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samedi 31 octobre 2015

Le venin de la peur de Lucio Fulci, 1971

LE VENIN DE LA PEUR
de Lucio Fulci
1971
France/Italie/Espagne
Aka Carole aka les salopes vont en enfer aka Schizoïd aka Una lucertola con la pelle di donna aka Woman in a lizzard’s skin
Avec Florinda Bolkan, Anita Strindberg, Jean Sorel, Stanley Baker, Silvia Monti, Alberto de Mendoza, George Rigaud
Giallo onirique
103 minutes
Edité en blu ray chez Le chat qui fume éditions
Synopsis :
Angleterre, début des années 70…
Carole Hammond, fille d’un avocat notoire, a un suivi psychiatrique avec le docteur Kerr, la femme a des accès de névrose lors de rêves récurrents où elle se voit avec une autre femme la poignardant, elle restitue le déroulé de ses rêves au médecin qui tente d’analyser l’impact sur son subconscient…
Sa voisine, Julia Durer, une actrice, est retrouvée tuée dans son appartement, Hubert et Jenny,  deux hippies toxicomanes, sont suspectés d’être les coupables…
La police enquête et une empreinte de doigt retrouvée sur le coupe papier qui a été utilisé pour le crime s’avère être celle de Carole, celle-ci est appréhendée…
Libérée sous caution, Carole est traquée par Hubert qui la suit jusque dans une église moderne désaffectée, tel un psychopathe, il jure d’avoir sa peau et la terrorise…
Mon avis :
Incursion dans le giallo pour Fulci, « Le venin de la peur » se démarque de ses homologues par le côté appuyé sur l’onirisme présent surtout dans la première moitié du film, ce qui permet à Fulci de l’utiliser comme levier pour son intrigue, renvoyant la pathologie de son actrice principale à la schizophrénie et brouillant ainsi les multiples pistes de l’enquête…
Cette fois, tout a été conçu au niveau technique pour en mettre plein la vue et le résultat est surprenant en tous points !
Zooms, cadrages, mouvements de caméras, sauts du coq à l’âne, le spectateur est en perpétuelle ascension visuelle pour un cinéma révolutionnant et explosant les bases du genre !
« Le venin de la peur » est à Lucio Fulci ce que « Citizen Kane » est à Orson Welles, une recherche perpétuelle de création doublée d’une mise en forme imparable et stylée…
Certains passages font vraiment peur mais pas cette peur habituelle aux films de genre de l’époque, une peur fabriquée par l’INSOLITE de situations, par la vision effrayante de plans séquences obnubilant ou glacials, le tout teinté d’un érotisme déviant et bizzaroïde qui met plutôt mal à l’aise…
Prouvant une énième fois son talent et son sens de la recherche cinématographique, Fulci expérimente à sa sauce des innovations qui feront date, que ce soit dans le fond ou dans la forme, dirigeant de main de maitre des actrices habitées par leur rôle et déployant un charisme qui va plus loin que le simple envoûtement, le résultat est subjuguant !
Aucune esbroufe, pas de vulgarité mais une finesse et une intelligence dans l’ensemble avec une histoire passionnante du début à l’issue, maitrisée avec application par un Fulci qui signe ici son métrage le plus abouti techniquement parlant, il se surpasse comme dans « La longue nuit de l’exorcisme », « Le venin de la peur » fait aisément partie du trio de tête de ses trois meilleurs films…
Fulci utilise également pas mal de peurs viscérales (l’attaque des chauves-souris, la vision des chiens décharnés, le duo de toxicos qui ferait peur à une couvée de singes…) et s’emploie à styliser avec harmonie des séquences majestueuses d’intensité (le gros plan sur la rétine de Carole, le cœur suintant du sang, l’orgue qui fait surgir la musique, la porte qui s’enfonce avec des zooms rapides qui tapent)…
Une œuvre majeure rendue visible au grand public par une splendide édition DVD/BLURAY édité chez les éditions « Le chat qui fume », ce film réconciliera les cinéphiles friands de raretés et les esthètes du cinéma d’auteur…
Immanquable !

