Open Watching

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dimanche 29 septembre 2019

Le faucon de Paul Boujenah, 1983


LE FAUCON
de Paul Boujenah
1983
France
avec Francis Huster, Vincent Lindon, Maruschka Detmers, Isabelle Nanty, Agnès Jaoui
Film policier/film d’action
80 minutes
Blu ray édité chez LCJ éditions
Synopsis :
Paris, au début des années quatre-vingts…
Frank Zodiac, un policier dépressif, a perdu sa femme dans un grave accident de la route, sa fille, Anastacia, a réchappé à l’accident mais elle est plongée dans un coma irréversible ; Frank a pour habitude de lui apporter des dizaines de peluches qu’il choisit dans un magasin de jouets parisiens ; Zodiac se remémore, par flashs, les bons moments vécus avec son épouse, notamment leurs sorties dans des fast foods de la ville où le couple s’embrassait en dégustant des cheeseburgers…
Frank Zodiac semble perdu mentalement et a bien du mal à garder la tête froide, il doit coincer un dangereux truand, Gustave Sabor dit « Gus », et les équipiers policiers de Frank se moquent de lui, méchamment, et semblent totalement inefficaces pour retrouver la trace de Sabor…
C’est alors qu’un après-midi, alors que Zodiac est dans le magasin de jouets, une voiture arrivant à vive allure, défonce la vitrine du magasin !
La copine de Zodiac qui l’accompagnait est tuée !
Zodiac se lance dans une course poursuite effrénée et vrombissante et reconnaît Gus, il ne le lâche pas d’une semelle et, de façon athlétique, le poursuit des rues de Paris jusqu’à un bois, puis un hippodrome…
De là, Gus, qui avait un complice, prend une voiture pour s’échapper ; Zodiac force un homme à suivre Gus jusqu’au périphérique parisien, puis, de fil en aiguille, Frank retrouve Gus jusque dans une salle d’entrainement de boxe pour finir dans un musée…
Zodiac peut alors accomplir sa vengeance et mettre hors d’état de nuire Gus ;  le combat est rude mais Frank puise la force emmagasinée après ses années de souffrance pour aboutir à abattre Gus…
Le destin rattrape alors Frank, il se rend à l’hôpital, bouleversé, et constate que sa fille a changé de chambre !
Mon avis :
Considéré comme un nanar, « Le faucon » est pourtant un film doté d’énormes qualités, à commencer par la performance d’acteur immense de Francis Huster ; il se donne à fond, aussi bien physiquement que mentalement, pour incarner son personnage de Frank Zodiac, flic meurtri par la mort de sa femme, et qui doit coincer un dangereux criminel ; certains passages sont dantesques comme cette poursuite qui dure quasiment vingt minutes et où l’action est menée à deux cents à l’heure !
La sublime Maruschka Detmers (elle est troublante de beauté) n’apparaît qu’au début du film et il est vrai que certaines séquences sont incongrues (les embrassades dans le fast food en mangeant un cheeseburger), en fait « Le faucon » est un film insolite et lunaire, bien ancré dans le style des années quatre-vingts, avec une super musique (beaucoup de slaps à la basse, on dirait presque du Eric Serra période « Subway ») mais au final ça donne un aspect sincère et très touchant (le final est poignant), il ne faut donc pas trop se moquer de ce film, car dans le genre on a vu pire…
Immense succès à sa sortie en salles, « Le faucon » vaut surtout pour son dynamisme et pour l’opiniâtreté de son personnage Frank Zodiac, flic meurtri et dépressif qui part avec un handicap (il a perdu sa femme, sa fille est dans le coma) mais qui arrive à puiser la force pour conserver son énergie et exploser dans une furie physique et mentale pour montrer qu’il a toute sa place au sein de son équipe…
L’occasion également de voir  les premières apparitions au cinéma pour pas mal d’acteurs et d’actrices (Vincent Lindon et Isabelle Nanty, dans un petit rôle) qui étaient élèves des cours donnés par Huster…
Le blu ray édité par LCJ est de très grande qualité, image nette en plein cadre, et le bonus avec l’interview de trente- trois minutes de Francis Huster est passionnant !
« Le faucon » est un film pas si nanardesque que ça au final et qui fait passer un bon moment de cinéma au cinéphile curieux et ouvert, même si, de par son ambiance et l’époque où il a été tourné, il paraitra un peu kitsch, il n’en demeure pas moins un vrai régal dont on aurait tort de se priver…
Maintenant qu’on a un beau blu ray de la part de LCJ éditions, je pense que « Le faucon » est un film à réhabiliter absolument, sincère, touchant, émouvant (la fin) et bourré d’énergie, il a toutes les qualités pour séduire donc foncez !
Le lien pour le commander :
Note : 7/10










