dimanche 24 novembre 2019

Fair game de Marco Andreacchio, 1986


FAIR GAME
de Marco Andreacchio
1986
Australie
avec Cassandra Delaney, David Sandford, Garry Who, Don Barker, Carmel Young, Peter Ford
Film d’action, film d’exploitation
86 minutes
Blu ray édité chez Le chat qui fume
Synopsis :
Dans le bush australien, au milieu des années quatre-vingts…
Jessica, une jeune femme, est responsable d’une réserve animale, elle soigne les animaux blessés, notamment des kangourous…
Un jour, elle part faire des achats dans un commerce, un homme, Sunny, la complimente car Jessica peint des aquarelles et les met en vente via le magasin, Sunny lui achète une de ses peintures…
Peu de temps après, Jessica commence à être harcelée par trois hommes, Ringo, Sparko et Frank ; ces derniers l’agressent verbalement par des termes sexistes et peu reluisants…
Lorsque Jessica découvre un cadavre d’un animal à l’intérieur de sa voiture, elle fait vite le lien avec ces malfrats…
Sunny est en fait le chef de la bande, il s’agit de chasseurs, mais cette fois ils décident de s’attaquer à une chasse humaine !
Jessica est attachée et dénudée sur le pare choc avant du pick up des chasseurs qui se livrent à un rodéo sauvage avec la pauvre femme !
C’en est trop, Jessica prend le problème à bras le corps et décide d’annihiler les chasseurs, elle leur tend un piège redoutable…
Jessica rivalise d’inventivité alors qu’elle est traquée en plein dans le bush australien…
Sa vengeance sera ultime et barbare et Sunny et ses comparses vont payer très cher leurs affronts passés !
Mon avis :
Le cinéma australien en 1986 sortait de la période « Mad Max » 2 et 3 ainsi que « Razorback », donc ce sympathique « Fair game » témoigne de l’âge d’or du film d’exploitation en Australie et s’imbrique bien dans la continuité de ses prédécesseurs, surtout au niveau du rythme déployé (il est incessant, c’est un tourbillon qui ne se pose quasiment pas !)…
Certes, le scénario est écrit sur un ticket de métro (en gros, c’est des voyous qui harcèlent une jeune femme, qui finit par se venger), « Fair game » n’est pas un rape and revenge, mais ça aurait pu ; l’actrice principale Cassandra Delaney s’en prend plein les gencives mais au final elle fera payer lourdement à ses agresseurs les coups qu’elle a pris…
« Fair game » est donc un film couillu au niveau de l’intensité, les acteurs ont été recrutés pour également être cascadeurs et on sent bien le côté « Mad Max » avec le camion et le véhicule pick up, tout comme les pirouettes lorsque les poursuites sont menées à vive allure (dans Mad Max, on a des séquences identiques)…
Le réalisateur Marco Andreacchio choisit de privilégier le rythme pour son film, au détriment de la crédibilité (pas mal d’incohérences et des passages répétitifs) mais finalement « Fair game » se suit de façon agréable, le fait qu’il n’y ait aucun temps mort rend la pilule plus facile à avaler…
Cassandra Delaney est très jolie, tout comme les paysages du bush australien, la bande de salopards avec qui elle a affaire ils ont bien les trognes de l’emploi et les répliques ne font pas dans la dentelle ; certains moments du film sont trépidants (le serpent, la baraque défoncée par le pick up, le rodéo avec la pauvre Jessica quasi topless attachée au pare chocs avant…) ; la musique est omniprésente et tonitruante et ne quitte que rarement les plans, la chanson du générique final est, quant à elle, sympa et rassérène bien le spectateur après la furie qu’il vient de visionner pendant une heure vingt…
On peut être exigeant et trouver le film très moyen mais on peut aussi apprécier son côté vintage et borderline en étant tolérant, je me rangerai plutôt dans la deuxième catégorie…
Andreacchio sait manier une caméra et nous le prouve à maintes reprises dans « Fair game », tout est calculé et placé au millimètre près, ce qui est gage de qualité, le directeur de la photographie connaît son taf et ça se voit…
Encore une fois, on doit dire un grand merci à l’éditeur du Chat qui fume, qui a eu la bonne idée de sortir ce film dans un blu ray somptueux, cette exhumation inespérée est ainsi l’occasion pour les cinéphiles de découvrir ce film assez méconnu et qui mérite une attention…
Si vous appréciez les paysages du bush australien, les filles au corps superbe, les voyous salopards, les poursuites vrombissantes et les cascades dangereuses, « Fair game » est calibré pour vous !
« Fair game », c’est bien la patte du cinéma australien, autant bourrin qu’atypique mais mis en scène avec la plus grande rigueur qui soit…
A découvrir…
Note : 7/10











