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dimanche 30 décembre 2018

L'implacable ninja de Menahem Golan, 1981


L’IMPLACABLE NINJA
de Menahem Golan
1981
Etats-Unis
avec Franco Nero, Sho Kosugi, Susan George, Christopher George, Alex Courtney
101 minutes
Action/ film de ninjas
aka Enter the ninja
Blu ray édité chez ESC éditions
Produit par la Cannon films
Synopsis :
Philippines, au début des années quatre-vingts…
Cole, un ancien vétéran de la guerre en Angola, a effectué un stage de Ninjatsu au Japon et a été promu Ninja après de multiples épreuves de combats qui s’avéraient très dures ; lors de la promulgation de Cole, un Ninja japonais quitte la table, refusant d’admettre qu’un blanc européen puisse être désigné au rang de Ninja…
Arrivé aux Philippines, Cole retrouve Frank Landers, son fidèle et meilleur ami qui fut vétéran, lui-aussi en Angola ; ce dernier tient une ferme importante avec Mary Ann Landers, sa femme, le couple emploie des dizaines d’ouvriers philippins et vit de manière aisée…
Charles Venarius, un promoteur immobilier sans scrupules, n’arrête pas de harceler les Landers et envoie deux de ses sbires pour agresser voire tuer des ouvriers du personnel des Landers ; Venarius veut à tout prix récupérer les terres appartenant à Frank et Mary Ann, du pétrôle serait enfoui sous ces terres et Venarius veut absolument en être propriétaire…
Mais depuis que Cole, Ninja de son état, est arrivé les choses ne se passent pas du tout comme prévu pour Venarius et Cole met raclée sur raclée à ses hommes…
Venarius recrute des guerriers par dizaines, mais rien n’y fait, Cole est imbattable et met des roustes à tous les combattants, il semble invincible et contrecarre complètement les plans de Venarius !
C’est alors que Venarius fait appel au ninja Hasegawa, celui-ci devrait anéantir Cole…
Lorsque Frank est tué et Mary Ann kidnappée, Cole devient furieux !
Un duel final doit avoir lieu avec comme double mission pour Cole de sauver Mary Ann et de tuer Hasegawa lors d’un ultime combat sur un ring, dans un entrepôt désaffecté…
Mon avis :
« Enter the ninja » (« L’implacable ninja » dans l’hexagone) démarre plutôt pas mal lors des scènes au Japon mais très vite le film s’emmêle les pinceaux avec une intrigue qui ne tient pas la route ; on dénombre des tonnes d’incohérences, d’abord l’absence totale de la police (des dizaines d’ouvriers philippins sont tués sans que les forces de l’ordre n’interviennent), on ne connaît pas bien les motivations de Venarius, on pense que c’est parce que les terres renferment du pétrole mais rien ne l’indique clairement dans le film ; seules les bagarres sont sympas et le comble (on l’apprend dans les bonus du blu ray) c’est que Franco Nero s’est fait doubler, il n’y connaît rien en arts martiaux, du coup et heureusement le spectateur n’y voit que du feu grâce à un montage rapide et carré, mais c’est tout de même abusé !
Menahem Golan veut faire un film qui rapporte un maximum d’argent, du coup il ne s’embarrasse pas trop d’un scénario plausible, privilégiant les scènes prétextes à des combats, au détriment de la crédibilité du film (on est morts de rire en voyant Christopher George -le journaliste du « Frayeurs » de Lucio Fulci- en djellabah, il est autant crédible en méchant industriel que Louis de Funès en Inspecteur Harry !)…
La pauvre Susan George, en blonde de service, a bien du mal à se dépétrer dans son rôle de super quiche (sa liaison avec Franco Nero est nulle et non avenue et humiliante pour Frank qui avoue avoir des problèmes d’érection –sic !- lors d’une énième biture prise dans un bar avec Cole)…
Bref, « Enter the ninja » c’est du cinéma au ras des pâquerettes avec le personnage du méchant à la main au crochet, il fait autant peur qu’un Ewok, et les débilités vont bon train, cassant complètement le rythme du film et ce, à maintes reprises…
ESC ne s’est carrément pas foulé pour les bonus du blu ray puisqu’il y en a un qui dure à peine quarante secondes, le court métrage marrant « Ninja Eliminator 4 » et la présentation du film qui, elle, est très sympathique et bien réalisé…
En gros, « L’implacable ninja » est un film qui ne remplit pas son contrat et qui ne tient pas ses promesses, on sent bien qu’il a été tourné à l’arrache et que la qualité ne souciait pas trop Menahem Golan, cependant, le film fut un gros succès aux Etats-Unis…
Dans le genre film de ninjas, on trouve aisément des films plus jubilatoires et plus funs comme « Ninja 3 » (qui figure dans le coffret ESC), le problème avec « L’implacable ninja » c’est que le film n’a aucun second degré et se prend beaucoup trop au sérieux, il aurait fallu plus de lâchage, plus de décomplexité, cela aurait bonifié le film et le spectateur se serait un peu plus marré, car là on est à la limite du sinistre...
« Enter the ninja » se visionne d’un trait et s’oublie aussi vite…
Un film mineur dans le genre et heureusement son succès boosta la Cannon films qui put, bien après, nous sortir et produire de nombreuses perles, celui-ci était une esquisse, une ébauche de ce que la Cannon allait nous donner plus tard, il faut bien un commencement à tout…
Note : 6/10