Cérémonie sanglante de Jorge Grau, 1973


CEREMONIE SANGLANTE
de Jorge Grau
1973
Espagne
avec Ewa Aulin, Lucia Bosé, Espartaco Santoni, Silvano Tranquilli, Lola Gaos, Ana Fara
Film d’épouvante gothique
102 minutes
Blu ray édité chez Artus films
aka Ceremonia sangrienta
Synopsis :
Au début du dix-neuvième siècle, dans un village d’Europe centrale…
Un étrange ballet nocturne a lieu, des villageois avec des torches conduisent un jeune adolescent sur son cheval jusqu’à un cimetière ; le jeune homme est vierge et le cheval doit le conduire, comme par magnétisme, sur une tombe, cette sépulture sera, si l’on en croit les villageois, celle d’un vampire !
Des croyances tenaces dues à une malédiction qui frappe le village font état de plusieurs hommes défunts qui seraient des vampires en puissance ; un simulacre de procès a donc lieu avec le cercueil d’un homme, considéré comme vampire, lors du procès, des témoins apparaissent et soutiennent mordicus que l’homme présent dans sa tombe est bel et bien un vampire, ce dernier est alors tué définitivement par le rituel du pieu enfoncé dans le cœur !
Erzébet Bathory, la richissime comtesse qui règne sur le village, cherche secrètement des jeunes femmes pour les sacrifier lors de rites ; Erzébet cherche à conserver sa jeunesse éternelle avec le sang des jeunes femmes, elle procède à des bains sanglants et est persuadée que ces rites masqueront son âge réel afin qu’elle soit toujours séduisante vis-à-vis des hommes qu’elle convoite…
Son mari, le marquis Karl Ziemmer, effraie les jeunes femmes du village et, malgré qu’il soit très riche, les femmes qu’il essaie de séduire ont une trouille bleue de lui !
Et si Karl était finalement lui aussi un vampire ?
Les victimes potentielles se comptent par dizaines et dès que la nuit tombe le danger est double : éviter d’être kidnappé pour les bains de sang de la comtesse Bathory et échapper aux griffes du vampire Karl Ziemmer !
L’effroi et la terreur s’emparent du village…
Mon avis :
Film exceptionnel à tous les niveaux et, ça parait incroyable, complètement inédit en France, « Cérémonie sanglante » est un film d’épouvante ibérique de très haut niveau et dès l’entame (la cérémonie nocturne avec le cheval dans le cimetière) accentuée par une musique tonitruante de pure folie, le spectateur s’intègre en quelques secondes dans l’histoire pour ne plus jamais décrocher ; Jorge Grau, dont les films sont très peu connus – à part son autre chef d’œuvre « Le massacre des morts-vivants »- fait preuve d’une rigueur phénoménale dans le choix des décors, des costumes et de sa technique pour filmer, le résultat est saisissant et de plus, Grau va en total contre-courant des films gothiques que nous connaissions, déjà pour une chose de taille : l’érotisme est très pudique, très fermé, pas d’outrance mais une suggestion totale (à l’image des nuisettes transparentes des héroïnes) qui laisse faire travailler l’imagination du spectateur, ce qui donne un sentiment de raffinement absolu ; les passages gore sont simplifiés, Grau s’intéresse davantage au charisme de ses comédiens avec pas mal de plans serrés mais toujours hyper maitrisés !
« Cérémonie sanglante » fascine par son atypisme, c’est l’histoire de la comtesse Bathory comme on l’avait vue dans « Comtesse Dracula » avec Ingrid Pitt, mais les codes hammériens ont disparu au profit d’un côté latin, chaud et frontal…
Les comédiennes sont à tomber par terre de par leur beauté, Espartaco Santoni/Karl Ziemmer a bien autant de charisme qu’un Christopher Lee dans le rôle du vampire et le film défile de  façon linéaire et fluide, sans la moindre improvisation, tout est ici calculé au millimètre et on se dit même à la fin du visionnage que l’on a peut être assisté au summum, au meilleur film ibérique de genre qui soit…
C’est d’un niveau élevé et très peu de cinéastes sont parvenus à retranscrire autant de qualités pour un film d’horreur (on ne peut le considérer comme film fantastique, comme le dit si bien Alain Petit dans les bonus du blu ray) venu d’Espagne…
On est loin des films de Jess Franco, on est un cran au-dessus et « Cérémonie sanglante » bat même les films de la Hammer !
De plus, le coffret blu ray de Artus films est phénoménal, l’image est en 2K ( !) et on exulte de bonheur lors du visionnage, l’image est top nickel et le cinéphile fan de gothiqueries prendra un pied incommensurable avec ce « Cérémonie sanglante » qui fera date et surtout qui fut complètement inédit en France, Artus a fait là un boulot sensationnel !
L’essence et la genèse du film gothique espagnol viennent de ce film monumental à posséder impérativement et même quarante- six années plus tard, « Cérémonie sanglante » impressionne encore et n’a rien perdu de son impact…
Hommage à Jorge Grau, décédé il y a peu, on peut dire qu’Artus films a tapé dans le mille !
Note : 10/10










vendredi 27 septembre 2019

Le bouc émissaire de Louis Chaput


Le bouc émissaire


Tapi dans l’ombre, vous sentez sa présence
mais ne le voyez pas.
Pas besoin de fortes pressions
pour qu’il réponde à vos appels
et vous procure de fortes sensations.
Mais il a aussi le pouvoir,
de mettre un terme brutal
à votre existence.


Assistant fiable,
obéissant à vos désirs,
il peut vous conduire,
si vous aimez l’aventure,
de l’Alaska en Terre de Feu.
Vous permettre aussi
d’explorer la banquise
si le froid et la solitude vous attirent,
traverser le Sahara
si vous préférez le silence des déserts,
offrir à vos regards de superbes paysages,
sur des routes de montagne,
en bords de mers
ou dans le creux des vallées.
Tout cela sans dommages
si vous êtes mesuré.


Il faut cependant vous méfier de lui
et ne pas abuser de ses possibilités.
Faute d’oublier que la puissance dont il dispose
est la sienne et non la vôtre,
vous risquez de l’entraîner
vers des extrêmes où la mort est aux aguets.

Bien sûr, vous avez deviné
qu’il s’agit de l’accélérateur
qui fouette sous le capot
de votre automobile
les deux cents chevaux du moteur.

Ce bolide,
avec lequel vous adorez nous épater
… et vous faire peur,
avez-vous pensé qu’à pleine vitesse
c’est un dangereux projectile
aussi meurtrier qu’une bombe
ou un missile ?

Que vous soyez la première victime
de vos extravagances,
d’un manque de discernement,
est sans importance !
Que votre joujou devienne un tas de ferraille
en quelques secondes on s’en fout !

Lorsque cette puissance,
dont vous êtes esclave,
met fin à la vie des autres
vous ne cessez de vous disculper
soutenant que ce n’est pas votre faute !
Devant les morts et les blessés,
il vous est commode de prétendre
que c’est le champignon,
 autre nom de cette innocente pédale,
qui est resté coincé !
Et c’est la conscience tranquille,
sans remords,
que vous repartez…

Odyssée végétale de Louis Chaput


Odyssée végétale

Une graine de pin, attendant pour germer
l’arrivée du printemps,
fut emportée contre son gré
par une rafale de vent
et brutalement déposée entre deux blocs de grès.

Dans cet espace réduit,
quelques feuilles d’arbres voisins
étalées sur une couche de sable fin
lui servaient de lit.

Une chance sur mille d’éclore
et voir un jour la lumière,
si la Nature est d’accord,
lui avait dit sa mère.

Le soleil offrant sa chaleur,
les nuages leur eau,
aucun prédateur
venu la picorer dans son berceau,
il était temps pour elle
de prendre de l’ampleur
et monter vers le ciel.

Ses racines creusèrent
remontant les minéraux
essentiels à sa vie.
L’eau pompée devenant sève
nourrissait ses vaisseaux
et le manège tournait sans trêve.

Baptisé Sylvestre par un sapin,
un bouleau et un châtaigner,
résolus à prendre soin
du masculin nouveau-né,
le frêle petit pin,
heureux d’être ainsi protégé,
espérait devenir comme eux,
géant de la forêt.

Il avait de quoi exulter et se réjouir
sauf qu’il ne savait pas que la dalle de grès marbré,
sur laquelle il espérait grandir,
surplombait de six coudées le sol nourricier.
Dans de telles conditions, impossible de vivre
croyait le nouvel arrivant.

Seul juge de la situation,
le destin en décida autrement
et ordonna au récalcitrant
de rester là, quitte à survivre seulement,
que ça lui plaise ou non !
Sur ordre du jeune maître,
les racines étaient prêtes,
à descendre jusqu’au centre de la terre,
et même plus loin s’il le fallait,
pour ramener la nourriture
dont cette délicate création avait besoin.
Brisures, fentes, failles, la moindre rupture,
elles s’infiltraient partout avec entrain
ne laissant sur sa faim la plus petite nervure.

Les saisons se succédaient
sans accrocs ni dommages
et le bambin du passé,
mûrissant avec l’âge,
était devenu un bel arbre vert
supportant sans difficulté
Étés torrides, violents orages et durs hivers.

Après vingt ans d’existence
il avait pris de la hauteur,
de l’envergure et une vigueur
qui augmentaient chaque année,
ce qui, cet âge dépassé,
n’est pas le cas chez les humains
sauf pour la suffisance
et l’embonpoint.

Défavorisé par son lieu de naissance,
Lepin Sylvestre, nom désormais acquis
le distinguant d’autres essences,
s’en était apparemment bien sorti.

Mais, lorsqu’il s’agit de mort ou de vie,
c’est la Nature qui dicte sa loi
sans que les concernés donnent leur avis.
Or, depuis quelques mois,
les racines n’avaient plus la même aisance
pour avancer, excaver
puis remonter la pitance.

Elles avaient rudement forci
depuis leur émergence 
et elles réalisaient que le rocher,
de par sa structure,
n’était pas disposé
à élargir ses fissures pour les laisser passer.


Observant ses congénères,
tous en bonne santé,
Lepin Sylvestre comprit
que son système racinaire,
pris dans le piège de l’obstruction,
mettrait un terme à son évolution.

Il devait désormais s’attendre
à disparaître prématurément.
Ce n’était qu’une question de temps :
soit un long dépérissement,
soit de tragiques circonstances
qui l’obligeraient à s’étendre
en douceur ou avec violence.

Impossible de présumer
que son volume et son poids
causeraient son trépas.
Planté sur un socle nu,
ses ancrages étant trop loin,
et surtout trop ténus
pour maintenir sa tête dans les étoiles,
il fut arraché de son piédestal
par la furieuse tempête
qui lui tomba dessus.
Un sinistre craquement
résonna dans la forêt
et fit trembler la terre.

Étendu au milieu d’arbres amis,
qui l’avait vu naître et s’épanouir,
il resta vert quelque temps,
supportant sans gémir
une longue agonie
puis se désagrégea lentement.
La Nature reprenait sa vie.

Vaticâneries de Louis Chaput


Vaticâneries

Le nouveau pape n’est pas Pie mais Benoît
À dire vrai un paterne austère, papelard,
grand patelin en somme et grognon de surcroît !
Puisque tous ces adjectifs sont synonymes de ce prénom
et correspondent au caractère de l’homme,
à ses manières, ses jugements et prises de positions.
Benoît est donc un juste choix.

La papamobile blindée ça sert d’auto
pour protéger le corps de ce pontifiant,
mais il n’en va pas de même avec le préservatif,
objet de protection qu’il abhorre.

Que connaît-il de la sexualité
lui qui ignore les besoins de la chair
et a fait vœu de chasteté ?