La sorcière sanglante d'Antonio Margheriti, 1964


LA SORCIERE SANGLANTE
d’Antonio Magheriti
1964
Italie
Avec Barbara Steele, George Ardisson, Nello Pazzafini, Halina Zalewska, Umberto Raho
aka Lunghi Capelli della morte
Film fantastique gothique
DVD collector édité chez Artus films
100 minutes
Bonus avec Alain Petit
Synopsis :
Italie, au quinzième siècle…
Un village est rongé par la peste, une femme considérée comme hérétique doit être condamnée au bûcher, il s’agit d’Adèle Karnstein ; elle a deux filles qui sont jeunes…
Le Comte Humboldt, un notable du village, est un homme tyrannique et sans foi ni loi ; Helen Karnstein, la fille d’Adèle Karnstein, veut empêcher la mort de sa mère ; le Comte en profite pour abuser d’elle, prétextant que si elle cède à ses avances, sa mère évitera le bûcher…
Il n’en est rien et Adèle meurt brûlée vive !
Sa fille menace de dire toute la vérité sur les agissements du Comte Humboldt, mais ce dernier, immonde salopard, la tue peu de temps après en la poussant dans une rivière !
Helen se réincarne une quinzaine d’années après pour accomplir sa vengeance, elle devient Mary, en fait le spectre vivant d’Helen…
Kurt Humboldt, le neveu du Comte, est un homme porté sur la boisson et qui ne vaut guère mieux que son oncle ; il avoue au Comte que c’est lui qui a tué son oncle, frère du Comte, et qu’il a fait passer Adèle Karnstein pour meurtrière, permettant ainsi de dédouaner sa culpabilité…
Une vengeance phénoménale va avoir lieu, Helen, devenue Mary, fait exprès de céder aux avances de Kurt et va même à se donner à lui dans un jeu érotique…
Ce stratagème va servir à Mary pour anéantir Kurt et ainsi venger sa mère…
Dans le château où se trouvent les protagonistes, Kurt découvre un passage secret situé derrière une cheminée ; il descend un escalier qui mène tout droit vers une crypte…
Il va y découvrir une sépulture ; c’est alors qu’un garde enferme Kurt dans la crypte !
La vengeance de Mary/Helen peut alors s’accomplir…
Mon avis :
Avec « La sorcière sanglante », Antonio Margheriti rivalise totalement avec Mario Bava et marche sur un  terrain connu et instauré par le Maestro, déclinant tous les codes du gothique Italien à la perfection, on a la totale : cryptes, châteaux, sorcellerie, malédiction, érotisme font bon ménage avec une Barbara Steele époustouflante de beauté, sa longue chevelure brune, ses yeux et son regard ténébreux, les parties de son corps lorsqu’elle est en nuisette, c’est une érotisation du genre qui est poussée à son comble !
Les décors sont sublimes, tout comme cette musique qui colle à fond à l’atmosphère de ce film très tonique et envoutant, on peut dire sans se tromper qu’on a là un des meilleurs ersatz du genre…
On est en plein dans l’époque de l’explosion de Barbara Steele, elle tournait trois à quatre films par an, et c’est avec « Le masque du démon » que les codifications des personnages qu’elle incarne ont pris leur essor ; avec « La sorcière sanglante », Steele irradie complètement sa composition et elle entérine son côté iconique pour devenir LA déesse du gothique italien, je ne vois aucune autre actrice pouvant rivaliser avec elle, elle est dotée d’une aura et d’un charisme qui rendirent fous les cinéphiles et c’est justifié et mérité !
L’introduction met directement dans l’ambiance et on se prend d’empathie pour la fille Karnstein qui veut sauver sa mère, sorcière condamnée au bûcher !
Margheriti signe un de ses meilleurs ouvrages avec un montage vif et des trouvailles techniques très inventives, il dirige ses acteurs de façon juste et le rendu est convaincant, amplifié par les protagonistes au jeu crédible ; jusqu’au final avec la fameuse révélation sur Mary, spectre féminin revenu d’entre les morts pour accomplir et assouvir sa vengeance face à un homme vil et cupide…
Barbara Steele est à 90 % dans la réussite du film avec une trame scénaristique assez basique mais elle parvient aisément à transcender le style gothique grâce à son charme et sa présence…
Le cinéphile ne peut que se régaler devant « La sorcière sanglante », témoignage d’un cinéma d’antan, révolu de nos jours mais bien ancré dans son époque…
« La sorcière sanglante » est un des tous premiers DVD sortis chez Artus films et le packaging en digipack est somptueux, tout comme les bonus avec Alain Petit, cador du genre qui connaît tout et dont on boit les paroles….
Cette édition DVD est toujours disponible et il va sans dire que tous les fanatiques de fantastique gothique italien se doivent impérativement de la posséder…
Film sublime en tous points, « La sorcière sanglante », outre la prestation/performance de Barbara Steele est un classique du gothique italien et l’occasion pour chacun (même ceux qui ne connaissent pas le genre) de redécouvrir ou appréhender ce style qui perdurera jusqu’au début des années soixante-dix pour disparaître peu à peu après…
On est dans le summum du gothique avec ce film !
Note : 9/10











