Open Watching

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dimanche 28 février 2016

Fellini Roma de Federico Fellini, 1972

FELLINI ROMA
de Federico Fellini
1972
France/Italie
avec Federico Fellini, Marcello Mastroianni (coupé au montage), Anna Magnani, Peter Gonzales Falcon, Fiona Florence, Raoul Paule
Chronique urbaine
113 minutes
Restauration du film en 2010 effectuée à Bologne
Synopsis :
Federico Fellini se remémore ses souvenirs d’enfance à travers ce film et retrace des événements dont il a été témoin comme l’arrivée provinciale en 1930, l’autoroute bondée aux portes de la ville, un terrible accident de la route impliquant des voitures, les terrasses bruyantes d’un restaurant où sont servies les spécialités locales, un spectacle de music- hall pendant les bombardements avec des spectateurs hystériques, les travaux dans le métro romain qui aboutiront sur la découverte de fresques antiques souterraines, les maisons de tolérance à la fois bon marché et de luxe avec des prostituées peu avares de leurs charmes, le défilé de mode ecclésiastique dans la demeure d’un aristocrate qui permet, par un mode iconoclaste, d’exhiber des tenues improbables, l’influence du mouvement hippie et la venue des policiers pour faire respecter l’ordre, un combat de boxe inégal où les sportifs sont victimes des pires invectives…
Le film se clôt par un défilé de motards qui perce la nuit indicible de cette ville, Rome, à la fois aux architectures populaires et aux monuments envoûtants…
Fellini délivre une peinture urbaine et propose au spectateur un voyage dans les méandres de sa ville, celle qu’il a toujours connue…
Mon avis :
« Fellini Roma » est une œuvre essentielle du cinéma italien et même du cinéma mondial, le film dégage une atmosphère unique qu’aucun autre metteur en scène n’a pu retranscrire de cette manière pour parler d’une ville, de ses rues, de ses habitants…
Chaque plan du film se vit et se voit comme une forme picturale, comme une peinture, les couleurs sont exceptionnelles et les protagonistes défilent de façon tonique comme si Fellini avait voulu chorégraphier des moments instantanés pris sur le vif pour inonder son métrage de tranches de vies, touchantes et ancrées dans la réalité et en même temps avec un côté imaginaire et imaginatif  hors normes au septième art…
Il n’y a que lui, que des cinéastes de sa trempe et de sa patte, qui peut arriver à développer une telle maestria de techniques totalement folles et hors du temps, les conventions du cinéma explosent complètement dans « Fellini Roma », la liberté de ton est légion et totale, on suit un film que l’on pense au début être un foutoir monumental puis, petit à petit, on se laisse prendre au jeu grâce à un charme, une vigueur portée par des mouvements de caméras phénoménaux…
Fellini utilise même une mise en abyme et fait « un film dans le film » où il joue son propre rôle lors d’un plan lunaire où la caméra déboule du ciel et suit une autoroute, cet enchevêtrement de séquences est d’autant plus une gageure que tout devait être calculé, un travail en amont et une minutie imparable ont dû être de rigueur pour un résultat millimétré et très impressionnant…
Même si on est dans un métrage baroque, il est à noter qu’il y a moins d’outrances que dans les autres films de Fellini (« Satyricon » ou « Casanova »), ici Fellini s’est appliqué et surtout s’est POSé afin que ça parte moins en live, il y gagne en efficacité et son propos est beaucoup plus clair à décoder…
« Fellini Roma » est une œuvre sincère et enjouée, on nous conte une histoire, voix off à l’appui, dans laquelle on s’immisce avec délectation, on s’insère dans le quotidien d’une population, on suit ses rites, ses habitudes, cette banalité est transcendée par la magie du cinéma et par la magie de Fellini…
On en sort rassérénés et heureux, comme si on avait fait un voyage de deux heures comme des touristes lors d’une excursion, cette projection exotique et insolite vaut parfois bien plus que des films à grands moyens vides de sens…
Fellini réussit à mettre en exergue  le fond d’une ville (les habitants, ceux qui y vivent) et la forme urbaine (l’architecture, les bâtiments, les habitations) de façon rigoureuse et presque onirique…
Tout le renouvellement du cinéma italien provient de cette œuvre magistrale à visionner impérativement, les cinéphiles adeptes des films transalpins tout comme le public classique seront attentifs à « Fellini Roma », pièce maitresse dans la période moderne de Fellini et qui reste, à ce jour, une de ses meilleures créations…