Les rendez-vous de Satan de Giuliano Carnimeo, 1972


LES RENDEZ VOUS DE SATAN
de Giuliano Carnimeo
1972
Italie
avec Edwige Fenech, George Hilton, Paola Quattrini, Giampiero Albertini, Annabella Incontrera
Giallo
94 minutes
Musique de Bruno Nicolai
Scenario d’Ernesto Gastaldi
Blu ray édité chez Le Chat qui fume
aka Perche quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer ?
Synopsis :
Ville de Gênes, Italie, au début des années soixante- dix…
Une jeune femme compose un numéro dans une cabine téléphonique, elle doit se rendre à un rendez-vous dans une tour d’habitation, alors qu’elle prend l’ascenseur, lorsque celui-ci se vide à un des derniers étages de la tour, un mystérieux individu restée avec elle, la poignarde avec un bistouri et prend la fuite ; lorsque les portes de l’ascenseur se rouvrent, les voisins découvrent, apeurés, le corps inerte de la jeune femme…
Le commissaire Enci est chargé de l’enquête et doit coincer l’assassin…
Jennifer Lansbury, un top modèle au corps superbe, effectue des séances de photo ; elle sympathise avec Andrea Barto, un play boy, et se joint à Jennifer la belle Marilyn Ricci lors de clichés pour une firme publicitaire, le photographe gay explique à Andrea que le sexe parvient à tout faire vendre lors d’une campagne publicitaire…
Andrea est très riche, il est propriétaire des appartements de la fameuse tour où a lieu le premier meurtre, il propose à Jennifer et Marilyn de les loger à titre onéreux si ces dernières acceptent le deal du contrat publicitaire, ces dernières acceptent…,
Dans un night- club, un mannequin, Sheila Hendricks, effectue une danse avec des hommes pris dans le public, peu de temps après, elle est retrouvée assassinée avec le même modus operandi que la première victime de l’ascenseur !
Le commissaire Enci demande au propriétaire de la boite de nuit de lui fournir les noms et adresses de tous les clients présents le soir de la danse de Sheila Hendricks, afin de coincer le meurtrier…
Andrea devient le suspect numéro un dans l’enquête et de multiples autres meurtres vont avoir lieu !
Jennifer, se pressentant comme future victime potentielle, décide de mener l’enquête en sous-marin, en surveillant les voisins ; il y a une lesbienne, un vieil homme qui joue du violon tard le soir et une vieille dame veuve qui se montre irascible…
Qui avait donc appelé la première femme tuée ?
Et si Andrea n’y était pour rien ?
Mon avis :
« Les rendez-vous de Satan » est sans nul doute le meilleur giallo jamais réalisé, c’est l’unique incursion de Giuliano Carnimeo dans ce genre et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a atteint le sommet avec ce film !
Tout y est impeccable, les cadrages, la mise en scène, la musique, les acteurs et actrices, je ne trouve rien à redire sur ce film, sinon qu’il culmine au-dessus de tous les autres et fut pillé plus tard par d’autres réalisateurs (De Palma pour « Dressed to kill » pour la scène de l’ascenseur, Argento pour le meurtre urbain, quant à Bruno Forzani et Hélène Cattet ils ont fait un copier/coller de ce film pour leur « Etrange couleur des larmes de ton corps », leur œuvre, même si intéressante, reprend quasiment tous les thèmes et les plans de « Les rendez vous de Satan »)…
Ce film est donc absolument prodigieux et Edwige Fenech tient ici le rôle de sa carrière, on se fait balader dans toutes les directions possibles jusqu’à ce que nous aboutissions à l’identité du meurtrier et les fausses pistes, les faux fuyants sont pléthore, Carnimeo dote son scénario d’idées imparables et nous floue complètement, les dix dernières meurtres nous hérissent le poil, un peu comme le final des « Frissons de l’angoisse » d’Argento, sauf que « Pourquoi ces gouttes de sang sur le corps de Jennifer ? » a été tourné bien avant « Profondo rosso » !
C’est la volée totale et les scènes oniriques teintent le film de la plus grande originalité (un peu comme le fit Fulci avec son « Venin de la peur »), les iris semblent symboliser la fécondité et sont jetés sur le corps dénudé de Jennifer lors de séquences fantasmatiques, la beauté absolue d’Edwige Fenech en fait le personnage central du film et tout bascule lorsqu’elle décide de mener elle-même l’enquête !
L’architecture des bâtiments, les scènes nocturnes, les passages de meurtres, la dépravation féminine et tous les seconds rôles sont autant d’éléments qui rendent le film fascinant !
Carnimeo bouscule le genre et le réinvente en même temps (les gants en cuir ne sont plus noirs mais de couleur moutarde, les meurtres sont hyper stylisés ! –la scène du pull rappelle texto celle du meurtre de la lesbienne dans « Ténèbres »), c’est dire si « Les rendez –vous de Satan » a pu et dû influencer tous les cinéastes italiens réalisateurs de gialli ou de thrillers…
« Les rendez-vous de Satan » se situe au haut niveau des gialli, si on ne devait en retenir qu’une poignée, celui-ci figurerait dans le top 5 et il est impératif pour tout cinéphile fan de ce genre de l’avoir visionné…
L’éditeur « Le Chat qui fume » nous gratifie d’une sublime édition et les bonus sont conséquents avec le fantastique Francis Barbier de devildead.com qui décortique absolument tout du film et il pousse très loin son analyse sur la toute fin du film (très énigmatique !) allant jusqu’à imaginer les tenants et aboutissants possibles de cet épilogue, du superbe travail !
« Les rendez-vous de Satan » (préférons le titre traduit « Pourquoi ces gouttes de sang sur le corps de Jennifer ? ») est un monument du cinéma de genre italien qu’il faut absolument avoir vu, il contient toutes les bases du giallo contemporain et s’impose comme œuvre archétype du genre, un film miraculeux et à savourer sans la moindre modération, pilier et date à marquer d’une pierre blanche pour le genre du giallo, beaucoup ont imité ce film, aucun n’a pu faire mieux !
Note : 10/10













mardi 25 décembre 2018

L'assassin a réservé neuf fauteuils de Giuseppe Bennati, 1974


L’ASSASSIN A RESERVE 9 FAUTEUILS
de Giuseppe Bennati
1974
Italie
avec Janet Agren, Rosanna Schiaffino, Chris Avram, Eva Czemerys, Paola Senatore, Lucretia Love
Giallo
107 minutes
Blu ray édité chez Le chat qui fume
Musique de Carlo Savina
aka L’assassino ha riservato nove poltrone
Synopsis :
Une ville d’Italie, la soirée du 14 février 1974…
C’est l’anniversaire de Patrick Davenant, il est accompagné de sa femme Rebecca Davenant, sa fille Lynn mais aussi d’un groupe d’amis composé de Vivian, Doris et Duncan Foster ; ces personnes marchent en pleine nuit et s’arrêtent devant l’entrée d’une grande bâtisse, il s’agit d’un gigantesque théâtre ; Patrick décide d’y entrer pour le visiter, son groupe d’amis le suit…
Une fois à l’intérieur, les jeunes gens discutent de l’endroit, le trouvant à la fois magnifique et austère ; Patrick décide de monter sur la scène (le théâtre est totalement vide !), c’est alors qu’une grosse poutre située au plafond du théâtre tombe et manque de tuer Patrick !
Lynn, Doris, Duncan Foster et Rebecca, ainsi que la jeune Kim commencent à prendre peur !
Kim interprète un morceau de « Roméo et Juliette » en revêtant la tenue de Juliette, elle joue à fond le rôle et simule d’être poignardée, à la fin de sa prestation, elle est applaudie mais semble inanimée, les autres viennent la retrouver et grimpent sur la scène : Kim est morte, elle a été tuée un couteau dans le dos !
La terreur commence à s’installer parmi les protagonistes qui veulent à tout prix quitter le théâtre !
Hélas toutes les portes de sorties sont condamnées et il est impossible de les ouvrir !
Cerise sur le gâteau, Patrick découvre que l’endroit du théâtre ne lui est pas anodin, il y a deux siècles, un homme qui fut un de ses ancêtres y avait vécu, il y a une toile le représentant…
Patrick est persuadé qu’il s’agit d’une malédiction et que l’histoire va se répéter deux cents années plus tard !
Vivian manque d’être tuée mais a le temps de voir son agresseur, elle le pourchasse ; il s’agit d’un homme avec un masque affreux !
Puis c’est l’hécatombe ! au moins cinq personnes décèdent de morts violentes !
Que se passe t-il donc dans ce théâtre ? Quelle est la motivation de ce tueur mystérieux ?
Après examen, Patrick s’aperçoit que la corde de la poutre qui a failli le tuer a été volontairement découpée, qui a bien pu faire cela et lui en vouloir autant ?
Y a-t-il une issue pour s’extirper de ce cauchemar ?
Mon avis :
Totalement inédit dans l’hexagone, ce « L’assassin a réservé neuf fauteuils » est une bien agréable surprise et l’éditeur décidément très inspiré « Le chat qui fume » nous fait découvrir ce giallo impeccablement réalisé en décidant de le sortir dans un magnifique blu ray, heureusement qu’ils sont là car le film est tout à fait digne du plus grand intérêt et serait resté inconnu pour longtemps puisqu’il n’est jamais sorti en France ni distribué dans les salles obscures !
Donc, on a là un mix Giallo/film de demeures/Agatha Christie/mythe du Fantôme de l’Opéra agrémenté de nombreuses scènes d’érotisme (les actrices sont toutes sublimes !) et d’un sadisme de la part du tueur qui ne lésine pas sur l’inventivité lors des meurtres ; l’ensemble est très agréable à suivre et le fait qu’il s’agisse d’un huis clos (les protagonistes sont enfermés dans un théâtre) ajoute à la sensation de malaise et d’étouffement (le passage final dans le caveau est à déconseiller aux claustrophobes !)…
Il y a l’occasion de découvrir la belle Janet Agren, ici très jeune, à peine une vingtaine d’années, qui fera figure d’icône du bis transalpin avec des films comme « Frayeurs » de Fulci ou « Ratman » et plein d’autres, son rôle dure malheureusement peu de temps puisque c’est la première à se faire assassiner !
On peut même dire qu’il y a un aspect hitchcockien dans « L’assassin a réservé neuf fauteuils » avec une montée en tension et un suspense réel, l’immensité des pièces du théâtre donne des surprises et plus les acteurs et actrices s’y engouffrent, plus la frousse devient importante, notamment dans les scènes obscures avec juste une lampe pour éclairer, on a carrément la trouille en anticipant que le tueur va débouler !
Tout fonctionne au-delà de toutes les espérances dans « L’assassin a réservé neuf fauteuils », que ce soit la musique, l’atmosphère, les décors, le jeu des acteurs, les corps magnifiques des actrices qui se dévoilent et la révélation finale que l’on n’aurait jamais soupçonnée (scénario nickel, un modèle de manipulation, aussi bien pour les protagonistes que pour le spectateur !)…
Bref, on est bluffés par tant de virtuosité et il faut remercier comme il se doit Le chat qui fume sans qui ce film serait resté enfoui dans les limbes du giallo et du cinéma italien…
A noter les bonus avec notamment l’extraordinaire Francis Barbier du site Devildead.com qui explique tout sur le film et nous fait découvrir des tonnes d’informations sur des gialli connexes à « L’assassin a réservé neuf fauteuils », il a une culture cinématographique époustouflante et son bonus est un régal !
« L’assassin a réservé neuf fauteuils », outre sa rareté est une des pièces maitresses du giallo du milieu des années soixante-dix et son originalité et son côté insolite renforcent encore plus la curiosité de le visionner…
Un petit régal que j’encourage à voir, surtout les puristes des gialli qui recherchent de l’originalité dans le genre, ici, avec « L’assassin a réservé neuf fauteuils » on peut difficilement faire plus en matière d’originalité et de revigoration du genre, c’est une tentative louable et très réussie !
Note : 9/10













