué pour mettre en images son film et c’est tout à son honneur…
Très imaginatif et bourré d’idées, « Horsehead » est une œuvre à marquer d’une pierre blanche dans le genre du cinéma fantastique hexagonal, peu de réalisateurs ont poussé aussi loin l’expérimentation et la recherche graphique que celui-ci, « Martyrs » de Pascal Laugier, peut- être mais Romain Basset donne une esthétique et des trouvailles visuelles encore plus fortes…
Témoignage de l’amour cinéphilique de tout un pan du cinéma fantastique, « Horsehead » est sincère et touchant dans tout ce qu’il apporte au genre, c’est une heure et demie remplie d’une atmosphère jusqu’alors inédite, transcendée par des personnages (Lilly Fleur Pointeaux et Catriona Mac Coll) qui exercent par leur charisme une fascination indéniable…
Enorme coup de maître pour Romain Basset, à qui on peut d’ores et déjà prédire une immense carrière !
Je suis fier d’avoir contribué au financement de « Horsehead », les mauvaises langues le pensaient casse- gueule et bien, ils ravaleront leur salive : « Horsehead » préfigure un nouveau style de film de genre français, unique et singulier, qui ravira et comblera les amoureux du cinéma insolite…
Un métrage qui fera date et qui se bonifiera encore plus avec le temps, en avance sur son époque d’au moins dix ans…
Il fallait oser et y croire, et bien le résultat est fabuleux !

Note : 10/10




samedi 12 novembre 2016

POLTERGEIST de Tobe Hooper, 1982

POLTERGEIST
de Tobe Hooper
1982
Etats-Unis
avec Craig T. Nelson, Jobeth Williams,  Heather O’Rourke, Zelda Rubinstein, Dominique Dunne
Fantastique paranormal
115 minutes
Produit par Steven Spielberg
Scénario écrit par, entre autres, Steven Spielberg
Musique de Jerry Goldsmith
Budget : 10 700 000 dollars
Recettes au box- office américain : 76 606 280 dollars
Synopsis :
Quartier de Cuesta Verde, Californie, années quatre- vingts…
Steeve Freeling, un agent immobilier d’une classe plutôt aisée, vit avec sa femme Diane et leurs trois enfants Dana, Robbie et la petite Carol Anne, la cadette de sept ans, dans une maison cossue, ils font faire des travaux à un groupe d’ouvriers pour installer une piscine…
Un soir, alors que tout le monde est endormi, Carol Anne sort de son sommeil et se fige devant l’écran du téléviseur, elle reçoit des ondes statiques ; peu de temps après, des phénomènes étranges se produisent, des chaises du salon se déplacent en quelques secondes et une nuit d’orage, Robbie voit le pantin d’un clown assis sur un rocking chair dans sa chambre…
Lors d’une seconde nuit d’orage, un arbre situé en dehors de la maison, casse le carreau de la fenêtre et enlève Robbie et Carol Anne, Steeve parvient à sauver son fils in extremis mais Carol Anne disparaît !
Steeve et Diane font appel à une équipe de médecins extralucides, le docteur Lesh et son équipe composée de Ryan et Marty ; les trois personnes pénètrent dans la maison des Freeling et effectuent des relevés en inspectant toutes les pièces, mais rien n’y fait : Carol Anne est introuvable !
Devant le désespoir total de Diane, la doctoresse Lesh fait alors appel à Tangina Barrons, une médium surdouée dont l’intervention sera capitale pour retrouver Carol Anne…