Note : 10/10





samedi 27 février 2016

Mais ne nous délivrez pas du mal de Joël Séria, 1971

MAIS NE NOUS DELIVREZ PAS DU MAL
de Joël Séria
1971
France
aka Don’t deliver us from evil
avec Jeanne Goupil, Michel Robin, Henry Poirier, Véronique Silver, Bernard Dhéran, Catherine Wagener
Fantastique
102 minutes
Edité en DVD chez mondomacabrodvd
Synopsis :
Une ville de province dans la France profonde du début des années soixante-dix…
Anne et Lore sont deux adolescentes issues de familles aisées, elles figurent parmi les pensionnaires d’une maison de bonnes sœurs, elles multiplient les transgressions face aux conventions du clergé, notamment en recrachant les hosties lors de la messe ou en faisant les quatre cents coups lors d’échappées perdues à la limite de l’illicite...
Anne découvre son corps juvénile et se caresse les seins devant un miroir, Lore allume un fermier qui manque de la violer, les deux jeunes filles ne se dévouent qu’à une seule cause, faire et provoquer le mal, elles ne semblent vivre que pour cela…
Anne prend un malin plaisir à torturer et tuer des petits oiseaux, Lore et Anne se découvrent des penchants pyromanes…
Après avoir mis le feu à une grange, elles tuent un automobiliste en lui fracassant le crâne alors qu’il tentait d’abuser d’elles…
L’aumônier, un vieil homme simplet, est tourné en ridicule et manque de se noyer lors d’une altercation avec les fillettes sur une barque, en pleine nuit…
Bientôt la police remonte la piste et tout coïncide vers Lore et Anne qui décideront de se suicider par immolation lors de la fête paroissiale devant une assemblée médusée !
Mon avis :
Couvert par son intelligence de traitement, « Mais ne nous délivrez pas du mal » aborde un sujet pour le moins discutable, tiré d’un fait divers, et Séria n’hésite pas à racoler lors de séquences libidineuses à la limite de la bienséance, c’est pour cela que le film fut banni dans plusieurs pays, eu égard au fait qu’il ose tout le temps et qu’il s’attaque frontalement à la religion et au christianisme…
Jeanne Goupil et Catherine Wagener sont extrêmement douées dans leurs compositions, elles semblent en roue libre dans une succession de saynètes parfois rudes à voir (les meurtres des oiseaux, apparemment non truqués ! la ligue de protection des oiseaux a du hurler !) et  le côté extrêmement sexué des deux ados sert de levier à Séria pour accentuer la perversité, la perversion et l’aspect transgressif du film, même si la qualité de la mise en scène  sauve l’ensemble…
Séria ne se contente pas d’accumuler ses plans mais chacun de ceux-ci sont imbriqués pour aller crescendo vers la folie douce qui prend les deux jeunes filles, comme si elles étaient victimes de bouffées délirantes lors de leurs échappées, sans cesse hilares et coupées de toute réalité…
Dans « Mais ne nous délivrez pas du mal », les adultes sont mis au second plan, ils semblent plutôt absents ou peu loquaces, le film est essentiellement concentré sur Anne et Lore, ce sont elles les héroïnes et l’intérêt pour le spectateur, leur relation, même si non saphique, va se muter en amitié amoureuse et viscérale, tout à fait à contrecourant du cinéma du début des années soixante- dix…
« Mais ne nous délivrez pas du mal » est donc un film particulièrement culotté dans son insouciance et sa décomplexité, il convient d’être particulièrement sur-ouvert pour le visionner, passée cette acceptation, il n’est pas exclu d’y trouver une certaine fascination et une empathie voire une complaisance dans cette histoire touchante de deux jeunes ados paumées et désaxées…
Par son atypisme, « Mais ne nous délivrez pas du mal » surprend ou révulse, c’est selon, mais on peut difficilement rester insensible face à ce déploiement d’inventivité de la part de Séria, qui privilégie autant la forme que le fond et a vraiment du travailler son film en amont, notamment pour le repérage des actrices…
Considéré à juste titre comme un  film culte, « Mais ne nous délivrez pas du mal » a le double mérite d’aborder un sujet rarement exploité au septième art (la transgression de la religion) et aussi de parfaire le genre fantastique bien trop rare dans l’hexagone…
Initiative courageuse pour un résultat éblouissant et inoubliable !

Note : 9/10




mardi 23 février 2016

NAPALM DEATH, Grind death metal britannique

Pionniers du grind et premiers à avoir créé ce genre en 1987 avec leur album « Scum », Napalm death a codifié toutes les bases de ce mélange hybride de punk et de death metal…
Les thèmes employés concernent la vivisection, la faim dans le monde mais aussi le pouvoir des multinationales comme Mac donalds (la fresque de la pochette de « Scum » est terrible et bénéficie d’un artwork fabuleux)…
Revigorant un style balbutiant, ils inventent des morceaux très courts (quelques secondes parfois) d’une brutalité inouïe avec un chant bien distinct qui se caractérise par des hurlements étouffés (on dirait que le chanteur se fait arracher une dent !)…
Napalm death va faire des émules comme Carcass, Repulsion ou, plus tard, Brutal Truth…
Après les deux premiers albums, Napalm death reprend un style beaucoup plus death à partir de « Harmony corruption » et développe le genre avec des standards comme « From enslavement to obliteration » ou « Utopia banished »…
A un rythme soutenu (un album tous les ans ou tous les deux ans), ce n’est qu’en 1994 qu’ils changent et optent pour une modernité dans leur musique (le dyptique « Fear emptiness despair » et surtout « Diatribes ») qui va les hisser au panthéon de la catégorie des groupes incontournables de métal…
C’est l’escalade avec une dizaine d’albums sortis entre 1996 et 2006, tous plus variés les uns que les autres et hyper rentre dedans, deux DVD dont un live sont à déplorer et Napalm death donnent moult concerts dans le monde (même au Japon, un bootleg est sorti en 1998)…
Barney le chanteur témoigne d’une bonhommie et d’une empathie, il a une bonne bouille, quant à Shane Embury, le bassiste, c’est le sosie de Benny Hill !
J’ai eu le privilège de les voir sur scène et j’en garde un souvenir mémorable…
Napalm death est resté fidèle à ses convictions et n’a jamais trahi ses fans, gardant une trajectoire frontale et sincère que peu d’autres ont su conserver…
Leur dernier opus sorti en 2015 « Easy meat apex predator » donne le signal d’un renouveau après des albums précédents un peu moins brutaux et plus anémiés, celui-ci est digne de leur période fin années  80/début années 90 et c’est l’un de leurs meilleurs…
Napalm death est un groupe phénoménal que nul métalleux ne peut occulter…