dimanche 17 novembre 2019

Maniac de William Lustig, 1980


MANIAC
de William Lustig
1980
Etats-Unis
avec Joe Spinell, Caroline Munro, Tom Savini
88 minutes
Film d’horreur gore
Musique de Jay Chattaway
Effets spéciaux de Tom Savini
Blu ray édité chez Le chat qui fume
Synopsis :
New York, au début des années quatre vingts…
Frank Zito est un tueur en séries, il assassine principalement des jeunes femmes au détour de rencontres fortuites ou non ; il laisse libre cours à ses pulsions criminelles et tue ses victimes froidement, sans le moindre remord…
Un couple sur une plage, une prostituée dans une chambre d’hôtel lors d’une passe, une infirmière sauvagement transpercée par l’épée de Zito dans les toilettes du métro ; Frank ne fait aucun quartier, sa pathologie criminelle lui vient de son enfance, sa mère, Carmen, lui infligea des sévices ou l’enferma dans un placard ; depuis cette période, Frank a un problème avec les femmes et n’arrive pas à contenir ses pulsions lors de ses envies de tuer…
La police est à sa recherche car les meurtres s’accumulent et la population est terrorisée !
Dans un parc, Anna d’Antoni, une photographe, prend Frank en photo, celui-ci a le temps de noter l’adresse de la jeune femme écrite sur sa sacoche…
Zito se rend chez Anna, qui ne se doute pas qu’elle a affaire avec un tueur psychopathe, elle lui accorde sa confiance sans rechigner ;  Frank l’invite dans un restaurant italien…
Anna prend des clichés de femmes mannequins, Zito est présent lors du shooting et dérobe discrètement un collier d’une des modèles…
Puis il se rend au domicile de la jeune mannequin pour lui rendre son collier, le temps que la porte est entrouverte, Zito débloque le loquet de la porte !
Il tue la jeune femme en lui enfonçant un poignard dans le ventre…
Frank revoit Anna et lui propose d’aller sur la tombe de Carmen, sa mère, Anna accepte…
Mais Frank est pris d’une crise d’hystérie et agresse Anna, qui a juste le temps de s’enfuir, blessant Frank au bras avec un coup de pelle…
Epuisé, Frank regagne son domicile et est pris d’hallucinations, il voit se mouvoir les mannequins sur lesquels il avait posé le scalp de ses précédentes victimes !
Mon avis :
Véritable film légendaire du cinéma d’horreur américain, « Maniac » est un choc absolu dont il est très difficile de se remettre après visionnage !
Si vous êtes novice en la matière, ne commencez surtout pas votre éducation cinéphile par ce film car il s’agit d’un des pires jamais tournés en matière de gore et d’horreur/terreur, il vous faudra énormément d’aplomb et un cœur solidement accroché avec « Maniac » parce qu’aucun autre film d’horreur n’est allé aussi loin dans le perturbant et le malsain, je vois difficilement quel autre film d’horreur pourrait le supplanter au niveau de l’extrême !
Lustig, ancien réalisateur de films pornographiques, a mis le paquet et signe ici le meilleur film de toute sa carrière, il prend le parti-pris suivant : rien n’est suggéré, tout est montré !