Dans un second temps, Steeve apprend par son patron que la maison située à Cuesta Verde a été construite sur un cimetière local qui fut déplacé pour faciliter des transactions immobilières…
Mon avis :
« Poltergeist » est une grande réussite que l’on doit plus à Spielberg qu’à Hooper, le réalisateur de « E.T. » ayant supervisé, écrit le scénario et produit ce film, on y sent sa patte et ce dès le début, avec la peinture de la famille américaine classique propre au folklore spielbergien…
La thématique du paranormal est exploitée ici de manière très habile et parfaitement rodée, grâce à un budget au niveau des effets spéciaux très conséquent et une montée crescendo dans l’angoisse imparable, on sursaute à de multiples reprises (même le plus aguerri des spectateurs se fait avoir !) et l’efficacité des séquences provoque une belle trouille, « Poltergeist », outre une grande originalité, s’avère également ponctué d’une scène particulièrement gore, plutôt inhabituelle pour un film dit « grand public », c’est sans doute ce passage qui lui valut une interdiction aux moins de dix-huit ans à sa sortie dans l’hexagone…
Les acteurs sont convaincants, notamment les enfants qui ne surjouent jamais et la peur est crédible sur leurs visages, le personnage de Tangina, la sauveuse médium, fait penser à la bonne âme providentielle et la présence récurrente de l’écran de télévision montre bien la caricature de la société américaine, de ces gens rivés devant leur poste qui entraine une déshumanisation flagrante (la scène avec les télécommandes)…
Hooper et Spielberg nous gratifient de passages très horrifiques et réellement terrifiants (la scène finale avec les squelettes dans la piscine a été tournée avec de vrais macchabées !), « Poltergeist » témoigne d’une grande maitrise aussi bien au niveau du scénario que de l’ensemble de l’atmosphère qui y règne…
Pratiquement tourné en huis clos (l’espace se passe à 80% dans la maison), le film concentre bien un climat étouffant de façon efficace et on est pris dans l’action de l’entame jusqu’au dénouement, à aucun moment la tension ne se relâche, « Poltergeist » est un modèle du film fantastique horrifique des années quatre-vingts, tout est ciselé impeccablement, c’est un bonheur à visionner, un stress délicieux s’empare de nous et la libération finale témoigne d’une grande intelligence dans sa symbolique (la télévision expulsée de la chambre d’hôtel)… 
« Poltergeist », c’est quasiment deux heures de plaisir, un spectacle fort en émotions, réalisée par le binôme Hooper/Spielberg, mais avec une influence nette du cinéma de Spielberg…
Même le cinéphile le plus exigeant se laissera emporter par ce tourbillon qui fut un grand succès à l’époque de sa sortie, plus de trente ans après, « Poltergeist » marque encore les mémoires et même si les effets spéciaux ont un peu vieilli, il n’en demeure pas moins un film culte, qui allait préfigurer les classiques du cinéma d’entertainment qui sortiront par la suite (je pense à « Ghostbusters », « Gremlins » et quelques autres, on est dans la même mouvance !)…
Une pure tuerie !