dimanche 21 février 2016

MORITURI de Bernhard Wicki, 1965

MORITURI
de Bernhard Wicki
1965
Etats-Unis
Avec Marlon Brando, Yul Brynner, Janet Margolin, Trevor Howard, Martin Benrath
Fresque de guerre
128 minutes
Synopsis :
Tokyo et Inde, été 1942…
Le cargo allemand SS Ingo est amarré au port de la ville, il doit transporter une immense cargaison de caoutchouc jusqu’à Bordeaux, en France, il est dirigé par le capitaine Muller, un homme intransigeant et porté sur la bouteille…
L’agent secret britannique Robert Crain est mandaté par la résistance avec pour mission de désamorcer une vingtaine d’explosifs disséminés sur le navire, pour ce faire il doit se faire passer pour un éminent général de la Wehrmacht, afin de ne pas attirer de soupçons, on lui confie des faux papiers SS et des photos factices de sa famille…
Crain embarque mais ne se doute pas que Muller peut à tout instant faire détruire le navire en cas de représailles en mer…
Le docteur Ambach, un des passagers, est terrorisé à l’idée du prolongement du voyage, il le fait savoir à Muller qui n’a que faire de ses préoccupations…
Crain se cache dans les cales du cargo et parvient à couper les fils des explosifs après les avoir localisés de façon méthodique…
Une nuit, un bateau de prisonniers est repéré et accoste le SS Ingo, Esther, une jeune juive condamnée à la déportation, se trouve parmi les réfugiés accueillis, Crain, probablement amoureux d’elle, essaie de la convaincre de faire équipe avec lui pour sauver leurs peaux…
C’est alors qu’un destroyer bombarde le navire !
Mon avis :
Film très rare, ce qui renforce l’intérêt à le voir si on tombe dessus, « Morituri » est une superproduction du même acabit que « Le jour le plus long » ou « Coulez le Bismarck », une fresque maritime de guerre dotée d’une parabole sur les aventures humaines fidèle à Hollywood et servie par des acteurs flamboyants (Brando comme toujours est habité par son personnage et Yul Brynner est en roue libre dans un rôle à contre-emploi si l’on en juge à ses précédents métrages)…
Il s’agit d’un véritable navire reconstitué et la majeure partie du temps, l’action se déroule sur celui-ci et en pleine mer, la crédibilité de la mise en scène explose lors du plan final, remarquable de maitrise technique et projetant ainsi le spectateur dans une aventure à la fois à suspense et touchante (le personnage d’Esther) qui en fait un plaidoyer sur le pacifisme et l’absurdité des guerres…
Bardé de moyens financiers conséquents, « Morituri » fascine par son côté frontal, le seul petit reproche que l’on pourrait lui attribuer est l’austérité des dialogues (d’un autre âge et que seuls les spectateurs habitués aux « vieux films » pourront capter, les autres, habitués au cinéma moderne des années 2010 trouveront peut- être datées les conversations)…
L’interprétation est égale à la direction des acteurs, Bernhard Wicki a coréalisé « Le jour le plus long » et il sait comment faire avancer l’intrigue de son film, qu’il dote d’une habileté indéniable par un montage qui ne s’embarrasse pas de plans inutiles, tout est cadré et calibré pour maintenir l’attention du spectateur…
Bénéficiant d’une solidité scénaristique de haut niveau et originale car les faits retracés ne sont pas d’une réalité historique, « Morituri » a le double avantage de faire passer un excellent moment au spectateur et de transfigurer le sens de l’histoire (la deuxième guerre mondiale) en un discours humaniste de portée universelle…
Tentative intéressante et louable, « Morituri » est un chef d’œuvre du film de guerre américain, tous publics et qui ravira aussi bien les cinéphiles exigeants que les fanatiques de ce genre facile d’accès car populaire…