« Maniac » est donc un film qui appuie là où ça fait mal et ça fait très mal, effectivement ; lors des scènes de meurtres hyper réalistes (Savini aux manettes, il s’est surpassé !), on a les muscles horripilateurs des jambes qui nous lancent, les trucages sont hyper efficaces et Savini n’a pas lésiné sur l’hémoglobine, ça ne rigole pas du tout !
Joe Spinell est fabuleux dans son rôle de Frank Zito, il est incroyable de maitrise et signe ici sa meilleure composition, de toute sa carrière, Frank Zito est son rôle il n’y a pas photo !
Son regard habité par la démence, ses yeux exorbités lorsqu’il étrangle la pauvre prostituée, sont absolument terrifiants ! « Maniac » est un film à proscrire au jeune public et au public féminin, il n’y a pas la moindre once d’humour mais des plans séquences à la limite de l’irrespirable (le passage des toilettes dans le métro, non mais quelle mise en scène !!!! quelle tension !!!! du jamais vu jusqu’alors !!!! évitez de la voir si vous êtes cardiaque !)…
Le personnage d’Anna campé par Caroline Munro nous laisse souffler un peu jusqu’à la scène (atroce !) du cimetière ; quant au final, c’est l’apocalypse splatter gore, ça éclabousse ! Lustig a vraiment tapé fort !
La musique de Jay Chattaway est splendide et accentue le côté de folie du film, tout comme les nombreux ralentis qu’il y a, par exemple, les marches de l’escalier quand Frank arrive dans le métro, la réalisation est habile et talentueuse pour nous mettre le trouillomètre à dix mille…
Ne vous attendez pas à la moindre concession ni au moindre écart de bienséance, « Maniac » est un film cradingue, très malsain et purement habité par la démence !
L’éditeur « Le Chat qui fume » a signé ici l’édition ultime pour ce film, avec un blu ray à tomber par terre où l’image rend honneur à « Maniac » de très belle manière, le boulot d’orfèvre sur la restauration fait qu’on savoure une énième fois le film même si on connaît tout par cœur, quant au DVD des bonus, « Le chat qui fume » a mis le paquet avec la totalité des trailers existants au monde et plein de documentaires issus de la télévision américaine de l’époque de la sortie de « Maniac » et des reportages sur Spinell, qui était adoré par ses camarades de tournages et qui possédait une grande générosité (il offrait des pizzas à des SDF et était ancien chauffeur de taxi)….
Il n’y a pas mieux que ce blu ray pour rendre hommage à la mémoire de Joe Spinell, parti trop tôt et vraiment un acteur hors normes, capable de se mouler et de se fondre dans n’importe quel rôle, c’était inné chez lui et les bonus, via de nombreux témoignages, expliquent très bien cela, cette capacité à rendre crédible ses personnages, Spinell était un très grand acteur !
Limité à 1000 exemplaires, il vous faut donc vous ruer sur cette édition, graal pour tout cinéphile et aussi l’occasion de revoir le film le plus traumatisant jamais réalisé dans cette période folle et bénie des années quatre-vingts…
40 ans après, « Maniac » n’a pas pris une seule ride et demeure encore un des films les plus monstrueux du genre, son impact est intact !
Note : 10/10











