vendredi 23 août 2013

MASH de Robert Altman, 1970


MASH

de Robert Altman

Etats Unis

1970

avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Robert Duvall, Fred Williamson, Sally Kellerman

111 minutes

Comédie burlesque

Palme d'or Festival de Cannes 1970

Synopsis :

Sur une base médicale militaire américaine, alors que la guerre de Corée fait rage...

Le flot de blessés est incessant, ils sont, pour la plupart, acheminés par hélicoptère et opérés directement et en urgence par une équipe de chirurgiens chevronnés...

Sans doute blasés par un travail stressant et prenant, ces derniers choisissent de tout prendre à la rigolade, multipliant les plaisanteries (le plus souvent graveleuses et axées sur le sexe) et n'hésitent pas à défier leur hiérarchie, ils sont même capables d'insubordination....

L'arrivée d'une nouvelle infirmière va mettre le feu aux poudres, cette superbe blonde volcanique se prend d'affection pour un des militaires réputé prude et "curotin"...

Les deux plus éminents médecins sont amenés à venir soigner un enfant et arrivent en tenue de golfeurs sur les lieux, ce qui provoque un mini incident diplomatique !

Le film suit leurs parcours, leur quotidien et va se conclure par un gigantesque match de football où tout le monde pourra lâcher ses envies, un véritable exutoire où tout ce qui était amorcé auparavant va pouvoir exploser dans des délires improbables !

Mon avis :

MASH est sans conteste le film le plus décomplexé sur un sujet grave : la guerre...

Altman prend le parti pris risqué et courageux de tout tourner en dérision et dès le début du métrage on comprend bien que tout va être du même tonneau jusqu'à l'issue du film, multipliant les gags avec brio et baignant sans cesse dans un délire, que ce soit au niveau des répliques (cinglantes) que de l'histoire racontée (loufoque)...

Mais attention ! Altman est très malin et adopte un traitement résolument intelligent pour nous faire rire ! A aucun moment le film n'est vulgaire ou méchant...

Il se dégage même une finesse d'esprit, un peu à la Desproges, qui se révèlera savoureuse et unique, car hors des conventions du cinéma humoristique d'outre Atlantique...

Avec un ton complètement décalé, Altman nous fait rire de bon coeur mais ne prend pas le contre-pied de son idée première, tourner tout à la dérision certes, mais avec une grande habileté et surtout une maîtrise totale de son sujet...

Les militaires s'extasient sur la plastique des infirmières mais celà ne prend pas une tournure sexiste ou libidineuse, on sent qu'Altman s'en sert comme levier pour amplifier son humour, chaque personnage restant dans la place qui lui incombe et demeurant juste, tout sonne de manière cadrée dans "MASH", rien n'est laissé au hasard !

Certes les personnes aigries auront quelque peu de difficultés à saisir cet humour, ce qui en fait un peu les limites de l'oeuvre, s'adressant à un public déconneur de nature et rigolard...

Autrement, sur l'aspect technique, pas grand chose à dire, c'est du très beau travail, Altman développe une intrigue sur des plans très dynamiques et fouillés, un véritable régal !

Extrêmement sympathique dans sa démarche, "MASH" a le double avantage de détendre le spectateur mais également de révolutionner du cinéma américain par un culot plutôt atypique pour l'époque !

A visionner absolument !

Note : 9/10






mercredi 21 août 2013

RASHOMON d'Akira Kurosawa, 1950


RASHOMON

d'Akira Kurosawa

Japon

1950

Drame

avec Toshiro Mifune

94 minutes

Synopsis :

La ville de Kyoto, au onzième siècle...

Sous une pluie torrentielle, trois individus trouvent refuge sous le porche d'un bâtiment, il s'agit d'un bonze, d'un bûcheron père de famille et d'un passant qui se trouvait là à ce moment...

L'un des hommes semble bouleversé, il raconte ce qu'il a vu il y a trois jours...