Note : 9.5/10





vendredi 11 novembre 2016

HIDDEN de Jack Sholder, 1987

HIDDEN
de Jack Sholder
1987
Etats-Unis
avec Michael Nouri, Kyle Mac Lachlan, Clu Gulager, Danny Trejo, Claudia Christian, Ed O’Ross, Chris Mulkey, Katherine Cannon
Fantastique/action/policier
96 minutes
Grand prix festival d’Avoriaz 1988
Edité en DVD chez Metropolitan vidéo
Produit par la firme New Line
Budget de 5 000 000 dollars
Recettes aux Etats-Unis : 9 747 000 dollars
Box- office en France : 670 213 entrées
Première sortie DVD en France en 2005, fit l’objet d’une ressortie en juin 2016
Synopsis :
Los Angeles, 1987…
Jack de Vries, un homme à priori normal commet un casse d’une sauvagerie incroyable, il est pris en chasse par une dizaine de voitures de police pour finalement être abattu lors d’un barrage, en état de mort imminente, il est emmené à l’hôpital de la ville ; de Vries est en fait possédé par un monstre extraterrestre qui passe de corps en corps !
Tom Beck, un éminent policier, vit avec sa femme Barbara et leur petite fille, ce dernier est chargé d’élucider cette sombre affaire, d’autant que d’autres meurtres ont lieu avec le même modus operandi, à savoir d’une brutalité inouïe et souvent pour voler des voitures de sport…
Lloyd Gallagher, un agent du FBI assez bizarre, se présente au commissariat et prétend aux supérieurs de Beck, John Masterson et Ed Flynn, qu’il a été missionné pour mener l’enquête en binôme avec lui…
Tom invite Gallagher à diner chez lui un soir, son comportement est curieux, il avoue à Tom et Barbara qu’il a perdu sa femme et sa fille et fait un parallèle affectif avec la fille de Tom !
Dans le courant de la nuit, Tom est appelé en urgence, le tueur a été identifié, il se trouve dans une boite de striptease ; Brenda, une des filles du cabaret, a été possédée par l’alien !
Arrivés sur les lieux, Lloyd et Tom la pourchassent dans un atelier de confection !
Parviendront-ils à stopper ce maudit alien lorsqu’il passe d’un être à un autre ?
Gallagher sait beaucoup de choses, les transmettra t-il à Tom ?
Mon avis :
« Hidden » est un film de SF très surprenant et qui démarre à fond les bananes avec des séquences sidérantes d’ultraviolence (même un pauvre handicapé se fait culbuter par la Ferrari de l’assaillant, ça barde sévèrement !) pour prendre une tournure vraiment fantastique dix minutes après son entame (la bestiole qui se balade de corps en corps) et dès ce moment là, le spectateur ne décroche plus du film !
Grâce à un rythme très tonique et des rebondissements incessants, « Hidden » s’avère passionnant à suivre et facile à décrypter, on est pris dans un tournoiement d’action ponctué par des poursuites en voitures, des fusillades et même un humour décalé (ah, le vendeur de voitures d’occasion et son client cocaïnomane !), avec la belle et volcanique Claudia Christian dans un rôle pas facile, elle s’en sort très bien…
La présence de l’alien donne du piment et de la nouveauté au genre qui s’essoufflait et le talent dont fait preuve Jack Sholder (réalisateur de  « Alone in the dark » et du deuxième « Freddy ») est largement à la hauteur, le metteur en scène sait ce qui plait au public friand de sensations fortes et il exécute son travail avec une grande rigueur et un professionnalisme à toute épreuve…
Doté d’un budget conséquent (5 millions de dollars !), « Hidden » est un régal pour tout cinéphile, on ne s’ennuie à aucun moment et le jeu des acteurs (Mac Lachlan et Nouri en particulier) est crédible…
Les dix dernières minutes du film éclairent le personnage de Gallagher et expliquent bon nombre d’interrogations que l’on avait pu se faire auparavant, tout devient limpide…
D’une exécution très rapide qui brouille ainsi les temps morts, le spectateur n’a pas le temps de se poser avec « Hidden » ça n’arrête pas du début à la fin ; certaines scènes sont cocasses (le snack avec la radio à tue- tête et les flatulences), d’autres assez rudes (le meurtre du disquaire) et la bande son presque heavy metal excellente (même l’alien par le biais du personnage dont il a pris l’apparence semble esquisser un « headbang » !)…
« Hidden » revigore totalement le film d’alien par le biais d’un scénario habile et prenant, c’est une réussite incontestable dans le panorama du cinéma fantastique des années 80…
Même la critique ne s’y est pas trompé puisque le film a été auréolé du grand prix d’Avoriaz en 1988 et fut un beau succès commercial…
Bref, « Hidden » est un mélange d’action, de fantastique et d’horreur et renforce ses qualités par des personnages différents de ceux que l’on avait l’habitude de voir dans ce genre de films, Sholder évite le cliché du duo de flics que tout oppose pour se polariser avant tout sur la course contre la montre pour retrouver l’alien, le film y gagne donc en efficacité…
Une grande réussite à contre- courant du cinéma connu jusqu’alors, que je vous invite à visionner au plus vite !

