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dimanche 26 novembre 2017

Bermudes, triangle de l'enfer de Tonino Ricci, 1978

BERMUDES, TRIANGLE DE L’ENFER
de Tonino Ricci
aka Anthony Richmond
1978
Italie/Espagne/Mexique
avec Arthur Kennedy, Janet Agren, Cinzia Monreale, Andres Garcia
Aventures
Musique de Stelvio Cipriani
90 minutes
VHS édité chez South Pacific vidéo
Inédit en DVD
aka Bermude la fossa maledeta
Synopsis :
Saint Domingue, dans les années soixante-dix…
Alors que tout semble bien se passer, les véliplanchistes se donnent à cœur joie de faire du surf, le soleil est bien présent et les filles sont en bikini, un homme est retrouvé blessé et il est emmené à l’hôpital local, il aurait réchappé d’une fosse marine alors que tous les occupants de son navire sont portés disparus et ce jeune homme serait resté six mois en pleine mer !
Ce qui semble incroyable, c’est qu’il ait survécu tout de temps ; sa fiancée le retrouve mais celle-ci est courtisée par un de ses amis, jaloux du bonheur du couple…
Un avion se crashe en pleine mer alors que sa position devait rester secrète, en effet, les deux pilotes travaillent pour la solde d’un trafiquant, ce dernier est fou de rage car le boitier qu’ils transportaient contient des informations capitales et cruciales…
Se faisant passer pour un riche industriel, le trafiquant repère deux marins plongeurs, Andres et Enrique, ils leur proposent quinze mille dollars s’ils acceptent de plonger près de l’épave de l’avion et s’ils arrivent à retrouver le fameux boitier…
Alors qu’ils étaient en croisière de nuit, des jeunes gens procèdent à un suicide collectif en se noyant tous après s’être jetés à l’eau…
Et si la faille ou la fosse maritime renfermait un monde parallèle ?
Et si les Bermudes rendaient fous tous ceux qui s’approchaient de cet endroit ?
N’oublions pas les requins qui pullulent et qui rajoutent du danger au danger !
Alors qu’Andres et Enrique finissent par retrouver le boitier contenant les documents, les deux hommes ne sont pas au bout de leurs peines ! Le trafiquant les a piégés et les menace avec un revolver !
Mon avis :
Tonino Ricci signe avec « Bermudes, triangle de l’enfer » un honnête film d’aventures teinté de passages fantastiques et qui souffre d’une mauvaise réputation, considéré comme un nanar médiocre, et bien, après une seconde vision de ce film, force est de constater qu’il n’a pas que des défauts ; déjà le casting est de qualité, Arthur Kennedy (l’inoubliable commissaire du « Massacre des morts vivants ») est crédible dans un rôle de pire salopard vénal et sans scrupules et surtout le duo féminin Janet Agren/Cinzia Monreale est de premier choix, les deux belles ajoutant une dose de féminité qui s’avère imparable !
Bien sûr, l’intrigue est quelque peu capilotractée avec les « requins qui dorment » (on ne s’en remet pas !) et l’envoutement lors du suicide collectif supposé et présumé où tout le monde pète un plomb et se jette par-dessus bord, prétexte à des séquences oniriques assez esthétiques…
Et puis il y a la musique –magnifique - de Stelvio Cipriani qui reste sans nul doute une des meilleures que le Maestro ait composée ; bien ancrée dans l’aspect vintage du métrage, le score lui colle à la peau et rajoute une plus-value énorme à la sympathie que l’on éprouve pour ce « petit » film néanmoins fort intéressant…
On aurait pu penser que Ricci nous pondrait un énième plagiat des « Dents de la mer » et bien pas du tout !  on est loin d’un pompage du chef d’œuvre de Spielberg, ici, Ricci s’efforce de distiller une histoire différente et inédite, il mélange polar, fantastique et film d’aventures avec des scènes sous- marines qui font partie intégrante du scénario ; on se régale lors de ces plongées et même si, souvent, tout est conçu avec des maquettes en carton- pâte, les plans aquatiques sont immersifs, autant pour les plongeurs que pour le spectateur !
Filmé avec des moyens relativement corrects, « Bermudes, triangle de l’enfer » est un film vraiment plaisant qui gagnerait à sortir en DVD chez nous car la VHS South Pacific vidéo commence vraiment à faire la tronche, s’il y a bien un film à réhabiliter, c’est celui-là !
Et puis finalement « Bermudes, triangle de l’enfer » s’en est bien sorti avec le temps, sa dynamique et son sens de l’action font qu’il n’a pas trop vieilli et que, quarante ans après, un cinéphile actuel y trouvera son compte ; rythmé et avec un découpage de plans rapide, « Bermudes, triangle de l’enfer » ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer…
Un film mineur mais tellement rare que si vous avez l’occasion de tomber dessus, ne vous privez pas de votre plaisir !

Note : 7.5/10







Les aventuriers de l'enfer d'Antonio Margheriti, 1985

LES AVENTURIERS DE L’ENFER
d’Antonio Margheriti
1985
Italie
avec Lee Van Cleef, Marina Costa, Mike Monty, Christopher Connelly, Alan Collins
Aventures/action
95 minutes
VHS édité chez Delta video
Inédit en DVD en France
aka Jungle raiders
aka La lengendda del rubino malese
Synopsis :
Malaisie, Bornéo et ses alentours, en 1938…
Duke Howard est un faux guide qui entraine dans des sorties montées de toutes pièces des aventuriers prêts à tout pour obtenir de l’évasion ; Howard est de mèche avec des indigènes qui font semblant de le poursuivre ; ce petit jeu rapporte beaucoup d’argent à Howard mais l’inspecteur Warren, un éminent policier, comprend vite son manège…
Le conservateur d’un musée et son assistante, une jolie brune, doivent retrouver le rubis des ténèbres, une pièce d’orfèvrerie située en pleine forêt malaisienne ; Warren mandate Duke Howard pour qu’il les accompagne, connaissant les recoins de la forêt comme personne…
Des trafiquants d’armes sont également sur le coup, ces derniers martyrisent la population, les femmes et enfants sont parqués dans les bâtiments d’un camp et la tâche s’avère compliquée pour Duke et ses compagnons aventuriers…
Alors que le rubis semble avoir été récupéré, d’autres mésaventures attendent Duke, qui devra combattre pour rester en vie !
Mon avis :
Une nouvelle fois, Antonio Margheriti excelle dans le cinéma de divertissement pur et ne s’embarrasse pas de compromis, il réalise un honnête film d’action bourré d’énergie et revigorant, ici on est là uniquement pour passer un moment de détente et Margheriti remplit son contrat avec brio…
Tout y est ! Poursuites en voitures (d’époque s’il vous plait), méchants aux trognes adaptées, belle héroïne brune (Marina Costa, sublime !) et deux pointures du cinéma populaire (Lee Van Cleef, que l’on ne présente plus, et Christopher Connelly, acteur très sympathique vu également dans « Les prédateurs du futur » de Deodato), on ne s’ennuie jamais et le rythme alerte va de pair avec une production qui a mis les moyens financiers qu’il fallait !
Méconnu et jamais sorti en DVD, « Les aventuriers de l’enfer » est un métrage à la trame scénaristique assez simple, mais la forme avec laquelle il est mis en scène parvient à faire oublier certaines faiblesses (la musique notamment, un peu lourdingue et gogole)…
Apparemment tourné en décors naturels, « Les aventuriers de l’enfer » se suit très facilement et le pompage du début des « Aventuriers de l’arche perdue » disparaît assez vite pour que Margheriti, par le biais de la dynamique de l’histoire, parvienne à donner un plein essor au récit et passée l’entame, on se retrouve plongés dans un film qui tient la route avec des explosions réussies et une course contre la montre pour les héros…
Très respectueux de son public, Antonio Margheriti fait tout pour le contenter et au final, on n’est pas déçu, Margheriti, par sa solide expérience de réalisateur de bis respecte à la lettre les codes du film d’aventures populaire et nous en met plein la vue, à ce titre, le début met directement dans l’ambiance !
Pas prétentieux pour deux sous, « Les aventuriers de l’enfer » est idéal pour les soirées d’hiver, calé sur son canapé, avec un verre et une cigarette, le cinéphile jubilera devant près d’une heure trente-cinq de pur bonheur !
Un régal et on lance un appel aux éditeurs de l’hexagone, sortez le en DVD !