Note : 10/10







samedi 24 octobre 2015

TOP METAL 2015

TOP METAL 2015

1/ PSYCROPTIC : Psycroptic
2/ SLAYER ; Repentless
3/ ANNIHILATOR : Suicide society
4/ IRON MAIDEN : Book of souls
5/ KRONOS : Arisen New Era
6/ CHILDREN OF BODOM : I worship chaos
7/ DISARMONIA MUNDI : Cold Inferno
8/ SOILWORK : The Ride Majestic
9/ SYLOSIS : Dormant Heart
10/ HATE ETERNAL : Infernus
11/ PARADISE LOST : The Plague within
12/ DEW SCENTED : Intermination
13/ VIRGIN STEELE : Nocturne Hellfires
14/ BLOODBATH : Grand Macabre
15/ WEVERN : Self made
16/ MALEVOLENT CREATION: Dead Man Path
17/ NAPALM DEATH : Apex Predator/Easy meat
18/ SUPURATION : Rêveries
19/ AT THE GATES : At war with reality
20/ BODY COUNT : Manslaughter

Souhait pour 2016 : un nouvel album de Coroner, un Blu ray live d’Annihilator et que le second opus de la trilogie « The singularity » de Scar Symmetry soit du même tonneau que le premier !






dimanche 18 octobre 2015

Plaisir à trois de Jess Franco, 1974

PLAISIR A TROIS
de Jess Franco
France/Espagne
1974
Avec Alice Arno, Lina Romay, Robert Woods, Howard Vernon, Tania Busselier
Film érotique
84 minutes
Edité en DVD chez Artus films
Synopsis :
Une ville de la péninsule ibérique au début des années 70…
Martine de Bressac, une jeune femme, a passé une année entière dans un institut psychiatrique, le médecin, après l’avoir reçue lors d’un ultime entretien, lui signifie sa sortie définitive, Mathias, le majordome de la richissime femme, conduit Martine à son domicile, un luxueux manoir situé à la périphérie de la ville…
Dans ce lieu cossu vivent Charles, l’époux de Martine, Malou, le jardinier et Adèle, une très jeune femme sourde et handicapée mentale…
Charles, Adèle et Martine se livrent à des « jeux » érotiques avec copulations et caresses, Malou, quant à lui, est devenu fou depuis qu’il a été témoin de la mort d’un évêque qui a chuté de son piédestal et s’est fracassé le crâne sous ses yeux…
Pour pimenter leurs jeux pervers, Charles et Martine ont « repéré » lors d’une séance d’onanisme, une fille de vingt et un ans, Cécile, qu’ils supposent encore vierge…
Par un subterfuge, ils obtiennent du père de Cécile que cette dernière séjourne au sein du manoir…
Dépravations diverses seront légions durant la visite de Cécile jusqu’à une issue pour le moins inattendue qui vérifie pleinement l’adage « tel est pris qui croyait prendre »…
Mon avis :
Comme d’habitude dans la plupart de ses films, Jess Franco pousse à maxima dans ses expérimentations les scènes sulfureuses, ici, « Plaisir à trois » ne déroge nullement à la règle et entérine les codifications créées par Franco lui-même, dans ce métrage, on peut aisément dire qu’il s’est surpassé en faisant totale référence aux ouvrages du Marquis de Sade, le projet lui tenait à cœur depuis très longtemps et Franco s’applique dans sa démarche de retranscription de nombreuses perversions, comme le voyeurisme, le sadomasochisme, le triolisme, l’onanisme et la dépravation par droit de cuissage…
La nudité est par conséquent omniprésente et, même si la qualification aurait presque pu être adaptée, « Plaisir à trois » ne se considère pas comme un film pornographique dans le sens où l’intrigue érotique sert de levier à une histoire de machination machiavélique proche du fantastique…
La demeure joue un rôle prépondérant dans le film, notamment lors de plans esthétiquement formidables dotés d’éclairages que n’aurait pas renié Mario Bava et un soin certain est donné aux mouvements de caméras, notamment lors d’alternances plans fixes/zooms en gros plans/vues d’ensembles…
Trois faux raccords sont à déplorer, la scène de voiture au début (Vernon met une trentaine de secondes à répondre à la demande d’Alice Arno), l’arrivée de Martine avec Adèle sur le perron sortie du manoir et le plan suivant sortant de la porte d’entrée ( !) et l’incroyable séquence de jeu « défi » où Adèle se lève promptement lorsqu’on prononce son nom, sauf qu’elle est censée être sourde ! (lol)
Le final fait preuve d’un radicalisme surprenant et floue tout le monde, à commencer par le spectateur, dans l’ensemble « Plaisir à trois » est un divertissement érotique honnête et multiplie les séquences excitantes tout en cadrant bien la démarche scénaristique qui s’avère méthodique et redoutable !
L’édition d’Artus films est encore une fois un sans fautes et pour tous les aficionados fans de Jess Franco, le DVD est inespéré…
Encore une fois, « Plaisir à trois » est un grand Franco, témoignant de son talent et mettant en lumière l’une des multiples facettes de ce réalisateur marginal et marginalisé à tort, il possède un style inouï que beaucoup de cinéphiles pourront apprécier sans nul doute…