Le traitre de Marco Bellocchio, 2019


LE TRAITRE
de Marco Bellocchio
2019
Italie
avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Luigi Lo Cascio, Fabrizio Ferracane, Pier Giorgio Bellocchio
Chronique criminelle
145 minutes
aka Il Traditore
Produit par Arte
Synopsis :
Italie, Sicile, Brésil, Etats-Unis, entre le début des années soixante-dix et le début des années deux mille…
Le film retrace le parcours de Tommaso Buscetta, le parrain de la mafia sicilienne…
Son fils est toxicomane et fait une crise lors d’une fête organisée dans la luxueuse propriété de Buscetta ; de nombreux autres mafiosi veulent la peau de Tommaso et sont jaloux de son emprise sur le cartel de la drogue ; ainsi de nombreuses fusillades ont lieu et les proches de Buscetta dont sa femme, Maria Cristina de Almeida, sont en danger permanent ; les tueurs ne font aucune distinction et tuent femmes comme enfants…
Sentant que le danger devient trop grave et imminent pour sa vie, Buscetta s’exile au Brésil sous une fausse identité…
Mais il est rattrapé par son passé et se fait arrêter par les autorités locales !
Le célèbre juge Giovanni Falcone veut faire parler à tout prix Buscetta et invente de multiples stratagèmes pour le contraindre ; il menace de jeter son épouse d’un hélicoptère ; finalement, Buscetta, extradé vers l’Italie, balance tout au juge Falcone ; les noms de tous les membres de la pègre, les endroits où ils se trouvent, les trafics qu’ils coordonnent…
C’est alors qu’un gigantesque procès a lieu en présence de tous les membres de la Cosa Nostra…
De lourdes peines sont alors prononcées, y compris pour Tommaso !
Un terrible attentat contre Giovanni Falcone a lieu, il y perdra la vie…
Buscetta exilé aux Etats-Unis avec sa femme se sent traqué et à l’abri nulle part…
Lors d’une sortie au restaurant il décide de quitter l’endroit dans la seconde, il pense être menacé !
Un de ses rivaux et ennemis qui se protégeait en permanence avec un bébé lors des fusillades sera finalement abattu par Buscetta, il aura attendu une vingtaine d’années pour accomplir et assouvir sa vengeance !
Mon avis :
Présenté au festival de Cannes 2019 et n’ayant obtenu qu’un accueil des critiques et du public très favorable sans glaner de prix (il en gagnera tout de même à d’autres festivals), « Le traitre » est un film fleuve, un peu une version italienne et latine des « Affranchis » de Scorsese avec des similitudes dans l’histoire (la « balance » qui fait tomber tout le réseau des mafieux par ses témoignages)…
La mise en scène de Bellocchio est nette et sans fioritures, il n’hésite pas à nous gratifier de passages très violents mais le réalisme de ces derniers sert à rendre crédible son histoire, les comédiens sont fabuleux, Favino en Buscetta témoigne d’un  jeu d’acteur imparable ; mi film d’auteur mi biopic d’un parrain, « Le traitre », c’est du grand cinéma, sans pétarades et qui ne prend pas le spectateur cinéphile pour un imbécile (contrairement à ses homologues américains qui privilégient trop l’action au détriment de l’aspect dramatique), ici c’est co-produit par Arte, on n’est pas dans un film avec Dwayne Johnson ou Stallone, il y a  une réelle recherche cinématographique, un peu comme faisait Coppola avec sa trilogie des « Parrains » ; et pourtant, on ne s’ennuie pas, les deux heures vingt- cinq du « Traitre » passent avec le plus grand plaisir, la mise en scène flamboyante éblouit dès le début du film avec la cérémonie et le côté dramatique démarre en même temps (le fils toxicomane pris d’une crise de démence), Buscetta c’est le « parrain », le « boss » et il y a l’aspect sacré de la famille qui est mis en exergue par Marco Bellocchio, lorsqu’on touche à un membre de la famille Buscetta, c’est net, la réplique ne se fait pas attendre…
Une scène incroyable, celle des hélicoptères, c’est à se demander si elle n’a pas été réalisée sans trucages tant elle est réaliste !
L’exil au Brésil et finalement les aveux au juge Giovanni Falcone, l’enchainement scénaristique coule de source et il ne pouvait sans doute en être autrement vue la tournure que prenait les événements…
Et puis on arrive au nerf central du film (quasiment un tiers de la totalité) où « Le traitre » se mute en film de procès ; rien n’est épargné au spectateur, beaucoup de logorrhées (le film est en italien, pas de VF) mais des séquences démentielles (une crise d’épilepsie, des gangsters qui pètent les plombs) et toujours un Pierfranceso Favino impérial dans son rôle et que rien ni personne ne semble ébranler !
L’attentat contre Falcone est filmé d’une façon extraordinaire avec caméra à l’intérieur de la voiture, je vous laisse savourer ce moment de folie…
Un esthétisme appuyé et une rigueur totale dans la mise en scène font du « Traitre » un film à voir et à encourager absolument, ceux qui l’ont raté en salles pourront se rabattre sur le blu ray lorsqu’il sortira…
Cela prouve une chose, le cinéma italien récent n’est pas mort et ne se résume pas qu’à Nanni Moretti, il reste encore quelques vieux briscards qui répondent présent pour sortir des films de qualité et « Le traitre », outre qu’il soit excellent, ravive la flamme du vrai cinéma transalpin avec une grâce et un aplomb qui font bien plaisir à voir !
Les cinéphiles et les connaisseurs devraient adorer « Le traitre », film gigantesque et œuvre phare pour le cinéma italien, Marco Bellocchio fait honneur à ses compatriotes et on sort groggy après le visionnage, une claque de deux heures et demie et un film qui restera dans les mémoires et qui se bonifiera avec le temps…
Masterpiece !
Note : 10/10