Note : 8/10





Nekromantik de Jorg Buttgereit, 1987

NEKROMANTIK
de Jorg Buttgereit
1987
Allemagne de l’Ouest
avec Jorg Buttgereit, Daktari Lorenz, Beatrice Manowski, Franz Rodenkirchen, Harald Lundt
72 minutes
Gore extrême expérimental
Synopsis :
Une ville d’Allemagne de l’ouest, milieu des années quatre-vingts…
Un couple a un violent accident de voiture, ils décèdent tous les deux ; le lendemain, l’agence de nettoyage Joe retrouve les cadavres et désincarcère les victimes, cette agence stocke des macchabées, Robert Schmadtke, un des employés de l’agence, vit avec Betty, une jeune femme…
Betty est nécrophile et Robert lui ramène des stocks de cadavres afin de pratiquer des jeux érotiques avec ceux-ci…
Bruno, un des collègues de Robert, ne peut empêcher le licenciement de Robert suite à une embrouille avec son chef…
Se retrouvant sans emploi, Robert est quitté par Betty, il va sombrer dans la déchéance et la mélancolie ; errant dans la ville avec quelques marks en poche, Robert va au cinéma où est projeté un film d’horreur…
Robert devient névrotique, il tue un chat et a des pulsions suicidaires…
Il souffre énormément depuis sa rupture avec Betty…
Un soir, Robert saisit un couteau et va commettre l’innommable !
Mon avis :
Film scandale mais aussi film culte pour beaucoup, « Nekromantik » laisse une empreinte indélébile à tous ceux qui l’ont vu et qui ont eu le courage de s’atteler au visionnage de ce métrage hors normes totalement fou ; il s’agit d’un film sur la nécrophilie mais aussi sur la folie…
Hyper glauque et carrément malsain, « Nekromantik » souffre de lacunes dans son scénario (comment l’agence de nettoyage a pu retrouver la trace de la voiture accidentée et de ses occupants ?), parfois brouillon mais là où Buttgereit réussit son coup c’est qu’il se démarque de ses compatriotes d’outre Rhin Andreas Schnaas et Olaf Ittenbach, également spécialisés dans le gore dégueu, sauf que Buttgereit parvient à donner un côté « film d’auteur » à Nekromantik et moins bourrin que Schnaas et Ittenbach, du coup, « Nekromantik » s’envole dès qu’on arrive à la fameuse « scène », celle où Betty opère un jeu érotique avec le cadavre ramené par Robert…
La musique est pour beaucoup dans la réussite de « Nekromantik » et Buttgereit rend même un hommage appuyé à Lucio Fulci en samplant texto un passage de « L’enfer des zombies » (que tous les cinéphiles auront reconnu), la scène de l’énucléation lors de la séquence où Robert va au cinéma pour voir un film d’horreur (un slasher)…
Insupportables les scènes de tortures animales (il y en a deux dont une avec un lapin, très réaliste, celle du chat est supposée bidon) ; la beauté de l’actrice Beatrice Manowski est sublimée dans le passage du jeu érotique nécrophile et Buttgereit choisit d’utiliser une surexposition des images amplifiée par un semi-ralenti, ce qui atténue le choc provoqué au spectateur et qui finit même par l’envoûter !
Extraordinaire c’est le mot, « Nekromantik » est une œuvre gonflée, expérimentale et qui pousse très loin dans l’horreur graphique par un gore organique (les membres humains plongés dans des bocaux de formol), quant à la scène du suicide, attention c’est juste atroce, vomitif, vous êtes prévenus !
Dans les bonus du blu ray (merci à Lionel, tu m’as fait un beau cadeau !), on voit l’avant-première de l’époque lorsque le film est sorti, et c’est là qu’on mesure l’impact qu’a eu « Nekromantik » sur le public et, n’ayons pas peur des mots, le génie de Jorg Buttgereit et de son équipe !
Film bourré de métaphores, « Nekromantik » est avant-gardiste pour un film d’horreur, Robert est perdu, enfermé dans un marasme et rêve d’une meilleure vie et surtout de retrouver Betty, il rêve et se voit courir dans un champ, mais l’issue de son existence est et ne pourra qu’être nihiliste et se conclura par la mort !
Le plan final laisse supposer une non-fin et laisse développer son imagination au spectateur, collapsé après ce qu’il a vu !
Hyper extrême et banni dans plusieurs pays (et pour cause !), inutile de vous dire que « Nekromantik » est réservé impérativement à un public adulte et aguerri aux films gore, ces derniers verront surement en « Nekromantik » un fleuron du gore trash indépendant allemand et pourront se rendre compte du talent de Jorg Buttgereit qui a explosé les codes du cinéma, rares sont les films parlant de nécrophilie (un autre aussi est balaise : « Aftermath » de Nacho Cerda de 1994), du coup ils sont forcément extrêmes par le sujet qu’il traite et il ne peut en être autrement !
Ceci étant et malgré ces quelques réserves, « Nekromantik » n’a aucunement usurpé sa réputation et son statut de film-culte, à voir absolument en étant préparé, parce que ça barde !

Note : 9/10




mercredi 22 novembre 2017

TOP METAL 2017

TOP METAL 2017
Les meilleurs albums de Metal de l’année (pas d’ordre de préférence)
KREATOR – Gods of violence
DECAPITATED – Anticult
ARCH ENEMY – Will to power
ANNIHILATOR – For the demented
ICED EARTH – Incorruptible
BENIGHTED – Necrobreed
CANNIBAL CORPSE – Red before black
SLIPKNOT – Day of Gusano (live)
HAVOK – Conformicide
THE HAUNTED – Strength in numbers
MISANTHROPE – Alpha Omega
RAGE – Seasons of black
OVERKILL – The grinding wheel
ANNIHILATOR – Triple threat







dimanche 19 novembre 2017

La horde sauvage de Sam Peckinpah, 1969

LA HORDE SAUVAGE
de Sam Peckinpah
1969
Etats-Unis
avec William Holden, Ernest Borgnine, Warren Oates, Robert Ryan, Beau Bridges, Edmond O’ Brien, Ben Johnson, Jaime Sanchez
145 minutes
Western
Version director’s cut
Musique de Jerry Fielding
aka The wild bunch
Budget : 6 224 087 dollars
Recettes mondiales : 11 138 641 dollars
Synopsis :
Etats unis, Texas, en 1913…
Pike Bishop, Dutch Engstrom, Deke Thornton, Lyle Gorch et son frère Tector Gorch sont des gangsters sans scrupules et alcoolisés, ils parviennent à dérober la paye d’ouvriers du chemin de fer dans un bain de sang ; leur casse est parasité par une manifestation ecclésiastique et une fanfare, et les hommes postés sur le bâtiment voisin font l’erreur de laisser dépasser leurs fusils alors que Pike et sa bande comprennent qu’ils sont guettés : c’est le carnage total !
Le plus jeune de la bande, resté à l’intérieur de l’office, sera abattu !
Pike, Dutch et quelques autres partent au Mexique, alors que leur butin est en fait des rondelles d’acier !
Pour leur prochain forfait, Pike et ses hommes projettent de détourner un train…
Ils rencontrent un gouverneur mexicain corrompu et passent un marché avec lui, le deal consiste à vendre des armes (qu’ils auront volés) à l’armée mexicaine et l’offre s’avère intéressante, tout le monde devant y trouver son compte…
Pike parvient à faire son trafic et les morts sont nombreux, le casse sur le train réussit…
Une surprise attend Pike et Dutch, il ne fallait pas faire confiance aux mexicains !
C’est de nouveau un immense carnage et une mitrailleuse que personne n’arrive à maitriser pour son utilisation va causer une tuerie monumentale !
Mon avis :
Tourné avec six caméras, « La horde sauvage » est un western totalement hors normes, son ultra-violence en fait l’archétype du western extrême et, venant de Sam Peckinpah, il ne pouvait en être autrement, ce réalisateur casse complètement les conventions et intègre dans son film des nouveautés pour le genre : les impacts de balles sont sanguinolents, les personnages sont de vrais salopards, amateurs de whisky et de jeunes prostituées, dans « La horde sauvage » il y a un aspect excessif mais Peckinpah maitrise tout et garde le cap sur une trame scénaristique impressionnante, il sait aussi exploiter les décors et l’espace qu’on lui met à disposition, la scène d’introduction est terrible avec une fusillade monumentale dès la première dizaine de minutes, soyons clairs c’est une vraie boucherie et Peckinpah ne recule devant aucun stratagème (il filme même des enfants au beau milieu de la fusillade) il invente des saynètes qui seront reprises moult fois bien après…
La fameuse « horde » est tenue de main de maître par un William Holden et un Ernest Borgnine ravagés par l’alcool, Peckinpah, lui aussi, picolait lors des tournages et cela valut des engueulades carabinées mais le résultat est là, Peckinpah est un immense professionnel, une légende du cinéma hollywoodien, et même si le personnage est ingérable pour les acteurs qu’il dirige et pour l’équipe technique, on ne peut lui enlever son talent…
La scène avec la mitrailleuse est folle et déjantée mais elle reste dans toutes les mémoires des cinéphiles, si on dit « La horde sauvage » à un cinéphile il fait automatiquement référence à ce passage !
La musique de Jerry Fielding colle impeccablement au découpage des plans, tantôt guillerette tantôt oppressante, elle donne une plus- value au film…
De plus, les cascades sont impressionnantes avec l’écroulement du pont après l’explosion où tout le monde se casse la figure, y compris les pauvres chevaux !
« La horde sauvage », ça barde vraiment, ça ne rigole pas ; on a une histoire somme toute assez classique de gangsters, mais cette trame est sublimée et amplifiée par des gunfights de folie (« La horde sauvage » est référentielle pour des réalisateurs comme John Woo qui reprendra vingt- trois années plus tard dans son « Hard boiled » le côté dynamique de l’overdose de gunfights créée alors par Peckinpah !)…
D’une modernité  et d’un culot inouï pour l’époque, « La horde sauvage » est une vraie claque, comme quasiment tous les Peckinpah, il y a une violence, un climat unique et une densité attractive qui force le respect, on est pris dans un tourbillon et à aucun moment on ne s’ennuie….
Malgré le fait que les protagonistes principaux soient de véritables salopards, Peckinpah créée une empathie pour ceux-ci vis-à-vis du spectateur et on s’attache très vite à ces bandits, on a envie qu’ils réussissent leurs coups ; d’ailleurs le final du film est l’un des plus noirs, l’un des plus nihilistes que l’on ait vus dans un western, genre pourtant populaire…
Par sa singularité et une aura terrible, « La horde sauvage » est un classique du western brutal et n’a pas pris une ride aujourd’hui ; tout cinéphile fanatique de westerns a forcément vu « La horde sauvage » et on ne peut que remercier Sam Peckinpah pour ce qu’il a apporté au cinéma avec cette pièce maitresse absolument monumentale…
Une œuvre référentielle !

Note : 10/10






Les guerriers de la nuit de Walter Hill, 1979

LES GUERRIERS DE LA NUIT
de Walter Hill
1979
Etats-Unis
avec James Remar, David Patrick Kelly, Michael Beck, Dorsey Wright, Terry Michos, Deborah Van Valkenburgh
Aventures/action
89 minutes
Musique de Barry de Vorzon
aka The warriors
Produit par Paramount Pictures
Producteurs exécutifs : Joel Silver et Frank Marshall
Synopsis :
New York, fin des années soixante-dix, la nuit…
Cyrus, une sorte de gourou et un homme très respecté, organise un immense rassemblement de toutes les bandes du Bronx ; il souhaite leur donner un message afin qu’ils se sentent valorisés vis-à-vis des autorités et de la police, Cyrus est pris très au sérieux et se fait écouter comme un messie ; Swan, Ajax, Cleon, Vermin font partie de la bande des Warriors, des voyous très jeunes qui se distinguent par leur gilet avec indiqué « Warriors » au dos…
Soudain, en plein discours, Cyrus se fait tirer dessus et décède, c’est la panique et tout le monde court dans tous les sens !
Luther, le coupable, fait croire à tout le monde que c’est un des Warriors qui a tiré, il propage la nouvelle dans tout le Bronx !
Ajax, Swan et les autres doivent absolument rejoindre le quartier de Coney Island en prenant le dernier métro disponible…
Un incendie les bloque à quelques stations de leur but, ils doivent continuer à pied !
Toutes les bandes sont à la recherche des Warriors et ça va barder pour eux s’ils se font rattraper, leur vie est en jeu…
Les Warriors doivent se battre avec d’autres bandes rencontrés lors de leur parcours…
Ils font la connaissance de Mercy, une jolie brune amie du gang des Orphans…
Pensant s’être dépêtrés de leurs difficultés, les Warriors passent du bon temps avec de jeunes filles issues des Lizzies, il s’agit d’un guet- apens !
Luther, le meurtrier de Cyrus sera-t-il démasqué et les Warriors innocentés ?
Mon avis :
Film culte pour plusieurs générations, « Les guerriers de la nuit » est une réussite totale, que ce soit au niveau du scénario, du jeu des acteurs (tous parfaitement crédibles) et de la tension palpable et omniprésente tout le long du défilement des séquences…
Le pré générique est hyper immersif et fascine encore de nos jours, le spectateur est pris immédiatement dans l’histoire grâce à un montage très habile qui nous montre chacune des bandes lorsqu’elles se rendent au lieu de l’allocution de Cyrus ; les scènes de foule lors de la panique après le meurtre de Cyrus sont très bien coordonnées et le montage rend bien les mouvements de chacun, Walter Hill a réussi un coup de maître…
« Les guerriers de la nuit » est sans doute LE film ultime sur le phénomène des bandes et ces dernières s’y sont reconnues, s’appropriant le film même sans être cinéphiles et copiant les codes des personnages vus dans le film…
Walter Hill a accouché d’un mythe sur pellicule avec « The Warriors » et l’impact du film est toujours présent, la dynamique qu’il a su insuffler n’a pas vieilli du tout, l’action reste toujours d’actualité, plus que jamais et « Les guerriers de la nuit » est à la fois une œuvre précurseur et un excellent film d’action…
La nuit fait partie intégrante de l’ensemble du métrage, elle oppresse, étouffe le spectateur et semble piéger les Warriors, qui jouent de malchance à de multiples fois…
Le passage avec les « Lizzies » est un des plus réussis du film, ça barde complètement et le paroxysme de la violence est atteint de façon crescendo, tout comme les bagarres dans le cimetière ou dans le parc, filmées de nuit, particulièrement efficaces (les acteurs ont certainement dû prendre des cours de self défense pour rendre crédibles les nombreuses rixes que l’on voit dans le film)…
L’issue en « happy end » est efficiente sans être lourde ou manichéenne, les bons sont réhabilités et le méchant châtié, on souffle et on respire après une heure trente assez oppressante mais bourrée de plaisir et de jubilation…
« Les guerriers de la nuit » reste une œuvre unique en son genre, que l’on prend plaisir à voir et à revoir sans jamais se lasser, c’est aussi un témoignage du cinéma américain de la fin des années soixante-dix avec une violence prégnante et un goût certain pour le suspense, mais Walter Hill fait tout pour privilégier l’action en priorité, ce qui désamorce un peu le malaise que l’on aurait pu avoir en visionnant son film, il sait parfaitement ce qu’il faut faire pour rendre un film attractif et a tapé dans le mille !
Quasiment quarante ans plus tard, « Les guerriers de la nuit » demeure un exemple pour le cinéma d’action toutes nationalités confondues, l’efficacité totale dont Walter Hill a fait preuve en fait un MUST…
Incontournable !