Note : 10/10






samedi 20 février 2016

PUNISHER de Mark Goldblatt, 1989

PUNISHER
de Mark Goldblatt
1989
Etats-Unis
avec Dolph Lundgren, Louis Gossett Junior, Kim Miyori, Jeroen Krabbé, Barry Otto, Zoshka Mizak, Nancy Everhard
93 minutes (version workprint)
Action/adaptation de comics
Edité en blu ray et dvd chez The ecstasy of films
Produit par New world pictures australie
Synopsis :
Une grande ville d’Australie, fin des années quatre- vingt…
Frank Castle est un homme qui a vu sa famille mourir sous ses yeux lors d’un attentat à la voiture piégée, il assiste impuissant à la mort de son épouse et de ses deux filles…
Tout le monde le croit mort mais il ressurgit sous les traits d’un personnage imaginaire que les médias appellent « le Punisher », il est bien décidé à nettoyer la ville de la pègre mafieuse qu’il considère comme responsable de son désarroi…
Le Punisher vit reclus dans une antre souterraine, en plein milieu des égouts, la police le rend responsable de 125 meurtres en l’espace d’une demie décennie, le commissaire Jake Berkowitz est chargé de l’enquête mais la police piétine, le Punisher étant quasi insaisissable…
Gianni Franco, un ponte de la mafia  locale, est l’ennemi juré du Punisher, lorsque son fils est enlevé par un gang japonais dirigé par Lady Tanaka, une redoutable Yakusa, Punisher accepte de l’aider à le faire libérer, sous la condition de l’abattre après…
Toutes les progénitures des mafieux sont victimes de rapts, Punisher parvient à les mettre en lieu sûr dans un bus volé, cela va provoquer la fureur de Lady Tanaka !
Un bain de sang immense s’amorce…
Mon avis :
Ce « Punisher » estampillé années quatre- vingt est une franche réussite, l’histoire, la retranscription fidèle au comics (à un détail près, pas de logo de tête de mort sur le t-shirt du héros) confèrent à donner au film une qualité et un sens certain du montage ultra efficace (Mark Goldblatt est le monteur d’illustres productions d’actioners comme les deux premiers « Terminator » ou « Commando » avec Schwarzy)…
Dolph Lundgren, adversaire de Stallone dans le quatrième opus de « Rocky », outre une carrure de mastodonte, donne à son personnage un côté touchant (la perte de sa famille) et également mystique (son antre dans les égouts, sa posture lorsqu’il est nu face à un mur) qui n’est pas sans rappeler celle du « Crying Freeman » -il y a beaucoup de points communs entre les deux films, la mafia japonaise, les combats de sabre, l’endroit tenu secret-, le spectateur assiste à un déferlement de gunfights surpuissants qui inspirera nombre de cinéastes (on pense au Hard Boiled de John Woo lors de la scène du casino avec l’arrivée du plafond semblable à celle de Chow Yun Fat dans l’entrepôt)…
Mené à deux cents à l’heure, « Punisher » est un métrage survolté à la technique imparable (les miroirs dans la demeure du mafioso au début), très vif et doté de dialogues qui font mouche, « Punisher » s’inscrit dans la droite lignée des films d’action des années quatre vingt et donne un regard novateur sur les adaptations des comics de Marvel, à la fois froid et sobre dans son contenu (le fond) et bluffant et parfois baroque (Goldblatt avoue dans les bonus s’être inspiré de Mario Bava) dans sa forme…
Allant plus loin et possédant un charme plus accentué que la version avec John Travolta, « Punisher » se savoure avec une grande délectation et possède tous les atouts des plus grands films d’entertainment violents qui florissaient à cette période…
Devenu une denrée rare, c’est sans compter sur l’opiniâtreté de Christophe Cosyns et « The Ecstasy of films » de l’avoir exhumé pour une sortie miraculeuse en blu ray cette année, soit presque trois décennies après sa sortie, on n’y aurait jamais cru et pourtant c’est chose faite « Punisher » peut enfin être découvert ou redécouvert par tous ceux qui n’étaient pas nés en 1989 !
De plus, l’édition de The ecstasy of films est très fournie en bonus (l’interview de Mark Goldblatt, les trois versions du film disponibles) et un packaging monstrueux qui ravira tous les collectionneurs !
Tous les fans des grands films d’action comme il y en avait auparavant et qui sont les témoignages d’un genre oublié injustement de nos jours se rueront sur cette édition qui, outre une fidélité et un respect total pour le genre, est le « must have » absolu combinant le souvenir et le plaisir du revisionnage (je n’avais jamais eu l’occasion de le voir donc ma lacune a été comblée)…
Voilà bien des sorties qui font honneur au cinéma et que l’on se doit d’encourager, vraiment du très beau travail !

Note : 10/10





samedi 13 février 2016

Donnie Brasco de Mike Newell, 1997

DONNIE BRASCO
de Mike Newell
1997
Etats-Unis
avec Johnny Depp, Al Pacino, Michael Madsen, Anne Heche, Bruno Kirby, James Russo
Policier dramatique
127 minutes
Budget : 35 000 000 dollars
Recettes : environ 125 000 000 dollars
Synopsis :
New York, 1978…
Joseph D. Pistone, sous le pseudonyme de Donnie Brasco, est un agent membre d’une élite du FBI qui doit intégrer la mafia new yorkaise, il se fait passer d’abord pour un bijoutier et rencontre Lefty Ruggiero, un homme d’une soixantaine d’années qui, de fil en aiguille, va l’intégrer dans le milieu…
A aucun moment, Lefty ne se doute de quoi que ce soit et, pris d’amitié pour Donnie, il l’invite même à diner chez lui à de multiples reprises…
Sonny Black, un très dangereux membre de cette pègre, est un homme très brutal dont tout le monde se méfie ; Maggie, la femme de Pistone/Donnie, souffre énormément de la cadence que prend le travail de son époux et lui fait de nombreuses scènes lorsqu’il rentre au domicile conjugal…
Lefty rachète avec l’aide de Sonny Black un restaurant dancing, hélas des policiers racistes et anti italiens viennent tout détruire et vandaliser, Sonny, furieux, est persuadé qu’il y a un traitre, une « taupe » au sein de l’équipe…
La base des écoutes du FBI se trouve dans un motel, une nuit, Pistone sort d’une des chambres de ce motel, il est reconnu par l’un des membres de la mafia, venu fortuitement effectuer un deal…
L’étau se resserre sur Donnie jusqu’à une révélation finale qui va le mettre en porte à faux total avec Lefty…
Un bain de sang a lieu, Donnie comprend qu’il risque gros à vouloir poursuivre son enquête…
Mon avis :
“Donnie Brasco” est un très grand polar, un film intéressant qui met en valeur le duo Pacino/Depp, tous deux fortement impliqués dans leurs rôles, pas facile de garder le rythme mais la réalisation de Mike Newell, à la fois enjouée et efficace, fait remporter la mise à « Donnie Brasco », l’inscrivant dans la grande tradition hollywoodienne des films de gansgters mafieux, à l’instar des « Affranchis » ou même de la trilogie du « Parrain »…
La reconstitution est parfaite et la mise en scène fait tout le reste dans un métrage terrifiant (la violence du mastodonte Sonny black effraie) et attachant (la relation amicale et paternaliste entre Pacino et Depp, le couple qui périclite avec Maggie, la femme de Pistone, n’est pas sans rappeler les tumultes de Ray Liotta avec Lorraine Bracco dans « Good fellas »)…
Les décors sont de qualité et les intérieurs des appartements, les rues ou les voitures immiscent directement le spectateur dans une action où se meuvent tous les protagonistes, Newell, n’oubliant pas que la pègre est un milieu violent, nous assène d’une séquence d’une barbarie inouïe qui vaudra à « Donnie Brasco » une interdiction de diffusion aux moins de seize ans (autre point commun avec « Les affranchis »)…
D’ailleurs, Newell aurait pu se contenter de la facilité en pompant les codes du film américain de gangsters, mais il n’en est rien, il choisit l’originalité et, doté d’un énorme budget, exploite habilement les conventions du genre, tout en s’en démarquant très vite via cette relation entre Pacino et Johnny Depp, inversement proportionnelle dans la confiance face à la traitrise absolue de Brasco envers Lefty, prêt à tout pour infiltrer les gangs new yorkais…
On penserait que Lefty, vieillissant, serait méfiant par la force de l’âge et c’est pourtant lui qui accorde le plus de confiance à Donnie, mal aimé des autres,  dans un passage du film, Lefty braque même un flingue sur sa tête, témoignage d’une sincère amitié et d’une sympathie sans failles pour Donnie…
A la fois humain dans la relation entre deux hommes et efficient dans une mise en scène tonique qui privilégie l’action et la violence, « Donnie Brasco » ne décevra pas les fans de polars américains et reste un des meilleurs métrages de la fin des années quatre-vingt dix, entrainant le spectateur dans un terrain connu (le milieu mafieux) mais avec une qualité indéniable de traitement…
Excellent…

