dimanche 17 novembre 2019

Le traitre de Marco Bellocchio, 2019


LE TRAITRE
de Marco Bellocchio
2019
Italie
avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Luigi Lo Cascio, Fabrizio Ferracane, Pier Giorgio Bellocchio
Chronique criminelle
145 minutes
aka Il Traditore
Produit par Arte
Synopsis :
Italie, Sicile, Brésil, Etats-Unis, entre le début des années soixante-dix et le début des années deux mille…
Le film retrace le parcours de Tommaso Buscetta, le parrain de la mafia sicilienne…
Son fils est toxicomane et fait une crise lors d’une fête organisée dans la luxueuse propriété de Buscetta ; de nombreux autres mafiosi veulent la peau de Tommaso et sont jaloux de son emprise sur le cartel de la drogue ; ainsi de nombreuses fusillades ont lieu et les proches de Buscetta dont sa femme, Maria Cristina de Almeida, sont en danger permanent ; les tueurs ne font aucune distinction et tuent femmes comme enfants…
Sentant que le danger devient trop grave et imminent pour sa vie, Buscetta s’exile au Brésil sous une fausse identité…
Mais il est rattrapé par son passé et se fait arrêter par les autorités locales !
Le célèbre juge Giovanni Falcone veut faire parler à tout prix Buscetta et invente de multiples stratagèmes pour le contraindre ; il menace de jeter son épouse d’un hélicoptère ; finalement, Buscetta, extradé vers l’Italie, balance tout au juge Falcone ; les noms de tous les membres de la pègre, les endroits où ils se trouvent, les trafics qu’ils coordonnent…
C’est alors qu’un gigantesque procès a lieu en présence de tous les membres de la Cosa Nostra…
De lourdes peines sont alors prononcées, y compris pour Tommaso !
Un terrible attentat contre Giovanni Falcone a lieu, il y perdra la vie…
Buscetta exilé aux Etats-Unis avec sa femme se sent traqué et à l’abri nulle part…
Lors d’une sortie au restaurant il décide de quitter l’endroit dans la seconde, il pense être menacé !
Un de ses rivaux et ennemis qui se protégeait en permanence avec un bébé lors des fusillades sera finalement abattu par Buscetta, il aura attendu une vingtaine d’années pour accomplir et assouvir sa vengeance !
Mon avis :
Présenté au festival de Cannes 2019 et n’ayant obtenu qu’un accueil des critiques et du public très favorable sans glaner de prix (il en gagnera tout de même à d’autres festivals), « Le traitre » est un film fleuve, un peu une version italienne et latine des « Affranchis » de Scorsese avec des similitudes dans l’histoire (la « balance » qui fait tomber tout le réseau des mafieux par ses témoignages)…
La mise en scène de Bellocchio est nette et sans fioritures, il n’hésite pas à nous gratifier de passages très violents mais le réalisme de ces derniers sert à rendre crédible son histoire, les comédiens sont fabuleux, Favino en Buscetta témoigne d’un  jeu d’acteur imparable ; mi film d’auteur mi biopic d’un parrain, « Le traitre », c’est du grand cinéma, sans pétarades et qui ne prend pas le spectateur cinéphile pour un imbécile (contrairement à ses homologues américains qui privilégient trop l’action au détriment de l’aspect dramatique), ici c’est co-produit par Arte, on n’est pas dans un film avec Dwayne Johnson ou Stallone, il y a  une réelle recherche cinématographique, un peu comme faisait Coppola avec sa trilogie des « Parrains » ; et pourtant, on ne s’ennuie pas, les deux heures vingt- cinq du « Traitre » passent avec le plus grand plaisir, la mise en scène flamboyante éblouit dès le début du film avec la cérémonie et le côté dramatique démarre en même temps (le fils toxicomane pris d’une crise de démence), Buscetta c’est le « parrain », le « boss » et il y a l’aspect sacré de la famille qui est mis en exergue par Marco Bellocchio, lorsqu’on touche à un membre de la famille Buscetta, c’est net, la réplique ne se fait pas attendre…
Une scène incroyable, celle des hélicoptères, c’est à se demander si elle n’a pas été réalisée sans trucages tant elle est réaliste !
L’exil au Brésil et finalement les aveux au juge Giovanni Falcone, l’enchainement scénaristique coule de source et il ne pouvait sans doute en être autrement vue la tournure que prenait les événements…
Et puis on arrive au nerf central du film (quasiment un tiers de la totalité) où « Le traitre » se mute en film de procès ; rien n’est épargné au spectateur, beaucoup de logorrhées (le film est en italien, pas de VF) mais des séquences démentielles (une crise d’épilepsie, des gangsters qui pètent les plombs) et toujours un Pierfranceso Favino impérial dans son rôle et que rien ni personne ne semble ébranler !
L’attentat contre Falcone est filmé d’une façon extraordinaire avec caméra à l’intérieur de la voiture, je vous laisse savourer ce moment de folie…
Un esthétisme appuyé et une rigueur totale dans la mise en scène font du « Traitre » un film à voir et à encourager absolument, ceux qui l’ont raté en salles pourront se rabattre sur le blu ray lorsqu’il sortira…
Cela prouve une chose, le cinéma italien récent n’est pas mort et ne se résume pas qu’à Nanni Moretti, il reste encore quelques vieux briscards qui répondent présent pour sortir des films de qualité et « Le traitre », outre qu’il soit excellent, ravive la flamme du vrai cinéma transalpin avec une grâce et un aplomb qui font bien plaisir à voir !
Les cinéphiles et les connaisseurs devraient adorer « Le traitre », film gigantesque et œuvre phare pour le cinéma italien, Marco Bellocchio fait honneur à ses compatriotes et on sort groggy après le visionnage, une claque de deux heures et demie et un film qui restera dans les mémoires et qui se bonifiera avec le temps…
Masterpiece !
Note : 10/10











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