Note : 10/10






dimanche 12 novembre 2017

La trêve de Matthieu Donck, 2016

LA TREVE
de Matthieu Donck
2016
Belgique
Série TV
Diffusé sur France 2 en août 2016
avec Yoann Blanc, Guillaume Kerbusch, Anne Coesens, Sophie Breyer, Jean-Henri Compère, Jasmina Douieb, Tom Audenaert, Sam Louwyck, Catherine Salée
Ecrit par Stéphane Bergmans, Matthieu Donck et Benjamin D’Aoust
Thriller
520 minutes (10 épisodes de 52 minutes)
Budget : 250 000 euros par épisode
Synopsis :
Heiderfeld, village des Ardennes, de nos jours…
Driss Assani, un jeune homme d’origine togolaise, est retrouvé mort dans la rivière La Semois, Yoann Peeters, un policier dépêché de Bruxelles, est chargé de l’enquête, il vient de s’installer dans un pavillon avec sa fille Camille, sa femme étant décédée…
Très vite, Yoann et Drummer, son coéquipier, remontent certains indices qui convergent tous vers Jeff Lequais dit « L’indien », un SDF marginal vivant dans une cabane, en pleine forêt… Yoann retrouve Inès Buisson, une de ses anciennes petites amies lorsqu’il était plus jeune…
Brigitte Fischer, la bourgmestre de la ville, défend un projet de barrage qui couvrira une zone assez importante, elle missionne sa conseillère pour payer les derniers habitants afin que ceux-ci déménagent et laissent le champ libre pour la création du barrage…
La fille de Fischer, Zoé, sympathise avec Camille…
Le fils Fischer, Markus, était proche de Driss car les deux jeunes garçons faisaient partie du club de football local…
Mikael, le petit copain de Zoé, semble brutal ; l’enquête de Peeters avance à grand pas, ce qu’il va découvrir l’amène à explorer de nombreuses pistes, interrogeant de nombreuses personnes…
La policière Marjorie, Drummer et le chef de corps devraient soutenir Yoann dans cette enquête et ses investigations, c’est alors qu’il découvre l’horreur !
Mon avis :
On a rarement vu une série télévisée dotée d’un aussi grand suspense et d’une aussi grande rigueur dans le scénario car ici, tout se tient, tout est crédible ! Les scénaristes s’y sont mis à trois et cela se comprend aisément lorsqu’on voit le résultat ; « la trêve » est un série addictive et géniale, dès que l’on a entamé, on ne peut plus décrocher ! j’ai englouti les dix épisodes en moins de vingt quatre heures tellement j’ai été captivé !
Et que dire des acteurs ? ils sont tous fabuleux, Yoann Blanc en tête, avec sa névrose qui le force à aller jusqu’au bout de son enquête, même au prix de sa santé ; et les trognes des habitants, ils font peur ! tous atteints de pathologies ou de tares (Gilles de la Tourette, alcoolisme, sexualité déviante, satanisme, nazisme), « La trêve » ça ne rigole pas du tout et ce n’est pas du tout une série tous publics !
On assiste à un enchevêtrement de (fausses) pistes jusqu’à une révélation finale qui steacke tout le monde !
Il y a énormément de personnages suspectés et c’est bien là que réside l’habileté et le côté malin du scénario, on est complètement baladés ; on se dit « bon bah c’est cool, c’est lui le tueur, ça va s’arrêter là » et bien NON ! pas du tout ! Mathieu Donck et ses deux acolytes ont réussi un coup de maitre absolu ! un peu comme dans « Usual suspects » mais en encore plus balaise !
De plus, « La trêve » est une série complètement atypique qui explose tout ce qui a été vu précédemment, et à chaque fin d’épisode, on a les poils dressés, on est tétanisés (un peu comme dans certaines saisons de « 24 heures chrono »), chaque début d’épisode s’amorce par un rêve ou un songe d’un des protagonistes et on replonge dans l’histoire et dans les investigations de Peeters !
Extrêmement moderne, « La trêve » se sert de la technologie actuelle pour appuyer son côté de recherches policières (par facebook, notamment, ou par un hacker qui travaille pour la police et qui lui indique des pistes à exploiter), on a ici une série policière de grande habileté et qui ne fait décrocher à aucun moment le spectateur, à chaque minute, un personnage nouveau ou une situation nouvelle se greffe sur l’intrigue et vient tout faire basculer et remet tout à zéro !
« La trêve » est une série unique, qui prend certains éléments de grands thrillers mais avec une grande parcimonie (« Blair witch » pour la cabane, « Le silence des agneaux » pour l’arrivée de Yoann au domicile d’un suspect, « Usual suspects » lors du dénouement) mais « La trêve » est une série hyper intelligente qui sait garder son caractère et qui garde une aura propre à elle…
Rarement la qualité pour un thriller de télévision n’a été aussi loin et il faut plusieurs heures pour s’en remettre, « La trêve » signe un avant et un après pour le genre télévisuel et pour tout dévoreur de séries, celle-ci se hisse au palmarès des meilleures depuis au moins dix ans…
Une réserve seulement « La trêve » est une série qui fait peur, je suis sérieux, ça colle vraiment les pétoches, vous êtes prévenus !
Immense réussite, « La trêve » est inoubliable et lorsque l’on sait que les réalisateurs, à qui on a coupé certains crédits en plein pendant le tournage, n’ont jamais baissé les bras et se sont retroussés les manches comme des fous, ça ne fait qu’augmenter le respect et l’admiration que l’on se doit d’avoir pour eux…
Monumental à tous les niveaux, « la trêve » est une série à encourager et promouvoir absolument, un OVNI total rare, des séries bourrées d’idées et de talent comme celle-ci ça n’arrive pas souvent alors FONCEZ !
Si vous êtes dépressifs ou fragiles, attention, « La trêve » est très perturbant, quant aux autres, allez y direct !
Note : 10/10