Il a découvert le corps d'une femme dans une forêt...

Le film va retranscrire les événements perçus à la fois par le tueur guerrier, par la femme agressée sexuellement et par son époux...

Comme dans un tribunal, mais avec le spectateur comme principal juge, les versions sont données par chacun des protagonistes et s'avèrent toutes différentes les unes des autres, partant du principe que chaque personne, suivant sa propre expérience et selon sa faculté d'analyser les événements, n'a pas la même appréhension des faits...

Mon avis :

Si l'on recadre le film dans son contexte, on peut aisément dire que "Rashomon" fit découvrir le cinéma Japonais au monde entier, et par ce biais le cinéma de Kurosawa, exotique et atypique par rapport aux productions d'alors...

Il y a une mise en scène superbe dans cette oeuvre et un découpage de plans vraiment révolutionnaire au cinéma, créant, recréant et inventant des trouvailles qui seront reprises bien plus tard par d'autres réalisateurs (le soleil brillant à travers les arbres, les mouvements de caméra très fluides et étonnamment dynamiques)...

Il y a des pulsions dans le guerrier qui veut souiller l'innocence de la fille en la violant mais pas non plus de voyeurisme graveleux, celà s'effectuant presque comme une danse ou un ballet lorsque Kurosawa choisit de filmer l'agression, on ne ressent pas de malaise mais plutôt une grande admiration eu égard à la technique narrative employée par le metteur en scène...

Ce qui frappe aussi c'est la musique, un thème lancinant qui reprend note pour note près le Boléro de Ravel, astucieuse idée pour maintenir un aspect lyrique à un film qui transgresse le drame ou le film d'investigation pour se révéler avant tout émotionnel...

Les paysages semblent être le théâtre d'un combat victime/bourreau et Kurosawa a su exploiter avec brio les décors naturels de la forêt, nous faisant profiter de ses moindres recoins, n'importe qui pouvant s'y dissimuler comme dans un refuge de l'inconscient ou au contraire un endroit "exutoire" où tout est permis car loin  de la ville, de la civilisation et de l'ordre représenté la police...

Des plans fixes ponctuent métronomiquement "Rashomon" comme la pluie diluvienne qui s'abat sur les toits du temple ou ces personnages assis au sol pendant plusieurs minutes qui déroulent sciemment leurs histoires...

On se trouve plongé dans du très grand cinéma qui sera l'amorce de la gloire pour Kurosawa et lui permettra de continuer sa carrière, après un tel succès, pour aller au bout dans sa recherche graphique et dans son exploration narrative...

Magnifiquement mis en scène, "Rashomon" recèle de nombre de qualités et se doit d'être visionné pour tout cinéphile curieux et surouvert sur tous les types de cinémas...

Note : 10/10






lundi 19 août 2013

Le septième sceau d'Ingmar Bergman, 1957


LE SEPTIEME SCEAU

d'Ingmar Bergman

Suède

1957

avec Max Von Sydow, Gunnar Bjornstrand, Bibi Andersson, Nils Poppe

Fantastique métaphysique

94 minutes

Synopsis :

Au 14ème siècle dans une province suédoise située au bord de mer...

Antonius, un chevalier et Jöns son écuyer trouvent villégiature sur une plage après avoir combattu leurs assaillants lors des croisades...

Un mystérieux personnage, de grande taille et au visage orné d'un masque blanc se présente auprès d'Antonius comme étant la mort...

Il propose à ce dernier de jouer à une partie d'échecs qui symbolisera l'échéance du décès, le vainqueur de ce jeu funeste retardera ainsi son trépas, sachant que le pays est rongé par la peste...

Dans un second temps, des saltimbanques membres d'une troupe de théâtre sillonne la contrée, avec insouciance et gaieté de vivre (ils viennent d'avoir un bébé de huit mois)...

Un forgeron victime d'adultère cherche à retrouver un des acteurs qui l'aurait trompé avec sa femme, Olga...

