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jeudi 25 août 2016

LEVIATHAN de George Pan Cosmatos, 1989

LEVIATHAN
de George Pan Cosmatos
1989
Etats Unis
Avec Peter Weller, Richard Crenna, Amanda Pays, Meg Foster, Ernie Hudson, Daniel Stern
Film fantastique
97 minutes
Musique de Jerry Goldsmith
Effets spéciaux de la créature : Stan Winston
Prix des effets spéciaux festival d’Avoriaz 1990
Synopsis :
Dans une base sous-marine proche des abysses, dans un futur proche…
Une équipe de personnes composée de Steven Beck, le géologue responsable de l’expédition, Elizabeth Williams dite Willie, Glen Thompson, le docteur, ainsi que Justin Jones, Six packs , Bauman et Tony De Jesus sont chargés d’extraire du minerai sous-marin, ils sont mandatés par la commandante Martin, qui dirige les opérations de la terre ferme…
De Jesus manque de mourir suite à un problème d’oxygénation de son scaphandre, Glen, le docteur, a mis du temps pour intervenir et c’est Steven qui a du tout géré, ce qui crée des tensions au sein du groupe…
De sortie de la base, Six packs découvre un navire enfoui « le Léviathan », il en ramène une caisse avec des effets personnels de l’équipage…
C’est alors que Beck et Thompson découvrent que le Léviathan fut le théâtre d’expériences génétiques et tous ses occupants sont décédés !
Six packs se plaint de douleurs et de plaques cutanées bizarres, c’est le début d’un long cauchemar, un mutant prend forme dans la base et n’aura qu’un seul but : anéantir tout le monde !
Mon avis :
« Leviathan » est un habile mélange de cinéma populaire, on y trouve pêle- mêle des éléments de « The Thing », des deux premiers « Alien » , de « Abyss » et même un chouya de « Godzilla » lors de la séquence finale, George Pan Cosmatos est un artisan qui connaît son boulot, on lui doit « Rambo 2 » et « Cobra », tous deux avec Stallone mais aussi « Bons baisers d’Athènes » et « Le pont de Cassandra », par conséquent tout est conçu pour plaire au spectateur et l’action tourne à plein régime dans « Leviathan », la claustrophobie est rehaussé par le huis clos de la base sous- marine et les effets spéciaux sont impressionnants…
Les antagonismes sont importants avec des tensions entre les membres de l’équipage et Peter Weller assume bien le personnage principal, tout comme Richard Crenna en toubib laxiste ; les érotomanes seront comblés avec la très sexy Amanda Pays que l’on pourra admirer à plusieurs reprises en petite tenue, quant à Daniel Stern (Six packs) il met un humour tonique dans le film et sera le premier à être contaminé !
Il est à noter et ça pourra paraître étonnant que le film n’a pas été tourné dans les studios d’Hollywood mais à Cinécitta en Italie et  sur l’ile de Malte pour les séquences en pleine mer, le lieu de tournage est donc sans contraintes pour George Pan Cosmatos puisqu’il n’a pas la main mise d’Hollywood et peut ainsi tourner son film librement et sans trop de pression…
Partant d’un postulat de film de contamination assez simpliste, « Leviathan » s’avère bien plus ambitieux qu’il n’y parait, les décors sont très bien exploités (il rappelle le vaisseau du premier « Alien ») et les scènes sous-marines sont superbes et réussies…
George Pan Cosmatos mise donc tout sur le pragmatisme  et l’efficacité et ça marche !
La sortie des mers lors de la séquence finale est crédible et on a même droit à une attaque de requins, « Leviathan » c’est du bon cinéma populaire qui oublie d’être ennuyeux et qui fait passer une heure quarante de détente au spectateur…
La qualité du DVD zone 2 est juste passable, une édition blu ray serait bienvenue pour apprécier à sa juste mesure ce film, qui n’a pas trop vieilli grâce à une dynamique bien troussée et une efficience évidente et indéniable…
Les fans des films précités au début devront se ruer sur « Leviathan », tout est mis en condition pour satisfaire les cinéphiles friands de fantastique sous-marin…
Sympathique et recommandable !

Note : 8/10





mercredi 24 août 2016

La proie de l'auto-stop de Pasquale Festa Campanile, 1977

LA PROIE DE L’AUTO STOP
de Pasquale Festa Campanile
1977
Italie
avec Franco Nero, Corinne Cléry, David Hess, Monica Zanchi, Joshua Sinclair
104 minutes
Polar rape and revenge
aka Autostop rosso sangue
Edité en DVD chez Artus films
Totalement interdit en France jusqu’en décembre 1981
Synopsis :
Californie, Etats-Unis, dans les années soixante-dix…
Walter Mancini et sa femme, Eve, forment un couple au bord de la séparation, Walter est grivois et alcoolique et Eve vit très mal sa relation avec lui…
Après avoir passé la nuit dans un campement avec des hippies qui bivouaquaient, le couple reprend la route, Eve conduit, Walter s’étant blessé au poignet…
Ils prennent en stop un homme, Adam Konitz, qui avait sa voiture accidentée au bord de la route…
Adam est en réalité un gangster qui vient de dérober la paye d’ouvriers, il y en a pour deux millions de dollars !
Armé, Adam menace Walter et force le couple à faire tout ce qu’il souhaite ; ayant effectué un séjour en hôpital psychiatrique, Adam est en fait un névrosé sexuel aux accès de démences incontrôlables…
Oaks et un autre de ses complices le retrouvent, Adam parvient à se débarrasser d’eux pour conserver seul son butin…
Un soir, il ligote Walter et abuse de sa femme !
Mon avis :
« La proie de l’auto-stop » est un peu le segment intermédiaire entre « La dernière maison sur la gauche » et un road movie, on y retrouve un habitué des rôles de psychopathes violeurs : David Hess, toujours aussi à l’aise, et un couple en délitement incarné par Franco Nero et Corinne Cléry, le moins que l’on puisse dire sur ce film très brutal, c’est que Pasquale Festa Campanile (rien à voir avec la chaine d’hôtels) a mis les coudées franches et la pauvre Corinne Cléry est victime du sexisme barbare aussi bien de son époux que de son agresseur…
Tourné dans des paysages naturels superbes et déserts (aucune voiture ne circule à part celle des héros du film), « La proie de l’auto-stop » est bel et bien un mini rape and revenge puisque le fameux viol n’intervient qu’aux trois quarts du film après de nombreux prémices et tentatives avortés, mais ce qui frappe surtout c’est l’amoralité  des personnages : Walter, journaliste, accepte d’écrire un article sur les forfaits du « monstre » Adam, les jeunes motocyclistes de la fin du film sont des voyous irrespectueux ininsérables dans la société et l’argent semble être la seule et unique motivation de Walter, laissant même sa femme mourir comme un animal blessé qui souffre le martyr…
L’aspect outrancier du cinéma populaire italien des années soixante-dix est donc poussé ici à son summum et il est difficile pour le spectateur de prendre part et plaisir aux exactions des uns et des autres tant tout ceci est proprement répugnant et difficile à digérer, c’est cela qui a valu au film une totale interdiction dans l’hexagone pendant plusieurs années…
Très décomplexé au niveau des séquences de nudité, « La proie de l’auto-stop » tient toutefois en haleine et réserve pléthore de rebondissements qui rendent intéressante la dynamique du scénario, ça va assez vite dans l’action, du coup le spectateur est intrigué et veut savoir la suite ; l’une des répliques finales est assez bien trouvée et désamorce la violence inhérente au film par une touche d’humour…
Déviant dans son fond comme dans sa forme, « La proie de l’auto-stop » contient des fulgurances de folie comme le gunfight en pleine tête du policier, dès le début on comprend que Walter/Franco Nero a une attitude bizarre lorsqu’il vise sa femme à la carabine et cette ambivalence ne le quittera  jamais pendant tout le film, c’est à se demander s’il n’est pas autant cinglé qu’Adam/David Hess !
La belle Corinne Cléry n’a pas eu un rôle facile et elle s’en sort très honorablement, peu d’actrices auraient accepté d’endosser son personnage…
L’édition d’Artus films est, comme toujours, parfaite et surtout le bonus avec l’intervention de David Didelot qui décortique tout le film de manière précise et le place dans le contexte du cinéma d’alors avec une grande rigueur, et très accessible en même temps, bravo à lui !
« La proie de l’auto-stop » est un film à voir si vous êtes fan de rape and revenge mais également si vous appréciez les films extrêmes italiens des seventies, celui-ci rentre dans plusieurs cadres et s’approprie plusieurs codifications, c’est un film multi-genres…
Rien que pour sa rareté et pour l’objet de collection qu’est le DVD d’Artus films, l’achat est obligatoire !

Note : 9/10




mardi 23 août 2016

La tour du diable de Jim O'Connolly, 1972

LA TOUR DU DIABLE
de Jim O’Connolly
1972
Grande Bretagne/Etats Unis
avec Jill Haworth, Candace Glendenning, Anna Palk, Bryant Haliday, Robin Askwith, William Lucas, Anthony Valentine, Jack Watson
Fantastique
86 minutes
aka Tower of evil
DVD édité chez Artus films
Budget : 400 000 dollars
Synopsis :
Snape Island, une île au large de l’Ecosse, années soixante-dix…
Des pêcheurs accostent par un temps brumeux et trouvent sur l’archipel les corps dénudés d’un homme puis d’une femme, tous deux ensanglantés ; la seule rescapée du massacre est une jeune femme, Penny, celle-ci, prise de panique, tue l’un des pêcheurs, le second parvient à la maitriser, Penny se retrouve dans un hôpital, elle est soignée par le docteur Simpson, qui diagnostique une catatonie due à un traumatisme énorme…
Simpson emploie une technique d’hypnose pour réveiller Penny de sa léthargie, des flashs lui reviennent alors…
Des scientifiques, Nora Winthrop, Rose Mason et Evan Brent, décident de se rendre sur Snape Island, il semblerait qu’un culte autour de la divinité Baal ait été instauré sur l’ile…
Arrivés sur les lieux, ils prennent possession du phare ; Saul Gurney, un ancien marin gardien du lieu vivait avec son fils Michael, de fil en aiguille, l’équipe de scientifiques va vivre l’horreur, ils ne sont pas seuls dans le phare !
Mon avis :
Petite co-production anglo- américaine tournée avec un budget ridicule, « La tour du diable » est un film très intéressant, cette fois ci ce n’est pas la Hammer qui pilote et pourtant « la tour du diable » recèle de nombre de qualités, piquant certaines codifications de ses illustres prédécesseurs, il y a une grande érotisation dans ce film avec des plans racoleurs, bien plus osés que dans ceux de la Hammer…
L’histoire en elle-même est envoutante, rien que par le lieu où elle se joue : le phare…
La brume, la nuit, la peur rajoutent au mystère de façon très efficace et Jim O’Connolly utilise ces éléments à bon escient et pourtant les décors (tous en studio bien sûr) sont assez minimalistes, mais c’est l’ambiance, le fond plus que la forme, qui dote « La tour du diable » d’un charme évident et le début, très insolite, met directement le spectateur dans l’ambiance et dans le ton du film…
Le charme des actrices rappelle ceux des égéries Hammeriennes comme Veronica Carlson et le film prend son réel essor une fois que l’expédition arrive sur l’ile, le spectateur a un temps d’avance sur eux grâce à ce qu’il a vu à l’entame, il sait déjà que le danger rôde, ce qui est très habile scénaristiquement…
Le monstre est inédit et une séquence s’emprunte carrément au « Psychose » d’Alfred Hitchcock, la tension et la peur sont palpables et l’on assiste à un jeu de massacre où il y aura peu de survivants…
Honnête dans sa mise en scène, « La tour du diable » est l’exemple typique des productions fantastiques d’outre- Manche du début des années soixante-dix, tout y est carré et bien restitué et l’on ne s’ennuie pas…
Remercions Artus films d’avoir exhumé ce film plutôt rare, dans une copie DVD splendide et au packaging superbe (un digipack flamboyant) et apprécions le comme il se doit, mélange d’horreur, de films de demeures et d’érotisme…
A découvrir !