Merci à Pierre à qui je dédicace cette critique








mardi 7 novembre 2017

Le moulin des supplices de Giorgio Ferroni, 1960

LE MOULIN DES SUPPLICES
de Giorgio Ferroni
1960
France/Italie
avec Dany Carrel, Pierre Brice, Scilla Gabel, Wolfgang Preiss, Liana Orfei
Fantastique gothique
96 minutes
DVD édité chez Neopublishing
aka Mill of the stone women
Synopsis :
Pays Bas, sur une petite île proche de Rotterdam…
Un jeune homme prénommé Hans part rencontrer le sculpteur Whal afin d’étudier une monographie sur les carillons, l’homme vit dans un moulin, dans ce lieu singulier, il y a également un manège avec des statues de cire, qui fait office de musée…
L’accueil est austère et Hans dispose de six jours seulement pour mener à bien sa tâche, Whal lui fournit des croquis et, parallèlement, Hans étudie avec son ami Ralf et sa petite copine Liselotte…
Un jour, Hans découvre que Whal a une fille nommée Elfie, la jeune femme a un corps superbe et envoûte Hans par sa beauté, celui-ci tombe irrémédiablement fou amoureux d’elle !
Elfie souffre, en fait, d’une grande pathologie proche de la névrose et de la schizophrénie ; Elle est « soignée » par le docteur Bohlem, un « ami » de Whal, mais celui-ci est en fait un charlatan et un ancien détenu de prison que Whal a pu faire sortir de l’incarcération en échange de ses services médicaux sur Elfie…
Très vite, Elfie communique sa pathologie à Hans qui commence à devenir névrotique lui aussi ; Liselotte et Ralf parviennent à ramener Hans à la raison après quelques jours de repos…
Ce n’est que quand Annelore, la chanteuse du cabaret qu’a l’habitude de fréquenter Hans, est kidnappée que Hans commence à se douter de quelques chose de très grave….
Elfie souffre d’une maladie du sang incurable et Bohlem, avec la complicité de Whal, pratique des transfusions sauvages sur des jeunes femmes qui servent de cobayes pour maintenir Elfie en vie…
Ralf et Hans vont chez Liselotte, cette dernière a disparu et n’est pas rentrée de la nuit !
Mon avis :
Prémices du genre gothique avec « Le masque du démon » tourné la même année, « Le moulin des supplices » est un film exemplaire que ce soit pour son scénario ou pour le découpage des plans, c’est un pur régal et surtout une histoire inventive, originale et d’une folle habileté puisque l’action se déroule dans un moulin, les décors ont une part très importante, tout comme pour les œuvres de Bava et le film emprunte déjà les codes bavaiens sans les plagier à aucun moment…
Comment ne pas tomber sous le charme d’Elfie (Scilla Gabel), elle est dotée d’une sexualité incendiaire avec sa poitrine à damner un sein, le personnage en lui-même est féminisé à l’extrême et cette pathologie qu’a la jeune femme dans le film ne fait que rehausser les pulsions que le spectateur (tout comme Hans) a pour elle…
On a rarement vu une femme aussi sexuée dans le panorama du métrage gothique transalpin !
Il y a même un côté « Frankenstein » avec le professeur Bohlem, bras droit de Whal et ancien taulard pratiquant des expérimentations douteuses de transfusions sanguines sur de frêles jeunes femmes (postulat vu également dans l’excellent « Sang du vampire » de Henry Cass sorti un an auparavant), par ailleurs Ferroni pousse le bouchon encore plus loin dans la perversité puisqu’on apprend, de fil en aiguille, que Bohlem est amoureux d’Elfie et veut en faire sa femme, ce qui sera source de discorde avec Whal !
La direction d’acteurs et l’interprétation sont excellentes avec nombre de monologues ciselés au millimètre et pourvus d’une grande intensité, les comédiens font ressentir la sensation d’effroi et de morbidité qui règne dans l’atmosphère de ce moulin, sorte de château maudit comme dans nombre de productions italiennes futures qui allaient reprendre ce canevas de la demeure à l’identique du film de Ferroni…
Ferroni a un talent absolu et même s’il n’a pas tourné pléthore de métrages, son passif de documentaliste y est pour beaucoup dans la qualité et la précision de sa mise en scène…
Et puis il ne faut pas oublier qu’on est seulement en 1960 ( !), « Le moulin des supplices » ose une grande modernité et instaure un climat inédit jusqu’alors dans le cinéma fantastique ou d’horreur, les visages de ces poupées de cire hanteront à jamais la mémoire de nombreux cinéphiles, Giorgio Ferroni signe ici un pur chef d’œuvre du film glauque et bizarre, il imprègne sa marque de fabrique et « Le moulin des supplices » fera incontestablement date, ce film marque d’une pierre blanche le style du gothique…
Atteinte d’une pathologie proche de son héroïne, l’ambiance atmosphérique a de quoi fasciner, tout comme les paysages extérieurs qui permettent un peu de « souffler » face au baroque intérieur du moulin…
Respirant quelque chose de malsain qui amplifie la peur qu’il provoque, « Le moulin des supplices » baigne dans l’épouvante de manière insolite, il est impératif de le visionner pour le public qui se dit fanatique de films gothiques ; si l’on devait retenir dix films gothiques dans l’entité du septième art, « Le moulin des supplices » figurerait dans cette prestigieuse liste des lauréats…
Un supplice pour les belles torturées, un délice pour le spectateur !

