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dimanche 26 mai 2019

Deranged de Jeff Gillen et Alan Ormsby, 1974


DERANGED
de Jeff Gillen et Alan Ormsby
1974
Etats-Unis/Canada
avec Roberts Blossom, Cosette Lee, Leslie Carlson, Micki Moore, Robert Warner
Film d’horreur
78 minutes
DVD édité dans la collection Mad movies
Budget : 200 000 dollars
Synopsis :
Une ville de province des Etats-Unis, au début des années soixante-dix…
Ezra Cobb, un fermier psychopathe, vit avec sa mère Amanda ; lorsque celle-ci décède, Ezra devient complètement fou et perd pied avec la réalité…
Il décide d’aller exhumer le cadavre de sa défunte mère et le ramène chez lui…
Ezra se renseigne sur les pratiques de taxidermie et d’embaumement, il allonge le cadavre de sa mère sur son lit, comme si elle vivait toujours, il lui parle, comme si de rien n’était…
Harlon et Jenny Kootz, les voisins de Ezra, sont charitables avec lui depuis qu’ils savent que sa mère est décédée, ils l’invitent à déjeuner chez eux ; lors d’un repas, Ezra tient des propos incohérents sur sa mère mais les Kootz le prennent à la rigolade…
Harlon conseille à Ezra d’aller rencontrer Sally Mae, une de ses amies d’enfance, elle est obèse ; Ezra va donc chez Sally et ils pratiquent une séance de spiritisme, Sally ayant perdu son mari…
Puis Ezra rencontre Mary Ransum, la serveuse d’un bar qu’il fréquente souvent ; la serveuse est très séduisante, Ezra l’attend à la fin de son service ; il a crevé les pneus de sa voiture volontairement, afin d’élaborer un plan, Mary tombe dans le piège…
Ezra, prétextant de l’emmener au garage, la véhicule dans sa camionnette jusqu’à chez lui, lui faisant croire qu’il va ramener des outils pour réparer les pneus de sa voiture…
Le lendemain, Harlon Kootz et la police trouvent le corps de Mary pendu par les pieds dans la grange d’Ezra !
Tom Simms, le journaliste narrateur pendant tout le film, nous explique et retrace la pathologie de Cobb, un des premiers tueurs en série que l’Amérique ait connus…
On apprendra, à l’épilogue, que la ferme de Cobb fut brûlée dans un incendie criminel le lendemain de la découverte du corps sans vie de Mary !
Mon avis :
Sorte de biopic du tueur en séries Ed Gein, connu dans le monde entier, « Deranged » dit clairement au début que le film s’inspire de faits réels mais que les noms ont été changés…
Nous assistons donc aux pérégrinations de Ezra Cobb, un fermier psychopathe, qui va basculer dans la nécrophilie à la mort de sa mère et complètement péter les plombs !
L’acteur principal a vraiment la tête de l’emploi et on peut dire qu’il est habité par son rôle, comme le fut Joe Spinell pour « Maniac », tourné six ans plus tard…
On trouve même des similitudes entre les deux films (le cadavre de la mère, l’exhumation de la tombe) même si le film de Lustig est beaucoup plus gore…
« Deranged » reste néanmoins particulièrement efficace et surtout très original puisqu’apparaît à plusieurs reprises une voix off et un journaliste, Tom Simms, qui s’immisce dans le film pour nous conter la personnalité de Cobb…
Contrairement au calamiteux « Night of fear », « Deranged » peut effectivement s’affilier avec le « Massacre à la tronçonneuse » de Tobe Hooper puisqu’il y est question de scalp de peau pour créer des masques en peau humaine, comme pour le personnage de Leatherface…
« Deranged » est un film étonnant et détonnant, qui y va très loin dans le glauque et l’ambiance poisseuse ; le refoulement sexuel d’Ezra Cobb est évident et il se rappelle sans cesse de sa mère qui lui interdisait toute sortie avec une femme ; on est clairement dans la pathologie et la psychopathie des tueurs en série (un peu comme Buffalo Bill dans « Le silence des agneaux »)…
« Deranged » est également un film historique puisqu’il s’agit d’un des premiers films avec les effets spéciaux du légendaire Tom Savini, très efficaces et impressionnants…
La montée crescendo de l’angoisse trouve son point d’orgue avec la scène de la malheureuse serveuse Mary, qui se retrouve piégée et qui essaye de s’enfuir (le suspense est réel) ; film très effrayant et modèle du genre, « Deranged » bénéficie d’une mise en scène exemplaire de la part de Jeff Gillen et Alan Ormsby et, au moins, ils optent pour le parti-pris de ne pas prendre le spectateur pour un imbécile, contrairement à certains slashers qui pullulèrent bien après dans les années quatre-vingts…
Ici, c’est du sérieux, la direction des acteurs sonne juste et on a droit à de sacrées performances (Sally, les voisins), le film dans l’ensemble s’inscrit dans l’anthologie des meilleurs films de tueurs en série des années soixante-dix…
Il est bien sur évident que « Deranged » s’adresse à un public averti et aguerri au genre ; si vous avez aimé des films comme « Criminally insane », « Unhinged », « Maniac » ou « Massacre à la tronçonneuse », nul doute que vous adorerez « Deranged »…
La trogne de l’acteur principal est hyper impressionnante, le casting coulait de source ; le film, sans être un chef d’œuvre, se suit étonnamment très bien malgré sa courte durée (un peu moins d’une heure vingts) mais « Deranged » est très honnête et ravira les cinéphiles amateurs de sensations fortes !
Un DVD sorti dans la collection « Mad movies » est disponible très facilement sur le net donc pourquoi s’en priver ?
Un régal pour les amateurs d’œuvres extrêmes…
Note : 7/10












