dimanche 8 avril 2018

Tchao Pantin de Claude Berri, 1983


TCHAO PANTIN
de Claude Berri
1983
France
avec Coluche, Richard Anconina, Agnès Soral, Philippe Léotard, Mahmoud Zemmouri
Drame/Chronique de mœurs
100 minutes
Décors d’Alexandre Trauner
Musique de Charlélie Couture
D’après le roman éponyme d’Alain Page
Synopsis :
Paris, dans le dix-huitième arrondissement, années quatre-vingts…
Lambert, un employé d’une station-service, travaille de nuit, il est porté sur la boisson et souffre de dépression, c’est un ancien policier qui a perdu son fils d’une overdose…
Un soir, Youseff Bensoussan, un jeune délinquant, se réfugie dans la station-service de Lambert, pour éviter un contrôle de police ; les deux hommes, à force de discussions, se lient d’amitié, Lambert, faisant un transfert avec son fils décédé…
Lambert et Bensoussan sont amenés à se revoir et Bensoussan montre son logement à Lambert, il lui fait croire qu’il vend des motos…
Bensoussan est en fait un dealer qui se fait exploiter par Rachid, un tenancier d’un bar mal famé ; un jour, une affaire de transaction de drogue tourne mal et Bensoussan est tué, sous les yeux de Lambert…
L’officier de police Bauer, rend visite à Lambert mais n’obtient aucun renseignement de sa part ; Lola, une des amies de Youseff, est une jeune punk, lors d’un concert au Gibus, Lambert fait sa connaissance alors qu’il cherchait des informations sur la mort de Youseff…
Lambert, dévasté par la mort de Youseff, n’a plus qu’une seule idée en tête : venger le jeune homme !
Lambert se rend alors au bar de Rachid, une fois la fermeture, il le frappe et casse son bistrot en y mettant le feu…
Alors que Lola élit domicile chez Lambert, cette dernière veut le dissuader de faire une erreur…
Finalement, Lambert et Lola décident de quitter Paris pour entamer une nouvelle vie, l’issue ne se va se passer comme ils le souhaitaient…
Mon avis :
« Tchao Pantin » est un film magnifique, à tous les niveaux ; Coluche, dans un rôle à contre-emploi, tient sa meilleure composition, le film nous permet également de révéler Richard Anconina, tout sonne juste, l’histoire, les décors, l’ambiance et l’aura dégagée ; ce postulat de vendetta est magnifiée par le côté « humain » qui se révèle tout le long du film (Coluche a perdu son fils d’une overdose, il voit comme une rédemption le fait de venger la mort de Youseff, comme si cela apaiserait sa conscience, lui qui pense avoir failli dans l’éducation de son fils), les seconds rôles sont très attachants (Agnès Soral, magnifique, Léotard en flic est formidable) ; « Tchao Pantin » est une plongée dans les quartiers louches du dix- huitième arrondissement parisien, tout y est, les bars sordides, la boite du Gibus (avec un concert de Gogol 1er et sa horde), la faune patibulaire des nuits parisiennes, Trauner (immense décorateur qui a travaillé avec Orson Welles) a su retranscrire toute cette ambiance avec des intérieurs craspecs aux papiers peints sales, ces bars au zinc crasseux avec sa clientèle de toxicomanes…
Coluche, dans son rôle de pompiste dépressif, est sidérant de justesse, il n’a pas volé son César (et Berri l’avait anticipé, voulant absolument que son film sorte en décembre 1983 pour qu’il puisse concourir aux Césars 1984, il pressentait que Coluche obtiendrait sa récompense)…
« Tchao Pantin » est presque nihiliste tant il y a peu d’espoir dans ce film, c’est une peinture de la détresse, de la désespérance, mais la mise en scène sait sonner réaliste pour que le spectateur s’attache rapidement aux personnages, à aucun moment Berri ne rend antipathique Lambert ou Youseff, on se prendrait même d’empathie et d’affection pour eux, leur « amitié » est très atypique mais le ton adopté par Berri la rend crédible…
Le final est bouleversant, on est collapsé et il n’est pas exclu de verser une larme tant l’intensité et la gravité sont frontales, on se prend ça en pleine tronche et il faut bien dix minutes pour s’en remettre…
« Tchao Pantin » est une réussite totale, un chef d’œuvre du cinéma dramatique hexagonal ; la singularité de la mise en scène, la précision du scénario et l’authenticité des personnages en font un film inoubliable qui marqua de son empreinte le cinéma du début des années quatre- vingts français…
Un film essentiel dans la carrière de Coluche qui lui permit de prouver qu’il pouvait aussi jouer autre chose que des personnages de clowns après ses pitreries précédentes, c’est SON film, celui qui dévoile une autre facette de l’humoriste, à des milliers de kilomètres de ce qu’on connaissait de lui, il est bluffant…
Anconina, tout comme Agnès Soral, offrent des seconds rôles superbes, humains à l’extrême, mais « Tchao Pantin » est un film qui ne fait pas de cadeau, c’est avant tout un drame, une tragédie même…
Berri signe ici peut être son meilleur film, « Tchao Pantin » marque le spectateur de façon indélébile, c’est net !
Note : 9.5/10













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