dimanche 5 avril 2015

Le jour se lève de Marcel Carné, 1939

LE JOUR SE LEVE
de Marcel Carné
1939
France
avec Jean Gabin, Arletty, Bernard Blier, Jules Berry, Jacqueline Laurent
Etude de moeurs/Drame
91 minutes
titre anglosaxon : Daybreak
dialogues de Jacques Prévert
décors d'Alexandre Trauner
édité en blu ray chez Studio Canal
Restauration effectuée par les studios Eclair
Synopsis :
Boulogne Billancourt, 1939...
François, un ouvrier, abat Valentin, un dresseur de chiens, la police n'arrive pas à le neutraliser...
Barricadé dans son modeste appartement, François, avant l'assaut, se remémore les raisons qui l'ont conduit à cet acte délictueux...
Françoise, la fille de Valentin, fleuriste, est tombé éperdument amoureuse de lui mais son père ne le voyait pas d'un bon oeil...
Clara, saltimbanque, assistante de Valentin, noue elle aussi une relation amoureuse avec François...
Sous les yeux de la foule, rassemblée dans la rue, François éructe de sa fenêtre...
L'amour impossible se conjuguant avec la mort et la malveillance, François se retrouve bientôt pris au piège, des artificiers passant par les toits pour lui envoyer des gaz lacrymogènes...
Assistant impuissante à ce spectacle navrant, Françoise s'évanouit...
Mon avis :
Faisant preuve d'une grande modernité dans ses cadrages et dans la construction de ses plans, "Le jour se lève" est un chef d'oeuvre absolu du cinéma français, tourné pendant et sous le contrôle du régime de Vichy (qui censura plusieurs scènes), il remporte l'adhésion du spectateur par le biais du jeu gracile des acteurs et la beauté à la fois crépusculaire et illuminante des deux comédiennes principales, Arletty et Jacqueline Laurent, symbolisant la lumière vénéneuse et salvatrice en même temps pour un Gabin/François qui ne demande qu'à les rendre heureuses, tiraillé par un Jules Berry odieux et irascible, malveillant et autoritariste...
Carné fait preuve d'une rigueur de traitement sidérante avec des séquences anthologiques magnifiées par les dialogues de Prévert (le passage du regard de Gabin qui illumine sa rencontre avec Françoise, le fait qu'ils soient tous deux orphelins, les animaux touchants lors du spectacle, la solidarité inoxydable des collègues de François), plusieurs thématiques humaines sont développées dans un métrage riche, empli de rebondissements et doté de qualités graphiques inouïes pour l'époque...
Les décors majestueux sont utilisés à très bon escient pour renforcer la sensation d'enfermement/étouffement qui coince Gabin, en panne de feu, et devant fumer cigarette sur cigarette, allumant sa zibiche avec le mégot de la précédente...
ON RESSENT le film, on le VIT littéralement avec ses méandres, son dédale de situations qui aboutit à un dénouement funeste et bouleversant, Carné a su tout capter magnifiquement en bénéficiant de la collaboration de Prévert, pointure de la poésie à la fois emprunte de réalisme et de tragique, mélangeant les surexpositions du visage de Gabin sur un environnement en même temps glacial et chaleureux...
C'est tout ce qui fait la charme du "Jour se lève", la pénétration graphique d'endroits à priori anodins qui vont s'imprégner et faire emboîter une histoire de folle passion, transcendée par cette quête d'amour absolu menant à la mort...
Ce monument du film français a pu obtenir un travail de restauration fabuleux de la part des laboratoires Eclair et tout devient surprenant à la rétine du spectateur tant le rendu est fascinant...
Fluide et envoûtant, "Le jour se lève" est un classique qui fait figure de révolution pour son époque et qui n'a rien perdu de sa verve, son charme opérant inexorablement, encore aujourd'hui...
Dédicacé à Pierre Jean Gabriel Bertrand, Frédéric Nury, Pierre Delafoy, Abel et Lucienne Bourdais, Louis et Marie Claude

Note : 10/10





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