La vampire nue de Jean Rollin, 1970


LA VAMPIRE NUE
de Jean Rollin
1970
France
avec Caroline Cartier, Marie-Pierre Castel, Maurice Lemaitre, Catherine Castel, Bernard Musson, Olivier Martin
Film fantastique vampirique
85 minutes
Blu ray édité chez Redemption vidéo
aka The nude vampire
aka La vampira nuda
Synopsis :
France, dans les Yvelines, au début des années soixante-dix…
Une nuit, Pierre Radamante, un jeune homme tombe nez à nez avec une jeune femme qui est poursuivie par des hommes étranges cagoulés et masqués, la jeune femme semble être victime d’une agression, ses assaillants lui tirent dessus et Pierre parvient à s’échapper en escaladant une passerelle…
Le lendemain, il se rend compte que son père, Georges, est au centre de l’agression et qu’il organise des séances au sein d’une confrérie, en fait comme dans une secte…
Il semble que la fille kidnappée ne soit pas décédée et qu’elle possède un rhésus sanguin qui la fasse devenir immortelle !
Georges Radamante et les autres membres de la secte ont pour mission de trouver un homme du même rhésus sanguin que la fille pour les faire s’accoupler et créer ainsi une nouvelle « race » immortelle…
Solange, une superbe femme, est l’intendante de Georges et deux jumelles sont ses servantes, totalement dévouées et soumises à ses ordres…
Georges décide d’emmener sa secte au sein d’un château immense pour pratiquer une cérémonie…
Pierre a suivi son père et s’introduit au château, voulant sauver la fille vampire des griffes de son père et de la secte…
S’engage alors un long combat qui se clôturera sur une plage avec un gourou complètement possédé !
Georges parviendra t-il à trouver le chainon manquant pour appliquer sa théorie ?
Pierre sauvera t-il la jeune femme ?
Mon avis :
« La vampire nue » est certainement le film le plus délirant de Rollin mais également son film le plus attractif ; l’histoire d’immortalité par le rhésus sanguin est en parfaite adéquation avec le vampirisme et renouvelle efficacement le genre ; les actrices sont toutes des bombes sexuelles (mention aux jumelles Castel) et Rollin pimente son film de nombreux passages très érotiques (les danses tribales), « La vampire nue » est très osé pour son époque (le tout début des années soixante-dix), les costumes et les masques utilisés par les membres de la confrérie accentuent encore plus l’aspect insolite et Rollin s’est lâché à la fin du film avec ce décor de plage qu’il affectionne tant et qui revient souvent dans ses films…
Les acteurs principaux ne sont pas trop mal dirigés, un effort incontestable a été fait et toutes les actrices semblent soumises aux moindres délires et désirs du père Rollin qui leur fait faire absolument tout ce qu’il veut, les cinéphiles érotomanes seront donc aux anges, les corps des actrices sont sublimés avec des tenues ultra courtes qui raviront le public masculin…
Les décors du château sont splendides et le rythme du film est assez dynamique, notamment ce plan séquence assez impressionnant du couloir de l’étude où la caméra suit en continu chaque bureau, chaque pièce pendant cinq bonnes minutes pour revenir à l’endroit initial, Rollin connaît son travail au niveau de la technique et il nous le prouve une nouvelle fois…
L’introduction et les scènes nocturnes tiennent bien en haleine et, même si ce n’est pas le meilleur film de Jean Rollin, « La vampire nue » est peut être son film le plus original, il a su dévier le style vampirique de ses débuts et alimenter le folklore qu’il a créé par des trouvailles scénaristiques qui lui font honneur…
L’idée de la transfusion sanguine, par exemple, n’est pas sans rappeler le film d’Henry Cass « Le sang du vampire » tourné en 1959 et on n’est pas loin des premiers films organiques de David Cronenberg tournés bien plus tard, cette extrapolation tient la route pour ce seul exemple de la transfusion, le côté « immortalité » servant de levier pour donner un sens à l’histoire et aux motivations  de la secte…
« La vampire nue » est un des films les plus réussis de Jean Rollin et il convient de le visionner pour se faire une idée de l’étendue de son talent et surtout de sa volonté farouche de ne pas reproduire la même chose à chacun de ses films…
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, chaque Rollin est UNIQUE en son genre, à chaque fois, ce cinéaste se casse la tête pour réaliser une œuvre qui sort des sentiers battus, et c’est justement cela qui rend son cinéma particulièrement intéressant…
Les cinéphiles fans du maitre se régaleront et les autres, n’ayez pas peur, « La vampire nue » est l’occasion de découvrir le style Rollinien, c’est un de ses films les plus accessibles et il prouve qu’il est déjà très doué pour mettre en scène des films vampiriques bien de chez nous…
Un film à encourager et assez rare qui mérite toute votre attention !
Note : 8/10