Note : 8/10





lundi 22 août 2016

Assassin(s) de Mathieu Kassovitz, 1997

ASSASSIN(S)
de Mathieu Kassovitz
1997
avec Michel Serrault, Mathieu Kassovitz, Mehdi Benoufa, Nicolas Boukhrief, Hélène de Fougerolles, Danièle Lebrun, Robert Gendreu
Etude de mœurs
127 minutes
Scénario de Nicolas Boukhrief et Mathieu Kassovitz
Présenté au festival de Cannes 1997 où il fit scandale
Interdit aux mineurs lors de sa sortie en salles
Synopsis :
Une ville de la banlieue parisienne, années quatre-vingt-dix…
Maximilien Pujol, un jeune homme, a un quotidien désabusé, il vit avec sa mère qui gagne sa vie en faisant des travaux de couture ; Max commet des larcins et fume du cannabis régulièrement, un soir il fait connaissance de Monsieur Wagner, un vieil homme, qui est en fait un tueur à gages…
Très vite, Wagner obtient la confiance de la mère de Max et propose de prendre ce dernier comme « assistant », Max, ne sachant trop que faire, accepte…
Monsieur Vidal, un vieil homme, voisin de Max, sera la première victime du duo maléfique lors d’une nuit atroce où il sera torturé puis abattu d’une décharge de fusil de chasse…
Max semble hypnotisé et terrorisé par Wagner, qui va s’immiscer en lui lors d’autres meurtres crapuleux…
Mehdi, un adolescent ami de Max, se retrouve mêlé aux meurtres en séries de Wagner après que Max l’ait entrainé involontairement lors d’un accident de scooter…
Apprenant ceci, furieux, Wagner abat Max !
Il va jeter son dévolu sur Mehdi et en fera un disciple de la mort, l’issue sera terrible !
Mon avis :
Film polémique, « Assassin(s) » est avant tout une œuvre prémonitoire sur le pouvoir des images et sur l’impact de ces dernières sur la jeunesse en perte de repères ; très sombre et ponctué de fulgurances ultra violentes, « Assassin(s) » est donc un film choc, qui pourra faire quitter le visionnage aux spectateurs, surtout à cause d’une scène atroce et profondément dérangeante (la torture puis la mise à mort d’un pauvre octogénaire qui n’avait rien demandé à personne), ce passage s’avère particulièrement douloureux à regarder mais il faut continuer la vision du film car il est réellement intéressant…
Kassovitz utilise des techniques de filmages par le plafond, exactement comme Scorsese avec « Taxi driver » ; la télévision est l’élément moteur d’ »Assassin(s) », elle apparaît régulièrement comme partie intégrante, comme un « personnage » du film ; Serrault a vraiment un rôle de pourri, il est incroyable et empreint d’une folie que seuls les plus grands des acteurs savent retranscrire à l’écran…
Kassovitz passe le relais à Mehdi Benoufa, jeune garçon, qui s’implique consciencieusement dans son personnage et malgré son jeune âge, il est crédible…
Kassovitz se lâche complètement dans la caricature du sitcom (dix minutes avant la fin du film) avec une dénonciation sous forme de pornographie de la connerie de ces feuilletons qui pullulaient à l’époque (« Hélène et les garçons », notamment)…
Extrêmement glauque par instants, la violence barbare d’ »Assassin(s) » se désamorce par un humour très noir (la publicité pour les tampax juste après la mort du vieil homme) ; le cannabis est omniprésent dans le film ainsi que la misère sociale ; la scène de l’accident de scooter est parfaitement bien réalisée et très réaliste, filmée quasiment en un seul plan, il fallait le faire !
Le passage dans la discothèque « Métropolis » donne un côté paroxystique au catharsis de Wagner et dès le début de sa rencontre avec Max, on sent qu’il fascine le jeune homme autant qu’il le révulse, cette ambivalence dans la relation entre les deux hommes est encore une fois un élément intéressant du film, qui va à contre-courant des duos classiques que l’on connaissait jusqu'alors au cinéma…
Le passage dans la maison bourgeoise est un peu comme si le spectateur devenait aussi un « coupable » à son tour et violait l’intimité de la jeune femme, s’introduisant chez elle, Kassovitz fait très fort et met le spectateur dans une situation ambiguë et malsaine, la télévision encore une fois provoque chez le jeune Mehdi une amplification de la violence intérieure qui le traverse et d’un éclair, il va s’acharner sur la pauvre femme en vidant son chargeur…
L’issue du film est très nihiliste et ne pardonne rien ni personne, le « diable » et le responsable de tous ces méfaits étant le seul à rester en vie mais Kassovitz clôt son film par une télévision qui s’éteint, comme ultime avertissement au spectateur sur le « DANGER » qu’elle représente…
« Assassin(s) » est l’un des seuls films (avec « Looker » de Michael Crichton, mais ce film n’a rien à voir) qui alerte sur le danger des images de la télévision dans le quotidien des gens et sur l’effet néfaste qu’il produit sur notre inconscient, nous poussant à désirer ou faire des choses, parfois en dehors de ce qui devrait être tolérable…
Epoustouflant dans sa mise en scène, « Assassin(s) » est aussi très mature et Kassovitz donne un coup de pied dans la fourmilière avec un film qui dérange et qui appuie là où ça fait mal…
Les seules réserves à émettre sont sur la séquence du pauvre vieil homme massacré (vers la vingtième minute du film) mais autrement il faut vraiment visionner « Assassin(s) », œuvre très intelligente et douée avec une performance dans le jeu d’acteurs incroyable…
Extrême dans son réalisme, « Assassin(s) » est un chef d’œuvre du film choc qui donne une vision sociétale très pessimiste, on en sort sur les rotules !

