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vendredi 30 novembre 2012

La Vida Loca de Christian Poveda, 2009


LA VIDA LOCA

de Christian Poveda

2009

France/Salvador

Documentaire

89 minutes

Synopsis / Avis sur ce documentaire :

Salvador, un pays d'Amérique du sud, de nos jours...

Une lutte fratricide et sans merci fait rage entre deux gangs : les "18" et les "MS"...

Pour marquer qu'ils sont apparentés à leur "ethnie", ils sont tatoués même jusqu'au visage d'un "18" ou de fresques sur tout le corps, afin qu'ils puissent s'identifier entre eux et déterminer leur appartenance...

C'est une véritable GUERRE avec un grand G !

Des tentatives de réinsertion voire de réintégration voient le jour (comme la création d'une boulangerie) mais les services publics restent sourds à ces appels et les projets capotent les uns après les autres !

Et pendant ce temps, les cadavres s'accumulent à vitesse grand V...

La religion essaie de reprendre le dessus et de raisonner les délinquants...

En vain.

Même les femmes, (mères de surcroît) revendiquent leur engagement à ce gang et sont abattus sans le moindre remord par le gang adverse, qui fait preuve d'une rage absolue, n'arrivant pas/plus à discerner la moindre once de pitié ou de compassion...

Christian Poveda, le réalisateur franco salvadorien de ce documentaire opte pour un côté humain, humanisé et humaniste et choisit de privilégier l'impartialité dans son constat édifiant, axant moins sur le spectaculaire et le voyeurisme que sur le rapport des faits abrupt...

Les scènes d'enterrements et de "rituels" se répètent sans cesse dans "La Vida Loca" et il est difficile voire impossible de rester insensible face à tout ce marasme et ce gâchis de vies arrachées les unes après les autres dans une guerre conflictuelle dont nous ne semblons jamais voir l'issue...

Il est à noter que Poveda fut assassiné de quatre balles en pleine tête peu de temps après la sortie de son documentaire, ce qui fait froid dans le dos, quand on voit son implication et la façon avec laquelle il s'est fait "accepter" par le gang des "18", le considérant même comme un membre de leur famille/fratrie !

Comportant des séquences très rudes et parfois à la limite du soutenable, ce métrage a néanmoins un côté attachant et pose des questions, de BONNES questions et appuie sur des plaies là où ça fait mal !

On essaie de comprendre le pourquoi de tant de violence mais la situation parait vraiment INSOLUBLE tant la haine est ancrée dans les deux camps et que rien ne semble pouvoir réussir à l'éradiquer...

Déchirante cette scène où l'on ôte un bébé à sa mère condamnée à faire de la prison et qui, avant la séparation, lui fait téter le sein !

On ne peut rester immobile devant ces pleurs, ces cris de mère qui vient de perdre son fils mort sous les balles ou de la fiancée veuve apprenant le décès de son compagnon...

Film très fort émotionnellement et d'une radicalité de traitement dans son approche, "la Vida Loca" va très loin dans l'aspect journalistique et les investigations menées s'avèrent rigoureuses et informatives...

Poveda aura payé de sa vie son film ainsi qu'une bonne partie de son équipe qui sera soit recherchée soit annihilée par le propre gang des "18" (celui là même qu'il avait mis en exergue !)...

On peut penser que suite à la sortie du DVD, les gangs n'aient pas supporté que Poveda amasse de l'argent "sur leur dos" d'où ce désir de vengeance !

"La Vida Loca" est un documentaire nécessaire pour comprendre les modes de vie en Amérique latine et dresse un portrait sans complaisance et d'une noirceur absolue de la déliquescence sociétale dans laquelle le Salvador s'est embourbé...