dimanche 19 mai 2019

COLLATERAL de Michael Mann, 2004


COLLATERAL
de Michael Mann
2004
Etats-Unis
avec Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett Smith, Mark Rufallo, Javier Bardem
Polar/thriller
120 minutes
Budget : 65 000 000 dollars
Recettes mondiales au box-office : 217 000 000 dollars
Synopsis :
Los Angeles, pendant une nuit, début des années deux mille…
Max est un chauffeur de taxi, il préfère travailler sur des horaires nocturnes car cela rapporte plus d’argent ; une superbe femme, Annie, prend une course dans le taxi de Max, les deux jeunes gens discutent et sympathisent, Annie confie à Max qu’elle est procureur au sein d’un bâtiment, une grande tour de Los Angeles et qu’elle s’y rend pour travailler tard, un dossier crucial à gérer ; le courant passe et Annie laisse son numéro de portable à Max…
Puis Max, plus tard, prend un homme dans son taxi, Vincent, ce dernier est bourré aux as et propose une forte somme d’argent à Max, en contrepartie, celui-ci devra effectuer cinq courses simultanées pour Vincent et l’attendre entre chaque course, Vincent prétend être agent immobilier…
Max attend Vincent dans son taxi lorsque le cadavre d’un homme tombe sur le toit du taxi, dans un choc très violent !
Max est pris de panique et sort pour constater les dégâts ; Vincent revient, c’est en fait lui qui a tiré sur le malheureux homme et qui l’a défénestré !
Vincent est en fait un tueur à gages, sans la moindre pitié !
Il embringue contre son gré Max dans une tribulation qui va durer plusieurs heures, avec moult cadavres à la clef !
Vincent a une mallette avec lui, dans celle-ci sont notés des documents sur les meurtres qu’il doit effectuer…
Peu de temps après, Max remarque qu’Annie, la femme procureur du début du film, est sur la liste des personnes à abattre…
Parvenant à s’échapper et à fuir Vincent en provoquant un accident de la route, Max essaie de prévenir Annie du danger qu’elle coure mais la batterie de son portable se vide…
Vincent parvient à rentrer dans la tour où travaille Annie, il se trouve à un étage près d’Annie, qui était allée aux archives…
Une course contre la montre est alors engagée pour Max et Vincent semble plus déterminé que jamais…
Après l’accident, Max a pris un revolver au policier qui s’était rendu sur place pour le secourir…
Un combat sans merci entre Vincent et Max a lieu, Max a une double gageure : rester en vie et sauver Annie !
Mon avis :
Michael Mann est un immense réalisateur de polars et de thrillers, il l’a prouvé à maintes reprises par le passé avec des films dantesques et inoubliables ; ici avec « Collatéral » il met en scène un chef d’œuvre qui s’appuie sur un duo improbable avec un Tom Cruise méconnaissable et à contre- emploi, cheveux grisonnants et tueur à gages sadique et psychopathe, avec un Jamie Foxx peureux et courageux en même temps, qui va se retrouver mêlé à une avalanche de crimes alors qu’il n’avait rien demandé à personne…
Le scénario est particulièrement habile et le film fonctionne à plein régime, c’est crédible et hyper efficace et cette plongée nocturne dans Los Angeles captive et fascine dès le début jusqu’à l’issue frénétique, le spectateur n’a jamais le temps de reprendre son souffle et ça barde sec !
L’élément féminin avec la belle Jada Pinkett Smith est parfaitement à la hauteur dans le déroulé du film et l’actrice se positionne bien dans l’intrigue, elle est la femme à abattre et aussi la femme à sauver…
Cruise impressionne et Mann l’emploie sans en faire trop, son personnage est d’une froideur extrême doublée d’une psychopathie lorsqu’il abat ses victimes comme d’autres s’allument une cigarette, il est jusqu’au-boutiste et veut mener à bien sa mission coûte que coûte, rien ne semble pouvoir l’arrêter (super performance de Tom Cruise)…
Mann dépeint un polar urbain et nocturne avec un raffinement et une classe rarement vus jusqu’alors, le film est agrémenté de vues aériennes sur les tours avec la circulation des voitures, techniquement « Collatéral » est un pur régal !
Des fulgurances sont à noter lors de passages hyper violents (la boite de jazz, la discothèque, le bar « chicano », le final dans le métro) et Michael Mann sait tirer son épingle du jeu en évitant tous les clichés et en gardant une cohérence dans le suspense, le spectateur est bluffé !
Immense réussite, « Collatéral » fut un succès public et critique immense à sa sortie et on peut dire qu’il devint un film culte instantané, se rajoutant à l’édifice des autres films de Michael Mann, qui sont tous vénérés par nombre de cinéphiles…
Les seconds rôles sont également excellents et on retrouve Javier Bardem avec un grand plaisir et même Jason Statham dans un caméo au début (la scène de l’aéroport), tout est paramétré de façon jubilatoire et Michael Mann a su et pu doser son film en violence, mais aussi en émotivité (le passage de la mère de Max/Jamie Foxx sur son lit d’hôpital)…
Encore une fois, Michael Mann excelle dans le polar urbain et signe ici un de ses meilleurs films, à la fois moderne, grandiose et épique…
« Collatéral » est donc immanquable et tous les publics, pas forcément que les cinéphiles purs et durs, seront comblés avec cette maestria déployée de façon intense et hyper calculée…
Une pièce maitresse du polar/thriller post années deux mille et une composition d’acteurs sans la moindre faille font que, quinze années plus tard, l’impact du film est toujours aussi fort et efficace…
Un film à voir absolument !
Note : 10/10