Peu importe à cet éminent prêcheur
grand donneur de leçons,
il prend la position du missionnaire
qui se doit de convertir les pécheurs
à rester découvert durant la fornication.

Il est donc inconcevable, pour ce dictateur
de soutenir Sidaction !
Quant aux victimes, ayant enfreint sa loi,
ce sera l’excommunication…
comme prime de départ vers l’au-delà !

Pourtant, ce vétilleux vieillard,
représentant désigné du Christ,
est loin du modèle qu’il devrait suivre !
Sur son manque d’humilité,
où faste et rutilantes tenues
sont quotidiennement affichés,
on peut aussi lui tailler un costard !
Il vient en effet de relancer la mode papale
en mettant un chapeau rond rouge en velours bordé d’or.
Coiffé de ce galero,
que portaient autrefois les cardinaux,
il déambule, sourire figé dans sa transparente bulle
au milieu de milliers d’exaltés
avides de ses mielleuses bénédictions.

Avec ses chaussures rouges, en peau de Kangourou,
sans doute peut-il courir plus vite et sauter plus haut
quand il se détend à Castelgandolfo !

Depuis que cette congrégation a pris,
toutes Eglises confondues,
les affaires religieuses en main,
il faut voir, sans sourciller,
ce que Popes, Papes, Nonces, Primats,
Patriarches, Archevêques, Évêques et Curés
se mettent sur le dos, la tête et les pieds !

La mode vestimentaire de toutes ces huiles,
maîtres des lieux saints, est un délire de broderies,
de chamarrures, fanfreluches et moult fioritures.
Costumes ecclésiastiques, calottes et barrettes
sont noir pour le prêtre, violet pour l’évêque,
rouge pour le cardinal et blanc pour le pape.

Qu’il s’agisse de prières ou sorties,
de petites ou grande cérémonies
les vêtements diffèrent 
et la liste de ces colifichets
a de quoi impressionner la galerie :
Amict autour du cou, aube sur la chasuble,
croix pectorale en métal précieux,
dalmatique, étole humérale, manipule,
pallium, symbole de la brebis égarée,
rochet, surplis, tiare, mitre, froc,
rabat, sure, scapulaire, soutane…
et la tonsure  pour les moines.
Et que dire de tous ces accessoires
trésors d’orfèvreries en or ou argent doré
fondu repoussé et ciselé
de valeur inestimable :
Encensoir, patène, ciboire,
crucifix, burettes, ostensoir,
seau à eau bénite avec son goupillon
à l’extrémité duquel se trouve
une touffe… de blaireau !

Et bien d’autres bibelots, objets et ustensiles
qu’il serait trop long d’énumérer,
d’autant que la plupart
sont franchement inutiles.

Il faut bien tout ça à ces infatués
pour fasciner, subjuguer,
ensorceler le croyant
tombé dans leurs filets
et satisfaire en même temps
leur incommensurable vanité.

Maximes de Nietzsche, compilées par Louis Chaput


Maximes retenues de Nietzsche :


Quiconque atteint son idéal le dépasse du même coup !

Et vous me dites, amis, que des goûts et des couleurs
il ne faut pas discuter.
Mais toute vie est lutte pour des goûts et des couleurs !

Sans la musique la vie serait une erreur !

Mais ce qu il y a de pire, ce sont les pensées mesquines.
En vérité il vaut mieux faire mal que penser petitement !

O hypocrites sensibles et lascifs ! Il vous manque l’innocence dans le désir :
c’est pourquoi vous calomniez le désir !

J’aime la liberté et l’air sur la terre fraîche ;
j’aime encore mieux dormir sur des peaux de bœufs que sur leurs honneurs et leurs dignités.

L’objection, l’écart, la méfiance joyeuse, l’ironie sont des signes de santé :
tout ce qui est absolu est du domaine de la pathologie.

Celui que je préfère est aujourd’hui le meilleur, c’est le paysan bien portant ;
il est grossier, rusé, opiniâtre et endurant : c’est aujourd’hui l’espèce la plus noble.

Vrac de Louis Chaput


Vrac

Comment peut-on obtenir d’hommes qui s’entretuent
de déposer les armes qu’on leur a vendues ?