Note : 8/10




samedi 17 octobre 2015

Le deuxième souffle de Jean Pierre Melville, 1966

LE DEUXIEME SOUFFLE
de Jean Pierre Melville
France
1966
avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Paul Frankeur, Marcel Bozzuffi, Michel Constantin, Raymond Pellegrin, Christine Fabréga, Pierre Zimmer
Policier pessimiste
150 minutes
Adapté du roman de José Giovanni
Edité en DVD chez René Château video
Synopsis :
Paris, Montrouge, Marseille, 1966…
Gustave Minda dit « Gu » se fait la belle avec deux de ses codétenus, l’un d’eux décède pendant l’évasion…
Le commissaire Blot, un homme rugueux et impitoyable doté d’une gouaille sémantique incroyable est chargé de l’affaire, il se rend dans un bar restaurant pour interroger Simone dite « Manouche », une fusillade éclate !
Alban, l’homme de main complice de Gu le fait cacher dans une planque à Montrouge, en banlieue parisienne, il est projeté que Gu quitte la France pour se réfugier en Italie via Marseille…
Paul Ricci et son frère Jo, deux sommités de la pègre locale, cherchent à mettre hors d’état de nuire Gu, ce dernier accepte un dernier deal, un casse en plein air, au sommet d’une montagne où doit transiter un fourgon rempli de platine, un métal précieux, l’exaction tourne au massacre, deux motards sont tués d’une balle en pleine tête et le fourgon détruit…
Pris dans un traquenard, Gu est arrêté par le commissaire Fardiano, il parvient à s’échapper in extremis et souhaite retrouver les frères Ricci afin de leur prouver sa bonne foi et son sens de l’honneur…
Après un bain de sang, Gu est cerné par la police, il a juste eu le temps de neutraliser Fardiano et de lui faire noter ses dires sur un calepin, preuve pouvant le disculper…
Le commissaire Blot jette le calepin en pleine rue, à côté d’une foule de journalistes aux aguets !
Mon avis :
Réalisateur réputé pour sa rigueur voire son intransigeance, Jean Pierre Melville avec ce « Deuxième souffle » franchit une étape supplémentaire dans sa filmographie, le film étant transitoire et préfigurant l’exceptionnel « L’armée des ombres » qu’il tournera deux ans plus tard, toujours avec Lino Ventura…
Tout est ciselé, froid, presque glacial dans « Le deuxième souffle » les personnages aussi bien que les situations qui s’imbriquent les unes dans les autres sans la moindre chaleur ou humanité, les personnages étant formatés de façon réaliste et monolithique, Lino Ventura a très peu de dialogues, tout se confinant à l’essentiel…
D’une noirceur et d’un pessimisme sidérants pour un polar de cette époque, « Le deuxième souffle » met en exergue des thématiques chères à Melville comme la rédemption quasi impossible, l’évasion symbole d’un repenti, le code de l’honneur dans le milieu des gangsters et l’influence implacable de la police entérinée par le commissaire Blot…
José Giovanni qui a conçu la trame scénaristique du film s’est inspiré de personnages ayant réellement existé et qu’il a côtoyé lors de ses séjours en prison, cela accentue par conséquent l’impact de réalisme du métrage…
Comme un étau se resserrant de façon paranoïaque sur Lino Ventura (il sursaute de son lit à chaque fois qu’il entend frapper à sa porte), l’issue funeste s’avère inévitable et la police finit par triompher MAIS le tout dans un climat déprimant, à aucun moment Melville ne ménage le spectateur ou rend sympathique les personnages du banditisme, contrairement à l’empathie pour ceux-ci dans le cinéma policier de l’époque (par exemple Verneuil avec « Le clan des siciliens » qui établit clairement une connivence empathique entre le spectateur et les gangsters)…
Dans « Le deuxième souffle » vous ne verrez personne esquisser le moindre sourire, le film se suit de manière rugueuse et pourtant il fascine, fascination par l’ambiance dégagée et par l’autorité propre à Melville de concevoir ses métrages…
Au niveau technique de la réalisation, on atteint des sommets comme une utilisation récurrente de plans dimensionnels avec des miroirs mais aussi la séquence magnifique du fourgon avec le panorama de la montagne, à noter également une formidable vue de la maison de banlieue située en périphérie urbaine avec une contreplongée de la rue située derrière, un sens graphique sublimé par le noir et blanc du film…
Un film d’exception à tous les niveaux mais à éviter de visionner si vous avez le moral au plus bas tant il est anxiogène, cela reste du très grand cinéma tout de même…