Note : 9/10






lundi 26 novembre 2012

CASANOVA de Federico Fellini, 1976


CASANOVA

de Federico Fellini

Italie

1976

avec Donald Sutherland, Tina Aumont

145 minutes

Biographie romancée

Synopsis :

Le film raconte la vie de Giacomo Casanova, éternel séducteur libertin, lors de ses frasques à Venise, notamment pendant le carnaval, et son emprisonnement dans des geôles inhospitalières d’où il finira par s’échapper en s’enfuyant par les toits…

De multiples exodes l’emmèneront en Suisse et en Allemagne où il multipliera, comme à son habitude, les aventures avec des filles volages à la cuisse légère…

Il fera la rencontre d’une jeune femme à la beauté fulgurante, prénommée Henriette, et finira par retrouver sa mère, sans le sou, qui lui servira de levier dans sa rédemption, Casanova étant blasé de sa vie excessive…

Mon avis :

« Casanova » est un film où Fellini exacerbe sa folie douce par le biais d’une accumulation de scènes déjantées et très colorées, où la luxure peut parfois faire place à la bouffonnerie, mais dans le sens noble du terme…

Un véritable portnawak très doué et calculé au millimètre mettant en lumière des frasques orgiaques filmées de main de maestro…

Une rigueur exemplaire dans la mise en scène et une interprétation sans faille parviennent à raviver voire faire travailler l’imaginaire d’un spectateur hypnotisé par un spectacle captivant, bariolé et totalement foutraque !

A ce titre les costumes sont délirants et on ne les retrouve dans nul autre métrage tant leurs coutures ciselées appartiennent vraiment à l’univers de Fellini, excentrique et baroque…

La gente féminine n’est pas en reste et la beauté est transcendée par des chorégraphies de cadrage incroyables !

A noter la présence éclair (on ne la voit qu'une vingtaine de minutes) de Tina "Torso" Aumont qui illumine l'oeuvre de sa beauté incandescente face à un Donald Sutherland omniprésent dont Fellini a choisi de polariser l'attention, et oui, c'est bien lui le personnage principal, il ne faut pas l'oublier !

Mêlant ésotérisme, onirisme, sensualité et poésie, Fellini dépeint un Casanova envoûté et pris d’amour pour les femmes avec un talent qui lui est propre, singulier et bluffant, enchevêtré de passages magnifiques (le carrosse sous la neige, la vue de Venise sur les toits, la poupée mannequin avec laquelle Casanova se livre à une pantomime inoubliable !)…

Les scènes de copulations (nombreuses) ne sont jamais ridicules mais restent polissonnes et plaisantes, même si le film ne s’adresse pas aux enfants…

Conspué par nombre de critiques à sa sortie, « Casanova » est à voir aujourd’hui avec un œil nouveau car il apporte un nouveau regard sur le septième art italien, amplifiant la démesure de son génial auteur et transgressant tous les codes de la comédie romanesque…

Revigorant un mythe très peu exploité au cinéma, "Casanova" est l'un des films les plus personnels de son auteur mais reste tout de même un véritable chef d’œuvre méconnu de la plupart du public et qui mérite une réhabilitation d’urgence !

Note : 10/10







dimanche 25 novembre 2012

Je rentre à la maison de Manoel de Oliveira, 2001


JE RENTRE A LA MAISON

de Manoel de Oliveira

France

2001

avec Michel Piccoli, Catherine Deneuve, John Malkovich, Sylvie Testud

83 minutes

Chronique de moeurs

Synopsis :

Paris, l'été 2000.

Gilbert, acteur renommé de théâtre, perd subitement suite à un accident de voiture, trois membres de sa famille...

Il ne lui reste plus que son petit fils.

Après avoir fait le deuil de ce brutal événement, il "vit sa vie"...

Il s'achète une paire de chaussures, va boire son café dans son bistrot habituel, se fait agresser par un toxicomane sans que celà le gêne ou le traumatise plus que ça...

Son agent lui propose un rôle dans un film d'action pour la télévision, qu'il refuse fissa !

Il est pressenti par un réalisateur d'outre Atlantique pour interpréter le rôle principal d'une tragédie du début du siècle "Ulysse"...

Fatigué, Gilbert quitte précipitamment le plateau en plein tournage, en répétant "je rentre à la maison"...

Mon avis :

Manoel de Oliveira réalise une oeuvre dénuée d'artifices, pudique, simple et limpide sur deux thématiques principales : le deuil et la solitude...

Piccoli, acteur majestueux, atteint ici la quintessence de sa carrière, il n'a plus rien à prouver eu égard à un pédigrée impressionnant et arrive lucidement à transfigurer un personnage, certes théâtral, mais en roue libre, comme dans une existence en état de grâce, laissant filer les jours, se "glissant" à l'intérieur de ceux ci, avec un naturel et une humanité frappante de sincérité...

La mise en scène est parfaite, avec cette exploitation des décors parisiens, captant les monuments et les commerces de la plus belle des façons, faite de routines et de petits "riens", Oliveira arrivant au sommet d'un art de néo réalisme à la dimension picturale et épurée...

Malgré un postulat tragique, Oliveira ne tombe pas dans la facilité de sortir une oeuvre larmoyante mais  préfère plutôt laisser au fil de l'eau un scénario qui possède un déroulement serein et rassérénant, loin des stéréotypes et des conventionnements inhérents à la dramaturgie habituelle...

L'arrivée presque "surnaturelle" de John Malkovich est un gage de qualité pour le film et la preuve d'une confiance de l'acteur en cette entreprise, accentuant l'intérêt et l'intéressement à la fois pour le spectateur et pour la prestation des comédiens, en apothéose totale !

A l'aspect à la fois gracile et simpliste, "Je rentre à la maison" peut rebuter par son côté maniéré, où rien n'est calculé mais à contrario laissé au fil du temps et des événements de façon linéaire, mais cependant jamais "chiant" ou ayant la prétention d'imposer un intellectualisme prétentieux, le métrage se suit avec un grand plaisir, faisant savourer un jeu des comédiens (Michel PIccoli en tête) très fort et terriblement attachant...

Bref, ce film mérite votre attention si vous appréciez le cinéma d'auteur, loin des codes actuels, ce qui fait le plus grand bien et attise voire nourrit la curiosité des cinéphiles ouverts et hyper sensibles...

Note : 9/10





dimanche 18 novembre 2012

HUNGER de Steve Mac Queen, 2008


HUNGER

de Steve Mac Queen

Angleterre

2008

Caméra d'or Festival de Cannes 2008

avec Michael Fassbender

97 minutes

Drame carcéral politique

Synopsis :

Irlande du Nord, 1981 en plein pendant les conflits entre catholiques et protestants...

Des jeunes hommes considérés comme "contestataires" sont incarcérés de force et amenés manu militari par la police dans les pires geôles existantes et ce, pour des peines d'une longueur disproportionnée par rapport à leur situation !

Quelques uns d'entre eux (les plus radicaux représentant la f(r)ange dure du mouvement) observent la "grève de l'hygiène" !

Celà consiste à mélanger leur nourriture avec des excréments et "peinturlurer" les murs de leurs cellules, et à faire des tas avec cette ignoble mixture pour faire se déverser leur urine sous la porte, cette dernière inondant les couloirs de la prison !

Parfois, des raids sont organisés par des unités d'intervention mobile qui les tabassent et les font se "laver de force", leur coupant brutalement les cheveux, les humiliant et les rabaissant au stade animal...

L'un d'entre eux, malgré une longue discussion dithyrambique avec un ecclésiastique de la prison, décide d'entamer une décision et une position radicales !

Il va faire une grève totale de la faim...

Mon avis :

Adaptant une période très sombre de l'histoire de l'Irlande, "Hunger" dégage une force incroyable par un traitement très réaliste et inconfortable, servie par des acteurs impliqués comme jamais dans leurs rôles...

D'une précision millimétrique, le film se situe quasiment en permanence au sein de l'univers carcéral, soit dans les cellules soit dans les recoins carcéraux comme les toilettes ou la salle de visites, ce qui permet une immersion radicale du spectateur dans un univers malsain et unique !

Sans cesse, la voix "off" de Margaret Thatcher martèle un discours radical qui empêche à toute once d'espoir de voir le jour...

Un véritable calvaire est alors subi par les détenus qui n'ont d'autre choix que d'y répondre par l'extrême !

Non seulement "Hunger" offre une peinture confrontant l'horreur d'une politique absurde avec un désir de contester coûte que coûte mais cinématographiquement parlant, on peut dire que Mac Queen maîtrise totalement sa mise en scène (et c'est son premier film !)...

Ces plans magnifiques, comme la neige qui se mêle à la fumée d'une cigarette ou ce lavabo qui se vide sous des mains meurtris par la violence (inutile) de coups assénés avec répétition, confèrent à instaurer une transgression entre les bourreaux et les victimes, entre les animaux et les hommes...

Cette séquence jouée remarquablement durant vingt minutes où les opinions se confrontent, l'un annonçant sa grève de la faim et l'autre essayant de l'en dissuader, est un modèle de jeux d'acteurs, trois cigarettes sont fumées et tout est dit, la décision est prise et elle sera irréversible !

Lorsque tout s'enclenche, c'est l'escalade/dégringolade vers l'horreur pure !

Et Mac Queen ne ménage en rien son public, on a droit à tout ! : escarres, côtes naissantes sous la peau, vomi, diagnostic des conséquences énuméré en voix off, pertes de connaissances, parents meurtris par la déliquescence de la mort imminente de leur progéniture ; très dur, très fort et poignant dans la véracité radicale et épidermique que celà dégage !

Il y a peut être un semi "message" dans le film mais surtout un lien avec l'histoire et ses pages les plus noires qu'il est impossible d'oublier ou d'occulter, à l'instar d'autres événements comme les camps de concentrations ou les charniers découverts en Bosnie, parallèles mais dans un registre similaire...

"Hunger" est un métrage courageux mais nullement compliqué, sa mise en scène est très lisible et l'oeuvre se parcourt aisément si l'on a le coeur bien accroché...

Fluide, compassionnel et en même temps parfois très cru, ce film reste un modèle du genre carcéral, un style très peu exploité au cinéma et ici retranscrit avec grande intelligence...

Note : 10/10





samedi 17 novembre 2012

The other de Robert Mulligan, 1972


THE OTHER (L'autre)

de Robert Mulligan

Etats Unis

1972

Drame fantastique schizophrénique

avec Uta Hagen, Diana Muldaur, Chris Udvarnoky, Martin Udvarnoky

96 minutes

Synopsis :

Etats Unis, une bourgade rurale tranquille du Connecticut...

Deux frères jumeaux, Nels et Holland vivent et s'amusent ensemble, ils chapardent des pots de confiture chez une vieille dame, ont l'air heureux de leur sort et gambadent dans les prés, insouciants comme la plupart des enfants de leur âge...

Puis, petit à petit des événements effroyables arrivent...

Un garçonnet ami des jumeaux se tue en s'empalant sur une fourche, la mère des bambins fait une chute dans un escalier et se retrouve en fauteuil roulant, ne pouvant aligner un mot suite à une commotion cérébrale engendrée par son accident...

La soeur accouche d'un bébé et ce dernier est kidnappé !

Un terrible et lourd secret plane sur Nels !

Sa tante en est consciente, elle se considère un peu comme la cause de cette "malédiction" !

Mais il est déjà trop tard...

Mon avis :

Très peu prolixe dans le cinéma d'outre Atlantique, Robert Mulligan signe avec "The Other" un véritable chef d'oeuvre du cinéma fantastique contemporain...

Un scénario d'une originalité totale, sans redondances ni esbroufes...

Aucun effet gore n'est à déplorer dans le métrage !

Un climat malsain s'intègre parfaitement prenant le contre-pied de l'environnement et de l'innocence des protagonistes qui y végètent, en l'occurrence de simples et frêles pré adolescents qui ne demandent qu'à vivre et aimer la vie !

L'astuce de Mulligan consiste à faire virer crescendo son intrigue avec une révélation imparable et glaçante au bout d'une heure de projection !

Puis il fait tout partir en live pendant la dernière demie heure !

Dans la lignée de "Psychose" réalisé douze ans avant, voire même un petit côté "Carnival of souls" mais se démarquant par une mise en scène affûtée aux limites de l'onirisme, matinée de la plus grande schizophrénie pour le personnage principal !

"The other" est un film culotté et carrément révolutionnaire qui fera date dans le genre !

Avec des séquences sorties de nulle part, notamment cette virée dans une fête foraine avec les "monstres", ou ce plan aérien où Nels s'imagine être un corbeau survolant le village !

Mulligan ne recule devant aucun stratagème pour augmenter la terreur chez le spectateur, jusqu'à un final apocalyptique à la fois immoral et sans "happy end" !

Très bien joué et excellemment mis en scène, "The other" est à marquer d'une pierre blanche, film rare et précieux, il se doit d'être vu par tout cinéphile fantasticophile !

Note : 10/10 (pour l'originalité du scénario et l'intelligence du traitement de ce dernier)





dimanche 11 novembre 2012

A Bittersweet life de Kim Jee Woon, 2005


A BITTERSWEET LIFE

de Kim Jee Woon

Corée du sud

2005

avec Lee Byung Hun

Polar

115 minutes

Synopsis :

Kim Sun Woo, un jeune et brillant directeur d'un hôtel luxueux fait régner l'ordre au sein de son établissement et n'hésite pas à employer la force afin d'obtenir une sécurité maximale...

Le chef Baek, mentor d'un cartel à la limite mafieux, entretient une relation avec une jeune fille de trente années sa cadette...

N'ayant guère confiance en elle, il charge sans autre forme de procès Kim de la surveiller jour et nuit et le cas échéant de "faire le nécessaire" en cas d'adultère avéré et flagrant...

Kim la surprend un soir en galante compagnie !

Tombant éperdument amoureux de la jeune fille, il ne parvient pas à prévenir Baek, préférant laisser la vie sauve à la fille plutôt que de la "balancer" à son mari, sans quoi ce dernier la tuera sans la moindre hésitation !

Il joue cartes sur table avec la fille mais celle ci s'avère non réceptive à ses conditions et le piège se retourne alors sur Kim !

Mon avis :

Comme à l'accoutumée et ne dérogeant pas à la règle du renouveau du cinéma asiatique, à l'instar de films comme "The Chaser" ou "I saw the devil", "A Bittersweet life" garde la part belle à une brutalité raffinée et à un sens de la mise en scène ordonné et imparable !

Ici le code de l'honneur fonctionne à plein régime et il est difficile de ne pas faire un parallèle avec certains métrages de yakusas des années 70, tant on y trouve une corrélation évidente et flagrante, avec l'intégration d'une jeune femme pour pimenter l'intrigue, déjà particulièrement relevée au niveau violence survoltée !

ça n'y va pas de main morte avec un lot de tortures et de désagréments dans la tradition coréenne magnifiée par un sens pictural saisissant et hors normes, aux antipodes des codes du cinéma européen et américain...

Des gunfights ponctuent le film mais ces derniers s'avèrent moins outranciers que ceux de John Woo et Jee Woon se concentre davantage sur l'aspect mélancolique de ses personnages que sur l'exubérance des fusillades faciles, il prend le temps d'intégrer une dimension psychologique au métrage et parvient à cerner les difficultés comportementales des protagonistes de son histoire, ce qui est tout à son honneur !

Jee Woon "creuse" les antécédents de Kim et de la jolie violoncelliste, permettant au film de prendre une autre dimension qu'un simple polar et créée un attachement pour les rôles principaux...

Il n'en oublie pas pour autant d'agrémenter l'aspect dramatique de scènes d'action d'une fulgurance inouïe et réalisées de main de maître, vrombissantes et véloces !

Le final tragique laisse sur les rotules et il serait impossible de ne pas y entrevoir un attachement à la compassion de Kim pour la jeune fille, des flashs incessants revenant dans sa mémoire, la façon qu'elle a de passer sa main dans ses cheveux, de mettre sa cuillère dans sa bouche, symbole d'une féminité exacerbée... qui coûtera cher à Kim !

Une fille se met en travers d'un contrat mafieux et tout est fini !

Excellent et atmosphérique comme ces branches d'arbres qui bougent avec le vent, "A Bittersweet life" est un film qui se contemple et se savoure, et qui se bonifiera avec le temps, nul n'en doutera...

Note : 8.5/10






samedi 10 novembre 2012

CloClo de Florent Emilio Siri, 2011


CLOCLO

de Florent Emilio Siri

France

2011

avec Jérémie Rénier, Benoit Magimel

140 minutes

Fresque biographique

Synopsis :

La vie de Claude François, de sa naissance à son décès...

Une enfance en Egypte, un père acariâtre avec qui il aura une relation difficile, un exode forcé à Monaco où il sera dur de joindre les deux bouts...

Puis Claude se fait engager comme batteur pour finalement percer de manière fulgurante dans le monde de la chanson...

Il compose ses morceaux, fait un tabac et accède à la gloire, montant sa propre maison de productions et devenant une icône adulée de tous, surtout le public féminin...

Le film narre ses  premiers déboires, ses diverses aventures avec les femmes, ses concerts faisant guichet fermé, l'acquisition de sa propriété à Dannemois, ses conflits avec sa mère dépensière et inconséquente et l'influence de son imprésario Paul Lederman...

Tout est minutieusement passé au crible !

Le réalisateur insiste également sur l'impact de la modernité de sa musique, sans cesse renouvelée et sur le pouvoir d'attraction inouï que Claude François a eu sur toute une génération !

Il n'occulte néanmoins nullement l'aspect maniaco dépressif du chanteur et délivre (non sans une certaine amertume) un portrait très réaliste du personnage...

Mon avis :

CloClo est un film fleuve d'une gigantesque qualité dans la reconstitution, dans les décors, dans le jeu des comédiens et dans la manière de filmer...

Jérémie Rénier est phénoménal, on croirait avoir le vrai Claude François en face de nous, c'est purement miraculeux !

Le film est une immersion complète dans la vie de l'artiste, réalisé sobrement mais de manière grandiose en même temps !

Chaque détail compte, chaque plan a son importance et le spectateur est totalement propulsé dans la vie du chanteur, on apprend tout de A à Z, en dehors de ce que l'on savait déjà !

Clo Clo comporte  des plans séquences de folie (comme ce concert donné à l'Olympia remarquablement tourné avec une caméra volante qui part du dehors de la salle pour venir s'incruster sur la scène, ou ce passage monumental lorsque CloClo est en voiture et qu'il est adulé par ses fans jusqu'à son arrivée à sa maison de disques, le tout en un seul plan ! un pur miracle qu'il aurait été impossible de réaliser il y a encore 5 ans, sans la technologie actuelle !)...

Une intensité dramatique omniprésente se greffe aux situations que rencontre Claude et certains flashs le traverse (il revoit son père qui était décédé, se revoit au bord de l'eau en Egypte), le jeu des acteurs sonne tout à fait juste, notamment lors des engueulades corsées de Claude avec sa mère qui claque tout l'argent au casino, avec France Gall, un de ses multiples amours, ou avec ses musiciens qui ont eu le malheur de jouer une mauvaise note !

Siri décrit très habilement et avec une maestria sidérante "l'envers du décor", ce que nous ne voyons pas, la "face cachée" d'un artiste et dresse un tabloïd sans complaisance, mais avec une certaine compassion, décortiquant jusqu'à la moelle l'obstination et l'obsession d'un "artiste né" qui veut percer à tout prix dans le show business...

Savoureusement mené, je vous assure que l'on ne voit pas passer les deux heures vingt du métrage, Siri réussit à insuffler une dynamique imparable, ponctuée des meilleures chansons de Clo Clo pour accoucher d'un véritable chef d'oeuvre !

A ce jour la meilleure adaptation dite "biopic" d'un chanteur populaire dans le panorama du septième art hexagonal !

Que vous soyez fan ou pas de Claude François, ce film est à visionner absolument !

Note : 10/10







samedi 3 novembre 2012

Seul contre tous de Gaspar Noé, 1998


SEUL CONTRE TOUS

de Gaspar Noé

France

1998

avec Philippe Nahon

93 minutes

Drame hors du commun

Synopsis :

Suite à une violente et malheureuse dispute avec son épouse, un boucher au chômage part en stop vers la capitale avec soixante francs en poche...

Il loge dans un hôtel sale et cherche à retrouver sa fille qui vit dans un foyer pour mineures...

L'homme a derrière lui un passif douloureux et fait preuve d'une sociopathie hors normes, inhérente à sa condition misérabiliste...

Après une altercation dans un bistrot avec le fils du patron, il ira jusqu'à menacer de mort ces derniers et les clients du bar...

Fou de rage il revient armé et prêt à en découdre...

Une relation incestueuse greffée à la relation avec sa progéniture n'est pas là pour arranger les choses ni la situation anxiogène et délétère qu'il a vis à vis des femmes...

Végétant dans un cinéma porno ou allant rencontrer des prostituées sordides, l'homme perd pied pour finalement partir dans une dérive qu'il ne peut plus lui même contrôler via des pulsions dégénératrices s'apparentant à de la schizophrénie...

Il s'imagine provoquant des attouchements sur sa fille et lui tirant une balle en pleine tête avant que la "lumière" le ramène à la raison...

Mon avis :

Premier long métrage du réalisateur culte Gaspar Noé, "Seul contre tous" est comme tous les autres films du personnage un OVNI total, complètement barré et préfigurant déjà "Irréversible" tourné trois années plus tard...

Jamais un acteur (en l'occurrence, Philippe Nahon) n'aura porté autant à bout de bras un film du début à la fin...

Il se révèle implacable et sa viscéralité d'implication ne fait plus aucun doute tant son interprétation sonne juste et au degré le plus fort !

La voix off (la propre voix de Nahon) accompagne de manière omniprésente un déroulement/déchaînement de plans bâtis sur sa personnalité bourrue et attachante, mais recouvrant un vernis d'opprobre où Noé ne recule devant rien, devant aucune obscénité pour appuyer lourdement un propos contestable et répréhensible, transcendée par des plans ou des trouvailles cinématographiques pour le moins innovantes et novatrices...

Certains passages du film se gravent comme de véritables uppercuts via des moments cocasses (le découpage du saucisson, l'embauche avortée comme responsable du rayon charcuterie d'une supérette, l'entretien avec l'industriel) et des instants plus graves et dramatiques (la bagarre et les coups portés dans le ventre de la femme enceinte, la scène de l'immigré refoulé du bar par un tenancier raciste et insupportable !)...

Bref, Noé a forgé un travail très abouti pour son film et qui ne peut laisser quiconque indifférent !

Mais encore une fois réservé à un public aguerri et averti au vu de son côté extrême et dérangeant...

Philippe Nahon y trouve là son plus beau rôle...

Note : 9/10