A vaincre sans barils on triomphe sans boire
ce qui est fort regrettable pour fêter une victoire.

En matière de budget
c’est en pratiquant des coupes sombres
qu’on y voit plus clair !

Le cochon qui sommeille dans la tête des hommes
n’est jamais qu’un travers de porc,
mets par ailleurs délicieux que nombre de femmes adorent !

Pervers et cruel pour satisfaire ses vices ce diabolique esprit
avait dressé un autel réservé aux sacrifices… rue de la Goétie.

Qu’importe les flocons  pourvu qu’on ait l’avoine,
disait un cheval dans son écurie
en contemplant dehors la neige en furie.

L’espoir fait vivre, dit-on,
allez dire ça à celui qui a l’estomac dans les talons
et vous verrez ce qu’il vous répondra !

Si tu ne commets pas quelques excès dans ta vie
tu ne sauras jamais ce que mesure et sobriété signifient.

Aube mortelle de Louis Chaput


Aube mortelle

Dans le rosée du matin,
au milieu de hautes graminées,
reines des prés, ciguës et plantain,
le soleil émergeant des sommets
mettait en relief les fines toiles
tissées la nuit par de nombreuses araignées
sous un ciel constellé d’étoiles.
Des scarabées grimpaient  avec entrain.
subtiles nuances de bleu, vert et mordoré,
même spectre que l’arc en ciel après l’orage.
D’autres minuscules insectes mangeaient, s’accouplaient
se lutinaient, se défendaient ou attaquaient avec rage.
Même vie en somme que chez les humains.

Mais nous étions au mois de juin,
celui où l’herbe est fauchée pour faire du foin
qui nourrira les bêtes durant l’hiver.
Alors, ces vies qui pullulaient
dans ce frêle univers
allaient brutalement s’éteindre,
broyées, déchiquetées sans se plaindre
par les lames des faucheuses meurtrières.

Automne en Beauce de Louis Chaput


Automne en Beauce

Comme des bêtes meurtries,
les arbres pleurent
le brouillard de la nuit.

Les cimes noires des bosquets,
émergeant dans la brume matinale
rappellent les îles enchantées
des mers orientales…

Arrachées par le vent glacé
les feuilles virevoltent
furieuses ou résignées,
dans le remous qui les emporte.

Vert sombre des orges et des blés,
lacs bleus des champs de lin
qui ondulaient sous les vents furieux de l’Eté
ne sont plus, sous la rosée du matin,
que chaume gris orangé.

Dilemme citoyen de Louis Chaput


Dilemme citoyen

Les candidats à la présidence,
tous partis confondus, avaient dit,
en substance :
Plus personne ne mourra de froid ou de faim !
Tous les sans-logis auront un toit 
et les nécessiteux du pain !
Les impôts seront fortement réduits !
Plus un seul chômeur dans ce pays !
Les salaires des plus démunis
seront augmentés en fonction du coût de la vie
et les richesses seront équitablement partagées !
Quant aux caisses noires des assemblées,
leur contenu réintégrera
les Finances de l’Etat !
La laïcité sera rigoureusement respectée
et le budget de l’Education Nationale
considérablement augmenté !
Les marchés truqués, malversations,
et toutes formes de corruption
seront sévèrement punis sans aucun passe-droit !
Ainsi, aucun individu ne sera
au-dessus des lois !
Les véhicules abusivement utilisés
aux frais de la nation seront supprimés !
Le loyer des logements de fonction
sera revu et corrigé
suivant les indices de la construction
et des lieux d’implantation !
etc… etc… et  patati et patata !

Quand l’homme élit,
alléché par ces belles promesses,
il oublie que le candidat précédent
avait dit la même messe…
et n’avait jamais pu respecter
ses engagements.

Alors, citoyen électeur,
depuis le temps que tu avales des couleuvres
aussi grosses que des anacondas
et que tu vois nos dirigeants à l’œuvre,
tu ferais bien d’arrêter les dégâts !
Avec l’ensemble des tes frères et sœurs,
avant de donner les rênes du char de l’Etat
à ces bonimenteurs,
exige impérativement,
et régulièrement,
un devoir de résultat honorable
avec obligation de dégager
si le bilan est minable !