Note : 10/10







dimanche 5 novembre 2017

Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet, 1974

VINCENT, FRANCOIS, PAUL ET LES AUTRES
de Claude Sautet
1974
France/Italie
avec Yves Montand, Serge Reggiani, Michel Piccoli, Umberto Orsini, Gérard Depardieu, Stéphane Audran, Marie Dubois, Pierre Maguelon, Myriam Boyer, Ludmila Mikael
118 minutes
Chronique de mœurs
Synopsis :
La France dans le milieu des années soixante-dix…
Le film narre par des chassés croisés la vie de tous les jours pour des amis de longue date qui se retrouvent le weekend dans une maison de campagne, ils aiment bien boire et bien manger et vivent les turpitudes des quinquagénaires, notamment via des cassures ou des problèmes de couples, ce qui rend leur existence plus difficile mais l’amitié, la vraie, est toujours là et chacun se remonte le moral comme il peut, prenant une part d’empathie pour l’autre, celui qui est en souffrance, qu’elle soit amoureuse ou financière…
Vincent est un directeur d’une usine séparé de Catherine, sa femme, il vit avec Marie et son entreprise est sur le point de faire faillite ; François, médecin de profession, fait partie de la bande de copains mais sa femme Lucie ne l’aime plus, François donne des coups d’éclats et des engueulades mémorables lors de repas animés…
Jean Lavallée, un jeune homme employé de Vincent s’entraine car il prépare un match de boxe ; Paul est écrivain et prend plaisir à retrouver ses amis lors d’escapades ou lors de soirées dans des restaurants gastronomiques, mais reste tout de même, par la force de l’âge, dans des moments de mélancolie…
Lorsque Vincent, dans un bar, est atteint d’une crise cardiaque et s’écroule, ses amis relativisent leurs problèmes et mettent de l’eau dans leur vin, ils se soudent pour aider Vincent, qui se remet petit à petit ; le film dresse un portrait d’une grande finesse sur l’amitié et ses valeurs et sur les difficultés pour faire perdurer un couple…
Claude Sautet nous raconte des tranches de vies avec un grand réalisme et sens de l’humain rarement développé au cinéma…
Mon avis :
Claude Sautet délivre un cinéma bien propre à lui et reconnaissable entre mille, il a la grâce pour nous conter des tranches de vie bien ancrées dans la société, notamment celle des années soixante-dix et il excelle dans la manière de narrer tous ces moments que rencontrent les personnages qu’il met en scène ; il a le don pour nous rendre proches des protagonistes et l’empathie est immédiate grâce à une direction d’acteurs sans faille et doté d’un très grand professionnalisme, on pourrait penser son cinéma ennuyeux et bien, pas du tout ; Claude Sautet parvient grâce à son talent à faire s’intéresser le spectateur aux personnages et aux situations qu’ils vivent, Sautet déroule la vie de façon fluide et très réaliste et ne s’embarrasse pas du moindre voyeurisme ni de la moindre violence, cela donne un rendu extraordinaire que peu d’autres metteurs en scène savent reproduire au cinéma…
Immense chef d’œuvre et pan énorme dans la filmographie de Claude Sautet, « Vincent, François, Paul et les autres » est un métrage très touchant, brillant qui nous donne le témoignage de ce que vivaient les gens à l’époque d’alors ; il y a à la fois une opulence (nous sommes en 1974) et aussi un déclin (l’entreprise de Vincent pris à la gorge financièrement qui ne peut pérenniser et va devoir fermer), les rapports amoureux sont très compliqués et les couples s’entrechoquent, se déchirent…. Ce qui rend malheureux les êtres devenus seuls, « Vincent, François, Paul et les autres » dresse un portrait de la difficulté à rester seul mais le point positif c’est la camaraderie et l’absence de conjoint se comble par la présence des amis fidèles et loyaux, certains passages sont même bouleversants devant la détresse amoureuse de Vincent qui envoie valser son bureau (extraordinaire Yves Montand), Piccoli donne des scènes mémorables (lorsqu’il coupe le gigot et que tout part en live dans une engueulade pas piquée des hannetons)…
Les personnages féminins ne sont pas en reste et Claude Sautet ne se polarise pas uniquement sur les hommes, les femmes ont également leur place dans l’intrigue (Marie Dubois, Stéphane Audran et Ludmila Mikael sont superbes et incarnent à merveille la féminité)…
« Vincent, François, Paul et les autres » est aussi l’occasion de voir Gérard Depardieu jeune et il a déjà la prestance et la présence d’un grand acteur ; à noter l’apparition fugace (deux plans séquences) de Pierre « Terrasson des Brigades du tigre » Maguelon qui fait une étude de transaction avec Vincent/Yves Montand…
« Vincent, François, Paul et les autres » respire le bonheur des années soixante-dix et apporte une fraîcheur indéniable au cinéma de l’époque, c’est aussi une leçon de mise en scène avec un passage hallucinant entre Piccoli et sa femme avec une tridimensionnalité de miroirs hyper balaise au niveau de la technique, Claude Sautet maitrise autant le visuel que le narratif et l’effet provoqué est bluffant…
Pur chef d’œuvre et figurant parmi les meilleurs films de son auteur, « Vincent, François, Paul et les autres » est un film absolument à visionner pour tout cinéphile, tout public, c’est une œuvre juste, émouvante, attachante et fidèle à la réalité, Claude Sautet donne un aspect sensationnel à des petites choses de la vie, il transcende le quotidien avec sa caméra pour restituer la magie du septième art et nous bouleverse par son sens de l’humain et par la justesse avec laquelle il donne corps aux âmes des personnages qu’il emploie…
Fantastique et lumineux, « Vincent, François, Paul et les autres » n’a pas pris une ride et les situations qu’il développe sont toujours d’actualité, je dirais même qu’elles sont éternelles…
Un film immense…

Note : 10/10