dimanche 27 octobre 2019

La grande évasion de John Sturges, 1963


LA GRANDE EVASION
de John Sturges
1963
Etats-Unis
avec Steve Mac Queen, Richard Attenborough, James Coburn, Charles Bronson, Donald Pleasence, James Garner,
Film de guerre/aventures
165 minutes
Musique d’Elmer Bernstein
aka The great escape
budget : 4 000 000 dollars
Synopsis :
Pendant la seconde guerre mondiale, dans le stalag Luft North, un camp d’incarcération, des officiers alliés sont emprisonnés car ils sont considérés comme de potentiels « rois de l’évasion »…
Leurs conditions de détention ne sont pas très spartiates mais ils sont très surveillés par les soldats du troisième Reich et considérés comme redoutables…
Leur quotidien est de faire des travaux de jardinage mais ces hommes n’ont qu’une idée en tête : se faire la belle !
Il y a Virgil Hilts, Bob Hendley, Roger Bartiett, Colin Blythe et Danny, le roi des creuseurs de tunnels ; très vite ces hommes élaborent un plan d’action…
Faire partir d’une chambrée un gigantesque trou au sol qui doit communiquer avec la sortie du stalag, à une dizaine de mètres après les miradors…
Ils rivalisent d’ingéniosité et font attention à tout, afin de ne pas se faire repérer…
Colin va compliquer la tâche de ses amis en devenant quasi aveugle, quant à Virgil Hilts, il est conduit au « frigo », sorte de mitard, après avoir tenté de s’enfuir en coupant des barbelés avec une pince…
Finalement, ce qui pensait être improbable prend forme et le fameux tunnel est bel et bien construit !
Le grand soir arrive et chacun des prisonniers passe sous la terre pour rejoindre la forêt située en dehors ; hélas, un prisonnier se fait repérer et les soldats allemands se  rendent vite compte que l’évasion est en cours !
Quelques hommes parviennent à fuir sans être tués comme Virgil, ils prennent la direction de la Suisse voisine…
Mais l’armée allemande surveille tout ça de près et déploie ses troupes pour retrouver les fuyards ; une course contre la montre a alors lieu !
Rattrapé, Blythe sera tué, tout comme cinquante autres anciens prisonniers du stalag à qui les nazis ont fait croire qu’ils les ramenaient au camp, mais qui, en fait seront abattus à la mitrailleuse…
Il n’y a pas de « happy end » et les fuyards rescapés seront tous ramenés au stalag, le film rend hommage aux cinquante autres qui furent tués !
Mon avis :
Tourné de juin à octobre 1962, immense succès au box –office dans de nombreux pays, « La grande évasion » est un des meilleurs films de guerre qu’il nous ait été donné de voir ; c’est une immense aventure humaine qui traite de l’incarcération dans un camp mais également une formidable leçon sur la solidarité entre prisonniers…
On se régale pendant quasiment trois heures et à aucun moment on est pris par l’ennui ;  les personnages sont touchants et attachants et tous sont dotés d’un fabuleux charisme, John Sturges a dirigé ses comédiens de main de maitre et la qualité de l’interprétation rend crédible le film, tout comme le plan de l’évasion avec le tunnel creusé sous le sol, agrémenté d’idées géniales (le poêlon qui ne soit pas être déplacé pour éviter les soupçons des soldats allemands, la terre planquée dans les pantalons qui se déverse dehors grâce à un ingénieux système…) ; on suit le film comme des mômes, émerveillés et on n’a qu’une envie en tête : que l’évasion fonctionne !
Sturges opte pour le réalisme et le suspense est à son comble vers la fin du film mais malheureusement, les prisonniers ne s’en sortiront pas tous et une bonne partie d’entre eux sera tuée…
Film légendaire et classique du cinéma américain, « La grande évasion » est un film non-violent (Sturges choisit de ne pas nous montrer les fuyards mitraillés) et le personnage joué par Donald Pleasence est bouleversant…
La séquence de la moto avec Steve Mac Queen est le point d’orgue du film et les faiblesses dont témoigne Charles Bronson lors du creusement du tunnel rendent encore plus accentué le côté humain du film ; et non, ces prisonniers ne sont pas tous infaillibles, il peut arriver à certains de craquer !
Quoiqu’il en soit, « La grande évasion » est une réussite absolue du film de guerre et le plaisir est toujours identique même un demi- siècle plus tard !  
Une œuvre immortelle, intemporelle et qui ne vieillit pas avec le temps ; le blu ray est parfait et rend honneur à ce classique qu’il est indispensable pour tout cinéphile d’avoir vu…
On se cale sur son canapé, avec boissons à disposition, on enclenche le blu ray dans son lecteur et c’est parti pour trois heures de pur bonheur !
Note : 10/10