Note : 10/10




dimanche 21 août 2016

Le syndrome de Stendhal de Dario Argento, 1996

LE SYNDROME DE STENDHAL
de Dario Argento
1996
Italie
avec Asia Argento, Thomas Kretschmann, Marco Leonardi, Paolo Bonacelli, Luigi Diberti, Veronica Lazar, Julien Lambroschini
Thriller fantastique
118 minutes
Musique d’Ennio Morricone
Synopsis :
Italie, villes de Rome et de Florence, années quatre-vingt-dix…
Anna Manni est une policière qui travaille à la brigade anti-viol, la jeune femme a pour particularité de souffrir d’une pathologie rare, le syndrome de Stendhal, il s’agit d’une hypersensibilité liée aux œuvres d’art qu’elle découvre, notamment des toiles de peinture…
Alfredo Grossi, le tueur/violeur en série, parvient à rencontrer Anna, après que celle-ci ait fait une crise dans un musée et ait partiellement perdu la mémoire…
Alfredo kidnappe Anna et la viole en lui mutilant le visage avec une lame de rasoir, puis il s’enfuit, la laissant ligotée…
A son retour, Anna parvient à le neutraliser et l’emmène dans une forêt où elle jette son corps dans un ravin…
Marco Longhi, le collègue d’Anna, la place sous protection et le docteur Cavanna, un psychiatre, entame une psychothérapie avec Anna pour la dégager de ses traumas…
L’inspecteur Manetti, supérieur d’Anna, conclut que le tueur est définitivement mis hors d’état de nuire ; Anna rencontre un beau jeune homme, Marie, qui effectue des travaux de restaurations dans un musée…
Tout pourrait se passer idéalement mais un détail a échappé au psychiatre et à tous les autres !
Mon avis :
La carrière cinématographique post début des années 90 de Dario Argento a souvent été dénigrée mais là, avec « Le syndrome de Stendhal » il faudrait être de mauvaise foi pour le sous-estimer, Argento signe ici un de ses chefs d’œuvres, au même titre que ses polars de début de carrière, même si l’exubérance propre à des films comme « Suspiria » ou « Inferno » a pratiquement disparu, Argento se concentre sur une esthétique simple et évite le trop de couleurs, et alors ?
« Le syndrome de Stendhal » est LE film qu’il offre à sa fille, Asia, elle y est magique et ne quitte quasiment aucun plan, c’est LE film de sa carrière, elle est le point d’orgue de ce thriller qui invente et réinvente le polar italien…
Tordu, exotique, insolite et lumineux dans ses trouvailles graphiques, « Le syndrome de Stendhal » se base sur une pathologie pour la sublimer et en faire le canevas de tout un film, Argento utilise des techniques pour filmer, des astuces scénaristiques qui prouvent qu’il n’a rien perdu de son talent ; il emploie le visuel au service du narratif et inversement pour finaliser son œuvre de façon virtuose et irradiante…
Le début du film est impressionnant avec ce passage onirique où Asia Argento « rentre » dans la toile et se retrouve avec un gigantesque poisson, tour de force technique et puissance dans la réalisation, on se met tout de suite dans sa personnalité, dans sa complexité et on comprend que le reste du film sera axé sur elle, le côté « bizarre » est en fait un élément clef à part entière dans l’histoire du « Syndrome de Stendhal »…
Et Ennio Morricone sublime les images par sa musique bien adaptée aux séquences, le final incroyable parvient même à nous arracher des larmes !
La quête vers le tueur/violeur en série est haletante mais ce n’est pas là le thème du film, Argento a voulu aller beaucoup plus loin et ne se contente pas de banaliser son métrage, non, il ajoute des éléments connexes à l’histoire policière, alimentant ses séquences avec des décors multiples, des fausses pistes et à aucun moment on ne devine l’issue atroce qu’Argento nous a réservés, il est très malin et on y reconnaît là bien son influence et ses références à son maitre, Alfred Hitchcock…
Tout se tient, l’histoire est crédible dans le découpage des plans et la folie qui imprègne Asia/Anna Manni se fait croissante et pernicieuse, on apprend tout dans les dernières minutes, c’est imparable ! On se prend un tsunami en pleine tronche !
Rebond dans la carrière culte de Dario Argento, « Le syndrome de Stendhal », outre une surpuissance horrifique et une thématique menée de main de maitre, apporte beaucoup au cinéma de genre italien et prouve qu’avec beaucoup d’imagination, on peut encore pondre de vrais chefs d’œuvre même après une carrière descendante au fil du temps…
Très grand thriller onirique et fantasmatique, « Le syndrome de Stendhal » est à visionner pour tout cinéphile fan de Dario, il sera bluffé, étonné, mais trouvera toujours la patte du Maestro intacte, comme vivifiée et modernisée…
Une claque !

Note : 10/10





samedi 20 août 2016

La colline a des yeux d'Alexandre Aja, 2006

LA COLLINE A DES YEUX
d’Alexandre Aja
2006
Avec Ted Levine, Emilie de Ravin, Aaron Stanford, Vinessa Shaw, Dan Byrd, Kathleen Quinlan
Horreur/Survival
108 minutes (version uncut)
aka The hill have eyes
Musique de Tomandandy
Box- office français : 4 620 000 euros environs
Synopsis :
Etats-Unis, années 2000…
La famille Carter part en voyage dans le désert de Californie, les parents fêtent leurs noces d’argent et les adolescents, Brenda, Bobby, ainsi que Doug Bukowski et Lynn, sa femme qui est leur grande sœur vient d’avoir un bébé, une petite fille qui est aussi du voyage…
Il y a aussi Ethel, la mère et les deux chiens, Beauty et Beast, Bob possède des armes, il était shérif ; Lorsqu’ils prennent de l’essence, le tenancier de la station-service, leur indique un « raccourci », leur conseillant de prendre la route non banalisée, ce qu’ils font…
Le périple va se transformer en véritable calvaire, la famille va se trouver confrontée à des mutants cannibales, issus des expériences nucléaires qui eurent lieu quelques temps auparavant…
Ces derniers immobilisent la voiture et la caravane des Carter en jetant une chaine cloutée sur la route, ce qui crève les pneus des véhicules, provoquant un accident et les rendant inutilisables…
La nuit tombe…
Alors que Brenda et Lynn sont violentées puis abusées sexuellement, un des mutants kidnappe le nourrisson !
Dans la panique la plus totale, le père retourne à pied à la station-service !   
Ces dégénérés dotés d’une force herculéenne vont faire un enfer à cette famille, soit en les tuant soit en les terrorisant…
Mon avis :
Après le tonitruant et remarquable « Haute tension », Alexandre Aja, fils de l’illustre cinéaste Alexandre Arcady, parvient à exporter son talent outre-Atlantique et put convaincre une major (la Fox) de monter un remake du film de Wes Craven sorti en 1977 : « La colline a des yeux »…
Non seulement Aja dépoussière l’original mais il arrive même à faire mieux, incluant une modernité et un sens du détail sidérant, rehaussé par des scènes « gore » que l’on ne trouvait plus dans un film dit « grand public » distribué en salles à grande échelle…
Sorti tambour battant en 2006, « La colline a des yeux » fut un immense succès et permit le tremplin pour la carrière américaine qui enquilla avec « Mirrors » et « Piranha 3D », qualitativement « La colline a des yeux » n’a rien à envier aux cadors du film d’horreur que l’on connaît, une dynamique dans l’horreur, une montée crescendo dans l’effroi et une tension omniprésente font du métrage une grande réussite !
Craven lui-même valide le film (il en a été superviseur) et le sentiment rapide d’étouffement doit beaucoup aux décors, à la nuit qui tombe, la famille Carter se retrouve prise au piège face à des monstres d’abord invisibles (pour ça Aja est habile et sait y faire dans des séquences initiales où l’on ne voit jamais les mutants) puis l’horreur éclate au grand jour et le film devient proprement effrayant…
Scindé en plusieurs segments (l’arrivée, l’accident de voiture, la nuit, la panique, le kidnapping, le combat incessant), « La colline a des yeux » constitue une rénovation du film de genre et son efficacité n’est plus à mettre en doute, les comédiens jouent juste, les maquillages et effets gore sont surprenants (Nicotero n’est pas un débutant et son talent n’est plus à prouver), certains plans séquences font se dresser les poils (l’arrivée des mutants dans la caravane, le père immolé sous les yeux impuissants de sa famille, le final à couper le souffle !)…
La musique de Tomandandy (déjà responsable du score de « Killing Zoé ») est à la fois glaciale et enivrante, le choix d’avoir pris ce groupe est très judicieux de la part d’Aja !
C’est si rare de trouver un film si méchant au cinéma que l’on se croirait revenu dans les années 80, la symbiose film d’horreur/public conquis fonctionne à plein régime et plus que jamais avec « La colline a des yeux », preuve que le genre n’est plus tout à fait moribond, comme certains le disaient…
Il reste une force, une vigueur de faire plaisir aux fans de ce genre et Aja s’y emploie merveilleusement, il met toute son énergie et connaît les codes du style pour, avant tout, donner du spectacle tout en restant cohérent, il respecte le cinéma d’horreur et sait comment faire pour lui rendre honneur…
Un peu plus tard, Hollywood partit dans une frénésie des remakes, ce qui ne fut pas toujours très heureux et serviteur pour le genre, quoiqu’il en soit, « La colline a des yeux » version 2006 est peut-être le meilleur « relooking » d’un film d’horreur que l’on ait pu voir depuis des lustres…
Tous les aficionados seront ravis et le succès du film prouve bien qu’ils y ont trouvé leur compte, Aja, Respect à vous !
Une référence…