De fil en aiguille, les pérégrinations et les rencontres, fortuites ou non, faites par Antonius vont le faire douter du message de la mort...

Mais cette dernière se rappelle à lui un soir où il se retrouve dans un château où il n'était pas allé depuis une décennie...

Une "danse" macabre et ésotérique s'amorce et ramène Antonius face à ses propres démons, ses doutes et ses torpeurs...

Mon avis :

Sans doute le film le plus ambitieux de son auteur, "Le septième sceau" poursuit une trajectoire emplie de métaphores sur l'existence, la fascination religieuse et la crainte de la mort...

Mort omniprésente dans le métrage que ce soit sous forme physique ou latente (la peste), Bergman transgresse les réalités par le biais de séquences imagées ou de sursauts graphiques de toute beauté (comme cet écureuil symbolisant la réincarnation lors de la chute de l'arbre)...

Bergman est l'émetteur et le spectateur le récepteur mais les ondes se brouillent de temps à autre, parasitées par un hermétisme aussi bien scénaristique que dans la mise en images, particulièrement érudite...

Bref, il faut s'accrocher mais au final, celà s'avère payant puisque "le septième sceau" est un régal !

A la mise en scène atypique et flamboyante, le film regorge de trouvailles révolutionnaires pour l'époque et l'on est quasi sûr qu'il influencera bon nombre d'autres cinéastes (je pense à Mario Bava puisque le passage du cheval sur la plage dans la nuit a été repris dans "le Corps et le fouet" et dans "Duel au couteau")...

Doté d'un lyrisme et en même temps d'une modernité graphique, joué par des acteurs "habités" par leurs rôles, à défaut d'être accessible au plus grand nombre, " le septième sceau" fait voler en éclats les conventions du cinéma de l'époque, instaurant de nouveaux codes cinématographiques que peu d'autres metteurs en scènes ne pourront franchir...

Bergman "foudroie" le cinéma d'alors et son film fut salué de toutes parts comme annonciateur d'un nouveau style, à mi chemin entre le drame, le film fantastique et l'onirisme pur...

En outre, "Le septième sceau" a le double mérite de faire s'intéresser à une oeuvre artistique peu commune et de donner une forte leçon de cinéma aussi bien au spectateur lambda qu'aux puristes esthètes avides de films d'auteur...

Proprement unique, un film qu'il faut avoir visionné pour idéaliser clairement ce qu'est le haut niveau au septième art...

Note : 10/10






samedi 17 août 2013

Nous sommes la nuit de Dennis Gansel, 2010


NOUS SOMMES LA NUIT

de Dennis Gansel

avec Jennifer Ulrich, Max Riemelt, Karoline Herfuhrt, Nina Hoss

Allemagne

2010

Fantastique vampirique moderne

95 minutes

Synopsis :

Louise, une superbe blonde, coordonne deux autres jeunes femmes dans des exactions pour le moins discutables : il s'agit de vampires !

De plus elles ont la particularité d'être immortelles et d'avoir énormément d'argent !

Après avoir décimé les occupants d'un avion privé, elles organisent des soirées dans un night club où l'alcool coule à flot et où la musique techno branchée résonne à fond les bananes !

Léna, une jeune marginale vivant dans un quartier sordide d'une banlieue germanique, se rend à une des fêtes par hasard, Louise se sent attirée indiciblement par elle...

Elle va en faire une disciple !

Mais Léna est recherchée par la police pour vol de carte bancaire !

Devenue succube à son tour, les autorités vont, de fil en aiguille, remonter à Louise et ses acolytes...

Pendant ce temps, les carnages se répètent !

Mon avis :

"Nous sommes la nuit" est une réussite dans le genre du film de vampires moderne, les scènes s'enchaînent avec une grande précision, le rythme est formellement dynamique et le jeu des actrices demeure convaincant...

Relecture d'une mythologie où les dance floors ont remplacé les châteaux ou les demeures gothiques, "Nous sommes la nuit" n'oublie pas d'être efficace dans sa démarche même si le métrage ne fait pas du tout peur...

Le début est sidérant et on comprend qu'on a affaire à quelque chose qui sera bien foutu et au budget conséquent...

Habile dans son traitement, le film se suit avec un certain plaisir et fait référence à des prédécesseurs parfaitement identifiés mais arrive à se démarquer de ceux ci grâce à une modernité qui fait figure d'innovation, il ne plagie pas mais donne plutôt une vision globalement différente du mythe vampirique...

Ici les succubes sont des trentenaires sexy qui aiment la vitesse et faire du shopping, elles se révèlent excessives et désireuses de vivre à cent à l'heure ! Et pour cause, les bougresses sont en plus immortelles ! ce qui permet des libertés scénaristiques bienvenues pour amplifier une histoire qui se vit de l'intérieur, avec des séquences "en instantané", presque uniques en leur genre !

L'intrigue policière sert de levier pour redonner plus d'intérêt au film et rajoute ainsi un climat d'oppression voire d'étouffement face à des idées parfois saugrenues (la scène de la piscine, la cigarette dans le restaurant...).

Au final, Dennis Gansel s'en sort plutôt bien et ravive les braises d'un style qui peinait à se revigorer, faisant de "Nous sommes la nuit" un "must have seen" qui ravira aussi bien les jeunes issus de la culture gothique que les amateurs de sensations fortes au septième art...

Je prédis qu'il se bonifiera avec les années...

Note : 9/10





Little big man d'Arthur Penn, 1970


LITTLE BIG MAN

d'Arthur Penn

Etats Unis

1970

avec Dustin Hoffman, Faye Dunaway

Fresque historique biographique

135 minutes

Synopsis :

Jack Crabb est un vieillard âgé de 121 ans (!) qui a eu un parcours hors normes et une vie dense, il raconte à un journaliste ses pérégrinations, de son enlèvement par des indiens alors qu'il était tout petit jusqu'à son entrée dans la cavalerie régie par Mac Cluster, sa rencontre avec Louise Pendrake, ses diverses éducations (religieuses ou de la vie) et ses malheurs (l'alcoolisme), tout est passé au crible et raconté en voix off par Crabb, qui fut surnommé par la tribu qui l'adopta, le "Grand petit homme" ("Little Big Man")...

Sur fond de génocide barbare mais aussi avec tendresse et humour, l'existence de Little big man restera un témoignage de toute une histoire des Etats Unis...

Arthur Penn décide de nous la raconter ici...

Mon avis :

Film monumental en tous points, "Little Big Man" aborde des thématiques d'une richesse imparable et frôle la perfection, aussi bien dans sa mise en images que dans son déroulé scénaristique...

Attention, il ne s'agit pas d'un western mais d'un film beaucoup plus subtil !

Par le biais du personnage vecteur de Little Big Man, Arthur Penn égratigne copieusement un pan de l'histoire des Etats Unis et renvoie dos à dos religion et politique de l'époque au rang d'abjections, le tout non sans humour et avec des passages à la fois aigres et tendres, touchants ou hilarants...

La composition de Dustin Hofmann est sidérante de justesse et confond un personnage frêle et fort en même temps, disciple et régisseur, passant d'un camp à l'autre sans encombres et avec une facilité déconcertante...

La mise en scène de Penn privilégie les grands espaces, une caméra fluide et un montage minutieux permettent de renforcer l'intérêt que le spectateur a pour une intrigue très dense mais Penn opte pour un évitement des redondances, ce qui maintient l'attention...

Dès l'entame du métrage, on comprend aisément que l'on a affaire à une oeuvre intelligente, mais pas ennuyeuse, qui évite le piège de "donner des leçons" et qui refuse le parti pris d'un camp pour l'autre, on suit l'histoire avec délectation et le talent du cinéaste suit derrière, amplifiée par des thèses métaphoriques très appuyées (la religion, la politique, les génocides et leurs conséquences, l'avance inexorable vers la mort...)...