Final girl de Tyler Shields, 2015


FINAL GIRL
de Tyler Shields
2015
Etats-Unis
avec Abigail Breslin, Alexander Ludwig, Wes Bentley, Logan Huffman, Cameron Bright, Francesca Eastwood
84 minutes
Slasher
Synopsis :
Etats-Unis, au milieu des années deux mille…
Veronica, une fillette qu’on suppose orpheline après le meurtre de ses parents, est « formée » par une sorte de gourou qui lui donne les techniques de combat ; la fillette ne suit pas de cours à l’école et doit appliquer les tests que lui prodigue son « entraineur »…
Douze années passent et Veronica est devenue une jeune femme ; le mentor, quant à lui, lui confie sa dernière mission : approcher quatre lycéens considérés comme des tueurs en série et après les éliminer un par un…
Pour les approcher, Veronica, très maline, sympathise avec la petite amie d’un d’eux, appelée Gwen…
Veronica gagne la confiance de Gwen en se rendant dans un café où elle lui offre un milk shake et discute avec elle…
Le lendemain, Veronica s’habille en tenue sexy et se rend toujours dans la fameux café ; elle fait alors la connaissance des quatre lycéens Jameson, William, Shane et Danny, qui s’avèrent d’une vulgarité à toute épreuve…
Les quatre tueurs tombent dans le panneau de Veronica et lui proposent une virée nocturne, celle-ci accepte…
Arrivés en pleine nuit dans un bois, les quatre gaillards s’installent sur des fauteuils et font un jeu action/vérité avec Veronica, elle s’y prête volontiers…
Mais cela serait trop beau Jameson et sa bande expliquent à Veronica qu’elle doit participer à une « chasse » qui sera sans pitié !
Les jeunes hommes lui laissent cinq minutes d’avance pour sortir du bois et commencent à la traquer, armés de battes de base-ball et de couteaux…
Veronica, aguerrie aux techniques de combats, va leur mener la vie dure et ne va pas se laisser faire…
La chasse tourne à l’hécatombe !
Mon avis :
L’idée de départ de « Final girl » était pas si mal, mais au bout de quelques minutes, on comprend bien que ça ne va pas du tout, que l’histoire ne colle pas…
Comment une fillette d’une dizaine d’années peut rester douze années, jusqu’à l’âge adulte, enfermée par une sorte de « professeur » qui lui enseigne les techniques de combats, sans éducation scolaire, sans avoir affaire à la police et ceci, dans le but de zigouiller quatre gros imbéciles censés être des tueurs en série ?
Quadruple interrogation et un scénario totalement absent de la moindre logique, mis en scène avec des moyens hyper « cheap » et tape à l’œil, tout tombe à plat dans « Final girl » !
Sans compter des dialogues trop présents et peu d’action réelle, Tyler Shields s’est planté et il faudrait être aveugle pour ne pas s’en rendre compte ; Abigail Breslin est très belle mais cela ne suffit pas pour faire un film et le rendre crédible ; quant aux lycéens ils ont autant le look et l’attrait de tueurs en série que Gérard Jugnot en Patrick Bateman, les comédiens sont insupportables et le seul bienfait que procure le film c’est qu’on les voit se faire massacrer par Veronica/ Abigail Breslin…
On se croirait dans un téléfilm de M6, ça vole vraiment au ras des pâquerettes et on sent bien que le réalisateur a voulu faire un film à la Tarantino genre « Kill Bill » ou « Death proof » mais il n’a ni le don, ni la mise en scène de ce dernier et avec de telles faiblesses dans l’histoire « Final girl » ne convainc pas du tout le cinéphile spectateur ; le film contentera à peine le public d’adolescents ou ceux qui sont peu exigeants, et c’est bien dommage !
« Final girl » est raté de bout en bout, trop simpliste et bourré de zones d’ombres et d’inexplications plausibles, durant le visionnage on est mis devant le fait accompli en permanence et on nous fait avaler des couleuvres !
Seul bon point, la photo du film avec des plans de luminosité dans la forêt de toute beauté et de beaux paysages (la rivière au début) sinon tout est à plat, et de plus la sadisme soi-disant invoqué n’effraiera même pas un gamin de dix ans, alors les fans de slashers pourront repasser, « Final girl » est une arnaque complète !
Les érotomanes fans de belles femmes seront également déçus puisqu’aucune scène de nudité n’est à déplorer dans le film ; « Final girl » est beaucoup trop sage, trop aseptisé, et une fois le visionnage achevé, on ne se souvient quasiment de rien, un film qui ne laisse aucun souvenir impérissable, fade, creux et foiré complètement !
A fuir !
Ceux qui veulent vraiment mater des slashers sur le même thème, je vous conseille « I spit on your grave » ou même « Eden lake » qui sont mille fois mieux et plus construits scénaristiquement…
Note : 3/10