Note : 9/10





vendredi 12 février 2016

Les prédateurs de la nuit de Jess Franco, 1988

LES PREDATEURS DE LA NUIT
de Jess Franco
1988
France
Aka Faceless
Aka Los predatores de la noche
Avec Helmut Berger, Brigitte Lahaie, Caroline Munro, Chris Mitchum, Telly Savalas, Howard Vernon, Lina Romay, Anton Driffing, Thilda Thamar, Florence Guérin, Christiane Jean, Stéphane Audran
Film fantastique
94 minutes
Ecrit par Fred Castle
DVD édité chez René Château
Effets spéciaux de Benoit Lestang
Musique de Romano Musumarra
Synopsis :
Paris, fin des années quatre-vingt, le soir de Noël…
Le docteur Flamand est un éminent chirurgien esthétique qui dirige une clinique privée, Les Mimosas, à Saint-Cloud, en périphérie parisienne…
Alors qu’il passe une soirée au Fouquet’s, sa sœur, Ingrid, est agressée dans un parking souterrain et défigurée par une de ses anciennes patientes mécontente du sort qui lui a été réservée, elle jette de l’acide sur le visage d’Ingrid !
Avec l’aide de son assistante Nathalie (qui est également sa maitresse), Flamand kidnappe des jeunes femmes afin de leur retirer leur enveloppe cutanée pour reconstruire le visage de sa sœur…
Nathalie enlève Barbara Hallen lors d’une séance de mannequinat, son père engage un détective, Sam Morgan, pour retrouver la trace de Barbara…
Les investigations de Sam l’amènent dans les quartiers chauds de la capitale, notamment à la discothèque Megatown…
Flamand et Nathalie s’y trouvaient peu de temps avant et avaient rencontré l’actrice Florence Guérin, droguée et victime d’un rapt, la jeune femme va servir à un ancien chirurgien SS pour remodeler le visage d’Ingrid…
Sam parvient à retrouver la trace de Barbara et s’infiltre in extremis dans la clinique…
Mon avis :
Inspiré de la trame scénaristique du chef d’œuvre de Franju « Les yeux sans visage », « Les prédateurs de la nuit » en est une déclinaison moderne très ancrée dans l’esprit des films d’horreur des années quatre- vingt…
Quel casting ! Un Helmut Berger impérial, une Brigitte Lahaie perverse et classe en même temps et une flopée de seconds rôles indélébiles (Chris Mitchum, le fils de Robert, Telly « Kojak » Savalas, Caroline Munro qui se révèle parfaite et plein d’autres comédiens comme Anton Driffing qui porte vraiment son personnage d’ancien SS sur lui –il a la tête de l’emploi-mais aussi Christiane Jean, aperçue dans l’épisode des Brigades du tigre « La grande duchesse Tatiana » où elle incarnait le rôle titre)…
La musique de Romano Musumarra (le compositeur à succès de Jeanne Mas) joue un rôle prépondérant dans le film, cette musique est hypnotique et entêtante et s’inscrit habilement dans la continuité du film (le passage au Megatown sent le vécu, tous ceux qui fréquentent ou fréquentèrent les discothèques parisiennes s’y reconnaitront)…
Le monde de la nuit, l’écosystème nocturne justifient bien le titre du film et l’on est pris dans l’action du début à la fin, un vrai régal !
Ponctué de séquences gore plutôt gratinées (perceuse, tronçonneuse, arrachage de bras à la machette, scènes de chirurgies assez dégueux et on a droit à une seringue plantée dans l’iris d’un oeil), « Les prédateurs de la nuit » est un Franco de très grand cru et le scénario co écrit par René Château sous le pseudonyme de Fred Castle respire la passion à cent pour cent, Château ayant distribué moult de films d’horreur au début des années quatre-vingt, c’est lui qui a démocratisé le genre auprès du grand public et son empreinte se ressent largement dans « Les prédateurs de la nuit »…
Envoutant au niveau érotique, « Les prédateurs de la nuit » n’est cependant pas un film sexiste, chaque personnage est à sa place et a une position bien définie (lorsque Gordon tente de violer Barbara, il est « puni », la relation entre Nathalie –Brigitte Lahaie- et Flamand – Helmut Berger- est nette et sans équivoque), Florence Guérin, égérie des revues érotiques de l’époque, se révèle excellente comédienne dans son propre rôle et croit en son personnage totalement, véritable icône des nuits parisiennes…
Gordon, le sbire de Nathalie, a une tête à faire peur à une couvée de singes et sa déviance est claire (il embrasse la tête d’une décapitée !), la ville de Paris et ses monuments sont bien retranscrits (la Tour Eiffel, l’hôtel Concorde Lafayette, le Fouquet’s), Franco joue habilement des atouts de la capitale pour attirer le « touriste spectateur », apportant une plus-value au métrage, déjà très dense au niveau des décors…
Fascinant et à la fin très originale (on suppose un post happy end mais rien n’est sûr !), « Les prédateurs de la nuit » ne s’oublie pas, c’est le témoignage de toute une génération de passionnés du film fantastique qui rend hommage à ses prédécesseurs avec pour seul et unique but : nous apporter du plaisir…
Il peut être vu et revu toujours avec la même jubilation et demeure un film fétiche pour beaucoup de cinéphiles friands des œuvres de Jess Franco, celui-ci a tapé dans le mille et a bénéficié de moyens conséquents pour appuyer son histoire…
Le résultat final est fabuleux, on a qu’une seule envie, le remater aussitôt…
Un MUST