Note : 10/10







samedi 10 octobre 2015

KILL FOR LOVE de Jean Marie Pallardy, 2009

KILL FOR LOVE
de Jean Marie Pallardy
France/Italie
2009
aka Tuer pour aimer
avec Fabienne Carat, Jean Marie Pallardy, Enrico Beruschi, Gerardo Placido, William Carletta, Trin Roslender, Irina Sirbu
Polar érotique
100 minutes
Synopsis :
Venise, Milan, 2009...
Gaspard de la Roche rentre par hasard dans un bar à hôtesses, il donne une forte somme d'argent en liquide à une danseuse en lui glissant des billets dans son soutien gorge, la même danseuse manque de se faire tuer par son patron, ce dernier meurt d'un coup d'extincteur asséné sur le crâne, Marie Paule s'enfuit et après un bref coup de téléphone retrouve Gaspard dans son château...
Un an s'écoule, Gaspard et Marie Paule ont décidé de se marier, Thibaut l'architecte trompe Gaspard avec sa femme, dans la cave, Gaspard les surprend, il décède après une bagarre, un tonneau de vin lui tombant dessus...
Marie Paule hérite de toute la fortune de Gaspard mais Thibaut la voit en cachette car sa femme, Anna, une esthéticienne est très jalouse et possessive !
L'inspecteur Moresco, une superbe brune, est chargée de démasquer le coupable alors qu'Anna monte un plan machiavélique contre Thibaut...
Tout pourrait fonctionner comme prévu mais Marie Paule et Anna tombent amoureuses l'une de l'autre et procèdent à des jeux saphiques...
Mon avis :
Aïe, aïe, aïe !
Après son mythique "White fire" et une flopée de boulards, Jean Marie Pallardy revient nous asséner de ses délires nanardesques mais là, dommage, tout ce qu'il ne faut pas faire dans un film se trouve dans "Kill for love" !
C'est si lourd que l'on n'a même plus envie de rire, toutes les fautes de goût répertoriées se comptent par dizaines, le seul intérêt est la plastique des comédiennes, toutes "thigh gap" à la limite de l'anorexie et Pallardy l'a bien compris, dénudant sans arrêt ses actrices pour un oui ou pour un non...
L'intrigue est bidon et bidonnée, même la technique plante complètement (on voit des mains de techniciens dans le champ de la caméra), la post synchronisation a été faite sans Fabienne Carat, résultat à chaque fois qu'elle donne une réplique, on n'entend rien ou c'est couvert par le bruit ambiant, voire même le son est coupé (la scène du restaurant)...
Grand moment de solitude pour Pallardy, on ne peut être et avoir été, ici il touche le fond, c'est même plus un nanar mais un navet, indigeste et incohérent (le cabanon qui brûle mais les deux amoureux s'en tirent sans la moindre égratignure), Fabienne Carat est en dilettante dans le film, elle est sous exploitée, le jeu d'acteurs est NUL, la diction des dialogues hors de propos et les intonations déplacées et incongrues, seul subsiste le fétichisme de Pallardy pour les jambes des actrices, mais de là à en faire son fonds de commerce permanent ça va cinq minutes...
Tout est sinistre et au ras des pâquerettes, il n'y a aucune inventivité dans la façon de filmer, le château n'est même pas exploité comme il se devrait, "Kill for love" est un film consternant, d'ailleurs il a mis deux ans pour sortir en DVD, lorsqu'on voit le résultat on comprend pourquoi, il tient de l'héroïsme de le regarder jusqu'à la fin...
D'une nullité affligeante !

Note : 1/10





vendredi 9 octobre 2015

Les nerfs à vif de Martin Scorsese, 1991

LES NERFS A VIF
de Martin Scorsese
Etats-Unis
1991
aka Cape fear
Avec Nick Nolte, Robert de Niro, Jessica Lange, Juliette Lewis, Joe Don Baker, Robert Mitchum, Gregory Peck
Thriller
123 minutes
Budget : 35 millions de dollars
Musique de Bernard Herrmann dirigée par Elmer Bernstein
Synopsis :
Etats-Unis, début des années 90…
Max Cady est un violeur pédophile qui vient juste de sortir de prison, son incarcération aurait pu être réduite de moitié si Sam Bowden, un avocat, n’avait pas dissimulé des documents portant des circonstances atténuantes en faveur de Cady…
Cady, à l’époque du procès, ne savait pas lire, il a appris à se cultiver en prison et une fois sorti, il connaît parfaitement ses droits et la législation en vigueur, il n’est pas à la rue puisqu’une épargne financière lui a permis de disposer d’une forte somme d’argent…
Cady a décidé de faire l’enfer à Bowden, il va méthodiquement et inlassablement le harceler, lui et sa famille, Leigh, sa femme et Danielle, sa fille, une adolescente de quatorze ans, proie facile et idéale pour le pédophile…
Après un passage à tabac dont il sort indemne, Cady détourne tous les subterfuges de Bowden et le roule dans la farine, il parviendra même, hissé sous le 4X4 familial à les suivre sur leur bateau dans un bayou…
L’issue de cette histoire sera éprouvant et cauchemardesque, Cady u(tili)sant toutes ses ressources diaboliques, cet homme est le DIABLE !
Mon avis :
Remake du film éponyme de 1962, ce « Cape fear » estampillé 1991 est une version modernisée de son prédécesseur qui s’autorise nombre de transgressions scénaristiques par rapport à l’original (la pédophilie de Cady) et la violence paranoïaque surgit comme tapie dans les ténèbres, « Les nerfs à vif » est avant tout un thriller psychologique, le style scorsesien faisant monter la mayonnaise encore plus et De Niro une nouvelle fois y trouve un de ses meilleurs rôles ajoutant à son panel de personnages un tueur pas piqué des hannetons…
La palme de l’interprétation revient sans conteste à Juliette Lewis, elle est littéralement habitée par son rôle, se propulsant dans le personnage d’une adolescente qui symbolise l’innocence et la crédulité face à un De Niro diabolique et démoniaque qui ne recule devant rien pour l’odieux et l’ignominie (la séquence de leur rencontre a été totalement improvisée et fait mouche, une leçon de cinéma !)…
Malgré un final qui plonge dans le grand guignol et qui s’avère peu crédible (De Niro avec la coiffe de la femme de ménage, la bagarre qui n’en finit pas, le cramage de visage qui ne vient pas à bout d’un De Niro qui pète encore la forme, le viol avorté mère/fille…), « Les nerfs à vif » est un métrage remarquablement réalisé et dont l’accumulation des plans est déclinée avec audace et talent…
Les accès foudroyants de fureur lors des homicides sont à la hauteur du panorama de serial killers vus au cinéma américain (on pense même à Hannibal Lecter) et rien n’est innocent au niveau du scénario, chaque passage entraine le spectateur dans une schizophrénie latente et pesante…
En relativisant et dans sa globalité, « Les nerfs à vif » est une œuvre mineure dans la carrière de Martin Scorsese mais ne décevra pas les fans de thrillers tordus et déviants tant la trajectoire qu’il emprunte passée l’exposition des personnages est rigoureuse et ne sortant nullement de ce que l’on est en droit d’attendre pour un film de cette catégorie…
Du lourd, du politiquement incorrect et un spectacle pas du tout familial qui évite le grotesque tout en renouvelant un genre pas très présent au cinéma américain…