vendredi 17 mai 2019

Amour et mort dans le jardin des dieux de Sauro Scavolini, 1972


AMOUR ET MORT DANS LE JARDIN DES DIEUX
de Sauro Scavolini
1972
Italie
avec Erika Blanc, Ezio Marano, Peter Lee Lawrence, Orchidea de Santis, Rosario Borelli, Carla Mancini
Drame expérimental/Giallo atypique
89 minutes
Blu ray édité chez Le Chat qui fume
Photographie de Romano Scavolini
aka Amore et morte nel giardino degli dei
Synopsis :
Ville de Spoleto, Italie, début des années soixante-dix…
Une femme nommée Azzura vit dans une luxueuse villa à côté d’un parc, non loin d’une forêt, elle est dépressive et pratique des séances de psychanalyse où son psychiatre enregistre les diverses discussions lors des séances et entretiens avec elle…
Azzura fait une supposée tentative de suicide, on la retrouve totalement nue dans sa baignoire, avec ses poignets ouverts…
Martin, un vieil homme qui sillonne la région, est ornithologue ; il prend des cris d’oiseaux dans un parc et les enregistre sur un microphone afin de les étudier…
Un jour, Martin, découvre au fond d’un buisson, des bandes magnétiques abimées et chiffonnées ; curieux, il décide de restaurer les bandes et après il les écoute !
Le film revient par flashbacks et nous fait découvrir Manfredi, le frère d’Azzura ; cet homme est colérique et entretient une relation quasi incestueuse avec sa sœur, il est également très jaloux et veut contrôler les relations masculines qui gravitent autour d’Azzura (c’est une très belle femme et elle ne laisse pas insensible les hommes)…
Un pianiste, Timothy, devient l’époux d’Azzura, ce qui met en rage Manfredi…
Une autre femme, superbe elle aussi, nommée Viola se rend de nombreuses fois au domicile d’Azzura…
Martin, l’ornithologue, va découvrir la vérité sur la supposée tentative de suicide d’Azzura, qui n’en est pas une, mais bel et bien un acte de folie d’une tierce personne sur la jeune femme !
Manfredi, atteint d’une névrose, donne une méga engueulade à Azzura, puis il la suit…
Une hécatombe a alors lieu et Manfredi, pensant tout contrôler et maquiller ses meurtres pour éviter d’être appréhendé par la police, se rend dans le parc de la villa d’Azzura…
Alors qu’il croit parfaire ses meurtres, sa jambe se prend dans un piège à loups et l’immobilise, fou de douleur et sans personne pour venir à son secours !
Mon avis :
Unique film de Sauro Scavolini, le frère de Romano Scavolini, réalisateur de « Cauchemars à Daytona Beach » et « Exorcisme tragique » et sommité en tant que chef de la photographie sur ses films, « Amour et mort dans le jardin des dieux » (quel titre sublime !) peut s’apparenter au style du giallo, mais de façon très atypique (un peu comme pour « L’œil du labyrinthe » de Caiano, tourné la même année), ici pas de tueur ganté comme pour les codifications inhérentes au giallo, mais une histoire tortueuse, assez difficile à comprendre au début et où le spectateur s’immerge dans des décors de toute beauté (une recherche graphique indéniable sublime le film, de plus la qualité du Blu ray du « Chat qui fume » est au summum et c’est un régal de suivre le film !)…
Aux deux tiers du film, lorsqu’on comprend la vraie personnalité de Manfredi, là ça devient super intéressant et la bifurcation scénaristique entamée par Scavolini rend le film passionnant, il faut donc s’armer de patience et suivre le film jusqu’à son issue, parce que cela vaut vraiment le coup de s’y attarder…
La belle Erika Blanc, égérie du film gothique italien (vue notamment dans le « Opération peur » de Mario Bava) porte l’histoire sur ses épaules et avec le personnage de Manfredi, ce sont eux deux les clefs de voûte de l’intrigue…
« Amour et mort dans le jardin des dieux » est un giallo/thriller élitiste et très insolite qui pourra en déconcerter plus d’un, y compris les cinéphiles aguerris aux gialli, mais la qualité du scénario, la direction sans faille des acteurs et surtout ces décors superbes parviennent aisément à susciter et confirmer l’intérêt pour ce film, qu’on peut qualifier « d’auteur » et qui rajoute une pierre à l’édifice du genre, par sa disparité et son culot (pas mal d’érotisme dans le film, mais dans le sens artistique et non graveleux)…
C’est même un ancêtre du « found footage » avec des bandes de cassettes audio à la place de bandes vidéos, ce qui est un procédé habile maintes fois utilisé mais qui redonne énormément de suspense et tient le spectateur en haleine jusqu’au final particulièrement électrisant…
Sauro Scavolini a eu l’excellente idée d’avoir choisi de ne rien faire comme ses prédécesseurs et il remporte l’adhésion par son originalité et la qualité du travail rendu, on ne peut donc que se féliciter du talent qu’il a déployé et, en étant patient et en allant au terme du film, on peut dire que c’est une grande réussite !
Surtout que le film est totalement inédit et inconnu en France, et que le boulot de l’éditeur « Le chat qui fume » est phénoménal avec un packaging superbe et deux bonus d’interviews des actrices principales ; l’image est fabuleuse et d’une netteté qui fait honneur au film et au travail de Romano Scavolini pour la photo…
Pour les cinéphiles friands de curiosités et ouverts aux films insolites, « Amour et mort dans le jardin des dieux » s’impose comme un must have et une évidence à le posséder…
C’est aussi l’occasion et la preuve que le cinéma italien de l’époque regorgeait de chefs d’œuvres méconnus et pas toujours distribués dans les autres pays d’Europe qui gagnaient à être réhabilités, quasiment cinquante ans plus tard, ressortir un tel film en blu ray tient du miracle et « Le chat qui fume » fait ainsi preuve d’une audace peu commune !
Un film qui n’a pas trop vieilli et qu’on peut saluer comme « élite » du giallo, je vous le recommande chaudement et c’est une initiative de la part du « Chat qui fume » qu’il faut lourdement encourager…
Note : 9/10








mercredi 15 mai 2019

FANTÔMAS de Claude Chabrol et Juan Luis Bunuel, 1979


FANTÔMAS
de Claude Chabrol et Juan Luis Bunuel
1979
France/Allemagne
Série de 4 épisodes
avec Helmut Berger, Jacques Dufilho, Pierre Malet, Gayle Hunnicut, Jean-Paul Zehnacker, Fabrice Luchini, Pierre Douglas, Victor Garrivier, Mario David
Série fantastique/policier
4 X 90 minutes environs
DVD sorti chez INA collection « Les inédits du fantastique »
Musique de Georges Delerue
d’après Marcel Allain et Pierre Souvestre
Diffusé sur Antenne 2 en 1980
Synopsis :
Paris à la fin des années vingts…
Un dangereux malfaiteur sillonne la capitale et fait régner la terreur, une légende le fait appeler Fantômas, beaucoup de gens dans le milieu mondain ont entendu parler de lui mais personne ne l’a formellement vu ; les motivations de Fantômas sont avant tout vénales mais il n’hésite jamais à employer la force, voire à tuer les personnes agressées !
L’inspecteur Juve est chargé de l’enquête, qui commence par le meurtre d’une richissime femme, étranglée dans un train ; Juve se rend à la gare de Juvisy et commence son enquête ; il sera assisté par un jeune homme, le journaliste Jérôme Fandor…
Fantômas se sert de différentes identités pour commettre ses forfaits ; il fait passer un homme appelé Gurn pour le responsable de ses exactions, Gurn sera exécuté par la guillotine, mais l’inspecteur Juve démontrera qu’il s’agit d’une supercherie, la tête de Gurn, tombée lors de la décapitation montre des traces de maquillage alors que Gurn était artiste, ce qui prouve que ce n’était pas Fantômas à l’échafaud mais bien un autre !
Enchainant les plans machiavéliques, Fantômas est aussi un grand séducteur et il s’amourache d’une notable très belle, Lady Beltham ; cette dernière, prise entre le marteau et l’enclume, va le « couvrir » lors des investigations de Juve et de Fandor, elle semble fascinée et hypnotisée par Fantômas, qui fait d’elle ce qu’il veut !
Un médecin travaillant dans l’hôpital de la ville, Chalek, sera en fait une des multiples personnifications de Fantômas, il fera preuve du plus abominable des stratagèmes en « dressant » un boa constrictor qui va étouffer puis tuer une des fortunées victimes ; Fantômas a placé le serpent dans les conduits d’aération de la villa de celle-ci et c’est Fandor qui va le découvrir, assisté par l’inspecteur Juve lors d’une visite dans la cave de la bâtisse…
Chalek/Fantômas se rendra dans un dortoir de l’hôpital et fera feu sur une des malades ; Juve conclut que le tireur s’est blessé au doigt avec la poudre du revolver, il fait boucler les accès de l’hôpital et demande qu’on vérifie chaque personne sortante ; Chalek/Fantômas parviendra néanmoins à s’enfuir !
Loupard, un escroc qui n’a peur de rien, semble être un allié de Fantômas ; il sera neutralisé par Juve et Fandor !
Se faisant passer pour Nanteuil, un banquier, Fantômas décide de se rendre en Transylvanie, son objectif est de dérober un bijou, un diamant de couleur rouge…
Il kidnappe un homme très riche qui connaît l’endroit où se trouve le bijou et le force à lui dire où se trouve exactement le diamant…
Lors d’une énième course poursuite dans un train, Fantômas parviendra à s’échapper et roulera une nouvelle fois Juve dans la farine…
Avec la comtesse Lady Beltham, il part au volant de son bolide pour continuer à provoquer d’autres meurtres, au nez et à la barbe de la police !
Mon avis :
Série mythique de la fin des années soixante-dix/début des années quatre-vingts, ce « Fantômas » version Chabrol/Juan Luis Bunuel est un modèle du genre qui terrorisa le public à l’époque, peu habitué à autant d’insolite pour un passage de grande audience et complètement à l’opposé du « Fantômas » d’André Hunebelle avec les pitreries de Louis de Funès, ici aucun élément comique mais une atmosphère très lourde, grave et dotée de passages flippants voire traumatisants (le boa, quelle trouille !) ;  Helmut Berger est tout le temps crédible et donne une grande prestance au personnage de Fantômas, quant à Jacques Dufilho, c’est un immense acteur (on l’a vu dans le « Nosferatu » de Werner Herzog, et « Fantômas » a un peu une atmosphère lunaire que n’aurait pas renié Herzog, justement)…
On est en plein dans une série INSOLITE et très fascinante, il suffit de rentrer, de s’immiscer dans l’intrigue pour ne plus en décrocher !
Certes, il faut être honnête, « Fantômas » est une série qui a vieilli et qui paraitra désuète, mais les cinéphiles les plus téméraires y trouveront certainement leur compte, tant le rythme est incessant et les fulgurances nombreuses (la scène de défenestration avec l’explication finale est à glacer le sang, les tronches prises par Fantômas pour couvrir ses forfaits ni vu ni connu foutent la flippe –la vieille concierge est terrifiante !-)…
Chabrol et Juan Luis Bunuel ne ménagent pas le téléspectateur et cherchent moins à émerveiller qu’à perturber, et le rendu est très glauque, mais toujours intéressant et habile…
On retrouve même Jean-Paul Zehnacker, le « Vorski » de « L’île aux trente cercueils » et le personnage principal de « La poupée sanglante », deux autres séries mythiques qui firent la gloire de la télévision française dans  les années soixante-dix ; « Fantômas » version Chabrol/Bunuel a un peu un aspect théâtral mais c’est du à la direction d’acteurs, ceci étant il y a une réelle dynamique et une direction appliquée dans les plans, mais le jeune public d’aujourd’hui sera surement peu réceptif à cette version de « Fantômas », qui sera réservée aux cinéphiles exigeants et trentenaires (il faut une certaine maturité pour l’apprécier, « Fantômas » n’est pas accessible à tous publics)…
Personnellement je me suis régalé malgré la piètre qualité d’image du double DVD sorti chez INA.fr dans la collection « Les inédits du fantastique », on aurait aimé au moins un cadre plein écran et une image retravaillée et moins floue !
Mais bon c’est déjà énorme que « Fantômas » soit disponible en DVD, avec une belle jaquette, qu’il ne faut pas bouder son plaisir…
Assez rare et très attractive, cette série a le mérite d’exister et de pouvoir être réhabilitée, donc il serait dommage de passer à côté !
Ne serait-ce que pour Dufilho, Helmut Berger et Jean-Paul Zehnacker, « Fantômas » se doit de figurer dans votre DVDthèque, si vous aimez les œuvres insolites et tordues, il trouvera une place de choix dans votre collection…
Immanquable et totalement à part !
Note : 9/10