Note : 9/10






dimanche 6 novembre 2016

HALLOWEEN 2 de Rob Zombie, 2009

HALLOWEEN 2
de Rob Zombie
2009
Etats-Unis
avec Malcolm Mac Dowell, Brad Dourif, Sheri Moon Zombie, Scout Taylor Compton, Tyler Mane, Danielle Harris, Brea Grant, Angela Trimbur
Slasher
105 minutes
Budget : 15 000 000 dollars
Recettes mondiales : 39 421 467 dollars
Pas de sorties en salles en France, le film est un direct to DVD/Blu ray
Synopsis :
Haddonfield, Illinois, Etats Unis, de nos jours…
Deborah Myers rend visite à son fils Michael, il est hospitalisé au sanatorium de Smith’s Grove, il a été responsable d’un massacre familial lors de la fête d’Halloween, il était très jeune ; Michael est interné pour le bien de tous, sa pathologie proche de l’autisme et la sauvagerie qu’il a déployée en ont fait quelqu’un de très dangereux…
La seule rescapée du carnage est Laurie Strode, sa sœur, elle fait des cauchemars récurrents et le traumatisme gigantesque qu’elle a vécu la rend vulnérable et paranoïaque…
Après un rêve particulièrement atroce, Laurie est persuadée que Michael s’est enfui de l’hôpital, elle pense qu’il s’agit de prémonitions…
Annie, la fille du shérif local, est la meilleure amie de Laurie, elle vit chez eux, les jeunes femmes ne pensent qu’à faire la bringue et à boire de l’alcool…
Pendant ce temps, le docteur Samuel Loomis, le médecin de Michael Myers, est devenu un richissime écrivain et il effectue des séances de dédicaces à tour de bras lors de congrès…
De multiples meurtres ont alors lieu, nous sommes à la fin octobre !
Michael Myers est bel et bien réapparu et il veut retrouver sa sœur coûte que coûte !
Mon avis :
SPOILERS dans ce qui suit
Aïe, aïe, aïe !
Avec ce deuxième opus estampillé « Rob Zombie », soyons nets, le réalisateur des chefs d’œuvre « Devil’s rejects » ou « House of 1000 corpses » a cru bien faire mais il s’est complètement emmêlé les pinceaux et pourtant, le début était d’une brutalité incroyable, d’une intensité phénoménale (Myers casse la baraque au propre comme au figuré, il explose tout avec une force cataclysmique) mais en fait : GROS FOUTAGE DE GUEULE, ce quart d’heure d’ouverture est en fait : un REVE !
Pour ce prologue, on pense même à des films comme « Rosso sangue » de D’Amato tant la bestialité est soudaine et omniprésente, à la limite on aurait préféré que tout le film soit de cet acabit… Mais il n’en est rien !
Et comme Rob Zombie a produit avec H2 une déclinaison de son style et à cent mille kilomètres des classiques réalisés et produits par John Carpenter, la suite du film ne décolle plus et s’embourbe dans un scénario pataud et anoxique, la dynamique du premier quart d’heure est désamorcée, la tonicité et le sens du rythme ont disparu (à part, peut être le passage du cabaret avec le carnage lors de la copulation), on ne retrouvera plus la vigueur qui fait la marque de fabrique des films de Rob…
On ne peut pas lui en vouloir, il est sincère mais égoïste il prend le parti pris de faire le film POUR LUI et non pas POUR LE SPECTATEUR fan de la saga « Halloween », soit on adhère soit on dénigre mais le pédigrée des films précédents et du mythe de Myers en prend un sacré coup dans l’aile !
Le délire avec « le cheval blanc » OK à la limite en étant ouvert on pourrait accepter sauf que Rob nous le ressert au moins six fois dans le film, le résultat est net et sans appel : « Halloween 2 » est un métrage beaucoup trop personnel, on ne joue pas avec les légendes de la sorte car en plus tout est sérieux, Rob Zombie ne parodie pas il croit dur comme fer à son entreprise, cet aspect arrogant et trop sûr de lui a bien du mal à passer auprès des fans de la première série des « Halloween »…
Pourtant le premier qu’il avait tourné en 2007 était convaincant et très bon, il n’aurait jamais dû tenter une suite, ou alors respecter les codifications de la saga !
Bref, « Halloween 2 » est un immense pétard mouillé, on reste sur sa faim après avoir été « teasé » par le premier quart d’heure, la déception est grande et on ne décolle plus passée l’introduction on a l’impression de s’être faits bernés, c’est le bordel total !
Le personnage de Loomis est décalé par rapport à l’histoire, Rob Zombie en a fait un écrivain vénal et distant de l’ensemble et du postulat, qui méritait d’être beaucoup plus couillu et anxiogène…
Michael Myers apparait comme un fantôme et les rôles principaux des jeunes filles, ses victimes, manquent cruellement de relief, Zombie en a fait des petites connes décervelées adeptes de rock et ne pensant qu’à se faire sauter par le premier venu, il pensait pouvoir nous appâter bah, c’est tout le contraire qui se produit !Il offre une vision dégradante de la femme, encore plus des adolescentes, dans le premier film de 1978, à aucun moment Carpenter ne présentait les victimes de Michael Myers dans une vulgarité aussi poussée...
En définitive, Rob Zombie s’est accordé beaucoup trop de libertés avec le mythe d’ »Halloween », le résultat est proche du grotesque et de l’incongru…
Un ratage complet qui ne donne qu’une envie : se refaire le Carpenter et le Rosenthal, là au moins il y avait de la sincérité et du plaisir lorsqu’on les visionnait…