Note : 10/10






jeudi 8 octobre 2015

BORDERLINE d'Olivier Marchal, 2014

BORDERLINE
d’Olivier Marchal
France
2014
Avec Bruno Wolkowitch, Jacques Perrin, Patrick Catalifo, Catherine Marchal, Laure Marsac
TV film
Polar
Diffusé sur France 2 le 7 octobre 2015
97 minutes
Synopsis :
Paris, au siège de la SRPJ, année 2013…
Willie Blain, un brillant commissaire se retrouve en garde à vue, il est soupçonné de recel de drogue, de complicité avec le milieu et d’homicide involontaire…
Le film retrace son parcours, de l’arrestation à son domicile devant ses enfants et son épouse, de son arrivée à la brigade des stupéfiants, de son interrogatoire avec sa hiérarchie, sa garde à vue est vécue comme une humiliation lui qui était un élément brillant, ses interlocuteurs restant inflexibles et souhaitant remonter avec la filière mafieuse coûte que coûte…
Le directeur de la cellule, Monsieur Dahan, est acculé par le ministre de l’intérieur et souhaite obtenir des résultats très vite, la condamnation de Blain semblant inéluctable…
Lui et son collègue, autre éminent policier, étaient sur écoute téléphonique depuis près de deux ans, l’étau se resserre sur les deux hommes de façon implacable…
Un des flics sort de garde à vue Noella, une hôtesse du Cindy club qui est également la maitresse de Blain, cette dernière se tranche les veines avec un couteau volé dans une brasserie…
L’issue pour Blain sera bien pire que ce qu’il avait escompté…
Mon avis :
« Borderline » est inspiré d’une histoire vraie, celle du commisaire Neyret, impliqué dans une fraude gigantesque et d’un abus de pouvoir qui l’ont poussé à se mettre en relation complice avec des truands du milieu, le deal est simple, il « arrose » des truands soit par le biais de versement d’argent ou par des détournements de drogue, afin de pouvoir obtenir des informations cruciales pour ses enquêtes, ces pratiques sont illégales mais répandues au sein de la police nationale…
Partant de ce postulat, Olivier Marchal déploie son inventivité et son expérience personnelle pour réaliser un métrage rude et réaliste où il n’occulte quasiment rien de ce qu’il a pu voir lors de son passage comme policier auparavant, « Borderline » bénéficie de dialogues carrés et d’une mise en scène froide parfois mélancolique ou poignante (le poème récité par la fille de Blain à la fin du film m’a fait éclater en sanglots !)…
Humain avant tout, Olivier Marchal, à l’instar de ses précédentes réalisations, garde toujours sa verve et sa sincérité à mettre en scène des séquences tendues et efficientes, moins condescendantes que rentre dedans, l’ensemble conserve alors une grande unité, à la fois spatiale et psychologique…
Le portrait peint de Frank Serpico érigé au mur du bureau de la divisionnaire met directement le spectateur dans le bain, la police doit être irréprochable quoiqu’il en soit et la recherche de la culpabilité de Blain  sera impitoyable et sans failles, toute personne qui baigne dans l’illégalité payera pour ses forfaits, quel qu’il soit et Olivier Marchal fait bien ressentir cette condition, remontant la vie de Blain, agrémentée de flashbacks récurrents, comme la perte de l’un de ses collègues lors d’une intervention musclée avec des braqueurs qui tourne à l’hécatombe…
Certaines scènes sont touchantes et décalées (la naissance du fils de Blain à la maternité, sa rencontre avec son collègue des STUPS) mais aussi d’une noirceur nihiliste propre au cinéma de Marchal (le motard à la scène finale, impénétrable et glaçante !)…
Encore une fois, Olivier Marchal nous assène un uppercut avec « Borderline », polar de grande gravité et de haut niveau, il nous emmène pour un voyage aller simple dans les méandres d’une justice implacable et méthodique et pousse très loin dans le cinéma vérité presque documentaire…
On sort de « Borderline » assommé et secoué, cela devient bien la marque de fabrique de Marchal, grand réalisateur qui nous réconcilie irrémédiablement avec le cinéma français moderne…
A visionner impérativement, à la fois intéressant pour l’histoire qu’il décline que pour sa mise en forme graphique…

Note : 10/10






mercredi 7 octobre 2015

GI JOE Conspiration de Jon Chu, 2013

GI JOE CONSPIRATION
de Jon Chu
Etats-Unis
2013
Aka GI Joe retaliation
Avec Dwayne “The Rock” Johnson, Jonathan Pryce, Bruce Willis, Adrianne Palicki, Channing Tatum, Lee Byung hun, Arnold Vosloo, Ray Park, D.J. Cotrona
Aventures/action
121 minutes (version longue)
Budget : 130 millions de dollars
Recettes mondiales : 375 millions de dollars
Synopsis :
Etats-Unis, Pakistan, Himalaya, Japon, 2013…
Zartan, un dangereux terroriste, a pris les traits du président américain afin d’organiser un complot planétaire visant à désarmer sur le plan nucléaire toutes les grandes puissances mondiales, pour ensuite les contrôler et posséder l’intégralité de l’arme bactériologique…
Zartan est responsable d’un massacre au Pakistan lors d’une intervention des « GI Joe », le bilan est lourd, Duke est tué, tous les véhicules et le matériel détruits, seuls Flint, Marvin et Lady Jay survivent…
Plus perfide que jamais, Zartan a emprisonné le « vrai » président pour que ce dernier lui indique où se trouvent Rex « Cobra Commander » et Mac Cullen « Destro », les pires ennemis des GI Joe…
Parvenus à les localiser, il libère les deux hommes, un combat sans merci est dès lors amorcé !
Mon avis :
Tourné en soixante- douze jours, cette suite de « GI Joe, le réveil du cobra », sorti quatre ans plus tôt, est en fait un reboot de la saga et elle s’avère bougrement efficace, sans le moindre temps mort et outre une excellente dynamique, « GI Joe conspiration » nous fait rêver via des paysages superbes et des prises de vue à couper le souffle lors de combats dantesques qui font lorgner le métrage vers le fantastique…
L’entreprise est très sympathique et parfaitement formatée pour faire passer un moment agréable au spectateur, les acteurs (Dwayne « The rock » Johnson et Channing Tatum assument bien leurs rôles de gros durs tout en restant en cohésion avec le scénario, la belle Adrianne Palicki –Lady Jay- dégage un sex appeal de folie et l’apparition du vieux briscard Bruce Willis est à la hauteur du film, se voulant avant tout divertissant et sans la moindre prétention)…
Les scènes d’action sont miraculeusement LISIBLES à contrario de celles de la saga « Transformers » et le numérique est exploité de façon parcimonieuse, l’histoire primant avant tout, Jonathan Pryce (l’inoubliable Sam Lowry de « Brazil ») tient un double rôle à la fois cocasse et sincère dans sa démarche de revigorer la saga, l’ensemble tient aisément la route…
L’idée de contrôler l’arme nucléaire au niveau mondial est très intéressante, ce n’est pas pour rien que le titre original parle de « rétaliation », l’approche de « maitre du monde » est dès lors escamotée pour amplifier la folie tyrannique du despote Zartan, sorte de Bachar El Assad des temps modernes que seuls des héros hors normes parviendront à mettre hors d’état de nuire…
Pop corn movie et vrai film d’entertainment tous publics, « GI Joe conspiration » est un divertissement honnête jusqu’au bout du barillet et aussi bien les séquences de castagne (que ce soit à mains nues ou au sabre) que les scènes de destruction massive remportent l’adhésion, nous sommes ici en présence du must du blockbuster d’outre Atlantique, on en sort groggy et heureux d’avoir passé un bon moment…
Du film d’action/aventures sans aucune prise de tête, ce qui fait énormément de bien de temps en temps, à voir en famille (aucune violence n’est à déplorer)…