dimanche 20 octobre 2019

La nuit de la mort de Raphaël Delpard, 1980


LA NUIT DE LA MORT
de Raphael Delpard
1980
France
avec Charlotte de Turkheim, Isabelle Goguey, Jean-Paul Lillenfeld, Jeannette Batti, Betty Beckers
Horreur/fantastique
91 minutes
Blu ray édité chez Le chat qui fume
Synopsis :
France, ville de Senlis, au début des années quatre-vingts…
Martine quitte son petit ami Serge, elle lui laisse une lettre lui disant qu’elle a besoin de faire un break dans leur relation…
Martine se rend dans une maison de retraite pour y travailler, sa candidature avait été retenue mais la jeune femme arrive avec un jour d’avance ; Flavien, un homme costaud et boiteux l’accueille et Martine rencontre Madame Hélène, la directrice de la maison de retraite ; finalement elle accepte que Martine commence son travail et lui donne même une chambre pour dormir ; Martine semble satisfaite après plusieurs mois de chômage et de galère, elle va déployer toute son énergie pour s’occuper des personnes âgées de la maison de retraite…
Elle y rencontre Nicole, une autre aide- soignante qui lui fait découvrir l’établissement ; les pensionnaires ne sont pas très commodes et multiplient les caprices ; tant bien que mal, Martine parvient à faire son travail de façon correcte…
Un jour, Nicole disparaît ; Martine questionne Flavien et la directrice Madame Hélène mais personne n’est capable de lui dire ce qu’il est advenu de Nicole, y compris les vieillards de la maison de retraite !
Des événements troublants ont alors lieu, Flavien devient de plus en plus insistant vis-à-vis de Martine ; elle découvre une coupure de presse en faisant du ménage dans le bureau de Madame Hélène, elle fut Miss au dix- neuvième siècle ; Martine fait ses calculs, cela voudrait dire que Madame Hélène a en réalité 114 ans !
De plus, un soir, par curiosité, Martine s’introduit dans la chambre de Flavien en passant par la fenêtre, elle se cache derrière des rideaux et découvre l’homme en crise de démence !
Une révélation terrible va alors avoir lieu et Martine va comprendre où se trouvait Nicole !
La cuisine cache en fait un passage secret qui mène vers une chambre froide où elle comprendra tout ce qui se tramait auparavant : la maison de retraite est remplie de vieillards cannibales !
Mon avis :
Considéré à juste titre comme le premier film « gore » français (si on excepte certains films de Jean Rollin), cette « Nuit de la mort » est totalement éloignée des films de Rollin et Raphael Delpard a fait témoignage d’une grande rigueur pour le réaliser, déjà il est scénariste de profession donc il a fait particulièrement attention à son histoire et on peut dire que le film laisse des traces après son visionnage ; le rythme est soutenu, la photographie très soignée et les quelques effets horrifiques fonctionnent impeccablement…
Les trouvailles scénaristiques sont bien amenées et coordonnées et le jeu des acteurs est épatant (surtout Isabelle Goguey, à fond dans son rôle), il y a beaucoup de fulgurances, ce qui est rare pour un film d’horreur français, Delpard a mis ses couilles sur la table, a pris d’énormes risques (personne n’était prêt à l’époque à miser un kopeck sur une histoire pareille) et finalement il s’en est sorti comme un chef !
Sincère, doué, humain et surtout sensible (il explique dans les bonus qu’il n’a pu retenir ses larmes après le dézingage de son film suivant « Clash »), Raphael Delpard est vraiment un homme providentiel pour le cinéma horrifique français, d’ailleurs, « La nuit de la mort » ratissa large à sa sortie avec tout de même 100 000 entrées dans les salles –ce qui n’est pas rien- mais surtout un immense succès lorsqu’il est sorti en cassette vidéo et même en DVD lors de sa réédition…
Ce film de demeures (on est quasiment dans un huis clos) imprègne une atmosphère capiteuse et crasseuse avec les chambres au papier peint pisseux des locataires, les trognes des vieillards sont méga glauques et les passages de cannibalisme sont vraiment cradingues, les acteurs ne font pas semblant…
Charlotte de Turkheim (qui a depuis dit qu’elle détestait le film) n’a pas hésité à apparaitre entièrement nue pour la scène de la cérémonie cannibalique, ce qui est tout à son honneur…
Pensant qu’il n’avait pas suffisamment mis la sauce, le père Delpard dévie même son intrigue dans les dix dernières minutes avec un serial killer complètement ravagé, du coup on se prend le final comme un gros pain dans la figure et on ne s’y attendait pas du tout ! c’est bien joué !
Franchement ce serait vraiment vache et de très mauvaise foi de casser « La nuit de la mort », c’est un des seuls films gore frenchy de l’époque (début des eighties !) qui assure bien et surtout avec une histoire haletante et qui tient la route ; avec le temps le film s’est carrément bonifié et le dynamisme dont a fait preuve Delpard et son équipe est indéniable, ils y ont cru et ça a payé !
Le microcosme des critiques n’a pas été tendre avec Raphael Delpard mais on s’en fiche, on a maintenant l’occasion de rendre honneur à « La nuit de la mort » via le magnifique blu ray édité chez le Chat qui fume donc il faut vraiment se le procurer…
Un régal pour tout cinéphile et une date dans l’histoire du film de genre hexagonal !
Note : 7.5/10