dimanche 23 décembre 2018

Chats rouges dans un labyrinthe de verre d'Umberto Lenzi, 1975


CHATS ROUGES DANS UN LABYRINTHE DE VERRE
d’Umberto Lenzi
1975
Italie/Espagne
avec Ines Pellegrini, Martine Brochard, Mirta Miller, John Richardson, Maria Pia di Meo
Giallo
89 minutes
Blu ray édité chez le Chat qui fume
Musique de Bruno Nicolai
aka Eyeball
aka Gatti rossi in un labirinto di vetro
Synopsis :
Barcelone, Espagne, milieu des années soixante-dix…
Un groupe de touristes venus des Etats-Unis doit effectuer un périple lors de leurs vacances ; Mark Burton, accompagné de sa maitresse Paulette Stone qui est aussi sa secrétaire, file une mauvaise passe dans son couple avec sa femme Alma ; il apprend que celle-ci se trouve également à Barcelone et part à sa recherche…
Burton se rend à l’hôtel où doit se trouver son épouse mais elle n’y est pas…
C’est alors que les touristes se font assassiner les unes après les autres, égorgées et énucléées au niveau de leur œil gauche…
La police chargée de l’enquête a des soupçons sur Mark ; lorsque le couteau servant aux crimes est retrouvé, Mark a un flash, il a vu le même objet contendant dans la main d’Alma, il y a quelques années !
La ville de Burlngton, d’où est originaire Burton, fut le théâtre d’un meurtre sanglant, ce qui incrimine Mark encore plus aux yeux des enquêteurs ; Mark doit absolument retrouver sa femme Alma !
D’autres crimes atroces ont alors lieu et Naiba Campbell, manque d’être tuée à son tour, elle ne doit sa survie qu’à un fil alors que l’assassin se trouvait chez elle !
C’est alors que Mark se rappelle que sa femme est droitière alors que la police a découvert, dans ses investigations, que le meurtrier est gaucher !
La donne change radicalement et l’enquête amorce un tournant !
L’identité du tueur va être révélée et le spectateur n’est pas au bout de ses surprises !
Mon avis :
Durant sa prolifique carrière, Umberto Lenzi a, bien sûr comme ses congénères, apporté une pierre à l’édifice des gialli qui pullulaient sur les écrans au milieu des années soixante-dix et ce « Chats rouges dans un labyrinthe de verre » est l’exemple typique de ce qu’on pouvait faire de mieux dans le genre…
Tout y est : filles volages, tueur sadique, séquences flippantes et la musique de Bruno Nicolai, magnifique, amplifie la qualité de ce film, qui n’a rien à envier aux autres chefs d’œuvre giallesques, celui-ci se situant au-dessus de la mêlée…
Les actrices sont magnifiques, le rythme est effréné et les fulgurances sont légion (surtout lors des crimes qui ne lésinent pas sur le gore), les décors sont superbes et dès l’entame, Lenzi met le paquet pour captiver le spectateur et ça marche !
L’issue du film avec la révélation de l’identité du criminel est hyper inattendue et le suspense est à son comble !
Le film finit bien et Lenzi nous a réservé quelques passages de frousse pure grâce à une mise en scène inventive et des comédiens crédibles ; il s’est appliqué pour son film et l’a doté de séquences très originales (le train fantôme avec le premier meurtre, la scène de l’hôpital, le final dans la chapelle) ; « Chats rouges dans un labyrinthe de verre » est un pur Whodunit car impossible de déduire qui est le meurtrier jusqu’à la fin du film, bien malin celui qui a réussi à trouver, c’est quasiment impossible, Lenzi brouille les pistes à chaque fois et balade le spectateur avec un talent imparable !
Le blu ray édité chez les éditeurs Le chat qui fume est superbe, l’image impeccable et c’est un plaisir de retrouver l’actrice principale du film Martine Brochard dans les bonus (attention ! il faut voir les bonus APRES avoir vu le film !)…
Dans l’ensemble, « Chats rouges dans un labyrinthe de verre » remplit son contrat de façon nickel et le cinéphile féru de gialli et de films italiens se ruera sur ce blu ray, à posséder impérativement et qui reste un modèle dans le genre…
Très bon giallo, on passe un très bon moment et ce film assez méconnu se doit d’être réhabilité sans attendre, on peut dire qu’Umberto Lenzi, décédé récemment, a légué au cinéma populaire italien de vraies perles, celui-ci en fait partie !
Note : 9/10











Emmanuelle et Françoise de Joe d'amato, 1975


EMMANUELLE ET FRANCOISE
de Joe d’Amato
1975
Italie
avec George Eastman, Patrizia Gori, Rosemarie Lindt, Annie Carol Edel, Maria Rosaria Riuzzi
Drame/Erotisme
99 minutes
Blu ray édité chez le Chat qui fume
Scénario de Bruno Mattei et Joe d’Amato
aka Emmanuelle’s revenge
aka Emanuelle e Françoise Le Soreline
Synopsis :
Une ville d’Italie, milieu des années soixante-dix…
Françoise, une jeune et très belle femme, vit en faisant quelques photos artistiques où elle pose dans des clichés de mode, voire des photos où elle est dénudée ; elle est follement amoureuse de Carlo, un homme brun à la carrure imposante, mais ce dernier se comporte comme un salopard avec elle ; accumulant les dettes lors de jeux de cartes, Carlo se retrouve contraint de rembourser une forte somme d’argent et, vu qu’il est sans le sou, il n’a rien trouvé de mieux que de forcer Françoise à effectuer des passes avec les pires hommes de ses connaissances lors de séquences voyeuristes...
De plus, alors qu’elle rentre de ville, Françoise trouve Carlo en galante compagnie à son domicile et celui-ci, sans ménagement, annonce à Françoise qu’il la plaque !
Françoise, désespérée, erre dans les rues et, finalement, elle se donne la mort en se jetant sous un train, alors qu’elle se trouvait près d’une voie ferrée !
Emmanuelle, la sœur de Françoise, se rend à l’autopsie de sa défunte sœur…
Emmanuelle met au point un plan machiavélique pour venger sa sœur, elle va finir par retrouver Carlo !
Alors que ce dernier se trouve dans la luxueuse villa d’Emmanuelle, et ne se doutant de rien, Emmanuelle lui verse une drogue dans son whisky…
Carlo, inanimé, est ensuite, attaché et placé dans un faux mur d’une pièce de la maison ; Emmanuelle va le torturer et l’assoiffer !
Carlo parviendra t-il à s’échapper alors qu’il est ligoté ?
La vengeance terrible d’Emmanuelle ira-t-elle jusqu’à sa fin ?
Et la police dans tout ça ? elle va bien se douter de quelque chose !
Mon avis :
Après le succès planétaire du « Emmanuelle » de Just Jaeckin avec son héroïne iconique incarnée par la belle Sylvia Kristel, les italiens (surtout le père d’Amato) ont enquillé une palanquée de films d’exploitation reprenant la trame scénaristique avec, cette fois-ci, une EManuelle avec un seul « M » pour ne pas être ennuyés par les droits d’auteur…
On a eu du bon (« Emanuelle et les derniers cannibales »), du très bon (« Emanuelle in America), quant à ce « Emmanuelle et Françoise » c’est sans doute l’un des meilleurs ersatz de la saga et pour cause ! Le père Mattei, inénarrable réalisateur du bis transalpin, a participé à l’écriture du scénario ! 
On y retrouve l’indéboulonnable Luigi Montefiori, acteur fétiche de d’Amato, qui tient sans doute ici son meilleur rôle (hors films gore, bien sûr), il montre et démontre ici qu’il sait parfaitement jouer dans le registre dramatique et irradie le film par sa prestance et sa carrure de surhomme et pour une fois, il apparaît sans barbe (sauf à la fin)…
L’histoire est un chef d’œuvre de déviances et de perversités et d’Amato ne se refuse rien et se sert même de l’onirisme dans certains passages  totalement incongrus (le banquet avec la viande crue où tout part en live, les séquences de voyeurisme, le lesbianisme et même des scènes peu ragoutantes avec des hommes à la tronche de sadique qui feraient peur à une couvée de singes et où la pauvre Patrizia Gori –vue dans « Nathalie dans l’enfer nazi » d’Alain Payet- a bien du mal à se dépétrer !)…
« Emmanuelle et Françoise » c’est LE film d’exploitation italien pur par excellence, à réserver bien entendu à un public ADULTE et on peut même dire que ce film est un sommet dans la carrière de D’amato, un peu comme le fut « Le venin de la peur » pour Fulci ou « Le miroir obscène » pour Jess Franco, d’ailleurs les trois films ont pas mal de similitudes…
Dans l’ensemble, le film se suit bien et les vingt dernières minutes sont un modèle de suspense et de films de demeures (le timing est minuté à la seconde, pas le temps de reprendre son souffle pour le spectateur !)…
C’est également l’occasion de voir l’Italie des années soixante-dix et on se régale, « Emmanuelle et Françoise » est une carte postale vintage où la photographie, comme toujours chez D’amato, est magnifique !
La musique du film est également excellente et le blu ray édité par la super maison d’éditions « Le chat qui fume » est monumental et à se procurer sans tarder avant que ce dernier soit épuisé !
Bref, vous l’aurez compris, pour les cinéphiles aguerris et qui n’ont pas froid aux yeux, « Emmanuelle et Françoise » est un chef d’œuvre du genre et un sommet dans la carrière de D’amato et de son icône Luigi Montefiori, les cinéphiles fans de films d’exploitation seront donc comblés !
A visionner sans faute !
Note : 9/10