dimanche 12 mai 2019

Suspiria de Luca Guadagnino, 2018


SUSPIRIA
de Luca Guadagnino
2018
Etats-Unis/Italie
avec Chloé Grace Moretz, Dakota Johnson, Sylvie Testud, Jessica Harper, Mia Goth, Tilda Swinton
Film fantastique
153 minutes
D’après le film de Dario Argento
Produit par Amazon studios
Budget : 20 000 000 dollars
Recettes au box-office : 7 625 180 dollars
Synopsis :
Ville de Berlin, années soixante-dix, 1977 précisément…
Alors que la bande à Baader terrorise le pays entier, Suzy Bannion, une étudiante américaine, souhaite intégrer la prestigieuse école de danse Helena Markos Tanz…
Elle finit par y être admise par sa régisseuse, Madame Blanc ; Madame Blanc explique à Suzy les règles de cette école ;  Suzy constate une atmosphère assez austère et fait connaissance des autres élèves de l’école de danse ; un drame vient juste de se produire avec la disparition d’une des danseuses, Patricia Hingle…
Suzy sympathise avec Sara Simmons, une des élèves ; la discipline est de fer et il arrive que Suzy fasse des malaises lors des cours…
Un grand spectacle de l’école doit avoir lieu et chacune des danseuses se prépare, avec une grande exigence…
Un soir, une des élèves se perd dans les couloirs de l’institut et, sans le vouloir, se retrouve dans une pièce secrète après avoir traversé un miroir sans tain !
Elle découvre une cérémonie cachée où un homme entièrement nu se fait mutiler par Madame Blanc et d’autres femmes responsables de l’école de danse…
Elle comprend alors qu’il s’agit d’une séance de sorcellerie !
Suzy découvre elle aussi qu’il s’agit de sorcières et que la « Mère » est en fait Helena Markos !
Une des élèves fait une crise d’épilepsie lors du spectacle, la salle est évacuée !
Suzy n’est pas au bout de ses peines et va découvrir l’horreur absolue…
Mon avis :
Quarante et un ans après l’original de Dario Argento, chef d’œuvre absolu du film sur la sorcellerie, Luca Guadagnino met en scène ce « Suspiria », les fans du film de 1977 avaient mis toutes les espérances dans ce remake et… c’est la DOUCHE ECOSSAISE !
Guadagnino se permet des libertés avec son prédécesseur et pond un métrage d’une grande prétention, très long et incroyablement chiant ; le comble, on n’a pas peur du tout, aucune scène n’est terrifiante comparé au Argento qui mettait les pétoches au bout de dix minutes !
Guadagnino se masturbe avec sa caméra mais il ne va jamais au fond des choses, on se prend à espérer un sursaut pour avoir une fulgurance et tout est avorté, c’est catastrophique !
Les couleurs, la chaleur graphique, le côté latin du film de 1977 : tout a disparu ! au profit (ou plutôt au détriment !) d’une histoire froide, creuse, sans saveur, complètement en décalage avec l’œuvre d’Argento, « Suspiria 2018 » est un film imbuvable et illisible et Guadagnino se permet l’outrecuidance de créditer deux fois au générique Dario Argento (au début et à la fin), c’est de l’abus et Dario lui-même n’a pas reconnu la filiation entre les deux films…
L’élément scénaristique avec la bande à Baader et les terroristes palestiniens qui détournent un avion, mais qu’est- ce que ça vient faire dans le film ??
La direction d’acteurs est catastrophique, Dakota Johnson semble anorexisée et ne délivre aucune émotion, aucun charisme (contrairement à Harper), je n’ai même pas reconnu Chloé Grace Moretz au début du film et seule l’actrice jouant Madame Blanc est à peu près crédible ; les effets spéciaux CGI sont hideux, la « Mère » est à cent lieues du film d’Argento, on dirait un mélange de Jabba The Hut et de la sœur dans « Simetierre » mais en beaucoup moins bien  foutue !
« Suspiria » est un film où Guadagnino s’est approprié vaguement et superficiellement l’histoire imaginée par Argento et Nicolodi puis… il l’a massacrée, il n’en a fait qu’à sa tête, ne respectant aucunement les bases instaurées, le résultat est consternant et risque de mettre en colère les fans de l’original, c’est un calvaire de deux heures trente !
Le film a coûté 20 millions de dollars et en a rapporté à peine le tiers, le spectateur ne s’est pas trompé et cela a été un lourd échec et c’est tant mieux, oser réaliser des merdes pareilles faut vraiment ne douter de rien !
C’est d’autant plus révoltant vis-à-vis de Dario Argento qui arrive à un certain âge, d’oser un affront pareil pour lui, qui a été un génie du film fantastique baroque !
« Suspiria 2018 » est un plantage complet, un film raté de A à Z qu’il faut oublier très vite tant cela fait mal au visionnage ; personne ne trouvera son compte dans ce galimatias inaudible et le final nous délivre (et heureusement que je ne l’ai pas vu au cinéma !)…
Une trahison totale et un film qui aurait gagné à ne jamais voir le jour !
Même avec la plus grande ouverture et la plus ample tolérance on ne pourra acquiescer un remake pareil !
Consternant, affligeant, Guadagnino est atteint de melonite mais là ça s’est retourné contre lui et après « ça » je pense que sa carrière est foutue, il est allé droit dans le mur !
Note : 2/10