Note : 8/10





vendredi 19 août 2016

Francesca de Luciano Onetti, 2015

FRANCESCA
de Luciano Onetti
2015
Argentine
avec Raul Gederlini, Silvina Grippaldi, Gustavo Dalessandro, Luis Emilio Rodriguez, Martina Nigrelli, Antonietta Bodarea, Juan Batista Massolo, Fernanda Cerrudo, Florencia Olle, Aldana Orchuela
Giallo moderne
75 minutes
Edité en DVD chez The Ecstasy of films
Synopsis :
Rome, Italie, dans le courant des années soixante-dix…
Une fillette pris d’un coup de folie transperce l’œil d’un nourrisson, son frère ; la mère devient folle et son père étrangle la fillette puis l’enterre, dans la confusion la plus totale…
Quelques temps après, la ville est en proie à de très violents homicides, une mystérieuse femme vêtue d’une cape rouge et de gants en cuir tue à l’arme blanche ses victimes avant d’apposer sur leurs yeux des pièces de monnaie de collection…
Moretti et Succo, les deux détectives chargés de résoudre cette énigme, étudient de manière très précise les modus operandi du tueur et récoltent des tas d’indices durant leurs investigations, ce qui n’empêche nullement le meurtrier de continuer ses crimes…
Pensant avoir percé le secret de ces meurtres, un des détectives est tué à son tour !
L’histoire du meurtre de Francesca, la fillette que l’on voit au début, est étroitement liée avec cette hécatombe et le dénouement sera atroce !
Mon avis :
Après des films récents comme « Amer » ou « L’étrange couleur des larmes de ton corps », le genre giallo très prisé des cinéphiles semblait avoir le vent en poupe, et voilà donc ce « Francesca », réalisation argentine qui rend un hommage appuyé à ses prédécesseurs et que dire… soyons nets, « Francesca » est une franche réussite, combinant les thématiques du giallo avec une technique fascinante et un sens du récit à faire pâlir les cadors du genre…
En plus d’être un giallo extrême (le postulat est atroce et le film recèle de scènes déviantes), « Francesca » renvoie à terre tous les préjugés sur le genre du giallo pour modeler un style, une déclinaison jamais vue au septième art et permet ainsi de faire savourer une intrigue prenante, ponctuée de meurtres atroces et d’un côté ressemblant à « Mais qu’avez-vous fait à Solange » et à « Qui l’a vue mourir », l’enfance étant le leitmotiv du tueur, une enfance faite de traumas suite à un fait divers funeste et morbide…
Luciano Onetti a choisi d’axer son film sur un graphisme exacerbé qui fait mouche à chaque minute, les plans se succédant de façon onirique avec des flashs fantasmatiques permettant de marquer la personnalité du tueur, jusqu’à un dénouement insoupçonné ; après le visionnage le spectateur est collapsé et il m’a fallu dix bonnes minutes pour me remettre de ce que je venais de voir !
La musique très catchy du film est aux trois quarts dans la réussite de « Francesca », sans elle, les meurtres ne s’amplifieraient pas autant, « Francesca » fourmille de moments dantesques et nul doute qu’il deviendra un film culte très vite ; il s’y dégage une puissance, une aura et un charme exotique très denses, loin des clichés des polars modernes traditionnels, une senteur capiteuse et un ressenti bluffant émanent de « Francesca » mais Onetti ne se contente pas d’envoyer les exercices de styles brillamment, il est encore plus intelligent et gère de manière virtuose la bipolarité de son histoire de manière qualitative, aussi bien dans le fond que dans la forme…
D’une chaleur encore plus latine que celle de l’Italie, cette pépite venue d’Argentine a le triple mérite d’initier le néophyte aux codes du giallo, de pérenniser ces codes pour celui qui s’y connaît et de graver sur la pierre une marque indélébile de stylisation qui fera date…
Très dur parfois, « Francesca » est à réserver à un public averti et conscient de la brutalité infligée, Onetti a fait très fort (surtout sur la séquence POST générique final, hyper traumatisante)…
Encore une fois il faut saluer le travail monumental de l’ami Christophe Cosyns et de « The Ecstasy of films » qui nous permet de découvrir ces films marginaux et ainsi, de faire éclater au grand jour ces talents inconnus, à la diffusion limitée, c’est un bonheur pour tout cinéphile qui peut ainsi apprécier des œuvres méconnus du grand public, l’édition DVD étant très soignée et le packaging magnifique !
On peut ne pas être forcément puriste ou fanatique des giallo de la première heure pour apprécier « Francesca », film qui mélange le polar, le fantastique et le thriller paranoïaque, il suffit juste d’un petit peu d’ouverture et on se laissera porter par cette histoire et surtout on se délectera de cette technique fabuleuse que seuls les grands cinéastes savent mettre en exergue…
Monstrueux et à voir impérativement !

Note : 9.5/10





jeudi 18 août 2016

SLUGS de Juan Piquer Simon, 1988

SLUGS
de Juan Piquer Simon
1988
Espagne
avec Kim Terry, Philip Mac Hale, Emilio Linder, Michael Garfield, Concha Cuetos, Alicia Moro
Horreur
86 minutes
Aka Mutations
Edité en DVD dans la collection Mad Movies
Synopsis :
Une bourgade des Etats-Unis, novembre 1986…
De mystérieux décès ont lieu et la police est vite débordée, il semblerait que des limaces mutantes s’introduisent dans les habitations en passant par les canalisations et dévorent les occupants !
Mike Brady, un ingénieur des services techniques, se rend sur les lieux, sa femme Kim est l’institutrice du collège local, Don Palmer, un homme d’affaires meurt dans un restaurant alors qu’il devait signer un important contrat, sa femme Maria Palmer avait préparé une salade la veille où une limace s’était glissée !
David Watson aide Brady dans sa tâche alors que les morts violentes se multiplient à vitesse grand V ; la seule solution serait d’électrocuter les limaces dont la majeure partie se trouve dans les égouts de la ville…
Un scientifique élabore une formule chimique pour annihiler les gastéropodes, Watson et Brady s’introduisent dans les sous-sols par une plaque d’égout, le shérif surprend leurs investigations…
Réussiront-ils à stopper ce massacre ?
Mon avis :
Juan Piquer Simon (paix à son âme) est un réalisateur du film populaire à la sauce « grindhouse » surtout connu pour son inénarrable « Sadique à la tronçonneuse » qui fait figure de film culte auprès des fans de films gore de série B, il a toujours été honnête et respectueux du public de cinéma bis et apporte tout ce que l’on est en droit d’attendre, des belles nanas, du sang, des séquences chocs et un humour décalé très bien venu…
Avec « Slugs » inutile de dire qu’il s’est carrément lâché avec un sujet délirant et pipé d’avance ; tel un Bruno Mattei avec ses rats de Manhattan, Piquer Simon nous balance des limaces factices en plastique (sauf pour certains gros plans), elles sont le plus souvent immobiles et la sauce a bien du mal à prendre à cause d’une interprétation catastrophique et des scènes complètement débiles (le couple qui fait l’amour n’a bien sûr pas entendu ni vu les milliers de limaces dans la chambre, les ados du film sont vraiment des décérébrés), répliques lourdingues, humour en dessous de la ceinture et action anémiée, voilà le menu de « Slugs »…
On sent que Piquer Simon a voulu faire vite, il manque l’application, il ne reste qu’une succession de séquences torchées à la va comme je te pousse malgré une bonhommie et une sincérité dans le grindhouse assumée mais pas très qualitative…
On aurait voulu plus d’effets dégueux, plus de méchanceté et surtout… plus de flippe !
Car à aucun moment on a la trouille, le ridicule du postulat d’avoir choisi des limaces coupe direct la frousse, que voulez-vous ? Fulci avec son « Aenigma » avait choisi un passage gore avec des escargots OK, mais ces animaux n’inspirent pas trop la peur, à contrario des reptiles ou des arachnides, du coup Piquer Simon fait avec ce qu’on lui a donné…
Ceci étant, tout n’est pas à balancer à la benne, il reste quelques bons passages, comme le début (dommage que la baigneuse ne se soit pas mise topless !), la scène de la serre avec le couple de vieux, le passage dans le restau et le final assez réussi dans les égouts…
Par moments, on se croirait dans un épisode des « Feux de l’amour », au vu des brushings et du mobilier, ce ridicule désamorce littéralement le sentiment d’effroi qui, je pense, n’était pas la première motivation de Piquer Simon…
La musique du Royal Philarmonic Orchestra ne colle pas du tout à l’esprit du métrage, ce choix est complètement raté et inapproprié et dessert le film…
Moins furibard que « Pieces » et à mi-chemin entre le pur nanar et la série B grindhouse, « Slugs » peut se voir entre potes dans une soirée bières/pizzas, c’est peut- être le seul lieu et moment pour l’apprécier…
Inutile de dire que ce film est à proscrire des cinéphiles puristes, sa vulgarité et sa grossièreté les offusqueront très certainement…
Réalisé de façon très brouillonne et ridicule, « Slugs » s’oublie une fois visionné, il ne laissera pas un souvenir indélébile…
Autant se refaire un bon Carpenter des années quatre-vingts…
« Slugs » on dirait du sous sous Corman des années cinquante avec un support qui n’est pas crédible (les limaces cannibales, fallait oser !), si vous voulez vraiment vous amuser regardez « Les monstres de la mer » bien plus fun celui-là !
Du grindhouse sans âme et bas de plafond…