dimanche 16 décembre 2018

Comme des chiens enragés de Mario Imperoli, 1976


COMME DES CHIENS ENRAGES
de Mario Imperoli
1976
Italie
avec Paola Senatore, Jean-Pierre Sabagh, Annarita Grapputo, Cesare Barro, Luis La Torre, Gloria Piedimonte, Paolo Carlini
95 minutes
Polar ultra violent
Blu ray sorti chez Le chat qui fume
aka Come cani arrabiati
Synopsis :
ATTENTION SPOILERS, IL EST IMPERATIF D’AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE QUI SUIT
Rome, Italie, milieu des années soixante-dix…
Tony Ardenghi, étudiant, mène une double vie, avec Rico et Silvia, ils forment un gang ; Avec des cagoules sur la tête , Tony et Rico effectuent un casse dans un stade lors d’un match de football, ils dérobent l’argent de la caisse, un policier présent sur place est abattu et les deux hommes parviennent à prendre la fuite mais ils sont pourchassés par la police ; ils kidnappent une passante, puis l’emmènent dans une maison bourgeoise située au-dessus de la ville…
La femme du policier abattu se suicide par défénestration, elle était enceinte de quatre mois ! C’en est trop pour le commissaire Paolo Muzi, chargé de l’enquête et devant mettre hors d’état de nuire ce « Gang des barbares », pour se faire Muzi est accompagné de sa collègue Germana…
Les nouvelles cibles de Tony, Rico et Silvia sont des prostituées qu’ils repèrent dans un endroit bien précis, ils leur font croire qu’ils veulent une passe et les emmènent à la périphérie de la ville, dans un parc isolé ; elles seront violentées et tuées !
Tony est le fils d’un homme politique influent, Enrico Ardenghi, qui n’y voit que du feu dans les activités louches de son fils…
Paolo Muzi, le policier, fréquente régulièrement les prostituées le vendredi soir, il élabore un stratagème avec l’une d’elles pour coincer le gang de Tony…
Tony, Rico et Silvia s’introduisent chez un notable et torturent sa femme avant de les tuer tous les deux ; c’est alors que Tony loupe son tir et blesse Rico d’une balle de chevrotine dans le ventre…
Pris dans une course poursuite avec Muzi, Tony tombe en plein milieu d’une grande manifestation populaire, pensant pouvoir forcer le passage, il se fera lyncher et décèdera…
Mon avis :
Mario Imperoli est un cinéaste italien de films populaires assez méconnu et bien avec ce « Comme des chiens enragés » (à ne pas confondre avec le « Rabid dogs » de Mario Bava), il s’en sort avec aisance et prouve qu’il sait manier la caméra avec virtuosité ; ce film est très bien réalisé et Imperoli connaît son travail, il nous gratifie d’une violence inouïe et « Comme des chiens enragés » est à réserver à un public aguerri et averti, Imperoli y va carrément et ne lésine pas sur la brutalité, désamorcée cependant par une musique assez jazz, il y a des similitudes avec « Orange mécanique » de Kubrick, c’en est un peu la version latine, avec la touche polizzoteschi inhérente aux productions de cette époque…
Les dialogues (même si le film n’est pas en version française) sont hyper sexistes (Marlène Schiappa va hurler !) et ça barde à deux cents à l’heure, le film est très dynamique et le rythme ne faiblit à aucun moment, les plans sont courts et directs, Imperoli ne s’embarrasse pas de fioritures scénaristiques…
« Comme des chiens enragés » peut se cataloguer dans la catégorie des films extrêmes, la violence y est calculée et les meurtres, viols et tortures qui parsèment le film sont réalistes et peu ragoûtants (le suicide de la femme enceinte, le meurtre des deux homosexuels, la torture du fusil enfoncé dans l’entrejambe), Imperoli n’y est pas allé de main morte !
Il y a un aspect politique également dans « Comme des chiens enragés », tous les politicards sont corrompus et les dessous de table avec de l’argent public suffisent à arranger les choses avec des notables pourris jusqu’à la moelle !
Beaucoup de nudité avec des actrices toutes sublimes, c’est comme si Imperoli avait multiplié des Edwige Fenech, les trois quarts du casting féminin n’hésitent pas à dévoiler leurs attributs et « Comme des chiens enragés » est donc un polar hyper sexué, outre sa violence, Imperoli nous donne également des scènes posées avec les actrices, qui n’ont pas froid aux yeux !
Le final du film, particulièrement impressionnant, est un peu l’équation du chien qui se mord la queue, puisque Tony finit par être châtié par la foule de syndicalistes qui le lynchent, alors que celui-ci bénéficiait de l’impunité via le pouvoir de son géniteur, un homme politique influent ! la boucle est bouclée !
Globalement, « Comme des chiens enragés » est un excellent métrage, combinant polar, film politique et un cocktail de sexe et de violence, mais toujours réalisé avec le plus grand soin !
Rendons hommage à l’éditeur « Le chat qui fume » qui édite ce film dans un somptueux blu ray à l’image magnifique, l’occasion pour découvrir ce film sorti de nulle part et qui ravira les amateurs et les cinéphiles férus de films extrêmes italiens des années soixante-dix !
Vous avez aimé « Big Racket» de Castellari, « The smuggler » de Fulci et « Live like a cop die like a man » de Deodato ?, vous allez adorer “Comme des chiens enragés” !
Note : 8/10










Near dark de Katryn Bigelow, 1987


AUX FRONTIERES DE L’AUBE
NEAR DARK
de Katryn Bigelow
1987
Etats-Unis
avec Lance Henriksen, Bill Paxton, Adrian Pasdar, Jenny Wright, Jenette Goldstein
Film fantastique
94 minutes
Blu ray édité chez Studiocanal
Collection Jean Baptiste Thoret
Musique de Tangerine dream
Scénario de Katryn Bigelow et Eric Red
Budget : 5 000 000 dollars
Recettes au box-office américain : 3 369 000 dollars
Synopsis :
ATTENTION SPOILERS, IL EST IMPERATIF D’AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE QUI SUIT
Etats unis, une ville du Middlewest, milieu des années quatre-vingts…
Caleb Colton, fermier de l’Oklahoma, fait la rencontre fortuite de Mae, une jeune femme blonde très belle, il tombe instantanément amoureux d’elle, au début elle refuse ses avances, puis, devenant insistant, Caleb a droit à un baiser de Mae…
Mae mord Caleb lors de leur étreinte, ce dernier devient alors un vampire, mais pas un vampire comme nous avons l’habitude de voir, il se sent moribond et a un teint très pâle, comme s’il était devenu drogué en manque…
Loy Colton, le père de Caleb, vit avec sa fille Sarah, qui est donc la petite sœur de Caleb ; il ne voit pas son fils rentrer à la maison et prévient la police…
Caleb erre en pleine nuit et n’a pas assez d’argent pour prendre le bus ; il retrouve Mae mais cette fois elle est accompagnée de Severen, Jesse Hooker et Diamondback, les autres vampires, il y a également Homer, un enfant vampire…
Ces derniers mettent à sac un bar nocturne et tuent tous les clients dans un éclair de violence peu commun !
Lorsque la lumière du soleil atteint ces vampires, leur peau brûle et ils peuvent mourir…
Homer, le jeune gamin vampire, rencontre Sarah la petite soeur de Caleb, alors que celle-ci était à un distributeur de boissons, il lui propose qu’elle l’accompagne… la gamine tombe entre les mains des vampires et reconnaît son frère, Caleb, devenu, par la force des choses, un des vampires…
Loy Colton, le père de Caleb, intervient et délivre ses enfants des griffes des vampires ; la seule issue pour ne pas rester un vampire est d’effectuer une transfusion sanguine pour récupérer du sang pur et retirer le sang « contaminé »…
Un duel éclate alors entre Caleb et les autres vampires, et il commence à faire jour !
L’issue du film finira bien et Mae, délivrée de l’emprise des vampires, retrouvera l’amour de Caleb, elle subira elle-aussi une transfusion sanguine…
Mon avis :
Au départ, pour son deuxième film, Katryn Bigelow voulait réaliser un western moderne avec Eric Red, responsable du scénario, mais les producteurs lui refusèrent l’idée, jugeant que le western était un genre fini à l’époque ; Bigelow décide alors de réaliser un film de vampires modernes avec des touches à la Sam Peckinpah, cinéaste qu’elle vénère et dont on sent l’influence tout le long de « Near dark »…
Le cinéphile connaissait les vampires sous les traits de Dracula et des innombrables films sortis précédemment, dont ceux, entre autres, de la firme Hammer ; ici, Katryn Bigelow casse complètement tous les codes des films de vampires pour nous donner un film qui deviendra culte instantanément, et quel film !
Katryn Bigelow prend des risques énormes avec l’icône des vampires mais tout passe comme une lettre à la Poste, elle choisit d’opter pour un ton novateur de ce genre et le spectateur est, dès les premières secondes du film, bluffé !
La musique du légendaire groupe Tangerine Dream est pour beaucoup dans la réussite incontestable de « Near dark », tout est chamboulé de façon virtuose, on dirait presqu’une « Aguirrisation » du film de vampires, les couleurs bleutés ou sombres font place à un soleil éblouissant qui symbolise la mort, mort pour les vampires qui ne peuvent supporter la lumière du jour…
Les morsures sont différentes que dans les autres films de vampires et les victimes (la victime en l’occurrence, Caleb) deviennent un peu comme des toxicomanes en manque de leurs drogues, elles ont un teint cadavérique et du mal à marcher…
Katryn Bigelow fait donc très fort avec « Near dark » puisqu’elle puise dans les films de vampires certains éléments mais les met à sa sauce, dans un style assez trashy, tout en conservant une grande rigueur dans la mise en scène, le résultat final est incroyable et par conséquent, on ne peut oublier ce film prodige qui révolutionne totalement les films vampiriques…
James Cameron suggèrera à Katryn Bigelow d’employer trois acteurs d’ »Aliens » et un hommage est glissé à ce film puisqu’on y voit l’affiche dans un cinéma qui le projette lors d’une séquence de nuit en pleine rue ; il y a un élément insolite également avec le personnage de Homer, un garçonnet vampire, justifiant le passage avec Sarah, la sœur de Caleb…
La scène du  bar, avec le massacre qui s’y opère, est également très impressionnante et on est vraiment plus du tout dans des répliques de vampires traditionnels mais bel et bien dans celles de cow boys de westerns ; on dira ce que l’on voudra mais Bigelow a réalisé un western vampirique post moderne avec « Near dark », cela ne fait aucun doute et l’hommage à « La horde sauvage » est flagrant, également lorsque les vampires déambulent, on dirait « Wild bunch »…
Etonnamment, « Near dark » ne marcha pas au box-office américain, peut- être parce que le public n’était pas « prêt » pour ce mélange des genres ; quoiqu’il en soit, « Near dark » devint vite un film « culte » pour nombre de cinéphiles et l’édition sortie récemment dans la collection Jean-Baptiste Thoret de Studiocanal est fabuleuse, l’occasion de découvrir ou redécouvrir ce joyau des années quatre-vingts, véritable révolution pour le genre fantastique et qui reste unique par son style…
Katryn Bigelow frappa très fort avec « Near dark » et sa carrière s’envola avec ce chef d’œuvre qui, de par sa modernité totale, n’a pas du tout vieilli…
Un film à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du cinéma fantastique !
Note : 10/10












dimanche 9 décembre 2018

Mektoub my love d'Abdellatif Kechiche, 2017


MEKTOUB MY LOVE CANTO UNO
d’Abdellatif Kechiche
2017
France/Italie
avec Ophélie Bau, Lou Luttiau, Alexia Chardard, Shain Boumedine, Hafsia Herzi, Salim Kechlouche
Chronique de moeurs
178 minutes
Produit par Jérome Seydoux
Synopsis :
France, ville de Sète, en août 1994…
Amin, écrivain de scénarios à Paris, descend passer ses vacances à Sète, il retrouve sa meilleure amie, Ophélie, il la surprend avec Tony, son cousin, lors d’une partie carrée…
Tony travaille comme livreur dans un restaurant de couscous, il est très dragueur…
Sur une plage, Amin et Tony font la connaissance de Céline et Charlotte, deux copines en vacances, Amin est timide mais Tony, fidèle à ses habitudes, branche Charlotte et sort avec elle…
Le film suit le parcours de ces jeunes, à la fois leurs amours et leurs peines ; Charlotte semble malheureuse et souffre des infidélités de Tony, Amin rencontre Yasmine et lui demande si elle veut faire des photos de nu pour lui, en tout bien tout honneur, Amin est très correct…
Amin retrouve Ophélie qui tient une bergerie, elle lance un défi à Amin, il doit photographier la naissance de deux agneaux…
Amin, très patient, finit par assister à la naissance des agneaux…
Le film se clôture dans une discothèque où les filles sont déchainées et dansent frénétiquement, Amin, une nouvelle fois, souffre de son hyper timidité, alors que les autres garçons sont réceptifs aux danses des filles, qui mettent le paquet pour les allumer…
L’alcool coule à flots, les clopes se fument sans arrêt et l’insouciance de cette jeunesse se caractérise par des virées nocturnes dans des bars de Sète, les parents ne semblent pas inquiets de tous ces excès et laissent faire les jeunes, sur le point d’être adultes…
Il n’y pas de jugement mais juste des tranches de vies de ces jeunes gens qui privilégient l’amusement et la fête non-stop pendant l’été…
Mon avis :
« Mektoub my love » est un film très réjouissant, Kechiche prend le parti pris de ne juger personne ni ces mœurs excessifs qu’il dépeint avec , une nouvelle fois, beaucoup de virtuosité, il place sa caméra face aux situations et laisse les comédiens faire ce qu’ils ont à faire, c’est cela la fluidité du cinéma de Kechiche, il fait glisser le spectateur dans le quotidien, simplement et frontalement, les séquences durent donc plusieurs dizaines de minutes et les acteurs et actrices semblent en roue libre totale, Kechiche c’est du cinéma freestyle mais totalement maitrisé artistiquement…
Ça démarre assez fort avec la scène entre Ophélie et Tony, Kechiche y va à fond dans le sexe (ne surtout pas montrer ce film à un jeune public mineur) mais après « Mektoub my love » prend son essor et le film démarre réellement, et c’est un bonheur de le visionner…
Cette galerie de personnages, ces jeunes plein de fougue et de vitalité, toujours avec le sourire aux lèvres, cela fait plaisir à voir, on s’amuse, on s’éclate et ce, sans la moindre violence !
Le cinéma de Kechiche c’est de l’anti Gaspar Noé, il y a énormément d’insouciance, pas de scènes brutales, même pas une seule bagarre à déplorer dans le film et pourtant les hommes semblent avoir le sang chaud !
Ici, Kechiche livre un cinéma vérité, loin des clichés à la « Hélène et les garçons », ce n’est pas une comédie mais ce n’est pas un drame non plus, « Mektoub my love » c’est des morceaux de tranches de vies, comme dans le réel, c’est une immersion dans la réalité de jeunes gens, mais aucun misérabilisme ; ils semblent heureux de leur sort et Kechiche nous ouvre les portes de leur quotidien avec une chaleur et une gentillesse qui font plaisir à voir, « Mektoub my love » se vit comme si on était invités dans la vie des gens, le film nous accueille et nous porte avec une grande sensibilité vers ces protagonistes le temps d’un été…
Contrairement à « La vie d’Adèle », Kechiche ne joue pas trop sur la corde du drame mais préfère dévoiler les sentiments amoureux sans clashs ou coups d’éclats, mise à part la scène nocturne avec Charlotte, très subtilement jouée…
Le meilleur passage du film est la naissance des deux agneaux, malheureusement cette scène est dynamitée par la séquence suivante dans la discothèque (qui dure quasiment une demie heure !) où les femmes sont vraiment dépeintes comme des grosses allumeuses (Kechiche filme sous les jupes, les filles se trémoussent comme des hystériques nymphomanes, tout ce que le scénario avait bâti de beau auparavant part en live avec cette scène !)…
Globalement, « Mektoub my love » est une grande réussite mais le meilleur film de Kechiche reste l’indétrônable « Graine et le mulet » ; dans « Mektoub my love », on retrouve l’actrice principale de « La graine et le mulet », Hafsia Herzi, ici dans un rôle où la comédienne s’est métamorphosée, elle s’est lâchée complètement !
Revigorant et loin d’être ennuyeux (le film dure trois heures), « Mektoub my love », c’est du cinéma d’auteur comme Kechiche sait faire, il est fidèle à son talent et nous délivre un film qui sonne juste, au plus près de la réalité du quotidien ; c’est aussi une grande performance pour tous les acteurs du film, aucun personnage ne surjoue ou ne sonne faux, la direction d’acteurs, c’est du sérieux avec Kechiche !
« Mektoub my love » est donc une œuvre sincère et qui se bonifiera avec le temps, les plus ouverts des cinéphiles apprécieront ce film, tout comme les autres d’Abdellatif Kechiche, devenu un réalisateur incontournable dans le paysage du film d’auteur hexagonal…
A encourager fortement !
Note : 8/10