Note : 9/10








lundi 5 octobre 2015

Sept épées pour le roi de Riccardo Freda, 1962

SEPT EPEES POUR LE ROI
de Riccardo Freda
France/Italie
1962
aka La sette spade del vendicatore
Avec Brett Halsey, Gabriele Tinti, Béatrice Altariba, Giulio Bosetti
Film d’aventures/cape et d’épée
94 minutes
Inédit en DVD
Passé en 1996 dans « Cinéma de quartier » présenté par Jean Pierre Dionnet
Synopsis :
Tolède, Espagne à la fin du seizième siécle…
Don Carlos de Bazan, un chevalier issu de la noblesse comprend qu’un complot contre le roi Philippe trois est en cours d’être produit, il est attaqué à maintes reprises et sa vie est de nombreuses fois en danger…
Rentrant dans ses pénates, il découvre que son père est mort mystérieusement, c’est son cousin qui a hérité des biens familiaux…
Lors d’une chevauchée, Don Carlos sauve une riche andalouse attaquée par des brigands…
Suite à une agression, Don Carlos perd la mémoire, pris dans un traquenard il est la proie de spadassins…
Avec l’aide de ses acolytes, il vient à bout de bandits de grand chemin mais lors d’une expédition il est capturé avec une femme brune que l’on suppose la belle andalouse qu’il avait rencontrée…
Les deux jeunes gens seront torturés et effrayés par un traitre qui leur met sous les yeux le cadavre désossé d’une victime dévorée par des piranhas…
Lors d’un combat épique, Don Carlos fera éclater la vérité au grand jour et rendra justice à la mémoire de son père, en annihilant un par un toutes les personnes qui auront contribué, de près ou de loin, à son assassinat…
Mon avis :
Il convient de préciser que Riccardo Freda est un ponte du cinéma bis italien et qu’il a contribué, à l’instar d’autres maitres du genre comme Mario Bava ou Antonio Margheriti, à donner une vigueur et une rigueur à ce style pondant de multiples chefs d’œuvre qui firent date à l’époque et qui obtiendront le statut de films cultes auprès des cinéphiles et ce, même une demie décade après leur réalisation…
Freda fait des films dont on se souvient et qui gravent à tout jamais de leur empreinte le bis gothique et le cinéma en général, ici voici donc avec ce « Sept épées pour le roi » un film de cape et d’épée mais loin des codes instaurés par André Hunebelle, maitre tricolore du genre…
« Sept épées pour le roi » est un mix entre « Angélique, marquise des anges », « Les trois mousquetaires » et « Il était une fois dans l’Ouest », en effet, Freda utilise tout ce qui lui tombe sous la main, des bagarres toniques, un charme féminin érotomane, des chevauchées gigantesques en carrosse filmées en plan large avec explosions et chevaux désarçonnés, des pirouettes, des intérieurs stylés bavaiens, des jeux de lumières colorées, des piranhas ( !) qui sont en fait des carpes (lol) mais toujours avec le talent sincère, touchant et appliqué du maitre, qui fait toute la différence…
Il faut être honnête, par moments « Sept épées pour le roi » c’est un foutoir sans nom, on a du mal à retrouver ses petits, tout part en live et la dynamique de la continuité des plans est extrêmement rapide, idem pour les personnages (la brune du carrosse, la fille de l’auberge et la suppliciée, on ne sait pas très bien où l’on en est)…
Ceci étant, le rythme alerte du métrage tient bien le spectateur en haleine et on n’a pas le temps de s’ennuyer, de plus, les décors sont magnifiques et les scènes d’action nocturnes menées de main de maitre (le passage de l’interpellation dans la bâtisse par les toits à trente mètres de hauteur est sans équivoque et sidérant de tonicité !)…
Brett Halsey dote son personnage d’un grand charisme et se révèle excellent acteur et le charme incendiaire de la belle Béatrice Altariba est pour beaucoup dans l’intérêt porté par le film, d’autant plus rare et méconnu qu’il n’existe pas en DVD !
Un appel est lancé, à Artus films  par exemple, pour éditer cette perle du bis italien qui passa naguère dans l’émission culte « Cinéma de quartier » de Jean Pierre Dionnet…
Une occasion unique et un film rare, ceux qui le possèdent doivent le conserver religieusement…
Du grand Freda qui figure dans le top 10 de sa filmographie au même titre que « I vampiri » ou « L’aigle de Florence »...

Note : 9/10