Note : 6/10




mercredi 17 août 2016

Mort d'un pourri de Georges Lautner, 1977

MORT D’UN POURRI
de Georges Lautner
1977
France
avec Alain Delon, Ornella Muti, Stéphane Audran, Jean Bouise, Klaus Kinski, Julien Guiomar, Mireille Darc, Maurice Ronet, Michel Aumont, Daniel Ceccaldi, Philippe Castelli
Polar politique
119 minutes
Scénario et dialogues de Michel Audiard
Musique de Philippe Sarde et Stan Getz
Cascades effectuées par Rémy Julienne
Nominé aux Césars 1978 pour le meilleur rôle masculin et le meilleur scénario
Edité en DVD chez Pathé vidéo
Synopsis :
Quartier de la Défense, banlieue parisienne, années soixante-dix…
Philippe Dubaye, un homme politique, arrive en pleine nuit chez son ami Xavier Maréchal, il lui annonce qu’il vient de tuer le député Serrano en l’assommant car ce dernier possédait des informations compromettantes pouvant casser la carrière de certains hommes politiques, dont Dubaye, justement…
Dubaye indique à Xavier l’endroit où se trouve le carnet avec la liste des hommes corrompus ; Xavier doit retrouver Valérie Agostinelli, une petite amie de Dubaye, c’est alors que Dubaye est assassiné !
Christiane Dubaye, la femme du défunt, est alcoolique et traine dans des clubs nocturnes à Paris ; alors que Valérie se réfugie chez un ami sûr de Xavier le temps que tout se décante, Nicolas Tomski, un homme d’affaires, fait pression sur un magistrat pour que le commissaire Pernais libère Xavier, suspecté et gardé à vue…
Xavier n’a plus qu’une idée en tête, venger coûte que coûte la mort de Dubaye, il est tiraillé entre la police qui le soupçonne et les politiques qui veulent récupérer la liste des corruptions…
Moreau de la Brigade criminelle décide d’emmener Xavier, qui a déjà manqué plusieurs fois de se faire tuer, à l’endroit où se trouve le carnet, dans la consigne d’une gare parisienne…
Il s’agit d’un guet- apens !
Mon avis :
Les années soixante-dix furent bénies au niveau des polars politiques avec notamment des films comme « I comme Icare » d’Henri Verneuil ou les films de Costa Gavras, ici avec ce « Mort d’un pourri », nous sommes dans l’archétype total de ce genre et le métrage s’avère passionnant, le spectateur est pris dans l’intrigue à la première minute et l’on se délecte en suivant les pérégrinations d’un Delon en grande forme, pris dans les rouages vicieux de la politique et de la corruption…
Tous les politicards du film sont d’immondes salopards puants d’orgueil et d’arrivisme et le pauvre Xavier Maréchal, à l’innocence et à la loyauté cristallines n’aura qu’un but : venger la mort de son ami…
Certains passages font penser à des giallos, surtout l’agression de Stéphane Audran, le film est quelque peu paranoïaque, on se méfie de tout le monde et tout peut basculer en quelques secondes…
L’habileté de Georges Lautner et les dialogues de Michel Audiard (qui venait juste de perdre son fils à l’époque) donnent un rendu plus noir, plus nihiliste qu’à l’accoutumée, ici il y a très peu d’humour, quasiment jamais…
Le personnage de Mireille Darc en femme soumise folle amoureuse de Delon est mis à l’écart et Lautner s’attache plus à mettre en exergue le charme et la beauté de la belle Ornella Muti, quant à Stéphane Audran (vue dans beaucoup de films de Claude Chabrol) elle semble être dépravée et son couple périclite avec un adultère des deux côtés, tous les acteurs sont impliqués dans leurs rôles et jouent à merveille…
Au niveau de l’architecture, les tours immenses de la Défense sont très bien mises en valeur et renforcent le côté austère du film, donnant une plus- value au sentiment de « piège » qui s’abat sur Delon même si la fin est heureuse, nonobstant beaucoup de morts…
La scène des deux camions avec le pont et les diverses cascades automobiles sont exécutées de main de maitre par Rémy Julienne, leader en la matière…
La musique jazzy feutrée de Stan Getz donne un côté vintage au film et est très approprié à cette période des années soixante-dix, avec un aspect mystérieux et entrainant en même temps…
C’est toujours un régal de revoir ces mobiliers des années soixante-dix et cette « mythologie » de l’époque avec les vieilles voitures, ce plongeon dans le temps captive et fait du bien au cinéphile…
« Mort d’un pourri » est un très grand polar politique, flirtant avec les antagonismes, les conflits d’intérêts et porte très bien son nom, les politiques ne sont effectivement pas beaux à voir et la philosophie du film en dresse un portrait peu engageant, le rôle « d’ange » était tout à fait taillé pour Alain Delon…
Un film à voir et à revoir régulièrement, le plaisir est toujours au rendez-vous…