Note : 2/10





mardi 1 novembre 2016

Le septième juré de Georges Lautner, 1962

LE SEPTIEME JURE
de Georges Lautner
1962
France
avec Bernard Blier, Danièle Delorme, Robert Dalban, Francis Blanche, Françoise Giret, Maurice Biraud, Jacques Riberolles
Policier/Chronique sociale
95 minutes
Synopsis :
Ville de Pontarlier, Franche- Comté, début des années soixante…
Au bord d’un lac et après un déjeuner copieux et arrosé, Grégoire Duval, un notable pharmacien connu de toute la population et ayant pignon sur rue, se promène et découvre une jeune femme,  Catherine Nortier, qui prend un bain de soleil les seins nus ; Duval est pris d’une pulsion et tente de l’embrasser sur la bouche, Catherine résiste et se met à crier, c’est alors que Grégoire l’étrangle et la malheureuse décède sur le coup !
Sylvain Sautral, le petit ami de Catherine, s’était absenté durant le meurtre alors que Duval avait regagné sa place, ni vu ni connu, puisque la seule personne attablée avec lui faisait la sieste, Duval était donc supposé être resté avec lui !
La nouvelle du crime fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la petite ville et tous les journaux en parlent ! Un procès retentissant doit avoir lieu, Sautral semblant être le coupable idéal, tous les mobiles convergent vers lui !
Geneviève, la femme de Grégoire, continue à mener une vie normale, leurs deux enfants également…
C’est alors que Grégoire apprend, de par sa fonction bien sous tous rapports, qu’il sera juré lors du procès…
Mon avis :
Lautner est un réalisateur très méticuleux et le spectateur le constate dès l’ouverture avec des plans magnifiques, Lautner n’a jamais caché ses références à Kurosawa ou Orson Welles chez qui il « emprunte » des trouvailles graphiques de toute beauté…
Avec « Le septième juré » nous nous régalons donc aussi bien sur le FOND que sur la FORME, la satire de la société qui est vue par Lautner fait de son film moins un polar qu’une chronique de mœurs, une étude sociale…
Blier est savoureux et extraordinaire dans son personnage de pharmacien insoupçonnable et nul n’aurait l’idée de le penser coupable du crime ; il s’évertue à défendre Sautral lors du procès sachant dans son fore intérieur que celui-ci est innocent, mais personne ne semble prêter attention à ses dires, pourtant calibrés de manière implacable et juste…
Lautner se sert de tout ce microcosme qui gravite autour de Grégoire (la famille, les amis du club de bridge, les confrères) pour appuyer sa « souffrance » à ne pas être cru ou reconnu « légitimement coupable », « Le septième juré » est donc un métrage extrêmement original dans sa conception de voir les situations, il bouscule totalement les codes du cinéma français d’alors et laisse un goût amer…
Osé comme les seins nus de l’actrice victime, à l’époque très peu de films se permettaient de tels écarts avec la nudité, « Le septième juré » donne une mesure sur la qualité de grands metteurs en scène comme Georges Lautner, et tourné simultanément avec « Les tontons flingueurs » il en est l’antithèse total, ici pas d’humour ni de second degré, tout est perçu par le spectateur de façon frontale et brute…
La technique utilisée est bluffante (le reflet des jantes de la voiture, la caméra mouvante sur des personnages statiques, la contre-plongée visage en gros plan en bas de l’écran/personnage coupé en retrait, le girophare de l’ambulance lors de la scène finale…), « Le septième juré » est une œuvre très atypique et qui a pris une grande importance au fil des années dans le panorama du septième art hexagonal…
A la réalisation flamboyante et se démarquant de tout ce qui a été entrepris auparavant, « Le septième juré » est devenu incontournable plus de cinquante ans après sa sortie et se doit d’être visionné pour comprendre la démarche de Lautner…
Immanquable !

Note : 10/10





Les weekends maléfiques du Comte Zaroff de Michel Lemoine, 1976

LES WEEKENDS MALEFIQUES DU COMTE ZAROFF
de Michel Lemoine
1976
France
avec Michel Lemoine, Howard Vernon, Joëlle Cœur, Nathalie Zeiger, Martine Azencot, Patricia Mionnet, Maria Mancini
Fantastique érotique
85 minutes
aka Seven women for Satan
Edité en DVD chez MondomacabroDVD
Banni par la censure pendant de nombreuses années
Synopsis :
Un village isolé d’une province française, années soixante-dix…
Boris Zaroff, un descendant de châtelains, est en fait un être extrêmement pervers qui kidnappe et entraine de très jeunes femmes au gré de la providence et des rencontres qu’il fait, ainsi une jeune femme faisant du stop sera brutalisée par Zaroff et quasiment violée, puis étranglée et jetée dans un lac !
Karl, le valet de Zaroff, déteste son maitre et prépare une vengeance contre lui…
Alors que Murielle et Francis, un couple de jeunes gens dont la voiture tombe en panne, trouvent refuge dans le manoir de Zaroff, celui-ci leur fait visiter une pièce avec des instruments de tortures médiévales, le couple périra dans des souffrances atroces…
Anne de Boisreyvault, une des premières femmes que Zaroff a aimée, réapparait dans des flashs sous l’allure d’un fantôme ; Zaroff, pris d’une pulsion incontrôlable, se rend dans le caveau où la belle repose…
Il est suivi par Karl, qui l’enferme avec le corps d’Anne…
Karl a bien prévu sa manigance et pourra ainsi récupérer la fortune de Zaroff suite à la vente de son manoir…
Mais tout bascule lorsque Karl rentre sa voiture, il n’est pas seul !
Mon avis :
Longtemps demeuré interdit et banni dans plusieurs pays, « Les weekends maléfiques du Comte Zaroff » (quel titre !) est un sommet du film grindhouse qui met en exergue des thématiques telles que la perversion sexuelle, la torture, le sadisme, le masochisme et même, cerise sur le gâteau : la nécrophilie ! (rien que ça !)
Mais c’était sans compter sur le talent de l’immense Monsieur qu’est Michel Lemoine, ami de Jean Cocteau et qui prend pour référence et pour maitre absolu Mario Bava (il a même tourné pour lui dans « Arizona Bill » et dans une multitude de classiques de la série B italienne), Lemoine connaît son travail et sait exactement comment retenir l’attention du spectateur grâce à des actrices volcaniques et peu avares de leurs charmes (les érotomanes seront comblés !) et il parvient à donner corps à un scénario à la base maigre et sans relief pour faire tout dévier dans la deuxième moitié du métrage vers une mélancolie insoupçonnée ; IL FAUT DONC JUGER LE FILM DANS SA GLOBALITE, ce qui est primordial pour bien l’apprécier…
Certes un peu bancal voire nanardesque (ah la scène avec cette cruche de Murielle et ses visions intempestives), « Les weekends maléfiques du Comte Zaroff » est par moments inégal au niveau du scénario et peu crédible mais si l’on en retient les éléments positifs, le cinéphile passera un agréable moment car le charme opère réellement, comme pour les films de Rollin ou les productions Eurociné, on est exactement dans la même mouvance !
Ne vous attendez pas à un remake des « Chasses du Comte Zaroff », le film de Lemoine n’a fait qu’emprunter le nom de Zaroff pour nommer le comte, mais ici la trame et l’histoire n’ont aucun rapport avec le classique des années trente…
Bref, tout ceci est bougrement sympathique, les décors sont magnifiques (le lac, les recoins du manoir, les cadrages et le passage du caveau), on peut aisément parler de gothique pour certaines séquences, il y a bien l’influence des maitres du genre comme Terence Fisher ou Riccardo Freda avec le côté vintage des années soixante-dix…
Le DVD semble assez difficile à dénicher et le film est suffisamment rare pour que l’on boude son plaisir, donc un seul conseil : ruez- vous dessus pendant qu’il en est encore temps !
Michel Lemoine a l’avantage et la qualité d’être quelqu’un de très sincère et respectueux de ses illustres ainés cinématographique, les bonus du DVD de MondomacabroDVD sont immanquables, Lemoine explique tout dedans…
« Les weekends maléfiques du Comte Zaroff » est un film référentiel en matière de grindhouse érotico fantastique !

Note : 9/10