vendredi 7 décembre 2018

Moi, Tonya de Craig Gillespie, 2017


MOI, TONYA
de Craig Gillespie
2017
Etats-Unis
avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Mc Kenna Grace, Julianne Nicholson
121 minutes
Biopic
Budget : 11 000 000 dollars
Box- office mondial : quasiment 54 000 000 dollars
Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 2018
Synopsis :
Ville de Portland, états unis, entre le début des années soixante- dix et le milieu des années quatre- vingt-dix…
Tonya Harding est entrainée très tôt au patinage artistique, dès l’âge de quatre ans, sa mère la retire de l’école et lui fait subir des entrainements de huit heures par jour, elle suit ses cours de manière intensive, au détriment d’une vie normale de petite fille de son âge ;  sa mère a plusieurs maris et s’avère très acariâtre et méchante avec la pauvre Tonya, l’alcool n’arrangeant en rien cette semi-éducation prodiguée par sa génitrice, totalement givrée et rabaissant sans arrêt sa fille…
Les années passent et Tonya, devenue adolescente, a trouvé un haut niveau de patinage mais lors des compétitions, les juges ne la notent pas suffisamment comme elle le voudrait ; vivant dans la pauvreté, Tonya doit coudre elle-même ses tuniques et son accoutrement lui fait défaut par rapport aux autres patineuses…
Tonya rencontre son premier amour, Jeff Gilooly, qui deviendra son époux ; Jeff boit et la frappe, leur vie de couple sera particulièrement mouvementée et violente…
LaVonna Golden, la mère de Tonya, fait toujours autant de crasses à sa fille et n’hésite pas à monter des personnes contre elle (lors d’une compétition, elle paye un homme dans le public pour insulter Tonya avant qu’elle ne rentre en scène sur la glace !)…
Diane Rowlinson, l’entraineuse de Tonya depuis ses débuts est licenciée par Tonya, cette dernière commence à être connue mondialement lors des jeux olympiques de Lillehammer en 1992, car elle est la seule patineuse au monde à réussir à effectuer un triple Axel lors d’une de ses performances…
Shawn Eckardt, un fidèle ami très corpulent de Jeff Gilooly, s’autoproclame garde du corps de Tonya, mais il part dans des coups tordus et foireux, au grand dam de Jeff, et le FBI ne tarde pas à surveiller les deux hommes !
Ce n’est que lorsqu’en janvier 1994, que Jeff et Shawn élaborent un plan malhonnête (blesser à la jambe la jeune Nancy Kerrigan, rivale de Tonya, pour qu’elle ne puisse pas concurrencer Tonya) que la vie et la carrière de Tonya va basculer !
Les médias s’emparent de l’affaire et Tonya deviendra, ni plus ni moins, la personne la plus détestée des Etats-Unis !
Mon avis :
Tourné en trente et un jours, « Moi, Tonya » est un vrai tour de force cinématographique, filmé de façon très réaliste, un peu comme les films « uppercut » propres au cinéma indépendant d’outre Atlantique…
Margot Robbie tient ici le meilleur rôle de sa carrière et l’actrice Allison Janney qui joue sa mère a obtenu l’oscar du meilleur second rôle féminin, elle incarne une marâtre absolument hallucinante  de méchanceté et d’ignominie qui pourrit littéralement la vie de sa fille…
Les seconds rôles masculins sont, eux aussi, dirigés de main de maitre par Craig Gillespie et Sebastian Stan, dans le rôle de Jeff, en mari violent, donne une grande justesse à son personnage, un rôle, lui aussi, très difficile à jouer et il s’en sort à merveille, à la fois glaçant et repère tout de même pour Tonya/Margot Robbie, le film est tout de même un portrait de paumés complètement à la ramasse, sans le sou et désaxés…
Les séquences de patinages sont impressionnantes et la technique de filmage utilisée est bluffante !
La musique du film est un élément primordial dans l’empathie que l’on éprouve pour Tonya et le choix des chansons est particulièrement judicieux, il booste totalement le film et donne un aspect jubilatoire au spectateur, qui ne voit pas passer les deux heures du film !
Très grande réussite, « Moi, Tonya », outre qu’il respecte les codes des biopics a un déroulement scénaristique qui tient la route, le film est très riche et dense, avec des voix off, des titrages écrits entre les séquences, un peu comme dans « Les affranchis » de Scorsese ou « Boogie nights » auquel on pense beaucoup lors du visionnage…
Craig Gillespie sait parfaitement doser les séquences d’émotion avec les séquences de violence, il distille même un côté « trash » dans « Moi, Tonya », c’est du cinéma de très haut niveau, tout le monde, que ce soit les comédiens ou l’équipe technique a mis la main à la pâte pour faire le film et le rendu est vraiment convaincant…
Gillespie n’élude rien de la vraie histoire de Tonya Harding, de son enfance jusqu’à sa condamnation après l’agression de sa rivale Nancy Kerrigan, Gillespie montre absolument TOUT et fait preuve d’un grand courage mais aussi d’une finesse dans la retranscription de vie de Tonya, elle est montrée dans toutes les facettes de sa vie, de sa petite enfance jusqu’à l’âge adulte, toutes les étapes de sa vie sont retracées avec une grande rigueur et c’est cela qui fait la force du film…
« Moi, Tonya » est donc un très grand film à voir, aussi bien pour les curieux que pour les gens qui avaient suivi son histoire à l’époque (ce fait divers fit grand bruit dans les médias en 1994)…
Les cinéphiles, quant à eux, se régaleront devant une mise en scène ciselée et le jeu de la magnifique Margot Robbie, qui explose complètement dans ce rôle qui sera déterminant pour sa carrière !
Un pur chef d’œuvre et, pour une fois, un film qui sort de l’ordinaire, à total contre-courant des autres œuvres sorties récemment…
Note : 9.5/10
Dédié à Bro Pierre que je remercie de me l’avoir offert…