Les personnages cocasses pullulent dans "Little Big Man" mais tout est étudié pour qu'ils demeurent des clins d'oeil (l'indien homosexuel, la mort de Wild Bill Hickok, la bataille de Little Big Horn), la préoccupation première de Penn étant le personnage de Crabb qui sera le levier et le point angulaire de tout son film, à la fois "repère" pour le réalisateur et pour le spectateur...

Restant très tonique et d'un dynamisme omniprésent, "Little Big Man" a le mérite rare de divertir tout en faisant réfléchir, d'aborder des thématiques qui s'articulent avec l'histoire contemporaine et de mettre en lumière les bases d'un humanisme qui fut souvent bafoué...

D'une précision ciselée et d'une beauté dans son propos encore très moderne (le film a 43 ans !), "Little Big Man" est un immense chef d'oeuvre qu'il faut avoir visionné impérativement pour comprendre l'étendue et la puissance de sa portée universelle, car il pourrait s'appliquer sur bien d'autres supports ou exemples, autres que ceux du folklore inhérent au far west...

Note : 10/10







dimanche 11 août 2013

La soif du mal d'Orson Welles, 1957


LA SOIF DU MAL

aka Touch of evil

de Orson Welles

Etats Unis

1957

avec Charlton Heston, Janet Leigh, Orson Welles, Marlène Dietrich, Zsa Zsa Gabor

Polar très noir révolutionnaire

106 minutes

Musique de Henry Mancini

Synopsis :

Une ville juste à la frontière américano mexicaine, dans les années 50...

Hank Quinlan, un inspecteur de police est chargé de retrouver le coupable d'un attentat à la bombe...

Vargas, un diplomate travaillant au consul et sa femme Susan se retrouvent mêlés à l'enquête...

Quinlan est un ancien alcoolique qui a pour habitude d'aller chez Tania, une bohémienne cartomancienne...

De fil en aiguille, Vargas laisse son épouse se réfugier dans un motel perdu appelé le Mirador...

Grandy s'avère être le coupable idéal selon les investigations de Quinlan mais Vargas découvre qu'il s'agit d'un coup monté, Quinlan "fabriquant" des preuves pour l'inculper...

Une course contre la montre est dès lors engagée, alors que Susan est en danger au motel, des voyous du clan Grandy l'ayant droguée et agressée !

Vargas sauvera t-il son épouse ?

Quinlan sera t-il stoppé dans sa course folle ?

La justice et la vérité triompheront elles de la fourberie et de la machination ?

Mon avis :

Dès le début du film avec un plan séquence hors normes, le spectateur mesure le niveau et l'immense talent de Welles qui signe ici un véritable tour de force cinématographique, leçon de cinéma à chaque plan et chef d'oeuvre intemporel ultra maîtrisé, revigorant le film noir américain avec brio et fascination...

Pratiquement sans cesse tourné la nuit et doté d'un dynamisme et d'un mouvement perpétuel calibré au millimètre près, "La soif du mal" dispose d'une grâce, d'un sens de l'intrigue jamais vus auparavant...

Tous les acteurs sont monumentaux et même les petits rôles s'avèrent légendaires (comme Marlène Dietrich à la beauté sublimée ou le veilleur de nuit qui relève de l'autisme), la caméra virevolte en tourbillonnant avec maestria, Welles insufflant une dimension mythique et mystique à son histoire, faisant une articulation avec un scénario imparable et presque chirurgical...

Le titre du film se justifie doublement, à la fois pour le rapport à l'alcool de Quinlan mais aussi pour sa perversité maladive à faire condamner des innocents, comme "assoiffé" par ce mal qui le ronge au plus profond, comme une pathologie névrotique (certains passages font penser à un cauchemar en live, notamment le mort qui surplombe les barreaux du lit ou le visage de la femme aveugle), Welles ne ménage personne et prend un malin plaisir certain à déstabiliser le spectateur afin de mieux (des)servir le propos d'une intrigue à la cadence infernale...

A la mise en scène ciselée à l'extrême et à la mise en images flamboyante et divine, "La soif du mal" est le témoignage d'un renouveau pour le polar des années 50 d'outre Atlantique et il est indispensable de l'avoir visionné pour comprendre et réfléchir sur l'influence qu'il a pu donner sur le septième art, impactant tout un pan des réalisateurs hollywoodiens et sublimé par une modernité encore inégalée à ce jour...

Note : 10/10







dimanche 4 août 2013

Le sang du vampire de Henry Cass, 1958


LE SANG DU VAMPIRE

aka Blood of the vampire

de Henry Cass

Grande Bretagne

1958

avec Donald Wolfit, Barbara Shelley

Epouvante vampirique

84 minutes

édité chez Artus films

Synopsis :

Transylvanie, à la fin du dix neuvième siècle...

Un médecin aux antécédents douteux est tué et inhumé un soir par une poignée d'hommes méfiants...

Karl, le valet du "défunt" l'exhume et l'emmène dans un endroit où un médecin peu scrupuleux va le ramener à la vie en lui inoculant un rythme cardiaque via un coeur humain prélevé sur un autre corps...

Karlstatdt, six années se sont écoulées...

Le docteur Calistratus dirige une prison psychiatrique où il fait trimer ses occupants...

Pierre, un médecin accusé à tort d'un forfait qu'il n'a pas commis, intègre le lieu...

Calistratus le prend comme assistant dans son laboratoire en sous sol...

Que cache Calistratus ?

Quelle est cette mystérieuse raison qui le pousse à prélever le sang de prisonniers tués par ses sbires ou dévorés par ses chiens ?

Pierre parviendra t-il à s'évader et à prouver son innocence ?

Mon avis :

Ce qu'il y a de fascinant et d'extrêmement original dans "le Sang du vampire" c'est que Cass réinvente totalement le genre déjà exploité précédemment, en "mixant" des classiques comme les Frankenstein, les Dracula et même un peu le "Chien des Baskerville", Jimmy Sangster est aux commandes et on sent bien sa patte avant qu'il devienne le réalisateur fétiche de la Hammer...

Par le biais de la transfusion sanguine, il est combiné des idées géniales dans ce métrage !

Les prisonniers vivant l'enfer rappellent les camps de concentration et Calistratus fait un peu penser à Mengele !

Karl, son bras droit, est un personnage qui évoque la frayeur et il est prêt à sortir son surin à la première occasion...

Les acteurs sont vêtus de haillons et on voit les gouttes de sueur dégouliner de leur front : tout ceci intègre un réalisme et, de plus, l'intrigue et l'action ne faillissent jamais, du beau travail !

Beaucoup de plans évoquent l'âge d'or du cinéma fantastique d'outre Manche et les décors rendent très bien, même si on voit bien que le château qui s'élève dans les ténèbres a été peint...

Wolfit a un visage très charismatique et permet de créer un lien avec l'ambiance du film, déjà anxiogène, pour amplifier la peur et l'horreur !

De sa survie dépend le destin de Pierre et de sa dulcinée !

Un final sous tension et apocalyptique restera longtemps dans les mémoires de cinéphiles qui redécouvriront miraculeusement "Le sang du vampire" grâce à la magnifique édition d'Artus Films qui, une nouvelle fois, exhume un des plus grands chefs d'oeuvre du genre !

Exemplaire et passionnant dans sa démarche de revigorer le style du film vampirique, "Le sang du vampire" s'impose sans conteste comme une grande réussite et explore avec magie et dynamisme un aspect méconnu voire moderne d'un genre alors en plein essor, déviation des codes précédents entérinés par Terence Fisher, et redonne grâce et noblesse au cinéma fantastique britannique...

Un must have absolu !

Note : 10/10