mercredi 8 mai 2019

RE-ANIMATOR de Stuart Gordon, 1985


RE-ANIMATOR
de Stuart Gordon
1985
Etats-Unis
avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott, Barbara Crampton, David Gale, Robert Sampson
Film d’horreur
86 minutes
Blu ray édité chez The Ecstasy of films
Produit par Brian Yuzna et Empire films
D’après la nouvelle de Howard Philips Lovecraft
Budget : 900 000 dollars
Recettes au box- office américain : 2 023 000 dollars
Synopsis :
Hôpital d’Arkham, Massassuchetts, Etats unis, au milieu des années quatre-vingts…
Après une expérimentation qui tourne mal dans un hôpital en Suisse, Herbert West, un étudiant en médecine, est renvoyé ; il atterrit donc en tant qu’élève dans la faculté de médecine dirigée par le docteur Halsey…
Lors d’un cours, Herbert West prétend pouvoir « empêcher la mort », le professeur Carl Hill est agacé par la certitude et l’insolence de West…
Dan Cain, un autre étudiant en médecine, sort avec Meg Halsey, une superbe blonde, c’est la fille de Dean Halsey ; comme Dan a passé une annonce de colocation, Herbert West se rend chez lui et lui demande d’être son colocataire, Dan accepte…
Le chat de Meg est retrouvé sans vie dans le frigo de West, Megan pousse un cri en voyant le cadavre de Rufus (le chat) mais West affirme pouvoir le remettre en vie ; Herbert West a créé une potion avec un liquide vert qu’il injecte via une seringue dans le corps des défunts…
Dan Cain est alors attaqué par le chat devenu zombie !
Cain, subjugué par cette découverte incroyable, essaie de prévenir Dean Halsey, mais celui-ci prend très mal la chose et interdit à sa fille Megan de revoir Cain, il renvoie également Herbert West de l’université !
West et Cain, devenus comme possédés et fascinés par la découverte du liquide qui « réanime » les morts, s’introduisent dans la morgue de l’hôpital !
Halsey, cherchant Cain, les retrouve !
Plus tard, le docteur Carl Hill veut lui aussi profiter du fluide réanimateur et observe sa solution chimique au microscope ; West le tue en le décapitant…
Tout va partir en vrille, les morts reviennent à la vie et Herbert West ne peut plus rien contrôler, l’hôpital d’Arkham devient le théâtre de l’horreur et les cadavres de la morgue se déchainent !
Dan Cain veut garder l’amour de Meg dont il est fou, mais ces événements macabres vont tout chambouler…
Mon avis :
Film mythique à tous les niveaux, « Re-animator » a plutôt bien passé les années, trente- quatre ans plus tard et le rythme et la dynamique du film ont fait que son pouvoir d’attraction est resté intact ; et c’est un régal !
Hyper gore et comportant des scènes très osées pour l’époque, « Re-animator » est un must, un fleuron du genre ; le film de zombies est ici décliné de manière très originale (la quasi-totalité du film se passe dans un hôpital) et Stuart Gordon fait un mélange avec le mythe du docteur Frankenstein rehaussé à la sauce plus moderne et avec un « héros » complètement barré et dingue, Herbert West s’inscrit désormais et instantanément dans le panthéon des personnages de films d’horreur des années quatre-vingts !
La plus- value féminine avec Barbara Crampton fonctionne au-delà de toutes les espérances et érige l’actrice au rang de sex-symbol en un seul film ; Dan Cain devient comme « possédé » par l’aura de West et « l’accompagne » dans sa folie, il devient son COMPLICE…
Du coup, le film part complètement en live et ça barde avec de nombreuses scènes gore excellemment mises en scène (sur la technique, le film est nickel et les trouvailles de réalisation font illusion !)…
Les acteurs sont convaincants et le spectateur ne s’ennuie à aucun moment, Gordon sait comment faire pour retenir l’attention et malgré un petit budget, il s’en sort à merveille…
La musique du film est, elle aussi, très efficace avec un plan qui rappelle la musique de « Psychose » d’Hitchcock ; parfois le film est doté d’humour (le gardien de la morgue qui va se « taper un café » et qui lit une revue érotique, le chat moribond –on se  croirait dans un sketch des Nuls-) et la scène avec Barbara Crampton topless restera à jamais gravée dans la mémoire des cinéphiles érotomanes !
Un passage est même à la limite de la bienséance avec un cunnilingus suggéré qui fait penser à de la nécrophilie à l’envers, c'est-à-dire que là c’est le zombie qui attaque sexuellement la femme victime bien vivante, celle-ci !
Là avec « Re-animator » c’est juste la révolution pour l’époque, on est au milieu des années quatre-vingts et le film réinvente totalement le film d’horreur ; d’ailleurs le public et les critiques ne s’y ont pas trompés et le film devient rapidement culte !
L’édition du coffret Blu ray/DVD de The Ecstasy of films est fabuleuse ! le packaging est gigantesque, les bonus sont conséquents et le menu splendide, il aura fallu fournir un travail de titans pour Christophe Cosyns et le résultat final est colossal et prodigieux, cette édition est à posséder impérativement pour tout cinéphile goreux ou fan de films d’horreur des années quatre-vingts…
« Re-animator » n’a rien perdu de sa valeur et s’est même carrément bonifié avec les décennies, cette édition lui fait honneur et permettra ainsi aux plus jeunes de découvrir ce classique du cinéma d’horreur, mille fois mieux que les films actuels sans saveur et mercantiles, ici, il y a une véritable SINCERITE et un amour du GENRE qui force automatiquement le respect…
A voir et à revoir avec un plaisir et un bonheur inégalables, « Re-animator » est à classer dans le top 10 des meilleurs films de zombies et procure une jubilation au visionnage comme on a rarement vue !
IMPOSSIBLE DE PASSER A COTé !
Note : 10/10
Et 10/10 pour l’édition de The Ecstasy of films !