Note : 9/10





mardi 16 août 2016

Sans rémission d'Edward James Olmos, 1992

SANS REMISSION
d’Edward James Olmos
1992
Etats-Unis
Avec Edward James Olmos, William Forsythe, Danny de La Paz, Sal Lopez, Pepe Serna, Evelina Fernandez
Polar/film de gangsters/film carcéral
aka American me
125 minutes
Distribué par Universal pictures
Budget : 16 000 000 dollars
Box-office Etats-Unis : un peu plus de 13 000 000 dollars
Présenté au festival de Cannes en 1992
Synopsis :
Los Angeles, banlieue Est, sur une vingtaine d’années entre les années soixante-dix et quatre- vingt-dix…
Montoya Santana est américain d’origine mexicaine, il subit le racisme et la ségrégation et se fait tabasser par des hommes en uniforme ; il finit par être incarcéré pendant dix- huit années à la prison de Folsom où il va devenir un caïd, contrôlant le trafic de cigarettes, il sympathise avec JD, qui deviendra son bras droit, et Mundo, son compagnon de cellule…
La vie en prison est très rude et les gangsters sur place sont contrôlés par d’autres, en liberté…
Le gang de la Primera, celui de Santana, recrute des gangsters dès leur plus jeune âge, parfois juste adolescents…
Il y a des rivalités inter-ethniques entre les blancs, les italiens, les noirs et les latinos, et ces derniers s’entretuent pour la moindre dose d’héroïne !
Sorti de la prison de Folsom, Santana rencontre une femme qui vit seule avec son fils, sa vie prend un tournant temporaire et il pense pouvoir tourner la page…
Un soir, Santana est arrêté suite à un contrôle de police !
Mon avis :
Edward James Olmos est d’abord connu du grand public pour son rôle de supérieur hiérarchique de Don Johnson dans la série « Deux flics à Miami », ici, il choisit de passer devant et derrière la caméra pour réaliser une fresque gigantesque et sur plusieurs années sur la vie d’un gangster chicano aux Etats-Unis, un peu un mélange entre « Colors » et « Le parrain » avec un côté carcéral prégnant qui englobe les trois quarts du film…
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça barde sec !
Non seulement « Sans rémission » est une grande réussite mais également un film ultra violent avec des séquences d’une barbarie innommable (tout y passe, les sodomies forcées, les meurtres crapuleux au couteau, les fusillades et même une immolation dans une cellule hyper réaliste), autant dire que Olmos n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, son film aurait même mérité une interdiction aux mineurs !
Au même titre que « Menace II society », « Colors », « Boyz n’the hood » ou « New Jack city » sortis quasiment à la même période, « Sans rémission » va encore plus loin dans la violence et disons- le clairement, l’horreur !
Certains passages sont insoutenables, le gamin qui meurt d’une overdose sous les yeux de sa mère avec la seringue encore plantée dans le bras, le pauvre gars couteau sous la gorge qui se fait sodomiser (scène reprise plusieurs fois !), mais HEUREUSEMENT toute cette barbarie est désamorcée par une musique douce et apaisante !
Il y a un côté « Docteur Jekyll et Mister Hyde » dans le personnage de Santana et la voix off féminine du début nous le fait bien comprendre ; Santana semble prisonnier de sa situation et parait piégé avec seulement deux alternatives : la prison ou la mort…
Il y a un aspect fataliste, nihiliste même, dans « Sans rémission » et le vice semble se transmettre de générations en générations, passerelle de traitrise, de bains de sang et d’inconscience totale…
Edward James Olmos va encore plus loin que De Palma avec son « Scarface » puisqu’il évite la glorification de son personnage principal, il le filme froidement et avec retenue, Tony Montana passerait presque pour un pitre à côté de lui !
Très bien réalisé, « Sans rémission » est un film aux qualités multiples (bon scénario, solide interprétation, tonicité dans la mise en scène, réalisme sidérant) qui compile les thématiques du film de gangsters mais en évitant les clichés inhérents à ces derniers…
Film électrisant et survolté, on sort de « Sans rémission » hagard et déboussolé avec une impression de s’être pris un uppercut en pleine tête…
Ministère AMER, un groupe de rap français, a même samplé un passage du film sur leur morceau « Autopsie », pour les amateurs, je vous laisse découvrir lequel (indice : une scène dans la cour de la prison)…
Même après vingt-quatre ans, « Sans rémission » n’a rien perdu de la force de son propos et peut être considéré à juste titre comme le « Autant en emporte le vent » du film de  gangsters latino pondu par Hollywood…
Une branlée totale !

Note : 9/10