Note : 10/10




jeudi 11 février 2016

SAYONARA de Joshua Logan, 1957

SAYONARA
de Joshua Logan
1957
Etats-Unis
avec Marlon Brando, Miyoshi Umeki, Miiko Taka, Red Buttons, James Garner, Patricia Owens, Ricardo Montalban
Film d’amour
147 minutes
Dix nominations aux oscars
Synopsis :
Une ville du Japon, pendant la guerre de Corée…
Le major Lloyd Gruver est un vétéran émérite qui officie dans l’armée de l’air, il est promis à une américaine d’une riche famille, une superbe femme nommée Eileen Webster…
Joe Kelly, un capitaine qui sert l’armée et qui fait équipe avec Lloyd, tombe fou amoureux d’une japonaise, Katsumi, les principes et la déontologie de l’armée américaine interdisent aux soldats toutes relations avec les filles japonaises, Lloyd tente de dissuader Kelly d’épouser Katsumi, rien n’y fait !
Hana Ogi, une meneuse de ballet, le plus grand de la ville, donne une chorégraphie gigantesque, elle tape dans l’œil de Lloyd qui en devient rapidement amoureux…
D’abord réticente aux avances de ce dernier, Hana finit par céder et le couple vit alors un amour fou, au grand dam d’Eileen et de ses parents…
La guerre faisant rage, les américains sont montrés du doigt par la population japonaise, un jour Lloyd est pris dans une rixe et en réchappe de peu…
Il part à l’école de danse de Hana et la met devant le fait accompli, acceptera t-elle de l’épouser ?
Mon avis :
Oublié de la plupart des cinéphiles et mineur dans l’immense carrière de Brando, « Sayonara » est néanmoins un très grand film, à part des productions de l’époque et qui navigue à contre- courant des comédies dramatiques américaines des années cinquante…
Il y est abordé des thématiques très intéressantes et peu exploitées au cinéma comme les amours impossibles, la ségrégation raciale ou la difficulté de communiquer face aux traditions…
Ici ce n’est pas la religion qui est mise en cause mais le simple fait d’avoir une nationalité différente qui bloquerait toute relation amoureuse, bien sûr l’amour finit par triompher mais au prix de sacrifices et de clashs…
La réalisation est parfaite et la composition des acteurs (les seconds rôles comme les têtes d’affiche) sans faille, un montage efficace et des passages de pure passion rehaussent sans cesse l’empathie qu’a le spectateur pour les deux couples vedettes (Brando/Miiko Taka et Buttons/Umeki)…
« Sayonara » est un véritable hymne à la tolérance et une charge contre la bêtise malheureusement encore d’actualité de nos jours, c’est une magnifique love story qui retranscrit bien l’état d’esprit des conflits liés à la guerre et tout ce qu’elle a pu engendrer, que ce soit sur le terrain des victimes physiques ou des dommages collatéraux sur les mentalités…
Touchant et doté d’un scénario très rigoureux, « Sayonara » est bien plus qu’une simple carte postale sur le Japon mais s’avère un spectacle de qualité transcendé par une interprétation impliquée qui ne peut laisser de glace…
Brando est toujours aussi impressionnant avec sa carrure athlétique et les personnages féminins débordent d’un charme ravageur, que ce soit les asiatiques ou les américaines (à noter la splendide chorégraphie du ballet, effectuée au centimètre près et qui a du nécessiter un énorme travail de préparation)…
Les vues aériennes du Japon sont très belles et les paysages réels, le film a vraiment été tourné là-bas…
Méconnu et passé à la trappe, presque soixante années après sa sortie, « Sayonara » est un petit chef d’œuvre, si vous aimez les histoires romanesques et les love story fleuves, ce film est fait pour vous…
Malgré les deux heures trente, on ne s’ennuie pas du tout et le charme opère comme par magie…

Note : 10/10





mercredi 10 février 2016

A very british gangster de Donald Mc Intyre, 2007

A VERY BRITISH GANGSTER
de Donald Mc Intyre
2007
Grande Bretagne
avec Dominic Noonan, Desmond Noonan, Dale Cregan, Donald Mc Intyre, Curtis Warren
94 minutes
Biopic documentaire fiction
Grand prix au festival de Cognac 2007
Synopsis :
Manchester, Royaume uni, dans le milieu des années deux mille…
Dominic Noonan est né en 1966, il a passé vingt-sept années de sa vie en prison suite à des dizaines de braquages et tentatives de braquages, c’est une véritable armoire à glace et rien ne semble arrêter sa volonté d’enfreindre systématiquement la loi…
Il s’évade plusieurs fois de prison… pour y revenir quelques jours après…
Il y a une gigantesque fratrie Noonan, ses cousins, son frère, tous sont dans le milieu, ils constituent à eux seuls la mafia de Manchester et sont populaires vis-à-vis des familles prolétaires de cette Angleterre délaissée et paupérisée…
Dominic applique parfois la justice manu militari, s’immisçant dans des querelles de voisinages afin de tout remettre dans l’ordre…
Il est à la fois craint et détesté et beaucoup veulent sa peau…
Noonan est surveillé en permanence par la police et les institutions judiciaires, le moindre de ses déplacements est scruté et, à tout moment, le retour en prison lui pend au nez…
Il vit de petits trafics et a monté sa propre entreprise de sécurité, où il propose à ses clients une garde rapprochée et tout ce qui concerne la surveillance, cette activité semble lui rapporter suffisamment pour vivre décemment…
Le jour où son propre frère est tué, Dominic créée des funérailles en grande pompe et promet de retrouver ses assassins…
Le quartier est bouclé et la peine de la famille est immense, lorsqu’un de ses neveux entonne « My way » Dominic ne peut retenir ses larmes…
Mon avis :
« A very british gangster » est un documentaire cinglant qui retrace le parcours d’un des plus grands « parrains » de la mafia de Manchester, le réalisateur ne cherche pas à cautionner les agissements de Dominic Noonan mais essaie juste, de la façon la plus réaliste, de relater sa vie, avec tout ce qui gravite autour…
Les multiples séjours en univers carcéral, sa famille désoeuvrée et beaucoup portée sur l’alcool, ses démêlés avec les tribunaux et sa tentative de réinsertion impossible (il vit dans le déni le plus total, tout comme son frère)…
Mc Intyre nous offre des révélations insensées lors de moments touchants, notamment lorsque Dominic avoue avoir été abusé sexuellement plus jeune par d’autres garçons, ce qui explique qu’il soit homosexuel…
Son frère qui tombe dans le piège de la drogue avec le crack, ses neveux qui deviennent des voyous très tôt et les bagarres urbaines qui s’ensuivent sont légion, la famille Noonan a le crime dans le sang et applique sans vergogne la loi du talion, la loi du plus fort !
Dès qu’un des membres de la famille est relaxé pour une affaire, ils organisent une fête dansante où la bière coule à flots ( !) et rien ne semble les stopper, sauf une balle logée dans la tête…
Cette vision atypique de la société est montrée avec une grande rigueur, Mc Intyre ne prend ni parti pris pour Noonan ni pour la police, il se contente de nous mettre en face à face avec Dominic, on n’éprouve ni compassion ni dégoût, le réalisateur est très habile de ce côté-là, il fait preuve d’impartialité, ce qui renforce la sincérité de ce témoignage…
 On  avait pour habitude la vision de la mafia italienne ou américaine avec des films comme « Le parrain » ou « Les affranchis », « A very british gangster » décline ici une nouvelle facette de la pègre qui gangrène la Grande Bretagne, sans la moindre fioriture ou empathie…
Une tentative très intéressante de nous ouvrir les yeux sur un microcosme méconnu du grand public, notamment hexagonal…
Outre ses qualités techniques, « A very british gangster » demeure un documentaire exotique qui y va de manière frontale et qui, paradoxalement, ne donne pas envie d’idolâtrer ses protagonistes, à contrario des Tony Montana et autres Corleone qui font figure de mythes…
A découvrir…

Note : 9/10





mardi 9 février 2016

Au-delà de nos rêves de Vincent Ward, 1998

AU DELA DE NOS REVES
de Vincent Ward
1998
Etats-Unis
aka What dreams may come
avec Robin Williams, Annabella Sciorra, Max Von Sydow, Cuba Gooding Junior, Josh Paddock
113 minutes
Drame onirique
Edité en DVD chez Polygram
Oscar des meilleurs effets spéciaux 1999
Budget : 85 000 000 dollars
Recettes mondiales : 87 473 000 dollars
Synopsis :
Une ville des Etats-Unis, durant la fin des années quatre-vingt dix…
Chris Nielsen a rencontré sa femme Annie de manière totalement fortuite et inopinée alors qu’il naviguait sur une barque, l’embarcation d’Annie l’ayant heurté…
Ils ont deux enfants ensemble, Chris est neurologue dans un hôpital et s’occupe de jeunes malades…
Un jour, les deux enfants décèdent, puis peu de temps après Chris décède à son tour dans l’incendie de sa voiture bloquée dans un tunnel…
Annie sombre alors dans une dépression sévère et devient suicidaire…
Le film raconte les visions qu’a Chris après sa mort, dans un paysage et des situations oniriques, il est accompagné d’Albert Lewis, un jeune homme qui le conseille et qui lui sert de mentor…
Des endroits magnifiques peuplent le fil des rêves de Chris, il se voit côte à côte avec Annie, qui s’adonne à la peinture comme par thérapie…
De fil en aiguille, la souffrance d’Annie semble s’apaiser avec les visions de Chris, un peu comme si ce dernier lui envoyait des ondes invisibles pour la réconforter…
Mon avis :
Enorme bide au box- office, « Au-delà de nos rêves » est une œuvre bizarre, incongrue, portée par un Robin Williams qui met toute son énergie dans le personnage qu’il interprète, le rôle est taillé pour lui, à la fois fantasque et attachant…
Mais la lenteur du film risque de déconcerter les moins tolérants des cinéphiles, ce qui donne un handicap au film, très mielleux voire pachydermique, et où tout semble tourner en rond…
Et pourtant il se dégage un charme, une aura indicible dans la lecture des plans, tout d’abord le côté pictural des fresques magnifiques qui sont représentées, notamment les jeux de couleurs chatoyantes, la façon gracile qu’ont les personnages à se mouvoir, à évoluer dans un écosystème onirique réellement de toute beauté (le film a empoché l’oscar des meilleurs effets spéciaux, cette récompense est justifiée)…
Il y a du « Avatar » dans « Au-delà de nos rêves », une force et une forme graphique formelle et bluffante, c’est cet enthousiasme à donner vie aux rêves qui en fait l’intérêt premier malgré un scénario un peu confus et abstrait…
La poésie est légion dans ce film candide qui est à réserver aux spectateurs non-violents et sensibles à l’art, ceux qui vivent les pieds sur terre seront décontenancés mais les autres, ceux qui sont un peu dans la lune dans leur quotidien, ou les gens bipolaires, y trouveront leur compte, « Au-delà de nos rêves » leur parlera beaucoup…
Œuvre au message universel très peu perçu par tout le monde, « Au-delà de nos rêves » est un film à part, une leçon de vie portée et transportée par l’onirisme et en total décalage avec le cinéma traditionnel, c’est sans doute pour cela qu’il fut un échec commercial, personne n’étant préparé à suivre une histoire aussi distincte de la réalité…
Le côté dramatique et fantastique s’allie parfois avec grâce, d’autres fois avec opacité, « Au-delà de nos rêves » se situe à la frontière de ces deux pôles…
Une réelle curiosité auquel on ne peut être insensible, notamment sur la fin qui provoque les larmes et aussi l’occasion de revoir Robin Williams, formidable comédien parti prématurément, qui trouve ici une de ses meilleures compositions, il irradie le film de sa présence, comme à l’accoutumée…

Note : 10/10






lundi 8 février 2016

Satyricon de Federico Fellini, 1969

SATYRICON
de Federico Fellini
1969
France/Italie
avec Martin Potter, Hiram Keller, Max Born, Magali Noël, Salvo Randone, Capucine, Luigi Montefiori
Fresque fantasmagorique
129 minutes
Budget de 3 000 000 dollars
Synopsis :
Pendant la période de la Rome antique, dans le quartier de Subure, une ville souterraine…
Encolpe et Ascylte sont deux jeunes hommes très beaux à la carrure athlétique et au charme vivace, ce sont des éphèbes qui entretiennent un culte auprès de toutes les personnes qui les côtoient, que ce soit des hommes ou des femmes, des jeunes ou des personnes âgées…
Nous sommes au temps de l’opulence mais aussi au temps de pratiques barbares où n’importe qui peut perdre la vie pour la moindre des broutilles…
Encolpe et Ascylte assistent à un immense banquet, le festin de Trimalcion, ils s’adonnent à des frasques sexuelles avec de jeunes femmes au gré et au hasard des rencontres qu’ils effectuent lors de leurs divers périples…
Lors d’un combat avec le Minotaure, Encolpe perd sa virilité, au grand dam d’Ascylte, pour finalement la retrouver…
Le film est une succession de saynètes qui défilent sans interruption et qui mettent en exergue la vie exubérante des habitants de la Rome antique avec tous les excès que cela pouvait comporter…
Mon avis :
« Satyricon » est bien le film le plus Fellinien qui existe, que ce soit dans ses outrances que dans sa mise en forme, le graphisme est poussé ici à son summum et Fellini s’est totalement lâché aussi bien pour les décors que pour la galerie des personnages qu’il dépeint…
Tout est très original dans « Satyricon », le baroque est décliné dans des extrêmes qui font que soit on rejette le film soit on y adhère, c’est très spécial, iconoclaste et en même temps ultra maitrisé, on ne peut enlever le talent à Fellini de mettre en scène ses saynètes, mais la seule limite qu’on peut noter, c’est qu’au final cette pléthore d’originalité peut faire « décrocher » le spectateur…
C’est un cinéma exigeant, difficile d’accès et presque dérangeant, il faut donc se doter de la plus grande ouverture d’esprit pour savourer ce film, presque hermétique et comportant des séquences déchainées et, n’ayons pas peur de le dire, complètement délirantes…
Fellini fait du Fellini, c’est cela qui le distingue des autres metteurs en scène mais tout le monde ne peut forcément adhérer à son style de cinéma, certains seront rebutés par le niveau de la réalisation, d’autres, cependant, reconnaitront son génie indéniable et la façon très tonique qu’il a de faire défiler ses scènes (aucun plan n’excède la dizaine de secondes dans « Satyricon »)…
Le côté baroque accentue le tourbillon des idées produites par Fellini, il sera donc nécessaire d’effectuer plusieurs visionnages pour apprécier à son juste titre « Satyricon », film très dense et d’une richesse gigantesque…
Il faut être pugnace lorsqu’on regarde « Satyricon », on peut être décontenancé et fasciné en même temps devant ce déploiement de couleurs, de décors insolites et de personnages iconoclastes, bref ça passe ou ça casse !
Cependant, passée la première heure et la sortie de la ville souterraine, le film prend réellement son essor et se rapproche presque du péplum (la scène des navires est colossale) et le côté « jeux du cirque » est bien mis en valeur (George Eastman dans un de ses premiers rôles est déjà impressionnant !)…
Bref, même s’il s’érige en classique inévitable, « Satyricon » peut presque se considérer comme un film expérimental mais au fil des années et des décennies on ne peut l’occulter vis-à-vis de la carrière du Maestro Fellini…
Cette jeunesse dans la manière de filmer, cette tonicité dans le déroulement des plans parvient aisément à rendre inoubliable « Satyricon » qui figure parmi les incontournables du cinéma italien…
Ceux qui n’ont vu aucun film de Fellini, commencez par celui-ci, vous vous ferez une approche globale et sincère de son style, « Satyricon » en est le parfait exemple…

Note : 10/10