dimanche 5 mai 2019

Mosquito Coast de Peter Weir, 1986


MOSQUITO COAST
de Peter Weir
1986
Etats unis
avec Harrison Ford, Helen Mirren, River Phoenix, Martha Plimpton, Andre Gregory
Conte naturaliste/film d’aventures
117 minutes
Musique de Maurice Jarre
Budget estimé : 25 000 000 dollars
Synopsis :
Etats-Unis et Honduras, milieu des années quatre- vingts…
Allie Fox est un père de famille, il est un inventeur de génie mais complètement fantasque, il a quatre enfants et vit avec sa femme dans une maison à la périphérie d’une ville américaine ; souvent, lorsqu’il sort pour faire ses courses et acheter des articles de quincaillerie pour ses travaux, il fait des esclandres dans le magasin, refusant finalement de prendre le matériel en prétextant que l’origine vient de Chine ; en fait Allie Fox ne supporte plus le consumérisme et la société, il est acariâtre et irascible et rêve de construire un monde, SON monde où l’on se contente de peu, quitte à vivre chichement ; son fils Charlie, d’une douzaine d’années est réceptif au discours de son père et Allie essaye de lui enseigner et de lui inculquer ses préceptes…
Un jour, Allie en a tellement marre que, pris d’un coup de tête, il décide de prendre un bateau avec toute sa famille et de tout plaquer pour aller au Honduras…
Par amour, sa femme le suit et les enfants, n’ayant pas trop le choix, partent aussi et sont de l’aventure…
Sur le trajet, Charlie rencontre Emily, une adolescente qui est la fille du révérend Spellgood, celle-ci semble amoureuse de Charlie…
Arrivés en pleine forêt, la famille Fox, Allie en tête, se met en construction d’un refuge et de nombreuses péripéties attendent Allie !
Par ses inventions qu’il avait élaborées sur la terre ferme, aux Etats-Unis, Allie joue d’ingéniosité et recréée un chez –soi pour lui et sa famille…
Tout semblerait à peu près aller jusqu’à ce que trois guerrilleros arrivent et demandent l’hospitalité à Fox et s’installent pour dormir chez lui, fusils dans les mains…
Petit à petit, Allie Fox perd ses repères et devient à moitié fou ; ses enfants commencent à le détester et l’issue de tout cela semble vouée à l’échec total !
Mon avis :
On sort du visionnage de « Mosquito coast » avec une impression un peu en demie teinte, certes c’est un très beau film avec des paysages somptueux et une interprétation solide, Harrison Ford croit à fond dans son rôle et tout le film porte sur ses épaules, mais il y a vraiment un gros bémol (et il faut bien le dire !) c’est la crédibilité du film !
Bourré d’invraisemblances, « Mosquito coast » aligne les incohérences (ça commence avec la tronçonneuse lorsque Fox coupe un arbre, le summum est atteint lorsque la maison est construite en quatre plans et aussi lors de la scène de Thanks giving, vue la situation et l’environnement décrit au début et à l’arrivée de la famille Fox, on se demande bien comment tout le matériel a pu atterrir ici !)…
Ces faux raccords sont indignes d’un film de Peter Weir et si l’on compare « Mosquito coast » avec ses précédents chefs d’œuvre (« Witness », « La dernière vague »), on dirait même que « Mosquito coast » est un de ses plus mauvais films (ça fait peine de le dire !) ; échec critique et public à sa sortie, « Mosquito coast » a tout de même de grandes qualités et il fait beaucoup penser à « Fitzcarraldo », un peu un mini « Fitzcarraldo » avec Harrison Ford à la place de Klaus Kinski, mais toujours ce personnage illuminé et qui veut réussir un pari fou !
On se laisse volontiers aller au jeu et charmer par « Mosquito coast » à condition de faire abstraction de ces incohérences car, effectivement, le film a tout de même un énorme potentiel et la machine du « conte naturaliste » fonctionne à plein régime, vraiment grâce à l’énorme conviction d’Harrison Ford (Peter Weir peut le remercier !), Ford est dans un rôle complètement atypique à ceux qu’il incarnait auparavant et démontre une pugnacité, une volonté qui fait illusion, de gros moyens financiers aidants (vingt- cinq millions de dollars, ce n’est pas rien et le film est réellement tourné sur place !)…
Pouvant paraître fou, le personnage de Fox vacille entre bienveillance (au début) puis pétage de plombs (à la fin), je vous laisse découvrir le final (très beau) qui est, de plus, magnifié par la très belle musique de Maurice Jarre…
Certains passages lorgnent presque vers le fantastique (les incendies, les guerrilleros piégés), les jeunes acteurs se débrouillent bien et Helen Mirren semble hypnotisée par le jeu d’Harrison Ford, que l’on n’a vraiment pas l’habitude de voir dans la peau de personnages pareils (et finalement c’est peut- être pour un plus pour le film, les cinéphiles curieux auront un intérêt amplifié pour le film)…
Par son originalité et la grande distance prise si on le compare aux autres œuvres d’aventures sorties à cette période (entre le début et le milieu des années quatre-vingts), « Mosquito coast » tire radicalement son épingle du jeu et cette tentative très courageuse est à son honneur et mérite la plus grande attention…
Histoire basée sur la nature et le combat de l’homme à s’en rapprocher, « Mosquito coast » souffre de quelques défauts énumérés plus haut, mais il ne faut pas s’arrêter à tout ça, cela serait une erreur, c’est un film sincère et même poignant, qu’il faut réhabiliter absolument (il est quelque peu oublié trente- trois années plus tard et c’est un tort)…
Même si imparfait, le film de Peter Weir a le mérite d’y croire à fond dans son histoire et contentera largement le cinéphile grâce à de nombreux atouts…
Bref, « Mosquito coast » est à visionner au moins une fois et laisse un souvenir ancré à jamais, il m’a beaucoup fait penser aux films de Herzog et surtout à « Fitzcarraldo », je pense que le lien et la filiation entre les deux films n’est pas anodine et s’avère justifiée…
Vous aimez les décors naturels, les personnages un peu disjonctés, les aventures humaines ?
Foncez !
Note : 8/10