vendredi 19 août 2016

Francesca de Luciano Onetti, 2015

FRANCESCA
de Luciano Onetti
2015
Argentine
avec Raul Gederlini, Silvina Grippaldi, Gustavo Dalessandro, Luis Emilio Rodriguez, Martina Nigrelli, Antonietta Bodarea, Juan Batista Massolo, Fernanda Cerrudo, Florencia Olle, Aldana Orchuela
Giallo moderne
75 minutes
Edité en DVD chez The Ecstasy of films
Synopsis :
Rome, Italie, dans le courant des années soixante-dix…
Une fillette pris d’un coup de folie transperce l’œil d’un nourrisson, son frère ; la mère devient folle et son père étrangle la fillette puis l’enterre, dans la confusion la plus totale…
Quelques temps après, la ville est en proie à de très violents homicides, une mystérieuse femme vêtue d’une cape rouge et de gants en cuir tue à l’arme blanche ses victimes avant d’apposer sur leurs yeux des pièces de monnaie de collection…
Moretti et Succo, les deux détectives chargés de résoudre cette énigme, étudient de manière très précise les modus operandi du tueur et récoltent des tas d’indices durant leurs investigations, ce qui n’empêche nullement le meurtrier de continuer ses crimes…
Pensant avoir percé le secret de ces meurtres, un des détectives est tué à son tour !
L’histoire du meurtre de Francesca, la fillette que l’on voit au début, est étroitement liée avec cette hécatombe et le dénouement sera atroce !
Mon avis :
Après des films récents comme « Amer » ou « L’étrange couleur des larmes de ton corps », le genre giallo très prisé des cinéphiles semblait avoir le vent en poupe, et voilà donc ce « Francesca », réalisation argentine qui rend un hommage appuyé à ses prédécesseurs et que dire… soyons nets, « Francesca » est une franche réussite, combinant les thématiques du giallo avec une technique fascinante et un sens du récit à faire pâlir les cadors du genre…
En plus d’être un giallo extrême (le postulat est atroce et le film recèle de scènes déviantes), « Francesca » renvoie à terre tous les préjugés sur le genre du giallo pour modeler un style, une déclinaison jamais vue au septième art et permet ainsi de faire savourer une intrigue prenante, ponctuée de meurtres atroces et d’un côté ressemblant à « Mais qu’avez-vous fait à Solange » et à « Qui l’a vue mourir », l’enfance étant le leitmotiv du tueur, une enfance faite de traumas suite à un fait divers funeste et morbide…
Luciano Onetti a choisi d’axer son film sur un graphisme exacerbé qui fait mouche à chaque minute, les plans se succédant de façon onirique avec des flashs fantasmatiques permettant de marquer la personnalité du tueur, jusqu’à un dénouement insoupçonné ; après le visionnage le spectateur est collapsé et il m’a fallu dix bonnes minutes pour me remettre de ce que je venais de voir !
La musique très catchy du film est aux trois quarts dans la réussite de « Francesca », sans elle, les meurtres ne s’amplifieraient pas autant, « Francesca » fourmille de moments dantesques et nul doute qu’il deviendra un film culte très vite ; il s’y dégage une puissance, une aura et un charme exotique très denses, loin des clichés des polars modernes traditionnels, une senteur capiteuse et un ressenti bluffant émanent de « Francesca » mais Onetti ne se contente pas d’envoyer les exercices de styles brillamment, il est encore plus intelligent et gère de manière virtuose la bipolarité de son histoire de manière qualitative, aussi bien dans le fond que dans la forme…
D’une chaleur encore plus latine que celle de l’Italie, cette pépite venue d’Argentine a le triple mérite d’initier le néophyte aux codes du giallo, de pérenniser ces codes pour celui qui s’y connaît et de graver sur la pierre une marque indélébile de stylisation qui fera date…
Très dur parfois, « Francesca » est à réserver à un public averti et conscient de la brutalité infligée, Onetti a fait très fort (surtout sur la séquence POST générique final, hyper traumatisante)…
Encore une fois il faut saluer le travail monumental de l’ami Christophe Cosyns et de « The Ecstasy of films » qui nous permet de découvrir ces films marginaux et ainsi, de faire éclater au grand jour ces talents inconnus, à la diffusion limitée, c’est un bonheur pour tout cinéphile qui peut ainsi apprécier des œuvres méconnus du grand public, l’édition DVD étant très soignée et le packaging magnifique !
On peut ne pas être forcément puriste ou fanatique des giallo de la première heure pour apprécier « Francesca », film qui mélange le polar, le fantastique et le thriller paranoïaque, il suffit juste d’un petit peu d’ouverture et on se laissera porter par cette histoire et surtout on se délectera de cette technique fabuleuse que seuls les grands cinéastes savent mettre en exergue…
Monstrueux et à voir impérativement !

Note : 9.5/10





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire