lundi 21 avril 2014

LA SOURCE d'Ingmar Bergman, 1960

LA SOURCE
d'Ingmar Bergman
Suède
1960
avec Max Von Sydow, Birgitta Pettersson, Gunnel Lindblom, Birgitta Valberg
89 minutes
Rape and revenge métaphysique
Oscar du meilleur film étranger 1961
Edité en blu ray chez studiocanal
Synopsis :
Karin, jeune femme à peine sortie de l'adolescence, vit avec son père Töre, sa mère et sa soeur adoptive Ingeri, enceinte et considérée comme fille volage, ce qui fait qu'elle doit s'acquitter de toutes les tâches ménagères et ingrates, elle est comme "répudiée" au sein de la famille...
Karin doit aller porter des cierges à la paroisse du village, située à quelques kilomètres...
Elle doit traverser une forêt dense, à cheval...
Alpaguée par deux bergers malveillants, Karin est violée sauvagement et tuée d'un coup de gourdin asséné sur le crâne !
La neige et le froid arrivent et les deux bergers, transis, demandent refuge et hospitalité dans une bâtisse...
C'est la maison de Töre !
Dès que la mère se rend compte qu'il s'agit des vêtements de sa fille qu'essaient de lui vendre les deux bergers, un déchaînement de violence va s'emparer d'elle et de Töre !
Mon avis :
Douze années auparavant, "La source" préfigure la même trame scénaristique imparable que "La dernière maison sur la gauche" de Wes Craven avec un côté métaphysique en plus, et le même gimmick du collier appartenant à la jeune victime remplacé ici par des vêtements...
Tout est magnifique dans ce film qui hantera la mémoire du spectateur très longtemps après visionnage, multipliant les passages subliminaux (la fumée qui s'échappe de la lucarne du toit de la bâtisse, les apparitions récurrentes du corbeau -synonyme de la mort-, la grenouille enfermée dans le pain, la neige qui tombe, le gamin terrorisé aux yeux psychotiques)...
Bergman a ce don d'intégrer de la fluidité dans son récit, il se détache du cinéma conventionnel pour accoucher d'une oeuvre hypra maîtrisée, rugueuse et fantasmatique, proche du cinéma de Kurosawa (beaucoup le comparent au maître japonais), cette façon d'enchaîner les plans, cette grâce dans la mise en scène et ce souffle porté par le jeu des acteurs configurent et paramètrent un cinéma de très haut niveau ne ressemblant à aucun autre...
Karin symbolisant l'innocence, la pureté va être souillée par les "hommes démons", renvoyant des métaphores sur la religion (par ailleurs copieusement égratignée dans le film) et la vengeance salvatrice de Töre (extraordinaire Max Von Sydow !) sera moins une libération qu'un poids lourd à porter (lors d'une pantomime, Töre invoque le dieu Odin de lui pardonner ses actes !)...
Karin pensait partir retrouver Dieu, elle trouvera la mort !
Le rapport ambigu entre Karin et Ingeri, personnages ambivalents éloignés l'une de l'autre, et le fait qu'Ingeri assiste au viol et "laisse faire" renverra à la fois à la perversité et au sentiment de post culpabilité...
La scène de la "vengeance" barde sec et rien n'est épargné ni au spectateur ni aux bergers coupables, face à la montagne qu'est Töre, avant tout guerrier et père implacable intraitable si l'on a le malheur de toucher à sa fille !
Le final est poignant lorsque la famille retourne sur les lieux du drame et retrouve le corps sans vie de Karin, faisant s'échapper une source d'eau du sol, allégorie d'une résurrection ou d'une purification pour Ingeri qui se passe de l'eau abondamment sur le visage...
Aux frontières du film fantastique et du drame naturaliste et doté de passages aussi mémorables qu'esthétiquement parfaits, "la Source" est un réel chef d'oeuvre que tout cinéphile se doit d'avoir vu absolument !

Note : 10/10








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire